NOUS
ristique et peu attrayant. Mais c'est un centre
es Wa: d'excursions ; des vapeurs remontent la rivière
moitie Saint-Jean, un chemin de fer joujou conduit à perro- Saint-Augustin et un autre vous dépose en trois
quarts d'heure sur la plage de Pablo-Beach.
A cette époque de l'année, Pablo-RBeach est désert, absolument désert, à ce point que nous n'y pouvons trouver que des oranges et des cigarettes. Mais il ÿ a l'Océan vide et indéfini,
la plage de sable et un arrière-plan de palmiers
nains; il n'en faut pas tant pour passer agréablement deux heures. Quant à Saint-Augus- Lin, c'est un Eden de deux mille habitants l'été, de dix mille l'hiver : c'est aussi la plus vieille fondalion européenne de toute l'Amérique. L'Espagne v à laissé l'empreinte de son architecture, mais non de sa malpropreté L'Amérique, elle, n'y à rien apporté, m affaires, ni bourse, ni mouvement comimercial. Les indigènes sont de braves pêcheurs décoratifs qui louent des bateaux et vendent des curiosités; la municipalité n'a d'autre souci que d'embellir les places publiques; il n'v a pas de lourdes charrettes pour défoncer les rues ou écorner les trottoirs : tout est frais, joli, élégant, soigné: quant aux hôtels, is défient toute description : nulle part au monde il nen existe de pareils. Bâtis en L res grises et polies qui ont le reflet du marbre, couverts d'ornements de terre cuite du plus gracieux etfet, ils empruntent aux styles hindou et mexicain des lignes originales €‘ hardies, à la Rensissance ses bas-reliefs et ses chapiteaux, au plein eintre ses ares de cercle... Bref, ce
sont des œuvres absurdes, coneues en deliors
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de toules les règles, mais, jar ailleurs. séduisantes au suprème degré et inimitables. L'hôtel Ponce de Léon est entouré d'un jardin exotique qui fait rêver. L'hôtel Cordoba évoque l'image d'un palais des Wélle el une Nuits. L'hôtel Aleazar possède une cour intérieure où jouent des fonlines el une piscine immense bordée de promenoirs. Tout cela resplendit sous le ciel bleu, sous les reflets chatoyants de la lumière vive; cest une fécrie, une magie, un éslouissement.
A l'extrémité de ja petite ville, un vieux fort construit en 1756, sous le gouverneur espagnol don Alonzo Fernando Herida, dresse ses bastions :tses tours. L'eau de l'Océan vient caresser les contreforts; une grande île plate ferme la rade el au deli on aperçoit les crètes d'écume des vagues. Tout près du fort, de gros poissons se montrent par instants, faisant mille cabrioles: lout le monde flâne et s'amuse ici, mème les poissons. Des vélocipèdes, des chevaux sellés attendent les promeneurs. Quand la saison battra son plein, ce sera bien autre chose. Il v aura un mouvement inouï dans les rues et des fètes presque chaque soir. Les jeunes gens flirteront
et les maitres d'hôtel saleront les notes.
Dans le car qui va nous ramener à Jacksonville, il y a une femme d'environ quarante ans. vèlue avec élégance; son visage est très légirement teinté, si légèrement que je ne n en aperçois pas out d’abord. Mais au moment où le train va s'ébranler, le conducteur lui parle à l'oreille: elle fait signe que non; il insiste cl élève la voix, et bientôt chacun comprend le sujet de la querelle. Cette femme a un peu de sang nègre dans les veines; sa fortune, sa distinetion ne la mettent pas à l'abri de la loi. I faut qu'elle émigre dans le car des nègres. qui est aussi celui des fumeurs, qui est sale et inconfortable. Elle proteste; alors le conduceur appelle son camarade et, sans plus de
facons, ils la prennent sous les bras et, comme
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elle est lourde, la traînent jusque dans l'autre car. Devant cette scène 1gnoble, quelques Américains qui sont là se contentent de ricaner urossièrement. Si les États du Sud sont assez stupides pour maintenir encore quelque temps cette législation ingénieuse, il est à croire qu'ils iniront par le payer cher; à moins que le gouvernement fédéral ne se décide à intervenir et à leur donner le fouet comme aux enfants mé:
chants.
