PU
À trois heures du matin, le Roi marcha en trois colonnes à Rade-ce 18 jo:
burg. la première alla à Jessen, Gross-Döbritz, Nauenhof vers Beer- 5 walde. la seconde marcha par Marschau, Lauterbach et Uber-Ebersbach, la troisième colonne Laubach, Basslitz, Bübla, Ermensdorf, Beyersdorf. Mittel-Ebersbach etOber-Rädern. Le Roi rencontra dans sa marche des troupes légères ennemies, il leur fit donner la chasse par son avantgarde. qui leur prit 300 hommes, Croates, uhlans, Pandoures et iufan- ® terie hongroise: le reste des fuyards se retira auprès du graud corps de M. de Lacy. campé au pied des hauteurs de Berusdorf et de Recichen-
à Radeber
320 Memoiren von Heinrich be Gatt.
berg près de Berbisdorf. I] fit camper son armée en eing lignes entre Radeburg et Beerwalde et prit son quartier dans ce premier endroit. A 4 heures de l'après-midi, Sa Majesté fit venir dans son quartier tous les généraux et les officiers subalternes, il leur dit à tous que son dessein était de marcher le lendemain à M. de Laey et de l'attagner dans son 5 poste, qu'il espérait que tous ensemble feraient leur devoir et se montreraient dignes du nom prussien; que pour lui, il n'épargnerait pas sa personne, et qu'ils le verraient toujours prêt à répandre son sang pour le salut de la patrie, que les officiers et grands et petits qui se distingueraient, pouvaient s'attendre à des récompenses distinguées, mais anssi Al des flötrissures, s'ils ne faisaient pas leur devoir, qu'il n'admettrait aueune exeuse. Il recommanda enfin aux officiers subalternes de bien tenir leurs soldats en règle, surtout les nouvelles troupes que l'on n’ Fairy | eu le temps de bien dresser.
»Adieu, Messieurs«, leur dit-il, »je compte sur votre attachement la patrie, et sur votre zèle pour ma personne. «
Tel fut le discours que le Roi tint, et dont on me donna le précis: me le répéta Ini-même à 6 heures, quand je fus appelé.
»Demain, mon cher, nous nous prendrons par les oreilles, M. de Li et moi; si je le puis bien étriller, comme je l'espère, cela me mettra peu au large; j'ai tenu un discours à mes officiers, non à Ja tête des troupes comme on nous dit que les anciens en tenaient, mais à la grande garde du camp, après avoir reconnu l'ennemi; j'ai tout lieu d'espérer qu'ils auront été touchés de mon langage, et de l’assurance que je leur ai donnée des marques de distinction pour ceux qui feraient leur et d'indignation pour ceux qui y manqueraient; j'ai donné ordre au général Hülsen de me joindre avee une partie du corps qu'il a sons ses. ordres. Tous mes arrangemens sont faits, et je suis entièrement:
Dans cet instant, on lui annonça son aide de camp Dyherrn.
»Eh diable, on ne veut pas me laisser tranquille; qu'il entre
» Que voulez-vous %
»Sire, le corps du général Hülsen ne pourra arriver iei que la nuit. « *
»Bon, pourvu qu'il arrive, cela me suffit, bon soir.«
Ce Dyherrn lui donna l'idée de me parler d'un de ses général Dyherrn.
