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En face de la Maison-Blanche, l'asile où, quatre ans durant, l'élu de la nation goûte les douceurs et subit les lourdes charges du pouvoir, se dresse l’obélisque de 175 mètres élevé à la mémoire de George Washington. Il faul en toucher la base pour se rendre compte de ses dimensions; de loin, il passerait inaperçu n’était l'éclat mat des blocs de marbre blanc qui le composent. L'intérieur renferme un large escalier de fer qui tourne autour de la cage de l'ascenseur, Pas une fenêtre; au sommet seulement, quelques lucarnes, invisibles d'en bas, permettent d'examiner le paysage. Des lampes électriques éclairent les épaisses murailles où sont incrustées par centames les pierres com-
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lions, associations, régiments, écoles, de la République. — California, younger sister of the Union brings her golden tribute..…. Virginia who gave Washington to his country gives this granite for his monument, el ainsi de suite avec de longues louanges pour le « Père de la ’atrie », Dans cette atmosphère de tombeau, avec ces perspeclives étranges d'abime, les lueurs fantastiques des lampes et le bruit retenlissant des chaînes de l'ascenseur, tous ces noms formant une litanie patriotique sont d'un effet grandiose et inoubliable; on se prend à songer que la gloire de George Washington esl absolument pure; que tout un peuple bénit sa mémoire ; que l'univers entier admire ses vertus et que rien n'est resté de lui qui ne soit beau, honnâte, juste et enviable.….
Je lis, avec un vif intérêt, les journaux qui me donnent des nouvelles de la Révolution brésilienne et je trouve matière à réflexions dans les appréciations qu'ils contiennent. Dom Pedro est venu aux États-Unis: il y est populaire ; on lui sait gré de ses sentiments libéraux et de sa simplicité démocralique; on estime surtout ses goûts scientifiques, son humeur voyageuse, le souci qu'il a d'étendre ses connaissances, le plaisir qu'il éprouve à faire causer les spécialistes. La plupart des journaux lui consacrent chaque matin des articles élogieux qui paraitraient insultants à quiconque les lirail en Europe. Non pas qu'ils soient empreints de violence à l’égard des institutions monarchiques, ni mème qu'ils reflètent un mépris voulu
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pour tout ce qui n’est pas la République, mais les éloges adressés à la personne de l'Empereur diminuent singulièrement le prestige de l'Empire. Pour tout le monde ici, c'est un fonctionnaire révoqué, dismissed from service; le peuple brésilien ne renouvelle pas son bail, il prend d'autres arrangements et remercie son régissoeur, à la fidélité et à l'honnêteté duquel il rend hommage au moment de se séparer de lui. C'est à merveille et parfaitement dans l’ordre. L'acte lui-même est discuté et sévèrement, au point de vue de son opportunité; on émet l'avis que le Brésil va perdre au change et qu'il aurait mieux valu attendre la mort de Don Pedro pour opérer la réforme. Car ce n’est pas une Révolution, c’est une réforme. L'Empire n’est pas renversé ; 1l cesse.
Le bureau d'Éducation, institué dès 1867, a pris une extension considérable. Il est, à mon sens, admirablement organisé et sa grande utilité découle de son extrème simplicité. On v centralise tous les renseignements que l'on peut se procurer sur les écoles, collèges, universités des États de l'Union. On imprime ces documents et on les échange avec l'étranger. Rien ne se fait ni ne se publie au dehors qui ne soit connu de la sorte à Washington, et le directeur de cet important bureau est assurément l’homme qui peut en savoir le plus long sur la pédagogie universelle. Chaque année, on édite un volumineux rapport sur l'ensemble de la question, des études spéciales, des « circulaires d'informations » el des brochures historiques. [n’y à pas beaucoup
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d'employés pour une si grosse besogne; les sous-chefs sont des dames parlant plusieurs langues et remplissant leurs fonctions avec un zèle et une ponctualité remarquables. Quand donc nous déciderons-nous à ouvrir aux femmes l'entrée des bureaux, leur domaine naturel?
