Allusion à l'abolition de l'esclavage
Ce matin j'ai visité le Boston Collège qui appartient aux jésuites : 300 élèves, tous externes ; on ajoute des bâtiments qui permettront d*en porter le nombre à 500 ; vieille éducation classique et usage de la langue latine pour demander à sortir de classe ou à ouvrir son pupitre. En dehors de cela tout est plutôt moderne. Les Pères ne s'occupent pas des jeux, mais ils ne les dénigrent nullement; il y a un tennis et un gymnase pour les courts instants de récréation que les enfants passent au collège entre 9 heures du matin et 2 heures de Taprèsmidi; ils retournent alors chez eux avec leurs devoirs à faire; au rez-de-chaussée, j'aperçois, derrière son comptoir, une marchande!... elle leur vend, à des prix strictement contrôlés, du
pain, de la viande, de la bière, du chocolat pour le lunch !
De là je me suis rendu aux Boston Latin et English High Schooh. J'ai déjà parlé des « High Schools » ; celui-ci est un des plus anciens et des plus considérables et il est annexé à une autre école, dont le but est de préparer les jeunes gens à entrer dans les universités et à profiter de l'instruction supérieure qu'on y reçoit.
Le « Public latin School » de Boston, qui renferme aujourd'hui 467 élèves, divisés en 6 classes correspondant à 6 années de travail, est un externat, et pour y pénétrer il faut passer un examen ou produire un certificat délivré par un Grammar School '.Harvard n'existait pas encore et Boston, en tant que cité, était âgée de cinq ans quand cette école, aristocratique par son but, démocratique par sa base, fut fondée. On était en Tan de grâce 163S; Ferdinand II régnait de nom en Allemagne , l'infortuné Charles P"" régnait de droit en Angleterre et Richelieu régnait de fait en France. Les écoliers recon-
1. Écoles occupant généralement une place intermédiaire entre les écoles primaires ordinaires et les High Schools ; ce terme ne répond pas d'ailleurs à une catégorie bien déterminée.
naîtront cette date comme correspondant à la création des Intendants par le grand cardinal et à un changement de période dans la guerre de Trente ans ; ce n'est pas ici le cas de se demander s'ils savent au juste ce qu'était un intendant et si la guerre de Trente ans a été réellement coupée entranches comme unplum-cake. Revenons plutôt au révérend Cotton, qui fut selon toute probabilité le fondateur de TÉcole latine de Boston. Dès sa naissance elle fut gratuite; la ville la subventionnait et on croit qu'elle touchait aussi les revenus de quelques domaines situés dans les environs.
Le 19 avril 1775, Mas ter Lowell, qui dirigeait TEcolc, monta dans sa chaire et prononça ces simples paroles : « La guerre est commencée; je ferme la boutique »..., puis, saisi d'un remords, il ajouta dans la langue de Cicéron : « Deponite libros »■. Après quoi, ce royaliste farouche partit pour Halifax emmenant prisonnier son fils, qui l'assistait dans sa tâche et dont les tendances révolutionnaires l'inquiétaient. Quelques mois s'écoulèrent; un nouveau maître fut installé et depuis lors l'Ecole a fonctionné régulièrement et n'a cessé de croître en importance. On y fait
du latin dès la première année, du grec pendant les trois dernières seulement; on y enseigne de plus rhistoire et la géographie, le français, la littérature anglaise et un peu de sciences mathématiques et physiques.
Adossée à l'Ecole latine et communiquant avec elle par une galerie intérieure se trouve la « English High School ». Elle fut fondée le 13 janvier 1821. Elle n'est gratuite que pour les habitants de Boston. Elle prépare directement à rinstitut de technologie et à différentes institutions du même genre. Les sciences et les langues étrangères figurent largement au programme. Le cours est de quatre années et le total des élèves de 760.
Avant de m'en aller, j'assiste à une séance de déclamation et à la parade militaire. La séance a lieu dans un grand amphithéâtre rempli de monde. Les élèves déclament mal, mais on les sent rompus à ce genre d'exercice ; ils font des gestes et leur voix arrive claire et nette jusqu'aux extrémités de la salle. La timidité est vaincue et ils ne redouteront jamais de parler en public; les petits Français n'en peuvent dire autant. La parade a lieu dans le gymnase et
fQ$ UNIVERSITÉS TRANSATLANTIQUES.