» C'était un grand inerédule, par vanité ; il s'est ensuite. le même principe, je n'aime pas ces fagons-lä; si je croyais mon cher, tout ce que vous croyez, je serais de la meilleure monde; vous me verriez aux pieds des antels aussi autre, et mourir comme zélé. Calviniste: Voltaire mourra et
1760, 18. 19. Quai. 321
pleutre, entre les mains de quelques miserables Cordeliers. vous enteudrez sûrement qu'à l'article de la mort, il aura fait maintes capucinades. je le connais. il ne croit rien, et il a peur de tout. Pour moi. mon cher, ce que je crois, je le crois de bonne foi : je ne suis point con- 5 vaincu de l'immortalité de l’äme: pour le monde, je le crois éternel: s’il y a une providence, comme une foule d'objets l'annonce, il y a pourtant bien des difficultés qu'aucun Calviniste ne pourra résoudre: le parti le plus sûr et le plus sage, au reste, est d'être honnête homme. Mais il faut gagner le lit et se lever dans quelques heures, j'ai ajusté ma barque le
10 mieux qu'il m'a été possible, j'ai fait un peu le fanfaron aujourd'hui, en assurant mes officiers que tout irait à merveille, il ne faut pas faire voir ni les craintes ni le dessous des cartes. Bon soir et bonne nuit : tenez élevées bien demain vos mains vers le ciel, et gardez-vous de les laisser tomber. «
15 Si le Roi avait inspiré sa confiance pour des succès aux généraux ct autres officiers de l'armée qu'il avait harangués, il n'avait pas produit le même au quartier général: en sortant de chez lui, je fus entouré d'une foule d'officiers qui n'étaient du tout point pour la bataille qui devait sc donner le lendemain.
2 »Pourquoi cette bataille? pourquoi s'aventurer ainsi? le terrain qui mène à l'ennemi est difficile, le poste du général Lacy est redoutable. le maréchal Daun est marché sûrement pour sontenir Lacy — au lieu d'une armée à combattre, on en aura deux sur les bras, et n'a-t-on pas assez (le revers, sans vouloir s'exposer à d'autres encore ?:
25 Tous voyaient noir.
‚Messieurs«, leur dis-je. »je ne connais point ni les chemins ni le poste de M. de Lacy — mais ce que je puis vous dire, c’est que le Roi. qui a bien reconnu l'ennemi et 8a position, le croit très attaquable. et quil est très tranquille sur l'événement: bon soir, Messieurs, à demain
5 uous en saurons plus qu'aujourd'hui.
On alla vers les 2 heures du matin à l'ennemi, nos hussards poussés ce 19 j
en avant avertirent que M. de Lacy n'était plus là, des déserteurs confirmereut cette nouvelle, ils dirent que leur général était decampe à minuit et ctait allé, comme ils l'avaient entendu, couvrir la droite du 37, maréchal Daun dans la position de Lausa. Lo Roi, à cette nonvelle, prit quelques bataillons de grenadiers, des dragons et des hussards, et alla ainsi à la poursuite de l'ennemi dont il fit quelques prisonniers: il fit eceuper par ses troupes le terrain que l'ennemi avait quitté. l'aile droite Rétendait à Berbigdorf, derrière lequel est un grand bois qui te sétend au delà de Moritzburg. jusqu'à Dresde: l'aile gauche fut appayée à Radeburg. le général IHtisen reçut l'ordre de partir encore le même
Yurtıtatienen à à Ereup. Ztaatdardiven. XXII. 21
a» Kadabı
322 Memoiren von Heinrich de Cat.
jour pour l’ancien camp de Proschwitz, afin qu'il fût à portée de soutenir le colonel de Linden qui campait au delà de l'Elbe, et de couvrir Ia boulangerie, qui était encore à Meissen.
Après tous ces arrangemens, le Roi revint à Radeburg avec ss suite; il m'assura que l’armée en général brülait du désir de se battre 5 et quelle taxait unanimement de poltrons les ennemis qui étaient décampés comme des pleutres.
A 6 heures, je fus appelé, le Roi me parut de bien mauvaise bumeur, il grondait tous ses gens qui faisaient mal, et avec une lenteur qui l'empatientait, tout ce qu'il leur ordonnait de faire; un verre d'eau de-m mandé ne venait pas assez à temps, un aide de camp n'était pas là au moment qu'il devait y être, les lettres qu'on apportait à la signature, auraient dû depuis longtemps être déja expédiées — l'impatience était extrême.
