‹ Universités et facultés. --Chapitre 24 sur 25 · MM. de Bornier et Paladilhe · texte numérisé non relu

MM. de Bornier et Paladilhe

nous n'avions pas encore vu chez nous : cette longue théorie d'étudiants et de professeurs qui s'avançait, vendredi, dans un cadre admirable, bannières déployées, robes mêlées, conduite par ses deux recteurs : celui des professeurs, celui des étudiants.

N'ai-je pas dit : le recteur des étudiants? Rassurez-vous, Messieurs les professeurs : ce n'est qu'une métaphore. Vous ne re verrez pas le temps oii les étudiants nommaient le recteur de l'Université; mais n'est-il pas, à sa façon, un recteur, au sens moral du mot, celui que ces jeunes gens mettent à leur tête parce qu'il a leur estime et leur confiance, et parce qu'en lui se personnifient leurs sentiments?

Je ne referai pas devant vous la théorie des associations d'étudiants ; vous avez ici M. Lavisse, l'homme de France qui les connaît le mieux, parce qu'il les connaît à la façon dont le créateur connaît sa créature. Je voudrais seulement vous dire un mot sur ce qui me paraît être un de leurs offices dans la constitution et dans l'avenir des Universités de demain.

On a beaucoup parlé de tout temps de Faction des maîtres sur les élèves; on a moins parlé de Taction en retour des élèves sur les maîtres.

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L'une est pourtant tout aussi réelle et tout aussi nécessaire que l'autre.

Yous avez entendu M. Croiset nous raconter qu'au moyen âge Félève était pour le maître une sorte de créancier sans merci, qui le faisait monter en chaire dès l'aube et Ty tenait souvent tout le jour, exigeant livraison de la denrée précieuse.

Les temps sont changés, et j'ai connu des professeurs qui auraient été tentés plutôt de considérer les élèves comme des justiciables. Pour parler franc, entre ces deux conceptions extrêmes, s'il me fallait choisir, à tout prendre, je préférerais la première.

Les maîtres de l'enseignement supérieur ont, en effet, une double tâche et une double raison d'être : faire avancer la science et faire l'éducation des étudiants, leur éducation professionnelle et leur éducation générale. Entre ces deux tâches, il faut maintenir l'équilibre et ne pas sacrifier l'une à l'autre. La vérité et la vie, la vérité pour la vie, la vie par la vérité, voilà les deux termes qu'il ne faut pas séparer un instant dans l'éducation publique et nationale.

Vous avez en vous, Messieurs les professeurs,

la vision de la science. Les associations d'étudiants seront, devant vous, une vision permanente de la vie, car elles sont la jeunesse dans sa variété et dans son unité. Et au contact de cette jeunesse, vous vous sentirez incessamment rajeunis par la sève nouvelle qui lui vient chaque année. Les étudiants, c'est pour les professeurs la fontaine de Jouvence.

Messieurs les Etudiants étrangers, à mon tour, je vous salue et je vous remercie d'être venus à (( ces fêtes de la vérité, » comme les appelait Fautre jour M. le Ministre de l'instruction publique. Nous serons heureux si vous en emportez un souvenir durable de la France et de nous.

Rien de plus varié que cette terre de France.

Pour arriver ici, plusieurs d'entre vous Font traversée du Nord au Sud. Ils Font vue au Nord pâle et verdoyante. Ils Font trouvée au Midi lumineuse, dorée et baignant dans l'azur de la mer et du ciel. Mais sous tous ses aspects, c'est partout la fécondité.

Au moral, nous offrons de même des varié lés et des contrastes. Mais au fond, dans les profondeurs intimes où se conserve le génie national, c'est toujours un même esprit, l'esprit de

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vérité et de justice qui a produit le Discours de la méthode et la Déclaration des Droits de VHonijne.

La vérité et la justice, voilà, Messieurs, dans l'ordre moral, des forces comparables à la gravitation universelle dans Tordre cosmogonique. Elles seules peuvent faire des individus et des nations, des systèmes ordonnés et marchant de concert. La nature a reçu sa loi de gravitation et elle la conserve imperturbablement. L'humanité — c'est sa peine et c'est aussi sa grandeur — doit enfanter la sienne.

A nous tous. Messieurs, quelle que soit notre nationalité, à nous tous qui sommes voués aux choses de l'esprit, l'honneur et le devoir de maintenir Fidéal et de le porter haut, si haut qu'il puisse apparaître un jour à toutes les nations comme un centre commun de ralliement. Ce jour-là, ce serait entre tous les peuples, avec les émulations nécessaires du travail, la paix et la justice.

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