M iilîre aucune particularité digne d'être signalée ; elle me confirme une fois de plus dans ma conviction que pour des enfants Texercice militaire est inutile ou nuisible. S'ils n'y prennent ]ia^ intérêt, s'ils esquissent les mouvements, s'ils fondent les efforts, c'est du temps perdu; si mi t ontraîre ils ont l'esprit tendu, s'ils s'appliquent à bien faire, s'ils guettent les ordres pour It^s exécuter énergiquement, leur cerveau travaille plus que leur corps et il en résulte celte fatigue nerveuse qui ne procure ni la santé physique ni le repos intellectuel.
Dans les eaux pures d'un lac cerclé de verdure et de collines se mire le collège de Wellesley; et sur ce lac canotent joyeusement les aimables étudiantes qui habitent ce séjour enchanteur. J'ai acheté à Boston (Wellesley en est tout proche) une photographie qui les représente en gai costume blanc, l'aviron à la main, montant des yoles de bois vernis et ayant l'air de parfaites équipières. Dans le lointain, on aperçoit le collège dressant pittoresquement ses pignons et ses clochers au milieu du plus beau parc qui se puisse imaginer. Par un bel après-midi d'octobre nous gravissions, mon ami et moi, l'allée ombragée qui mène au bâtiment principal ; toutes ces jeunes filles que nous croisions à chaque instant nous gênaient
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une rime et celle-là courir après une équation!...
La présidente a dit dans son rapport de fin d'année que Tesprit était excellent, que les étudiantes justifiaient de mieux en mieux l'indépendance qu'on leur reconnaissait, qu'elles s'entr'aidaient loyalement et facilitaient de leur mieux sa propre tâche; elle a ajouté que plusieurs s'étaient converties au christianisme qui auparavant ne croyaient pas ou ne pratiquaient pas leur religion;... et notez que le collège est unsectarian^ c'est-à-dire ne dépendant d'aucun culte. On trouve le même phénomène partout en Amérique et cela montre bien que le sentiment religieux, sinon la religion elle-même, est inséparable de l'éducation.
Wellesley fut fondé en 1875; la pension y coûte à peu près 1 730 francs. Les étudiantes vivent soit dans l'un des deux halls qui en contiennent 438, soit dans les différents cottages qui en contiennent chacun de 20 à 40. Ce qu'on leur apprend?... à peu près tout. Il est bien possible, ma foi! que les sciences dites ardues et pratiques soient d'excellents moyens de former des intelligences féminines ; mais cette
vie commune, cette liberté d'allures, ce selfgomrnment n'enlèvent-ils pas à la femme quelque chose de son charme, ne la privent-ils pas de quelque chose qui lui est nécessaire dans la vie?... et si on lui met de la sorte du plomb dans la tête , ne lui en met-on pas dans Taile en même temps? adhuc sub judice lis est, et la réponse est difficile à prévoir.
Il y a aussi un gymnase à Welleslcy et on y examine les jeunes filles comme à Harvard ; la directrice du gymnase est une élève du H' Sargent.... Voilà tout ce que j'en sais, naturellement! Mais transporté dans le domaine féminin, Vélevage systématique semble plus odieux et plus ridicule encore.... Que vont dire, si jamais ces lignes tombent sous leurs yeux, les aimables Françaises qui nous ont promenés ce jourlà? IN'aurai-je que des critiques pourtour beau collège? En tout cas il y a une chose qui n'est guère critiquable, c'est la parfaite et charmante hospitalité qu'on y reçoit.
Au retour, dans le wagon, je parcours quelques exemplaires du journal hebdomadaire publié par ces demoiselles; à la quatrième page,
j'y trouve Tannonce du mariage d'une ancienne élève de la « promotion de 88 »; et m'étant endormi, je vois en rêve, dans le monde régénéré, deux étudiantes qui se battent en duel!
