ET BALTIMORE
Quand Washington se composait d’un Capilole entouré de terrains vagues, il paraît que MM. les attachés des légations étrangères s'y ennuyaient de tout leur cœur. Mais tel n'est plus le cas. Une société choisie, moins littéraire qu'à Boston, moins financière qu’à New York, moins américaine qu'à Chicago, mais reflétant dans sa diversité ces trois caractères, a fait de Washington son quartier général. De jolies maisons se sont élevées, des clubs se sont fondés, des salons se sont ouverts. Et, pour rendre la ville digne de ses nouvelles destinées, les édiles ont véritablement fait merveille. Il y a de larges trotloirs, des rues bien pavées, et à tous les carrefours de jolis monuments entourés de fleurs :
statues de généraux ou de politiques, fontaines élégantes, colonnes commémoratives. On dirait un riche musée dont les collections auraient été éparpillées en vue de quelque fête. Les avenues sont bordées d'arbres. D'immenses drapeaux flottent au sommet des édifices publics. Et, quand le soleil s’en mêle, tout cela a l'air gai, content, heureux d'être au monde.
Sur une colline, s'élève le Capitole précédé d'escaliers immenses et dépassant lui-mème par ses dimensions tous les Parlements du monde. C’est le dôme du Panthéon sur la colonnade du Louvre; un dôme géant sur une colonnade géante, et tout cela est fait de marbre blanc. Les proportions sont telles et le cadre est si beau qu'on est pénétré d'étonnement lorsqu'on atteint le sommet de la terrasse.
D'en bas, rien ne faisait prévoir un spectacle aussi grandiose. Pennsylvania Avenue partant du Capitole atteint la Maison-Blanche, dont on aperçoit au Join les portiques présidentiels; à droite, des collines boisées: en face et à gauche, le Potomac roulant ses flots sablonneux sur lesquels l’obélisque élevé à la mémoire du Père de la Patrie détache ses arêtes d'ar-
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gent. Les espaces intermédiaires sont semés de clochers, de squares, de constructions de toute espèce au travers desquelles se devine encore le plan primitif, cette gigantesque patte d’oie imitée de Versailles et composée d'avenues rayonnant autour du Capitole. comme
elles rayonnent autour du palais de Louis XIV.
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IL y a ici en ce moment beaucoup de personnages politiques. L'ouverture de la session approche et les députés commencent à arriver. Il y a aussi une conférence internationale maritime dont on parle fort peu parce que le congrès panaméricain l'a complètement éclipsée. Il y à encore un ménage dramatique anglais, M. et Mrs Kendall. Le journal m'apprend chaque malin quelle robe Mrs Kendall portait la veille ef, aux réceptions que lon donne « pour avoir le plaisir de la rencontrer », chacun se met à la file dans l'espoir d'obtenir un entretien de trois secondes. A l’une de ces réceptions, je vis pour la première fois M. James Blaine, secrétaire d'État, c’est-à-dire premier ministre du gouvernement actuel. Les haines
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el les affections également violentes dont on l'honore selon le parti auquel on appartient attestent sa haute valeur. C'est, en effet, un lacticien redoutable, et la facon dont il a conduit la dernière campagne présidentielle est tout simplement le chef-d'œuvre de l’art électoral. Il ne voulait pas être président, mais il voulait ètre premier ministre, ambition très compréhensible pour un chef de parti, mais qu'il fait difficilement admettre par ses partisans. M. Blaine alla donc se promener en Italie, les mains dans ses poches, de l'air d’un citoyen qui à renoncé aux pompes et aux œuvres de la popularité; mais le télégraphe le tint au courant des moindres fluctuations de l'opinion et il dirigea de là-bas beaucoup plus librement qu'il ne l’eùût fait de son cabinet. Puis, le candidat désigné, il revint et assura. l'élection par son activité prodigieuse et par son habileté à profiter des moindres fautes de ses adversaires. Toutefois ce serait lui faire peu d'honneur que de voir en lui un simple faiseur de présidents; M. Blaine à des visées plus hautes et plus nobles et sa renommée ira