» Vous me voyez bien inquiet et bien triste (je ne le voyais quets trop), mon coup m’a raté, mon cher, tristement raté, j'aurais une grande envie de me pendre; n'avez-vous eu jamais cette envie-Iä?«
»Non, Sire, et je ne l'aurai jamais; Elle m'a dit quelquefois que | &’était une grande sottise que celle de se pendre, et qu'il y avait d'autres moyens de s’expedier, si on en avait la fantaisie. »
»Voyez pourtant comme le guignon me poursuit; j'ai toutes les pro babilités possibles de battre ee Laey, et il faut qu'il m’&chappe; peut être s’est-on trop avancé la veille avec l'avant-garde ; quoi qu'il en soit, u mon sort n'est pas digne d'envie — l'envieriez-vous tel que vous mele voyez ?u
Il ne me donna pas le temps de lui répondre.
» Vous seriez bien un grand fou, si vous pouviez envier un mal heureux comme je le suis; à quoi sert cette gloire qu'on exalte Est-on un grand homme, à quoi cela aboutira-t-il, quand on ne plus? Un grand homme d’ailleurs n'est censé et jugé tel qu'après passé par de là les murailles du monde. «
Sur ce que je lui dis qu'il y en avait un que j'avais connaître et qui l'était déjà de son vivant, il poussa un profond en me regardant assez fixement.
»Adieu, mon cher, je suis excédé de fatigue et de tristesse} me coucher, sans espérer beaucoup de repos: n'oubliéz pas de porter demain une eorde.«
Il sourit pourtant à ce mot.
Pendant notre séjour à Radeburg, il y eut de qui n'aboutirent à rien — mes séances continuèrent même elles furent toujours bien tristes, mais celle du 25
1760, 19.— 25. Zuni. 323
Les ennemis avaient tiré victoire; malgré les peines qu'on se donna, 24 jui on ne put apprendre la raison de cette réjouissance, on se perdait en conjectures, mais lc soir on en fut malheureusement au fait. Vers les 5 heures du soir de ce jour, un officier des postes avancés de l'ennemi
>. désira parler à un des nôtres.
» Je suis fâchéc, lui dit l'Autrichien, » d'avoir à vous apprendre une mauvaise nouvelle. Le général Loudon a pris le général Fouqné avec tout son corps, c'est pour ce beau coup que nous avons fait tirer notre réjonissance.
1u A l'ouïc de cette catastrophe, l'officier envoya au quartier général pour en instruire Sa Majesté. Comme elle dormait, l'aide de camp qui était du jour, attendit le lendemain pour faire ce triste rapport.
» Le Roi, me dit l'aide de camp, » fut frappé de cette nouvelle, comme ce 25 j: d'un coup de foudret, et si frappé que pendant quelques minutes il resta
15 immobile à considérer l’aide de camp avec ce regard d'étonnement qui aunonçait la plus profonde tristesse.
» Fouqué pris, son corps pris, cela est-il possible ?e
C'est tout ce qu'il dit à l'officier.
» Schon gut.«
20 Le Roi me fit appeler à 9 heures, sa tristesse me parut plus tran-ce 25 ji quille que je ne l'avais vue dans de semblables occasions, et elle me „60 pénétra davantage: point ces mots de barbares, de brigands, de catins "ir" qui veulent anéantir.
» Mon bon Catte, dit-il, »avouez que je suis bien malheureux; ma
25 vie vraiment me devient bien à charge — comme le sort me persécute dans ma vicillesse. Sans un grand coup, il n'y a pas moyen de me tirer de là' Vous no sauriez croire ce que je souffre, comme tout se révolte chez moi, et combien on gémit, quand on est plein comme je le suis de l'honneur de sauver la patrie. Il faut ici, dans ce moment, faire bonne
3% contenance — ah qu'elle me coûte, mon ami!«
Tout ceci fut dit, en faisant bien de pauses, et on poussant des soupirs. Plus je voyais le Roi souffrant ce désastre sans déchainement. et comme il souffrait ces attaques de goutte durant lesquelles il était la
„ ‚douceur même, plus j'étais affligé de ce malheur et de la manière dont 35il le soutenait. Je répandis des larmes, le Roi les vit, et, tenant sa main sur mon épaule :
» Vous ne vous lassez done pas, mon cher, d'un malheureux — que vous tes luin de ces amis qui abandonnent ceux qui leur sont inutiles ou qui sont accablés sous le poids de l'infortune, c'est ce que je vois
4u cependant tous les jours — faites-moi le plaisir de revenir ce soir vers les 5 heures. je vais monter à cheval pour essayer de faire di-