Les Y. M. C. A. jouissent en Amérique delà plus étonnante prospérité; il y en a partout.- M. Mac-Lane, ministre des États-Unis h Paris, évaluait Tan dernier à 175 000 Je nombre des jeunes gens qui fréquentent les 1 240 bâtiments qu'elles possèdent : 135 de ces bâtiments représentent une valeur de 35 millions de francs; celui de New York, don de M. Vanderbilt, a coûté 915 000 francs. Leur nom est Young Men Christian Associations : Unions chrétiennes de jeunes gens; mais on les désigne communément, même dans la conversation, par les quatre lettres Y. M. C. A. — Elles ne sont pas bien anciennes et leur développement n'en est que plus prodigieux. Celle de Boston fut fondée la première en 1852. Je Tai visitée à cinq
heures et demie du soir, à Theure où Tactivité y règne.... En effet, les pianos chantaient, un cours d'allemand et un cours de sténographie étaient en train; on s'essoufflait dans le gymnase, on lisait dans le salon de lecture, on causait dans le hall; tout cela pour 2 dollars (10 francs) par an. Ajoutez-y des concerts, des conférences, une bibliothèque, un comité pour visiter et soigner les malades, un bureau de placement et mille autres institutions délicatement ingénieuses; bien entendu, ce ne sont pas les 2 dollars de cotisation qui suffisent à couvrir de telles dépenses. Mais qui ne voudrait donner pour une œuvre aussi simple et aussi utile? L'argent vient de partout et l'œuvre ne cesse de grandir. Dans toutes ces Unions il y a une cheville ouvrière : c'est le secrétaire général, qui doit être à la fois un bon administrateur et un homme de zèle et d'action. Pour former ces secrétaires généraux les Unions ont une école à Spingfield; c'est de là que sortent aussi les directeurs de gymnases, car presque partout les Unions possèdent de grands et beaux gymnases.... Il paraît que cette œuvre franchement chrétienne et dirigée par des protestants, mais
ouverte à tous et n'exigeant Ae ses meinbrcs aucune profession de foi religieuse, amène peu de conversions; et on part de là pour blâmer ses tendances et démontrer son inulilité. Tous ceux pourtant qu'elle a secourus, égayés, distraits, soutenus et instruits lui gardent une éternelle reconnaissance; et le petit employé de commerce, devenu riche, n\i partie de l'oublier dans ses générosités.
II y a, le long de la rivière Charlos, nu gyttinase populaire entouré d'une grille; li-s baiira et les cordages sont en plein air, ] t'iilriM* csL gratuite, mais il faut passer par uiio tnaiiière de tourniquet devant un gardien qui vous observe.... Une fois dans Tenceinti^ vous vous exercez à votre guise et les badauJs soûl là, appuyés contre la balustrade, à regarder Ifss nus qui se font des muscles et les autres qui lir^peusent le trop-plein de leurs forces. Aiiluur deff appareils, il y a une piste pour les t t»urc*urs.
Je viens de passer vingt heures à Lenox, luealité à la mode, située à quatre heures de Boston ; il y a là des montagnes assez pittores- ([ues, beaucoup de jolies promenades et les gens riches y ont des villas. Le moindre petit bout de terrain se vend fort cher et encore ce iTest pas tout de s'y installer; il faut se faire tfdttiettre. Les braves Américains s'y donnent le petit plaisir de faire joujou avec les coutumes ^nistocratiques; ils s'enquièrent gravement de I ascendance des nouveaux venus et de leurs parentés, et potinent pour décider s'il convient fni non de les recevoir; ces prétentions détonnent si complètement en Amérique qu'on ne [M'ut s'empêcher d'en rire. En effet, vous trouvez dans les meilleures familles une ignorance
presque absolue relativement à Torigine; on connaît ses parents, on sait à peu près ce qu'étaient ses grands-parents, le reste est dans la nuée. N'empêche que les gens de Lenox se prennent au sérieux; que de voyageurs jugent l'Amérique d'après Lenox ou l'Angleterre d'après la Chambre des pairs !
De là j'ai gagné la petite ville d'Amherst, où habite le père de l'Anthropométrie scolaire, le vénérable D' Hitchcock. L'université d'Amherst fut fondée en 1821 et 47 étudiants se présentèrent le jour de l'ouverture des cours; ils sont maintenant 360. Le conseil d'administration comprend 10 laïques et 7 ecclésiastiques; le droit de combler les vides que la mort ou les démissions font dans le conseil appartient aux anciens élèves. Cette immixtion des anciens élèves dans le gouvernement universitaire n'est pas une des moindres particularités du système américain; pour ma part, j'y vois de nombreux avantages : les Universités sont de la sorte solidement appuyées et défendues; la routine ne peut s'y installer, l'émulation est entretenue. Enfin au point de vue social que ne gagne-t-on pas à faire partie d'un groupe dont les mem-
bres peuvent ainsi marcher dans la vie en se soutenant les uns les autres? Amherst a été plus loin encore dans cette voie, en associant au gouvernement les élèves eux-mêmes. La Faculté partage le pouvoir avec un Sénat composé de i seniors, 3 juniors, 2 sophomores et 1 freshninn, délégués par leurs promotions respectives. C'est devant ces jeunes sénateurs qu'est portée toute question intéressant « le l)on ordre et le décorum ». Us la tranchent à leur guise et la signature du président rend leurs décisions exécutoires. Ce système, depuis qu'il est en usage, a pleinement satisfait ses inventeurs.