L'université de Georgetown appartient aux jésuites. Georgetown est un des faubourgs de la capitale et l'on s'y rend en tramway. L'université, à laquelle est annexé un collège d’enseignement secondaire, possède un bel édifice de pierres grises avec façade monumentale, clochers élégants et tour carrée d’où l'on découvre tout le panorama du Potomac. Il y a 400 élèves et pas mal d’internes. Le système est franchement américain, avec quelques restrictions cependant, relatives à la sortie en ville. C’étail un jour de pluie, il y avait foule au gymnase et surtout dans les salles de billard du sous-sol, où les plus grends peuvent fumer. Je montai ensuite à leurs chambres, que je trouvai commodes et suffisamment spacieuses, encombrées
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néanmoins de bibelots el d'accessoires sportifs. Les plus jeunes habitent des dortoirs. Il y a, bien entendu, des debating societies et un journal édité chaque mois... Le lendemain soir, j'étais chez des amis, lorsqu'on annonça un père jésuite qui venait leur demander un renseignement. Il portait le costume de clergyman, pantalon noir et redingote à collet droit. Il s’assit, prit du thé et causa le plus simplement du monde sur toute sorte de sujets.
A Baltimore, dans Charles street, une maison d'assez modeste apparence... un petit nègre m'a ouvert la porte et j'attends le cardinal. Le voici, avec un livre sous le bras; il m’emmène dans son salon; lui aussi, cause le plus simplement du monde. Il n'y a ni Éminence, ni Monseigneur, ni bague à baiser, ni bénédiction, et je pense aux évèques d'Irlande devant lesquels on se met à genoux, füt-ce dans la poussière du chemin. Ils sont pourtant bien inférieurs, dans l'échelle des valeurs humaines, à ce grand cardinal que les habitants de Baltimore saluent quand il passe et que le pays tout entier vénère. Sous la soutane liserée de rouge, le citoyen américain reparait avec sa fière admiration pour
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la forme républicaine, son culte pour « le Père de la Patrie » et son sentiment égalitaire..… Il s'en va lui-mème me chercher à l'étage supérieur des brochures qu’il veut me faire lire et, quand je prends congé, il me reconduit jusqu'à sa porte sans appeler le petit nègre et nous échangeons une poignée de main. Cette absence complète de décorum choquerait peut-être à l'archevèché de Paris, mais ici elle est dans l’ordre... Le cardinal m'a dit en riant qu'il remerciait Dicu de ne pas avoir une sentinelle à sa porte!
Le Congrès est ouvert chaque jour par des prières; les députés élisent leur chapelain et par conséquent le chapelain est toujours protestant, puisque la religion protestante est celle de la majorité. Mais, dans les législatures d'États, il n’est pas rare que l'on s'adresse alternativement aux représentants des différents cultes pour les prier d'ouvrir les séances, Le prètre catholique le fait pendant une semaine; puis c'est le tour du ministre presbytérien, du baptiste, etc. Les écoles sont indépendantes en nom, mais on y lit la Bible; les universités se disent uwnsectarian, mais on prend bien soin d'indiquer dans les prospectus qu’elles sont basées sur le sentiment chrétien. En un mot, la constitution des États- Ünis comprend un article supplémentaire sous-entendu et qui est ainsi conçu : La religion chrétienne est la religion de l'État.