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lève demain à ses fonctions. Il a ouvert la porte et indiqué la voie, juste au moment où son pays s’avisait de chercher une issue; il a esquissé une politique à l'instant précis où ses compatriotes éprouvaient le désir d'en avoir une. Et nos petits-enfants diront : le plan de Blaine, comme nous disons : le plan de Henri IV. Notez que, dans l'esprit de celui qui les combine aussi bien que dans le jugement des contemporains, ces « plans » ont toujours un caractère vague et indéterminé. L'abaissement de la maison d'Autriche n'apparaissait pas à Henri 1V avec autant de netteté qu'il nous apparait aujourd'hui à travers l’histoire; plus lard on prètera à Blaine des idées très précises, qui se trouvent sans doute dans son esprit, mais dont le triage n'est pas encore achevé. Aussi les journaux européens sont-ils dans l'erreur quand ïls annoncent que le congrès panaméricain à échoué. Les projets qui lui ont été soumis étaient des horsd'œuvre; tout au plus servent-ils de jalons pour l'avenir. Le point capital c'était de faire de Washington le centre du continent américain en y réunissant les délégués de
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tous les peuples qui vivent sur ce continent, c'était de donner à ces délégués une haute idée de la puissance des États-Unis. et cela est fait. Les congressistes savent par le menu quelles sont les forces militaires, commerciales, politiques et intellectuelles de la République Impériale; on leur a donné des leçons de choses; ils sont impressionnés.
Blaine n'en voulait pas davantage. Ils peuvent maintenant se disperser. Ce n’est plus à Paris ou à Berlin que leurs gouvernements prendront des inspirations; c'est à Washington. Ce n'est plus en Angleterre ou en Allemagne qu'ils enverront leurs étudiants et demanderont des professeurs; c'est à Yale, à Harvard, à Ann Arbor!.….. Bref, ce Congrès n'a rien fait de ce que la foule en attendait; mais il à élu l'oncle Sam président de l'Amérique.
Un jour, on discutait devant moi, à Paris, les conséquences européennes de la Révolution française, et l'on était unanime pour constater que les principes d'émancipation populaire avaient fait le tour du globe. « En somme, remarqua l’un d'entre nous, il n'y à plus dans le monde civilisé que deux despotes, le czar et l'empereur allemand. — Vous vous trompez, répondit un autre; ils sont quatre : vous oubliez le premier ministre anglais et le président des États-Unis. »
Sous sa forme paradoxale la remarque était profondément juste. On ne se fait pas idée chez nous des pouvoirs exorbitants du « Premier », de cet homme qui forme son cabinet à sa guise, l'étend ou le condense comme
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bon lui semble, augmente ou diminue les attributions de chacun, n'est obligé ni de réunir un conseil ni de prendre l'avis du souverain. Dans la pratique, les choses se passent plus courloisement, mais c'est pure “entillesse de sa part. Quant au président des États-Unis, sa sphère d'action est des plus vastes. Il a ses vues personnelles, sa politique... Il est le contraire d'un souverain constitutionnel, car il gouverne et ne règne pas. Mais, sans révolution, ministre et président sont à la merci du peuple, et voilà pourquoi leur despotisme n'est guère comparable à celui de Guillaume IT ou d'Alexandre.
Le citoyen américain qui veut expédier une caisse de meubles à l’autre bout du pays, ou
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trique, s'adresse à une compagnie de transports ou d'électricité; quand il veut pourvoir au gouvernement de son pays (et ce besoin se manifeste tous les quatre ans), il s'adresse de même à une compagnie qui a ses bureaux, son organisation, ses prospectus et avec laquelle il traite. Des employés bien stylés prennent sa commande et la compagnie s'engage, en retour du bulletin de vote qu'il mettra Cans l’urne, à faire les réparations et les améliorations qu'il a signalées. [l y a actuellement deux grandes compagnies de gouvernement : la Républicaine et la Démocrate. La Républicaine, plus puis-
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sante, a presque constamment obtenu le monopole depuis vingt ans. Les employés, chefs de bureau, etc., s'appellent des politiciens et on a généralement moins de considération pour eux que pour les employés, chefs de bureau, etc., des compagnies de transports ou d'électricité. Aussi, quand on veut faire l'éloge d’un président, on dit que son « administration » a été aussi bonne que celle d'une compagnie particulière! En France, c'est l’inverse : nous disons qu'une compagnie est organisée aussi bien qu'une administration publique! et c’est un compliment !