Les 360 étudiants appartiennent presque tous au Massachusetts et aux Etats voisins; quelques-uns viennent de TOuest; 5 sont étrangers; le Sud n'est représenté que par deux Virginiens. J'apprends ces choses en déboulinant dans une voiture imperceptible le long d'un chemin casse-cou qui descend dans la plaine, car Amherst est situé sur une colline que ses bâtiments élancés couronnent à ravir; c'est aujourd'hui fête athlétique : on court, on saute, on gagne des prix; c'est le Fnll Meeting, la réu-
nion d'automne. Mais le bon D' Hitchcock, on le voit, a bien moins de sympathie pour ces sports-là que pour les jolis exercices de bras et de jambes que Ton accomplit quatre fois par semaine dans son gymnase, aux sons du piano,... car il est de ceux qui croient à la musique. Les professeurs de gymnastique, aux Etats-Unis, croient ou ne croient pas à la musique. Dans le premier cas, ils se réjouissent de voir leurs élèves onduler comme des pantins selon la mélodie et d'entendre, à Taccord linal, le flac de tous les talons qui retombent à terre. Le D' Hitchcock est Tincarnation de la bonne humeur et de la bonne santé; sa foi profonde en son système achève de rendre sa personne sympathique. C'est maintenant un vieillard; il est arrivé à ses fins : il a persuadé à de nombreux disciples qu'un corps d'homme se « construit » comme une maison, que la gymnastique raisonnée et réglementée est le remède universel contre toutes les maladies, et qu'il faut se faire mesurer tous les quinze jours pour « se connaître soi-même ». Quant au rôle moral de l'athlétisme, on ne peut dire qu'il le méconnaisse;, il ne s'en doute pas. Aussi, quel parfum
matérialiste s'échappe des brochures qu'il m a remises! En vain le nom de Dieu vient-il s'y promener çà et là sans motifs; l'impression qui s'en dégage est celle d'un idéal faussé, d'une éducation terre à terre, d'un matérialisme inconscient, mais complet.
Le programme des cours n'offre ici aucune particularité : d'un côté les lettres, de l'autre les sciences, avec un trait d'union entre les deux, de façon que les forts en thème sachent au moins faire une addition et que les chiffreurs ne prennent pas Régulus pour un entrepreneur de travaux publics ; ces programmes sont assez complets, bien rédigés, et les étudiants d'Amherst paraissent de bons travailleurs. Ils ont peu de distractions; la ville est petite et ses rues à peine amorcées se perdent vite dans la campagne.
A l'hôtel, nous sommes servis à table par ces femmes que Max O'Rell a si spirituellement appelées des « duchesses », avec cette différence qu'il n'y a pas de par le monde de duchesses aussi hautaines, aussi malhonnêtes et aussi parfaitement insupportables. Leur brusquerie, leur air dégoûté, leurs regards
insolents et leurs moqueries incessantes font de ces servantes américaines un véritable cauchemar pour le voyageur lorsque, quittant les grandes cités, il s'aventure dans les bourgades du genre de celle-ci; il appelle alors de tous ses vœux le jour où la science moderne permettra de remplacer les duchesses par un fluide silencieux et obéissant.
Nous sommes partis de bon matin; le D' Hitchcock est venu me chercher pour me faire assister au service quotidien à la chapelle, lequel comprend une prière et un cantique. J'ai dû renoncer à déjeuner et mal m'en a pris : le train nous a déposés h onze heures dans un village du nom de Oakdalo qui ne produit que des gâteaux au gingembre ; il me fallut en grignoter pendant deux heures pour tromper ma faim, en attendant le moment de repartir pour Groton. A la gare de Groton, le D** Peabody nous emmena et quinze minutes après nous descendions devant le perron de son école.
Elle est toute neuve et assise dans l'herbe, sur un plateau élevé où l'air se promène librement. Le bâtiment principal, tout couvert de
plantes grimpantes, les dépendances disséminées à Tentour, le champ de jeu et un bel horizon de plaines et de collines s'alternant gracieusement composent un tableau absolument scolaire, au sens libéral et champêtre du mot. Dans quelques années, d'autres bâtiments auront surgi et Técole contiendra environ 200 élèves; aujourd'hui, elle n'en a que 50.