324 Memotren von Heinrich be Gatt.
version, sil est possible, à mes idées si chagrines, et voir ce qui se + passe.« ee 2 Ai Je fus à l'heure qu'on avait fixée, je n'y fus que pour apprendre ansoira qu'après minuit on ferait une marche en arrière qui ne serait que I d'un mille. 5
»Je n'ai été capable aujourd’hui de quoi que ce soit, ma pauvre tête est si confuse qu'elle est incapable de me fournir quelques idées; pentêtre se remettra-t-elle. «
Ce n'est pas pour votre tête, Sire, que je crains, mais pour Sa santé si essentielle au moment prösent.« LI
»Eh, mon ami, vous me flattez — si je ne puis finir cette rude besogne, bien d’autres la finiront pour moi et se tireront peut-être mieux que moi de tonte cette bagarre affreuse. «
» J'en doute très fort, Sire.«
»Et moi, je n’en doute point. On dit aux rois, que deviendrait l'Etat si Votre Majesté venait à lui manquer? — et les Etats vont leur train, qu'ils meurent ou qu'ils vivent; souvent même après lenr mort les affaires vont mieux que de leur vivant. «
J'aurais fait sentir la différence des deux cas, mais il me dit le bon soir : »il faut dormir un pen.«
26 juin On décampa de Radeburg à 1 heure après minuit pour marcher à
1700 Gross-Dübritz, où l'armée campa sur les montagnes entre eet endroit et
ant e. Hohendorf; l'aile droite fut appuyée à Gross-Dübritz, on fit faire der-
al rière ce village un abattis large de 300 pieds, auquel travaillérent des
soldats commandés de tonte l'armée, et qui reçurent 4 gros par jour;#
l'aile gauche, tenant à Hohendorf, fut garnie de redontes et de grosse
artillerie; on forma devant le front du camp de grandes batteries, to
fut retranché; derrière l'aile gauche, à Grossenhayn, on établit la langerie.
Le Roi ne me fit point appeler ce premier jour de son souffrit beaucoup d'une colique hémorrhoïdale, que ses gens eolique d'indigestion; le lendemain, j'eus l'ordre de m'y rendre ä4
»Hier, mon cher, j'ai souffert toute l'après-midi d'une lique, le moyen d'être bien avec la fichue vie que je mène! Nonssomn ici dans un bon camp, où nous resterons encore quelques jours tranquillement, je pense, pourvu qu'on ne vienne point anmoneer nouveaux malheurs; on n'ouvre jamais ma porte, que je ne me die voici une triste nouvelle! Je bénis le ciel, quand, en entrant/n m’apprend que de petites pertes, faites-vous une idée de cette px de mon âme! En est-il une pareille? Je dois faire pourtant bonn tenanee, et morblen je la ferai jusqu'à mon dernier soupir,
1760, 25.— 30. Juni. 325
»Cette cruelle et désolante affaire de mon cher Fouqué dérange entièrement tontes mes mesures: je puis moins à présent que jamais abandonner la Saxe, à moins que par adresse je n'engage la toque hénite à me auivre partout où je voudrais marcher. Je n'ai encore aucun détail
du désastre de mon ami, il a pu être malheureux et succomber. car que peut la valeur contre le nombre! Mais je auis bien sûr qu'il se sera défendu comme un brave officier et sûrement point rendu comme ces c..... de Maxen, je connais de longue main mon Fouqué, c'est un des plus braves et des plus intelligens officiers que j'aie eus depuis que de fatales 10 cireonstances m ont forcé à faire des guerres. mais vit-il encore ?«
Le Roi fat bien triste toute cette soirée. il le fut un peu moins dans les denx séances qui suivirent, mais quand le 29 il cut des details sur la prise de son cher Fouqné. la tristesse augmenta fort ct les expressions en furent violentes.