Le coucher du soleil s'opère, en Floride, avec une majesté et une splendeur incomparables.
On commence par étendre des tapis de pourpre sur le chemin de l'astre roval: au-dessus de lui, 1 y à comme un dais immense d'étoffes bleues et violettes; 11 s'enveloppe alors dans des voiles transparents couleur d'opale, et se retire : tout aussitôt parait une longue bande d'un vert surnaturel, profond, pailletée d'or et brillamment éclairée par en dessous comme la fravse d'un rideau de théâtre. À ce moment précis, les étoiles se mettent à scintiller, les pins deviennent tout noirs et le vent fait de la musique dans les palmiers.
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Nous avons une longue route à faire pour atteindre Charlottesville, siège de l'université de Virginie, située dans les premiers contreforts des Alleghanys, à l'ouest dé Richmond, Il faut traverser la Georgie et les deux Cuiclines. Nous allons faire cette route tout d’une traite : non pas que Savannah, Charleston, Raleigh, soient des villes dépourvues d'intérêt, non pas que ces régions n'offrent de beaux paysages et ne contiennent des institutions dignes d'être visitées, mais il faut nous hâter de gagner Washington et Baltimore, où nous avons beaucoup à voir. Donc pour charmer ces vingtquatre heures de chemin de fer, je vous proposerai la lecture d'une page d'histoire
virginienne, page aussi Caplivante que peu
connue el qui devrait l'être des Francais au mème litre que des Américains !.
En Virginie, on se préoceupa de bonne heure de développer l'instruction et les colons résolurent d'en appeler à la métropole pour se faire aider par elle dans cette tâche. En 1691, leur envoyé fut recu à Londres par Guillaume el Marie, qui régnaient conjointement. Tous deux se montrèrent favorables au projet de fondation d'un collège qui porterait leur nom et ils donnèrent une somme importante. Quant à Sevmour, attorney-général, il reçut lenvoyé par un mot demeuré célèbre; comme celui-ci lui représentait que les Virginiens avaient aussi des âmes auxquelle son devait songer : « Des âmes! s'écria Seymour; le diable emporte leurs âmes!.… Qu'ils fassent du tabac! » et ce make tobacco! resté le mot d'ordre de la politique coloniale anglaise, renfermait le germe de la révolution américaine. Cependant Seymour donna, lui aussi, et le collège de William and Mary, fondé à Williamsburg (Virginie), débuta dans l’existence avec une riche dotation. Ce fut une
4. Voir les Etudes du professeur H.-B. Adams, publiées par le burcau d'Education de Washington.
s au erande et belle institution, qui exerça sur les destinées de la colonie une influence préponcure dérante. On s’étonna, dans la suite, de voir ces olu- planteurs se transformer en hommes d'État: on faire admira l'étendue de leurs connaissances, la leur netteté de leurs vues politiques; c'est que tous e el ils avaient fait leurs études au collège de H57deux Lam and Mary, qui brillut alors d'un vif éclat. ation Depuis, les mauvais jours sont venus ; des don- incendies ont détruit les bâtiments: la guerre Sey- de Sécession a dispersé les élèves et le pauvre > par collège tombait en ruines quand, tout dernièrelui ment, le gouvernement virginien lui a rendu la si des vie en y installant une sorte d'École normale mes : supérieure.
es!.….. En 1712, le gouverneur Spotswood, écrivant acco! à l'évêque de Londres, mentionne la présence niale au collège de 20 jeunes Indiens. « Ils ont l'air | ution lrès heureux, dit-il, et les chefs de leurs nations | , lui qui viennent souvent les voir, se lamentent de fondé n'avoir pas reçu, dans leur jeunesse, une sem- "eXIS- blable éducation. » En 1788, George Washington L une fut élu chancelier. Le chancelier n'était qu'une Fu manière de Mécène acceptant de patronner et
de combler de faveurs le collège qui l'avait élu.
Snfin il est question de William et Marv dans les voyages du due de la Rochefoucauld-Liancourt, qui parcourul les États-Unis de 1795 à 14797 el rendit compte de sa visite à Williams: burgh.