Leurs maîtres passeraient facilement pour leurs frères aînés; ils jouent au foot-ball avec une ardeur juvénile, tous ensemble, et rien ne peut dire l'impression de jeunesse qui s'échappe de ce milieu. Le head mastei^ lui-même n'a pas dépassé la trentaine ; c'est un clergyman et un athlète tout à la fois, la vraie incarnation des préceptes du grand Arnold; on sent en lui la passion des choses grandes et nobles, l'instinct de l'éducateur, alliés à ce sens pratique, à cette netteté de raisonnement sans lesquels l'homme le plus ardent et le mieux intentionné n'est qu'un être incomplet.
Ayant vécu en Angleterre et fréquenté les écoles anglaises, il rêvait de fonder dans son pays une de ces fabriques d'hommes dont il avait admiré là-bas le mécanisme et l'orga-
nisation. Il y rêvait en songeant à cette grande lacune dans l'éducation américaine, à cette absence de trait d'union entre les écoles primaires et les universités, à ces « High Schools » qui sont des externats où se forment l'intelligence et un peu le corps, mais à coup sûr ni la volonté ni le caractère. Quand son parti fat pris, il ne lambina pas et se mit à Toeuvre aussitôt. Il est vrai que les choses sont simplifiées en Amérique. Le D"* Peabody écrivit des lettres, beaucoup de lettres, pour dire aux gens riches que, décidé à fonder une école, il venait leur offrir l'occasion de s'honorer grandement en attachant leurs noms à une fondation importante et utile. C'est bien ainsi qu'ils le comprirent. Avant même d'écrire la première lettre il avait déjà 75 000 francs recueillis les trois premiers jours, en se promenant dan» Boston.
« Tu sais, je fonde une école, disait-il aux amis qu'il rencontrait. — Je te donne 6, 8, 40 000 dollars », répondaient ceux-ci, parfaitement convaincus, il est vrai, qu'une œuvre entreprise par le D^ Peabody devait forcément tourner à bien. Des parents et d'autres amis lui donnèrent le terrain et les constructions s'élevèrent.
LA NOUVELLE-ANGLETEHRE. 125
Quant aux élèves, on en inscrivit avant que la première pierre fût posée. Maintenant on se préoccupe de bâtir de nouveau; il faut un million. Les administrateurs font souscrire par o 000 dollars (25 000 francs) et chaque souscripteur aura le droit de faire admettre un enfant sans avoir à « prendre la file ».
Tout candidat doit avoir plus de douze ans et moins de quatorze ; il passe un examen d'entrée et ses parents versent 3 000 francs par an. Le régime est tout anglais : vie de famille ; liberté, jeux athlétiques. Au point de vue religieux, l'école est épiscopalienne, c'est-à-dire anglicane. Les élèves ont de la confiance et du bonheur plein les yeux, et le docteur les enveloppe d'un regard observateur et aimant qui ne laisse aucun doute sur les liens qui les unissent :1a paix sociale règne dans cette fabrique-là.
11 csl midi; les élèves jouent sur les polouses; Dous descenflona vers la rivière pour une promrnaflo en batetiu ; le garage est ouvert ; on sort dos 1^ i-aiioes y* canadiens en éeorce d'arbre el le docteur, vêtu de llaTielle blanche, se met k pagayer d'une main sûre, tout en devisant sur les graves problèmes de la pédagogie moderne H... Dans les eaux froides et limpides se reflète un paysage étrange.
Arbres jaunes, arbustes rouges,... UiuU's d'automne, saison des poitrinaires, où Itî sarifj se traîne dans les veines, où la sève rtnlesrrml dans les plantes, où tout s'incline wvs Ui tombe, où les malades font des rêves d agonir, où le soleil devient anémique, où le jour esl pâle, où les fleurs elles-mêmes semblent ma!saines. Saison triste et mélancolique, où les souvenirs et les regrets font monter dt*s liirmes dans les yeux, où le vent d'hiver s'exiMcr à souffler, où les feuilles détachées parsèjnrnf l;i surface des étangs, où les fils blancs lomlifiil du ciel comme pour tisser un linceul,,,, el rcla s'accroît, se précipite chaque jour; la natiiri^ a des soubresauts de vie qui se retire, el rlia^jue
iS8 UNIVERSITÉS TRANSATLANTIQUES.
jour les paysages se font plus tristes, plus vides, plus remplis d'ombres....
Jusqu'au moment où Thiver s'appesantit en maître sur les plaines et les collines et où, seul iIi'l>out, seul vivant, seul vigoureux sur la terre qui semble morte, l'homme a plus que jamais hi ronscience de sa force et l'orgueil de sa royauté.