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Expression d'un des correspondants de Nott et Gliddon

ciel de Tlnde , les juifs ne se sont pas transformés en véritables Hindous; conséquence que nous acceptons sans difficulté.

Il est vrai que Nott et Gliddon en tirent un aliment en faveur de la multiplicité des espèces; mais cette objection ressemble à celle qu'on nous opposait à nous-même, et qui peut se formuler ainsi : « Depuis trois siècles qu'il y a aux États-Unis des blancs et des nègres soumis aux mêmes actions de milieu ils ne sont pas devenus pareils ; ni les uns ni les autres ne se sont transformés en peaux -rouges^ et cette transformation n'aura jamais lieu. » — Il est aisé de répondre à ces deux objections.

Remarquons d'abord que telle n'est pas , au moins pour le teint, l'opinion de l'auteur d'un travail publié dans la Revue des Deux-Mondes y M. Reclus*. Dans ce travail, que nous avons déjà cité, le voyageur, traduisant simplement les impressions qu'il éprouve en dehors de toute controverse, s'exprime ainsi : «Si d'autres influences ne balançaient celles du climat, il se pourrait bien qu'après uu certain laps de siècles, les Américains eussent tous la couleur des aborigènes , leurs ancêtres fussent-ils venus de l'Irlande, de la France ou du Congo. »

En sera-t-il réellement ainsi? Nous ne saurions répondre encore; mais, ne fût-ce que pour la couleur, une transformation qui identifierait le nègre et le blanc nous paraît bien peu probable; elle est, selon toute apparence, impossible pour l'ensemble des caractères. — Sans croisement et par l'action

.1. Voy. la Revue du 1" août 1859.

seule du milieu, le nègre ne deviendra jamais un blanc, le blanc ne se transformera jamais en nègre. — Sur ce point, nous sommes entièrement d'accord avec les polygénistes, mais ils tirent de ce fait la conclusion que ces deux hommes sont d'espèce différente^ et c'est là ce que nous n'admettons pas.

Pour décider qui des deux a raison, revenons-en aux enseignements tirés des races domestiques.

Lorsque les éleveurs anglais ont cherché à modifier la race de Leicester et la race de la Tees, bien que les procédés employés aient été identiques, souvent mis en œuvre par les mêmes personnes, et toujours dirigés dans le même sens , ont-ils obtenu des résultats semblables? Non. Le leicester s'est transformé en dishley, le teeswater en durham, et jamais un éleveur ne confondra ces deux races. — Déjà nous avons fait remarquer la conséquence qui résulte de ce fait et d'autres faits analogues : — une race nouvelle n'est jamais un produit simple ; pour employer le langage des mathématiciens, elle est toujours une résultarite dont les deux composantes sont la race primitive d'une part, la nature du milieu de l'autre. Que l'un des éléments change , et le résultat changera aussi, comme change la résultante dont l'une des composantes est changée.

Par conséquent l'homme de race aryane et l'homme de race sémitique ou éthiopique , modifiés tous trois par le climat de l'Inde, ne pourront donner, quelque laps de temps qui s'écoule, un seul et même homme, une seule et même race. — Voilà pourquoi, après mille ans, le juif de Cochin est encore distinct du véritable Hindou; pourquoi, tout en prenant peut-

être quelques caractères communs, le nègre et TAnglo-Saxon se distingueront toujours l'un de l'autre sur la terre d'Amérique. — Voilà pourquoi encore le nègre transporté en Europe ne deviendra jamais un vrai Caucausien, quand même son teint blanchirait, et J)ourquoi l'Européen acclimaté au Sénégal ne sera jamais un vrai nègre, quand même son teint noircirait.

Les races dérivées de troncs différents sous des influences identiques peuvent bien s^ rapprocher en prenant quelques caractères communs, que leur imprime le milieu ; mais elles présentent toujours quelques différences appréciables tenant à leur nature première, et qui sont pour chacune d'elles une sorte de certificat d'origine.— Voilà ce que l'on constate chez les animaux, ce que nous avons vu se présenter chez les chiens libres d'Amérique, et ce dont rendent compte d'une manière très-simple les principes exposés dans nos études précédentes. Il est tout simple que les races humaines présentent des faits tout pareils. Bien loin d'être en contradiction avec les doctrines monogénistes, ces faits, et jusqu'aux hypothèses de même nature qu'on cherche à leur opposer, mettent encore plus en relief l'accord complet de ces doctrines avec les résultats de l'expérience et de l'observation.