15 Il me fit appeler à 7 heures.
»J ai des nouvelles qui vons feront horreur, Loudon et ses consorts se sont conduits en barbares: après la prisce de Fouqué. ils ont fait piller Landshut d’une manière infâme et inouïe, que vons aurez peine à croire, ee que toute âme un peu honnête et sensible n'aurait jamais pu #'ima-
2 giner : les généraux même ont applaudi et souri à la cruauté et aux exec# de ces brigands qui saccageaient cette pauvre ville: ils n'ont fait quartier qu'à la misère, un bel cxcès de barbarie, il crie vengeance, si j'en puis tirer une éclatante, elle s'exercera sur ces furicux et sur ecux qui exeitent leurs cruantés et les animent aux forfaits. Je vous l'ai dit,
25 mon cher. la gucrre qui ne se fait qu'en barbare. perd toutes les mœurs et fait de l'homme un être sauvage, elle les rend brutaux, féroce ct barbares: je ne saurais vous dire. mon cher. jusqu'où va mon indignation ct ma colère.«
Le Roi n'avait pas besoin de me le dire. je ne lc voyais que trop.
30 son état me peinait. et je frémissais en pensant aux reprerailles qui ne manqueraicnt pas. quand on aurait l'occasion de ler faire. I] se promena à grands par et à différentes reprises dans sa chambre. en répétant:
»Ent-ce là faire la guerre. est-ce là se conduire en hommes, en of-
ficicrs qui. nourris dans le carnage, respectent néanmoins lex mal- 2 heureux ct leurs prêtent den secours!
ce 29 jı
a Gros Dobrit
Le lendemain. le Roi revint encore à la charge. avec autant dece 30 jı
violence que la veille. les sarcasmes ne furent pas épargués. » Avouez que ces b..... n'ont pas eu beauconp à faire pour enlever le corps de mon pauvre Fouqué, 28,000 hommes contre 5,000, ce be n’eat pas la de quoi s'extasier. c'est se faire A peu de frais. aux yeux des ignares, une réputation brillante. Laissons ces bêtes féroces à leur
a (iross
Dobrit:
326 Memoiren von Heinrich be Catt.
orgueil, à leurs eruantés, laissons-les se pavaner de leurs succès, de leurs pillages et de leurs brigandages. Peut-être j'aurai ma revanche, et, sans être barbares comme ils le sont, je leur ferai sentir bien dra qu'il ne faut pas l'être.
»Ne yous l'avais-je pas dit que Fouqué se eonduirait en homme # d'honneur et qu'il donnerait un exemple frappant de ee que peut contre le nombre la valeur et la fermeté? Il s'est comporté en Romain. Ia fait depuis 2 heures du matin jusqu'à 10 tout ce que l'habileté, la prudence, jointe au courage, pouvait faire, dans une situation si Il a reçu deux blessures, on me mande qu'il s'en tirera bien, j'étais fu-ın rieusement inquiet sur son sujet, on ne retrouve pas aisément un tel homme ; au reste l'ennemi a fait une perte assez considérable, je vons parlerai demain de toute cette triste et barbare aventure; bon seit, je dois écrire encore quelques lettres. «
I ne fut point question ce jour, où je fus appelé à 2 heures, de ces qui concernait la perte que l'on venait de faire, et cela me fit plaisir, car je souffrais de voir le Roi s'échauffer au récit de cette affaire.
»Je vous ai fait venir de bonne heure, mon cher, pour vous dire que nous marcherons dans la nuit; ainsi arrangez-vous, vous aurez pour | cela tout le temps nécessaire, je veux essayer de prendre M. de Latys par les oreilles, si je puis les lui bien allonger, ee sera un petit adoncissement à mes peines; je vais monter à cheval et me coucher an re tour, bon jour et bon soir, priez un peu pour nous tous.«
En sortant de chez le Roi, je fus chez M. de Gaudi!}, son aide de camp; comme cet habile et malin officier tenait un journal de la 25 pagne, qu'on lui envoyait régulièrement des details de tont ce quise passait dans l’armée et dans les corps détachés, je le priai de m’instraire de l'affaire de Landshut, ce qu'il fit obligeamment.