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Je ne déteste pas cette manière d'entendre le gouvernement; elle a bien ses avantages et elle est très xx° siècle, Je dois avouer, au reste, que les politiciens ne me paraissent pas aussi méprisables qu'on veut bien le dire.
C’est la passion politique qui les noircit de la sorte. La passion politique est un sport pour les Américains. Îls n’ont pas du tout de raisons de boxer moralement dans leurs journaux et parfois matériellement dans les rues. Vous ne devineriez jamais quelle différence il v a entre leurs républicains et leurs démocrates! Pensez-vous qu'ils ne soient pas d’accord sur la forme du gouvernement, sur la tolérance religieuse, sur les avantages de la démocratie, sur les bienfaits de l'instruction?
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Vous n'y èles pas! Il s’agit des soieries. Des deux côtés on pense qu’il est bon de les taxer; mais les uns voudraient des droits un peu moins élevés que les autres... Vous voyez bien quil n'y à pas de quoi fouctter un chat, ni mème tuer un homme, et que lout cela, c’est du sport!
Le patriotisme n'en existe pas moins et ses éclats ont la soudaineté et la violence de la foudre. Quand le président va se promener on le regarde passer comme on regarde, à Paris, les voitures de Old England ou les tableaux qui vont à l'Exposition. Ces jours-là, il n’est rien qu'un simple particulier... Mais quand vient le & juillet, quand une cérémonie publique nécessite son apparition, quand il est appelé à représenter le pays, on dirait un autre peuple et un autre homme. C'est l'ivresse qui les prend, tous, l'ivresse de l'enthousiasme! ils acclament, ils sortent d'eux-mêmes, ils sont fous! et lui, le petit bourgeois, quelque commun qu'il soit, il se transforme et se transligure, comme le prètre à l'autel. L'Amérique, dans ces moments-là, n'a plus qu'une âme et
celte Ame va à lui et de lui à Dieu! Parlez-
leur du # juillet, aux petits dans les écoles, aux grands dans les universités; cela fait passer une flamme dans leurs veux. Qui peut dire la force du sentiment qui les fait vibrer quand ils aperçoivent leur drapeau avec ses joyeuses raies rouges el son firmament d'étoiles, ou leur « national bird », l'aigle dorée qui semble défier l'humanité.
Est-ce que vous saisissez quelque chose de 4 tout ce que je vous dis là? Je me donne bien du mal pour vous faire comprendre ce pays et sans doute je n’y réussis guère. Mgr Keane, le Recteur de l’université catholique de Washinglon, me disait en me parlant d'un ouvrage écrit par un de nos compatriotes : « Que voulez-vous qu'un royaliste européen comprenne à notre organisation? J'espère que vous n'èles pas royaliste, car vous perdriez votre
Lemps à nous analyser. »
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On ferait bien des kilomètres autour du clobe pour avoir le plaisir de rencontrer Mer Keane; et tous ceux qui le connaissent sont unanimes pour vanter le charme de sa parole et de ses manières. Mais son modernisme porterait la terreur dans l'esprit de bien des catholiques d'Europe. Il respecte le passé, il aime le présent, il croit à l'avenir; c'est un sage. Il respecte le passé parce qu'il est très savant el qu'il sait étudier chaque époque avec les lunettes qui conviennent, et Dieu sait si on en à changé, de lunettes! Il aime le présent parce qu'il constate avec joie le bien qui se fait chaque jour autour de lui; il a foi en l'avenir
parce qu'il est Américain jusqu'au bout des
ongles et que rien ne l’effrave..…. Mon Dicu! la vie actuelle est une chasse à courre. Ceux qui ne savent pas bien monter à cheval pensent constamment qu'ils vont tomber; la vitesse les met mal à l'aise et les obstacles les secouent rudement et les déplacent, tandis que les autres, bien solides sur leurs montures el parfaitement rassurés, franchissent ces mêmes obstacles le plus facilement du monde! Les catholiques des États-Unis semblent appartenir à cette dernière catégorie; ce sont de bons cavaliers et ils n’ont peur de rien. On parle beaucoup d'eux en ce moment. Ils viennent de célébrer le centième anniversaire de l’établissement officiel du culte catholique, et de l'installation de l’évèque Carroll, qui fut l'ami de Washington. Ils étaient 40 000 alors; ils sont 10 millions à présent. Les fètes de ce centenaire religieux ont coïncidé avec l’inauguration de l'université de Washington, et une sorte de « concile laïque » s’est réuni à Baltimore pour y disculer diverses questions de presse et de propagande.
