‹ Universités transatlantiques [microforme]Chapitre 16 sur 31 · ITHACA — ANN ARBOR — CHICAGO — SAINT-LOUIS · texte numérisé non relu

ITHACA — ANN ARBOR — CHICAGO — SAINT-LOUIS

Ezra Cornell ne savait ni le grec ni le latin, mais il se souvenait des durs efforts qu'il avait dù accomplir pour parvenir à la fortune. C'était, dans toute la force du terme, un homme sel/fmade; il s'était fait lui-même et maintenant qu'il tenait entre ses mains cet instrument de puissance qui s'appelle l'argent, il se demandait de quelle façon il en devait user dans l'intérêt de ses semblables. L'instruction, qui lui avait manqué, lui paraissait l'unique remède pour tous les maux, le seul levier capable de soulever tous les poids, le véritable agent moralisateur de la race humaine. Il n'avait rien des duretés de cœur du parvenu, mais bien plutôt celte pitié profonde et douce de ceux qui ont beaucoup trimé. Sa bonté s’ingéniait à trouver

des excuses pour toutes les fautes et il s'en allait répétant que, si les hommes sont mauvais, c'est l'ignorance qui en est cause... Alors il se décida à fonder une université pour le pauvres !

À lui tout seul, il ne pouvait pas grand'chose, mais il avait pour collègue au Sénat un homme que Île ciel semblait mettre sur sa route pour l'aider dans son entreprise. Cet homme avait deux visages : l’un regardait l’ancien monde et le passé; l'autre, le nouveau monde et l'avenir. Tout ce que l'Europe peut enseigner de plus raffiné, de plus docte, de plus fin avait trouvé place dans son esprit et il avait gardé en même temps les audaces et les aspirations jeunes du peuple d'Amérique. M. White était donc à mème de comprendre Ezra Cornell, de partager sa foi el en même temps de diriger son ardeur et de redresser ses vues utopiques; et voilà comment, de l'union féconde de ces deux caractères, naquit la splendide institution qui s'appelle aujourd’hui l'université Cornell.

On était aux jours sombres de la guerre de Sécession ; il y avait des ruines et des détresses plein le pays et unc terreur patriotique plein

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les cœurs, parce que l'œuvre de Washington avait failli s’écrouler., Les assemblées législalives des différents États, soucieuses de préparer des soldats pour les luttes à venir,dotaient richement les institutions qui consentaient à donner l'instruction militaire à leurs pupilles, L'État de New York disposait à cet effet d'une grande étendue de terres et l'on allait vraisemblablement morceler ces domaines; conseillé par son collègue White, M. Cornell demanda et obtint que le tout füt attribué à une université qui s'établirait à Ithaca et à laquelle il donnerait, de son côté, une somme de 2 500000 francs. L'État réclama le droit d'y faire instruire gratuitement un certain nombre de jeunes gens et l'arrangement fut conclu. L'université Cornell était fondée et Andrew Dickson White en devint le président.

Tout d'abord, à l'appel généreux de M. Cornell, répondirent une foule de fruits secs, de

ratés, d’agités, de toqués ; on vit venir près de

800 étudiants et, parmi eux, des réfugiés poli-

tiques russes, serbes et bulgares, des rasta-

quouères brésiliens, des aigris de partout.

«Jamais, a dit depuis un des professeurs de

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