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L'université Johns Hopkins à Baltimore porte le nom de son fondateur, un riche négociant qui l’a dotée de plus de 15 millions de francs. Toutefois, les actions de la compagnie de chemins de fer « Baltimore et Ohio » ayant cessé de rapporter, l'université se trouva en 1888 dans une situalion qui eût été fâcheuse partout ailleurs qu'en Amérique. Mais, dès que cette situation fut connue, un « fonds de réserve » de 543 500 francs se trouva constitué en quelques jours. Cela servit même de réclame à l'établissement et d’autres libéralités lui furent faites. Un don de 100 000 francs vint accroître le capital de la Y. M. C. A. fondée par les étudiants. Un habitant de Philadelphie envoya 500 dollars pour acheter de nouveaux appareils d'électricité... M. Hopkins n'avait pas pris une part aussi active que M. Cornell
à l'organisation de son université. Il s'en était remis aux membres du conseil institué par lui, et ceux-ci n'ont voulu ni édifices majestueux, ni vastes jardins, ni belles pelouses. « L'argent, dit M. Buisson dans son Rapport sur l'exposition «d'instruction publique de la Nouvelle-Orléans (1885), n'a été prodigué que pour donner à l’enseignement un éclat incomparable, pour appeler de tous pays les spécialistes les plus compétents, pour munir Îles laboratoires de l'outillage le plus parfait el les bibliothèques de tous les trésors scientiliques et littéraires. On a adopté le système des séminaires allemands, c’est-à-dire des petits groupes d'étudiants avancés, travaillant d'une facon méthodique sous la constante lutelle d'hommes éminents. Maîtres et étudiants ont organisé des espèces de sociétés savantes spéciales pour la philologie, la mélaphysique, les sciences proprement dites et les sciences politiques et sociales. On attend beaucoup de ce commerce intime et quotidien d’érudition. » Dans une semblable université, la préparation aux examens ordinaires occupe
nécessairement le second rang; ce qu'on cher-
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che, ce sont les intelligences d'élite pour les aider dans leur développement. Les publications périodiques, au nombre de huit, ont autorité en Europe, où déjà la Johns Hopkins jouit d’une grande réputation.
Son « département de la culture physique »
est entre les mains d'un homme fort intelhigent et chercheur, le D' Hartwell: mais la conversation que j'ai eue avec lui m'a montré que son influence ne serait pas moins néfaste pour son pays que celle du D' Sargent. Les règlements de l’université font passer devant lui tous les jeunes gens qui sont inscrits sur les registres. Il les inspecte comme un mécanicien iuspecterait une machine qu'on vient de livrer : il v a des pièces à refaire; les pisons jouent inégalement; le maximum de tra-
vail n'est pas alteint..….
C'était lier le Thanksgiving Day, « le jour d'actions de grâces ». Le président de la République, dans son message, invite les représentants de tous les cultes à s'unir pour remercier Dieu des bienfaits qu'il a accordés aux hommes au cours de l'année qui s'achève.
Le gouverneur, dans chaque État, publie également une proclamation; il n'est pas jusqu'au chef de la tribu des Cheroquees qui, rappelant à son peuple le culte que leurs ancètres rendaient à la nature, ne les convie, maintenant qu'ils sont chrétiens, à honorer en cette occasion le « seul vrai Dieu ». Le Thanksgiving est une institution puritaine; les puritains ne voulaient rien conserver des coutumes an-
elaises et ils transportèrent Noël et sa dinde
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à une autre date. Depuis, Noël a reparu, mais le Thanksgiving turkey est resté par excellence le plat qu'on mange en famille, pour célébrer la fête du foyer.
J'ai passé cette journée à New York, venant de Philadelphie, allant à Boston. L'animation était grande dans les rues; des mails couverts de draperies bleues ou jaunes conduisaient au Berkeley Oval des spectateurs enthousiastes par avance. C'était le match de football entre Princeton et Yale et on dit que 300 000 personnes y ont assisté. Princeton a remporté une victoire brillante, Le soir, quand je suis entré dans la salle à manger de l'hôtel Victoria, j'ai apercu des fleurs, des habits noirs, des toilettes blanches; on m'a présenté une rose pour ma boutonnière et un menu interminable. Le T'hanksgiving turkey m'a paru excellent parce que j'ai pensé que tous les déshérités en avaient aussi leur part. Pas une association qui n'ait pensé à eux; les prisonniers, les boys qui vendent les journaux dans les rues, les fous, les estropiés des hôpitaux et les pauvres qui cachent leur misère
dans un taudis qu'une charité discrète sait
vite découvrir, tous ont été joyeux. La Y.
M. C. A. à convié les jeunes gens qui se trouvaient sans famille et elle a quêté pour subvenir aux frais du repas... Générosité de luxe, direz-vous, mais générosité délicate, habile et tendre dont l'Angleterre et les États- Unis possèdent malheureusement le monopole! |
La Y.
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