» Le Roi est furieux,« me dit-il, »de cette affaire et du pillage inou de Landshut, il est de la plus mauvaise humeur du monde, il tout le monde, ne l'avez-vous pas remarqué?+
» J'ai vu qu'il était assez triste, le moyen d'être autrement? ré, là une grande perte.«
‚Elle est bien plus grande qu'il ne l'imagine, voici ce qui en estde l'histoire tragique. Le général Fouqué, avec un corps de 8,000 ha mes au plus, était posté près de Landshut dans un camp nous avons parcouru ce poste, vous vous le rappellerez, quand nos, campions près de Reichhennersdorf. Le général avait pris ce camp pour avoir une communication à Glatz par la Bohême, il savait,
1) Que le général Hülsen avait envoyé au Roi avec un rapport. . 1
1760, 30. Zuni — 2. Juli. 327
en voulait à cette place: Loudon qui pénètre les vues de M. de Fouqué, qui voit la nécessité de le chasser de son poste, l'attaque à 2 heures du matin. le 23, avec cinq corps, et en cinq endroits. Le général Wolfersdorff attaque le long de la rivière de Bober par Reichhennersdorf, le
> général Janus de l'autre côté du village, le général Gaisruck, le long du village de Zieder. Loudon et le général Müffling. plus forts du triple que le général Fouqué. enveloppent les bataillons prussiens postés à de grands intervalles sur les hauteurs de Buch et les chassent par Nieder-Zicder.
10 > Loudon détache alors sa cavalerie. pour couper la retraite à .Schweïdnitz et à Breslau, Fouqué est repoussé jusqu'à la rivière de Bober entre Landshut et Breitenau. et dans cette belle retraite qu'il avait faite. il est blessé et pris: il a combattu vaillamment ainsi que les troupes : dans son malheur même, il s'est fait une gloire immortelle.
15 Nous avons perdu près de 8.000 hommes, 40 canons ct 24 drapeaux. Les enneinis y ont été pour 2,900 hommes. Parmi nos $.000 hommes perdus. 6.000 ont été faits prisonniers. Voilà le vrai de la chose. mais n'en parlez à personne. je vous prie, j'attends l’ordre du Roi pour rejoindre le général [ülsen.
20 A deux heures du matin. l'armée marcha en trois colonnes à Quolsdorf au camp: la première colonne par Nieder-Ebersbach, Kuners-
dorf. Lötschen. Sacka et Rühradorf. la seconde colonne marcha sur Bie-*
berach. Mühlbach. Tiendorf, Welkander et Sella, la troisième colonne alla par Grossenhayn à Schönfeld. Lüttichau et Zochau, au camp.
25 Le camp fut assis sur la montagne devant Quolsdorf. l'aile gauche vers Zietsch, et la droite vers la petite ville de Krakau: devant le front était une petite rivière appelée Pulsnitz. L'armée reçut pour deux jours biscuit au lieu de pain.
Le Roi. que je vis à 4 heures l'après-midi. n'était du tout point de
40 l'humeur des jours précédens. la gaieté qu'il avait ou qu'il affectait, me fit plaisir.
» Quoique las comme un chien de la marche que nous avons faite. je suis bien cependant, l'idée d’etriller un peu M. de Lacy me met à mon aise. je me réjouis. et je me livre à cette idée agréable: il serait bien
3 tempx que j cusse quelque bonheur, mes troupes et moi. nous nous en trouverions très bien pour cette campagne. «
A l'ouïe de ce langage. je disais en moi-même : il ne faut pas vendre la peau de l'ours avant qu'on l'ait mis par terre; et je souriais.
» De quoi riez-vous. mon cher?
ww »De ce que Votre Majesté eat contente, je desire que Ser espérances ne soient point trompées. «
ce 2 juille
| 328 Memoiren von Heinrich be Cat.