L'idée de fonder une grande université
catholique en ce pays date de loin. Les con-
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WASHINGTON El BALTIMORE. 309
ciles nationaux ‘ l'ont discutée à plusieurs reprises; celui de 1884 l’a adoptée. Miss Mary Gwendoline Caldwell, dont le grand-père était directeur de théâtre et le père fabricant de gaz à la Nouvelle-Orléans, donna 300 000 dollars (L 500 000 francs), et en peu de temps on put réunir, grâce à d'autres souscriptions, la somme de # millions. Une vaste propriété fut acquise et la première pierre fut solennellement posée le 2% mai 1888, cn présence du cardinal Gibbons, du président de la République et d'une foule immense. Mgr Spalding, évèque de Peoria, prononça ce jour-là le plus magnifique en même temps que le plus audacieux discours qui se soit jamais échappé des lèvres d’un prêtre catholique. Qu'on me permette d’en citer quelques passages : « Félicitons-nous, s'est écrié l'évêque dans une explosion de patriotisme, félicitons-nous d'avoir prouvé par des faits que le respect des lois est compatible avec la liberté civile et religieuse; qu'un peuple libre peut prospérer et grandir sans souverain et sans guerre; que l'Église et l'État peuvent
1. Ces conciles se composent de tous les évêques catholiques des États-Unis: il v en a eu trois dans ce siècle,
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agir séparément pour le bien public; que le gouvernement de la majorité, quand les hommes ont foi en Dieu et en la science, est après tout le gouvernement le plus juste et le plus sage. Cette expérience nous assure la place d’'honneur parmi les nations qui aspirent à une vie de plus en plus libre et de plus en plus noble. » Et plus loin, en guise de programme pour l'avenir : « Proposons-nous à présent de préparer l'avènement d'une organisation sociale qui assurera à chacun l'abri, la nourriture el le vêtement; conformons-nous à la divine parole : « O Israël, tu ne souffriras pas qu'il v « ait au dedans de tes frontières un seul men- « diant, un seul misérable! » Nous avons Île droit d'aspirer au moment bienheureux où nul homme ne sera condamné à un travail sans merci et sans résultat; au temps où nulle distinction n'existera plus entre les individus. » Plus loin encore : « La science nous a permis de prolonger les existences, de lutter contre la maladie, de soulager la douleur, de fertiliser la terre, d'illuminer nos villes, d'assainir nos demeures. En même temps elle nous a ouvert les abîimes du firmament et les mystérieux
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détails de la création nous ont été révélés peu à peu. Nous connaissons l’histoire du glohe, nous avons surpris les secrets de civilisalions disparues ct nos découvertes augmentent chaque jour: et tout cela n'est qu'un prélude, la préface d'un âge nouveau. Car prétendre que nos progrès sont seulement matériels, c'est manquer de bonne foi; tout indique le contraire. D’autres époques ont vu passer des figures plus saisissantes que nous n'en voyons aujourd’hui, mais jamais le monde n'avait été gouverné avec autant de sagesse et de jusice. » [ls sont peu là-bas qui parlent comme Mer Spalding! mais ils sont beaucoup qui pen-
sent comme lui.