Au reste les actions modificatrices profondes, sérieuses, exercées par le milieu, deviennent aujourd'hui tellement impossibles à méconnaître, qu'un certain nombre de polygénistes renoncent à les nier; mais alors ils ne veulent voir en elles que des signes de dégénérescence et de mort; ils refusent au milieu tout autre pouvoir que celui de tuer. — Knox surtout

a nettement soutenu cette thèse. Plus franc ou plus logique que la plupart des polygénistes , cet auteur, ici comme toujours , a nettement accepté les conséquences de ses doctrines générales. Pour lui comme pour toute l'école de Morton, chaque espèce d'hommes est un produit local. Il en conclut qu'elle ne peut vivre en dehors de la terre et du climat qui Font vue naître. — Toutefois il ne peut nier ni les changements subis par le Yankee^ si peu semblable aujourd'hui à ses ancêtres anglo-saxons, ni les modifications presque aussi marquées de la race celtique depuis sa transplantation au Canada^ ; mais, loin de reconnaître dans les caractères qui apparaissent chez ces petits-fils de l'Europe les signes de la formation de races nouvelles, il n'y voit que des preuves de décadence physique et morale, des indices d'une destruction prochaine.

En réponse à ces étranges appréciations, bornonsnous à citer quelques faits et quelques chiffres.

Ce sont ces hommes dégénérés y petits de corps et d'idées y qui fournissent au Canada ces coureurs des bois y ces voyageurs y qui, tour à tour marins sur les fleuves et les lacs , chasseurs et bûcherons dans les forêts et les déserts , sans cesse en lutte avec la nature ou les hommes, servent presque uniquement d'intermédiaires entre les indigènes et les comptoirs anglais; ce sont eux qui entretiennent à Québec, à

1. a Un long séjour en Amérique a fait perdre au créole canadien les vives couleurs de sa carnation. Son teÎLt a pris une nuance d'un gris foncé; ses cheveux noirs tonabent à plat sur ses tempes comme ceux de l'Indien. Nous ne reconnaissons plus en lui le type européen, encore moins le type gaulois. » — Th. Pavie , Revue des Deux-Mondes du 16 décembre 1850.

Montréal, le goût de la littérature et des arts, et luttent au ixom de Tintelligence élevée contre les tendances à peu près exclusivement utilitaires des colons anglais. — Enfin, bien que ne se recrutant plus dans la mère patrie depuis la cession du Canada à l'Angleterre, ces mêmes hommes, ces Celtes transplantés ont longtemps constitué la très-grande majorité de la population; ils en forment encore plus du tiers, et se multiplient avec une rapidité bien remarquable. En 1763, à répoque du fatal traité de Paris , on comptait au Canada soixante-dix mille âmes; en 1814, la population totale était de trois cent trente-cinq mille âmes, dont deux cent soixantequinze mille Français.Le recensement de 1851 accuse un million huit cent quarante-deux mille deux cent soixante-cinq Canadiens , dont six cent quatre-vingtquinze mille neuf cent quarante-cinq Français. Cette race avait donc à bien peu près quadruplé dans l'espace de cinquante et un ans, malgré les luttes qui suivirent la conquête, et presque décuplé en quatrevingt-huit années. — Certes les assertions de Knox ne pouvaient recevoir un démenti plus formel *. Sans aborder ici dans son ensemble la question

1. Le peuplement de TAcadie présente un fait peut-être plus frappant encore. La très-grande majorité des Acadiens, plus des trois quarts selon M. Rameau, descendent de 47 familles françaises comprenant 400 individus, d'après un recensement fait en 1671. En 1755, ce chiffre s'éUit élevé à 18 000. On sait qu'à cette époque la population fut dispersée violemment par les Anglais. 6000 Acadiens furent exportés; 1500 se retirèrent au Canada; 2500 disparurent on ne sait où. U ne devait donc en rester qu'environ 8000. On en compte aujourd'hui 95 000. Ces chiffres ont é(é recueillis et communiqués à la Société d'anthropologie par M. Boudin dans -un travail encore inédit.

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fort complexe de racclimatation, il est pourtant impossible de ne pas en dire quelques mots en présence des arguments que les polygénistes ont cru pouvoir tirer de la difficulté qu'ont à prospérer dans certaines contrées les races étrangères au sol. — 11 est très-vrai que le blanc d'Europe, transporté sous la ligne ou dans les régions intertropicales, languit et périt souvent sans laisser de postérité, ou que celle-ci s'éteint au bout d'un petit nombre de générations. II est très-vrai que le nègre d'Afrique émigré en Europe y meurt très-souvent de phthisie. 11 est encore vrai que, dans notre colonie de l'Algérie, la mortalité des adultes, celle des enfants surtout, est de beaucoup supérieure à celle qu'on observe dans la mère patrie. — Mais à quel point de vue ces faits peuvent-ils être invoqués en faveur du polygénisme? La race, nous l'avons vu, est avant tout, un produit du milieu. Formée sous l'empire de certaines conditions d'existence et rencontrant brusquement des conditions d'existence nouvelles, est-il surprenant qu'elle souffre et succombe parfois dans la lutte qui s'établit entre l'organisme et le monde extérieur? Bien au contraire; ce serait l'acclimatation immédiate dans de pareilles conditions qui serait inexplicable, d'après les idées que nous défendons.