»Je le désire plus que vous encore, je erois que vous n'en dontez pas, j'ai fait la nuit précédente un songe bien singulier, mais n'allez pas vous imaginer que je fasse le moindre fond sur les extravagances d'un rêve. Je songeais done que je me trouvais à Strasbourg avee le mardehal Daun, qui tout à eoup, sans savoir comment, fut transporté aveë moi à ï Charlottenbourg, là je vois mon père et le vieux Dessau, »Me suis-je bien conduit” dis-je à celui-ci, — >Très bien. « — » Cela me réjouit, votre approbation et celle de mon père me flattent plus que celle de l'univers entier. «— Comme je disais cela, vient un hussard qui annonce que les Français sont en pleine marche. »Dois-je attaquer?« demandai-je auın vieux prince. » Oui.+
»Et, là-dessus, mon cher, je m'éveille — : se peut-il quelque chose de plus bizarre que ee songe? eh bien, croiriez-vous que tout bizarre et tout extravagant qu'il est, il serait pour bien des gens qui au- | raient fait ce songe-là, un sujet de craintes ou d'espérances, aussi follestà les unes que les autres.« |
Après le récit du songe, le Roi me Int la Chartreuse de Gresset, | dont il récita de mémoire la plus grande partie, il appuya beaueonp sur ces vers,
Que le palais le plus pompeux Souvent renferme un misérable — »Mais, Monsieur, vous ne me dites mot sur ce que je vous récites cependant, ne voilà pas mal des vers que je vous dis sans voir le livre®e »J'admire Sa mémoire, et si je voulais vous admirer sur tont ee qui. mérite de l'être, je vous aeeablerais par mon admiration. « F I me tira une très belle révérence.
»Tröve aux éloges, Monsieur, vous me gâteriez, songeons à à trouver un peu de repos ehez le divin Morphée, car demain, passerons de Sa Divinite; bon soir, mon ami, dormez bien et ue songes pas de batailles. « 44 Le Roi sortit à cheval dans la matinée, il expédia beaneoup "3 gaie à son retour et à 6 heures du soir il fit venir chez Ini toute la gi er laquelle il communiqua son idée d'attaquer le lendemain M. Bénéral »Jespere«, dit le Roi, »que chacun fera son devoir, je fi ment le mien; voici l'ordre de l'attaque, que chacun se le mette la tête, afin qu'on agisse comme un jour d'exercice à Potsdam. Tous assurèrent Sa Majesté qu'ils ne s’öpargneraient pas se montreraient dignes du nom prussien qu'ils avaient I porter.
Elle parut enchantée de ce langage, fit à tous les plus hea plimens du monde et embrassa les généraux qui étaient leplusi
1760, 2.—4. Guii. 329
le général de Zieten. qui, dans son langage tout uni et tout simple. témoigna plus de zèle peut-être que les autres n'en avaient témoigné. fut ausai le plus embrassé et serré : le digne et respectable vieillard, en sortant de chez le Roi. fit plusiears gambades telles qu'aurait pu faire un
5jeune homme. il prit un des généraux à qui il en fit faire de même, sécriant Vive notre bon, notre cher, notre grand Roi. qui ne se sacrifierait pas pour lui !«
Ces gambades et ces cris furent aperçns ct entendus du Roi. qui en fat pénétré, à ee que me dit le Jaquais qui m'ordonna de me rendre tout
iv de suite chez lui.
Je n'aperçus. en entrant. de l'émotion du Monarque.
„Vous me voyez tout saisi de ce que j'ai vu, j'ai appelé mes généraux. je leur ai donné mes instructions sur la bataille que nous livrerons demain. mon bon vieux Zicten surtout a fait des kauts de joie tels qu'en
15 ferait un jeune homme qui devrait aller à une fête. on aurait dit qu'il voulait communiquer à tout ce qui l'entoarait son courage et kon zèle: quel excellent homme que ee brave Zieten! Faites votre paquet. mou eher. et allez vous reposer, ni vous ni moi n'aurons pas de temps à perdre, ear je pars dans la nait; un peu de bonheur , ınon ami. un peu de bon-
20 heur. ct tout ge réparcra. Bon soir, si je suis demain, nous nous reverrons.»
