X VIII
L'université de Toronto est établie dans de superbes édifices, à l'extrémité de la ville; elle compte près de 400 étudiants, dont une cinquantaine environ habitent dans l’université même. Nous allons voir leurs appartements, car c’est toujours cela qui m'intéresse le plus; nous sommes conduits par le président, sir Daniel Wilson, lequel est revêtu de la coiffure bizarre et du petit manteau trop court que j'ai tant de fois vus sur des têtes et sur des dos amis dans les rues d'Oxford et de Cambridge.
Très anglais, tout ce que nous observons, avec, en plus, une teinte coloniale bien marquée. Cà et là traînent des snow shoes, des toboggans, des patins, des raquettes pour jouer à la crosse, puis des pelisses de fourrure et des gants ouatés ;
ridge.
avec,
rien qu'à voir toutes ces choses, on sent la bise venir de très loin par-dessus des étendues glacées. Nulle particularité à noter dans le détail de l'organisation non plus que dans le programme des études; c’est la même chose toujours. Les étudiants ont formé des quantités d'associations littéraires, scientifiques, médicales, historiques, athlétiques; ils pratiquent à la fois le cricket anglais et le base-ball américain ; ils ont une compagnie de volontaires, un journal hebdomadaire et encore une autre société qui, sous le nom de White Cross, « la Croix blanche », poursuit un but très moral avec une franchise, je dirai presque une naïveté extraordinaire ; 7 chez nous, de semblables sociétés tomberaient sous le ridicule, si même il se trouvait quelqu'un pour avoir l'audace de les créer,
Il y à encore, à Toronto mème : l’Upper Canada College, fondé en 1828 par sir John Colborne, sur le plan d'une maison d'éducation située dans l’île de Guernesey et que sir John, étant gouverneur de cette île, avait contribué à réformer; ce collège peut recevoir de 250 à 300 élèves; Trinity College, placé sous le
contrôle direct du clergé de l'Église anglicane ; Mc Master Hall (baptiste); St Michael's (catholique) et Xnox College (presbytérien). Enfin, dans la province, se trouvent : l’université Victoria (méthodiste); Queen's University (presbytérienne), située à Kingston, Albert College, à Belleville, etc. L'École militaire de Kingston est placée sous le contrôle direct du gouvernement fédéral et, parmi les jeunes gens qui en sortent chaque année, quatre sont admis, s'ils le désirent, à servir dans l'armée anglaise.
Toronto possède aussi nombre de clubs sportifs; je n’en ai visité qu’un, l'Argonaut Rowing Club, élevé sur pilotis au bord du lac Ontario; il a formé, je crois, de bons rameurs; du reste, Toronto est la patrie du célèbre Hanlan, un des rois de l’aviron.
cane ;
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gens
sont L'arrière du train est encore « en Canada » ; rmée l'avant touche aux États-Unis et notre car est
arrèté, pour une seconde, au-dessus de ces
spor- formidables rapides dans lesquels le capitaine ADD Webb a trouvé une mort absurde. On voit ien tario ; souvent des torrents impétueux rouler leurs reste, flots courroucés au fond d’une gorge profonde,
un on les voit se heurter à d'inébranlables roches qu'ils couvrent d'écume; mais ici, c’est un effet tout autre : l'eau est tourmentée et tournoyante;'elle n’a pas de colère, elle ne sait où aller et l’on devine qu'elle vient de subir une chute épouvantable, qu’elle a passé par un gouffre incommensurable et que toutes ses molécules sont en lutte les unes avec les autres.
Si loin qu'on regarde, en amont ou en aval,
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c'est le même tourbillonnement et la mème incohérence; des vagues semblent vouloir remonter vers la chute comme s'étant trompées de chemin, et les sombres murailles qui emprisonnent ce fleuve pris de vertige rendent la scène plus barbare et plus inoubliable; là-bas, derrière une falaise qui s'avance en proue de navire, le Niagara précipite d'une hauteur de 50 mètres une masse liquide que l'on a évaluée — bien approximativement, il est vrai — à cent millions de tonnes par heure.
Alors on n’a plus qu'une idée : courir à la chute; on bouscule tout le monde: on s’installe à la hâte; on n’attend point ses bagages et, guidé par le sourd grondement des eaux qui s’abattent, on atteint le bord de l’abime. Mais ce n’est point l'impression première qu'il faut recueillir; elle est toute d'étonnement, parfois de désillusion. Quand on a la chance de trouver le Niagara dans sa solitude hivernale, quand les touristes ont fui, que les annonces et les réclames ont disparu, que les rives sont désertes et que le vent balaye rageusement les feuilles mortes, alors on jouit de ce grandiose et merveilleux voisinage; on ne se lasse pas d’errer
nème Juloir npées s qui reniable :
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* à la stalle guidé ’abatn'est cueilis de ouver quand et les sertes uilles mer-
’errer
en bas, dans le brouillard, au pied de la cataracte écrasante, — ou bien, en haut, dans le dédale des îles et des îlots que de légères passerelles réunissent, Qu'importe leur nombre?
qu'importent les chiffres, les renseignements, les détails curieux que donne le guide? Il n’y a qu'une chose, la chute! On l'écoute la nuit dans le silence, on la dévore des yeux, on l’étudie sous tous ses aspects, on l'absorbe.…., Certaines gens ne font pas tant de façons et se rangent à l'avis d'un gommeux de Paris qui disait, les lèvres sur la pomme de sa canne : «Après tout, ce n'est que de l’eau qui tombe! » — où bien à celui d’un brave Américain qui s'écria, dit-on, avec une douleur vraie : « Quel dommage qu’une iclle force soit perdue! »