Quoi qu'en aient dit Knox et les polygénistes qui, sous des formes plus ou moins adoucies, ont adopté ces idées, l'Européen prospère et se propage dans tout pays où ne se rencontrent pas des conditions en trop grand désaccord avec le sang qu'il a reçu de ses ancêtres. — La distance et la différence des races indigènes n'influe en rien sur ce résultat.

Ici on peut citer des exemples frappants. — Le Cap, la Nouvelle-Hollande, nourrissent les deux races qu'on a toujours été enclin à regarder comme étant les plus éloignées de Thomme européen, celles qu'on a voulu assimiler aux singes. Ces deux régions sont en outre bien loin de nous, et Tune d'elles est à nos antipodes. Eh bien! ce sont précisément deux des points du globe qui semblent le mieux se prêter à la colonisation par les races blanches. Au Cap en particulier, le Français chassé par Tédit de Nantes, le Hollandais, l'Anglais attirés par l'espoir d'un bien-être qu'ils ne pouvaient trouver chez eux, ont également multiplié, et les tableaux recueillis par M. Boudin montrent que l'armée anglaise y fait annuellement des pertes un peu moins nombreuses qu'en Angleterre même et dans les corps les plus privilégiés*.

Empruntons encore quelques faits aux recherches si curieuses de l'auteur que nous venons de citer.

Le blanc, a-t-on dit, ne peut vivre dans les pays chauds. M. Boudin montre que, dans l'hémisphère sud, même au milieu des conditions en apparence les plus défavorables, une chaleur très-intense ne produit plus les mêmes effets que dans l'hémisphère nord. Par exemple, dans les îles de la mer du Sud comme dans l'Amérique et l'Afrique méridionales, le blanc semble pouvoir vivre impunément sous le soleil des tropiques et à côté de marais dont les

1. Dans une période de sept années, les décès sur un personnel de 1000 hommes ont été de 14,5 pour la cavalerie ho^iseholdf de 15,3 pour les dragons de la garde, de 15,5 pour Tinfanterie de la garde et de la ligne. Dans une période de dix-huit ans, la mortalité au Cap n'a été que de 14^1 sur un effectif de 1000 hommes. — Traité de géographie et de statistique médicales.

exhalaisons seraient infailliblement mortelles pour lui dans l'hémisphère nord*. — Le nègre, disait-on encore, se propage et prospère partout où il trouve la tempéï'ature élevée de son pays. M. Boudin prouve par des chiffres que, dans les îles du golfe du Mexique, la race nègre est en décroissance sensible ; il répète la prophétie du colonel TuUoch : « Avant un siècle, la race nègre aura presque cessé d'exister dans les colonies anglaises des Indes occidentales. » Mais le même auteur fait voir en même temps qu'à la Barbade et à Montserrat cette race s'accroît d'une manière sensible. Il montre à la Martinique, chez les nègres, les métis et les blancs considérés en masse, un excédant annuel des naissances sur les décès qui s'élève presqu'au chiffre de deux mille, tandis qu'à la Guadeloupe le nombre des décès surpasse sensiblement celui des naissances. — Ainsi les recherches de M. Boudin, entreprises à un point de vue exclusivement médical et appuyées sur les documents officiels les plus authentiques, réfutent quelques-unes des assertions les plus positives des polygénistes, et conflrment tout ce que nous avons dit de ces actians de milieu locales qui introduisent dans les questions relatives aux races un élément si souvent oublié.

1. M. Boudin a particulièrement insisté sur ce résultat si inattendu dans les communications quMI a faites à la Société d'anthropologie. Il attribue celte innocuité de l'hémisphère sud priDcipalement à l'absence presque complète des fièvres paludéennes. Cette absence elle-même est un fait bien étrange, puisque dans certaines localités, à la Nouvelle Calédonie par exemple, en pleine région intertropicale, toutes les conditions qui les produisent chez nous semblent être réunies.

Un certain nombre d'écrivains polygénistes ont représenté le nègre comme étant complètement insensible à Faction de certaines effluves mortelles pour le blanc; ils ont cherché dans cette immunité présentée comme absolue un caractère spécifique propre à le distinguer du blanc. Ici encore on a étrangement exagéré la portée et la signification de quelques faits vrais. — Les études faites sur place pendant de longues années par le docteur Winterbottom montrent que les indigènes de Sierra-Leone sont atteints de fièvres intermittentes et rémittentes « qui présentent chez eux exactement les mêmes caractères que chez les blancs acclimatés*. » — Les chiffres recueillis par M. Boudin démontrent jusqu'à l'évidence que, bien qu'étant de tous les hommes ceux qui résistent le mieux aux fièvres de marais, les nègres n'en subissent pas moins l'atteinte et en meurent comme les blancs. Entre ces deux extrêmes d'ailleurs, on trouve encore des intermédiaires*.

Quel naturaliste voudrait voir un caractère spécifique distinctif dans une particularité quelconque

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