Cependant Jefferson caressait l'idée de créer dans son pays une université sur le modèle de celles qu'il avait admirées en Europe. Il était revenu enthousiasmé notamment des universités de Genève et d'Edimbourg; il les appelait « les deux yeux de l'Europe ». Sa première pensée fut d'agrandir et de transformer le vieux collège de William et Mary, où il avait luimème été élevé. Mais 1l était à peu près libre penseur et l'Église anglicane tenait William el Mary sous sa domination. Il écouta alors les propositions d'un homme entreprenant et singulièrement perspicace, le chevalier Quesnay de Beaurepaire. Ce gentilhomme français avait servi dans l’armée américaine, de 1777 à 1778. Sa santé l'avant forcé de quitter le service. il parcourut la jeune république, se rendit compte de ses ressources et de ses besoins el résolut de la lier avec sa patrie « par de nou-
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dans les goûts et de communication plus intime entre les individus des deux nations ». Son plan consistait dans la création à Richmond d'une « académie française des sciences et des beaux-arts » ayant des annexes à Baltimore, Philadelphie et New York, affiliée aux sociétés royales de Paris, de Londres et de Bruxelles et recrutant, par le moyen de son comité de Paris, les meilleurs artistes, les plus habiles professeurs, les savants les plus en renom de l'Europe. L'idée était simple, bonne et originale; mais l'exécution en fut surtout curieuse. Jamais œuvre d'initiative privée ne fut menée d'une manière plus pratique el plus moderne.
Quesnay de Beaurepaire écrivit à Franklin pour obtenir son appui et il fit une souscription publique. La liste des premiers souscripteurs (1780) contient les noms des principaux cilovens de Richmond, Baltimore, Philadelphie, Trenton, Élisabeth, Newark et New York. Le chevalier allait, venait, parlait, éerivail el remuait lopinion publique, si bien que la liasetle cirginienne du LE juillet 1386 pul rendre compte de la pose de x première pierre de Féditice destiné à abriter l'académie, La céré-
monie eut lieu en grande pompe le jour de la Saint-Jean, « en présence des dignitaires des loges maconniques ». Alors Quesnay revint en France, vit le roi et la reine, leur présenta un mémoire, intéressa Lavoisier, Condorcet, Vernet, Beaumarchais, La Fayette, Malesherbes, Bientôt il cut une longue liste d'associés francais el anglais el un comité S'assembla pour choisir les professeurs, On sait qu'il désigna, en premier lieu, el engagea pour dix ans un nommé Jean Rouelle, qui n'arriva jamais à destination. La Révolution survint et ce projet grandiose. qui euùt assuré à la France des avantages incaleulables, fut emporté dans la tourmente. Il fût mème demeuré dans l'oubli sile président A.-D. While, en faisant des recherches relatives à l'histoire de la Révolution, n'avait découvert une copie du mémoire présenté à Louis AVI par Quesnav de Beaurepaire. Quant au bâliment dont la première pierre avait été posée le 2% juin 1786, il devint un théâtre; le feu le détruisil; réédifié, il fut encore brûlé le 26 décembre 1811 et 70 personnes, v compris Île souverneur de l'État. furent ensevelies sous
ses décombres: en commémoration de celle
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des Lt en a ut Verrbes.
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calastrophe, on a élevé sur son emplacement une église connue sous le nom de Homunental Church.
Cependant Jefferson, n'avant pas renoncé à son idée, communiqua à Washington une lettre qui lui arrivait de Genève, Par suile de dissenliments avec le parti au pouvoir, les professeurs de la faculté de Genève, au nombre desquels élail Saussure, manifestaient le désir de se transporter en corps dans le nouveau monde, sans esprit de retour. Jefferson cnthousiasmé demandait des crédits pour aider à la réalisalion de ce projet. Washington lui représenta, avec sa sagesse habiluelle, les inconvénients et les dangers d'un semblable établissement. Il avait Lui-mème reconnu la nécessité de fonder une université qu'il se plaisait à délinir « une école de sciences politiques el administratives »; il la voulait à Federal City, la capilale qui devait plus tard porter son nom. Son plan est exposé dans le Traité de l'Éducation nationale aux États-Unis, que Dupont de Nemours, l'économiste et Fami de Turgot, éerivil en 1800, pendant son séjour en Amérique. L'uni-
versité y est désignée sous le nom de « palais
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