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Le bâtiment qui a été inauguré l’autre jour ne représente qu'un septième de l'université; il est aflecté à la théologie. Les six autres seront construits ultérieurement, pour contenir la faculté des sciences et ses laboratoires, la faculté de médecine, la faculté des lettres, la faculté de droit, la bibliothèque. Les professeurs et directeurs doivent être catholiques, mais les étudiants seront admis sans distinction de culte. Actuellement il n’y a donc qu’une sorte de « séminaire supérieur », renfermant dix professeurs appartenant à la congrégalion de Saint-Sulpice et soixante jeunes prêtres qui viennent là recevoir un complément d’instruction religieuse. L'œuvre universitaire proprement dite n’est pas commencée. La cérémonie
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WWASHINGTON ET BALTIMORE. 313
d'inauguralion à eu lieu au milieu d'un grand enthousiasme; elle s'est terminée par un banquet, auquel assistaient le président Harrison, M. Blaine et les autres secrétaires d'État, ainsi que le vice-président de la République et sa femme; de nombreux loasts ont été portés, par les évèques présents, au chef de l'État, au pape, au clergé canadien, à la presse! Un évêque portant un toast à la presse! Où
allons-nous!
C'est à quelques jours de là que Mgr Keane m'a montré son université naissante, où les choses et les hommes commencaient à peine à s'installer, La curiosité publique n'étant pas encore satisfaite, les tramways amenaïent de Washington de nombreux promeneurs qui erraient librement dans l'édifice. Ils s’arrêtaient dans le vestibule devant un gigantesque portrait de Léon XIIT envoyé de Rome, essayaient les rocking-chairs du parloir, pénétraient dans la chapelle, regardaient des ouvriers poser des appareils d'éclairage électrique et s’en retournaient très contents. Et, au milieu d'eux, les élèves en soutane passaient sans baisser les yeux ni joindre les mains. Et Mgr Keane,
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que propos horriblement démocratique, mais loujours noble et élevé, Et, vue de là, l'Église catholique apparaissait sous un jour tout nouveau, pleine de jeunesse et de force, un crand navire entrant à pleines voiles dans un océan inconnu!
Élèves et professeurs ont chacun une chambre et un cabinet de travail chaulffés à l'eau chaude, éclairés à la lumière électrique: les boiseries sont soignées, les peintures, claires; mais il n'y a pas une tenture, rien qui sente le luxe inutile, à moins que les séminaristes de chez nous ne traitent de « luxe inutile » les salles de bains et la « salle de récréation ». Cette salle de récréation est située tout en haut de l'édifice. Elle contient des billards et un gymnase assez bien équipé : on peut y fumer. En voyant tout cela, j'ai demandé par plaisanterie S'il y avait un champ de jeu pour le foot-ball; el 1l m'a été répondu qu'on en installerait assurément un quand l'université serait complétée, et qu'il pourrait servir aux théologiens comme aux autres étudiants.
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jours après pour y diner et passer la journée: de quoi n'avons-nous pas causé à table et quelle indépendance de jugement s’est manifestée au lravers des conversations! Chez nous, les élèves de Saint-Sulpice ou d'Issy sont les victimes de la routine la plus incompréhensible; on ne leur permet pas de prendre deux fois d'un plat, on les fait étudier dans des pièces non chaufiées, on les force à trainer partout leur pupitre avec eux... Pourquoi? Parce que la tradition le veut ainsi. Le corps anémié, l'intelligence rétrécie, le caractère brisé, ils vont ensuite vivre dans une société qu'ils ne peuvent ni suivre ni comprendre. Ceux-ci, tout au contraire, formés pour la lutte, sont aptes à guider l'humanité.
Quand j'ai quitté Mgr Keane, il se faisait lard; un petit concert de piano et de violon s'était organisé dans la chambre de lun des professeurs et les amateurs de musique étaient groupés autour des exécutants. Je suis revenu à pied à travers des bois très sombres; j'ai longé des landes inhabitées, un mur de cimeüère; puis les bois ont reparu... Un tramway électrique a passé tout à coup devant moi,
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WASHINGTON ET BALTIMORE. 517 elissant sur un fil invisible, très vite; et ce wagon illuminé, plein de monde, courant tout seul au milieu de cette solitude noire, c'était une impression rare, une apparition incohérente... Enfin Washington s'est montré à un détour du chemin; des milliers de lumières jaunes, de grands rayons blanchàtres troublant la nuit, et une rumeur lointaine, incessante et
confuse.