Les tentes avaient déjà été détendues la veille à 9 heures du soir. l'armée. après minuit. ge mit en marche en trois colonnes vers Liehtenberg. où le général de Laev était posté avec son corps sur des montagnes
25 et des collines avant devant son front des défilés. du bois et der maraix.
La première colonne alla par Steinborn. Stentz. para pro de Lausnitz pour arriver à Lomnitz. la seconde colonne mareha droit sur Künigwbrtick. Hückendorf etGross-Nauendorf. la troisième colonne passa prés de Schmorke. Weissbach. Reichenau près de Hohen-Eule. et alla à
#0 Mittelbaeh. Comme l'ennemi s'était retiré avec tant de précipitation qu'on ne put l'atteindre. le Roi mareha à Pulsnitz. où il prit le camp. l'aile droite tonchant à cette ville et l'aile gauche an Staffenberg-Grand. On prit dans cette marehe 200 hommes de l'arrière-gnrde ennemie. hunsards et nhlans. Sa Majesté logea au châtean'}. on m'y assigna une
chambre: soit que le Roi fût nn peu indisposé. ee dont je ne pus m'as- «urer. quoique logeant au même endroit, soit qu'il ne vonlüt par me parler de la manœuvre habile du général Laey qui lui avait échappé. et qu'il eroyait la veille battre à plate couture. il ne me fit point appeler:
I Appartenant au colonel de Gersdorff, au service de Saxe; il avait pris sa dé- 84 mission aprés la priso des Saxons à Pirna.
à l’uisnit quartie general
330 Memoiren von Geinrid be Œatt.
il me fit dire seulement par le coureur que je devais me eoucher, puisque l'on repartirait dans la nuit et que je devais m'attendre à loger le lendemain chez de vieilles religieuses.
E Bin A 2 heures du matin, l’armée marcha à gauche en trois colonnes
i760 au camp près de Marienstern, la première colonne prit le grand chemin #
* Marien“ par Rehnsdorf, Elster et Kriepitz, la seconde suivit Mersdorf, Poritz et Banschwitz, la troisitme marcha par Weisbach, Nieder-Gersdorf, Prieditz et Miltitz au camp, l'aile gauche toncha au cloître Marienstern, et l'aile droite au village de Kannewitz; devant le village étaient deux grandes redoutes et des ravelins faits jadis par le général suédois de M Moltke dans le temps que les Suédois furent en Saxe; derrière le front était Kamenz et l’Elster. — — — A trois heures du matin, l’armée se mit en marche pour le camp de Nieder-Gurk, la première colonne passa Mecknitz, Milkwitz, Bornitz, Dallsg witz et Doberschütz, la seconde colonne alla par Lauske, Luga, Quoas, là. aurer 8% Radibor, Klein-Dubrau et Piskowitz, la troisième colonne prit son ehemin par Buschwitz, Uebigau, Luppe, Lomske et Leichnam pour le camp, l'aile droite devant Doberschütz et l'aile gauche à la montagne du monlin de Malsehwitz — e’était à quelque chose près le même camp que prit Sa Majesté après la perte de la bataille d'Hochkirchen: ce camp était alors sur des collines, et, ce jour-ci, on campait dans la plaine; on perdit dans cette marche près de 200 hommes, frappés d’apoplexie, la chaleur était extrême. Je ne fus point appelé ce jour-ci, le Roi fatigué et échauffé par la marche et par la chaleur, eut de violens maux de tête qui Vobligerent à se mettre sur son lit. »
ce A 4 heures de l'après-midi, j'eus ordre de paraître, on était de fort
à Er mauvaise humeur de tout ce qui s'était passé dans la matinée.
LE “Hier, mon cher, je fus malade toute la journée et incapable de faire quoi que ce soit, ma tête était si confuse que je n'aurais pu mettre deux idées de suite, ce sont les effets de la belle vie que je mène; cette vie-là ne vous charme-t-elle pas?«
» Non, Sire, je n'y vois rien de fort agréable. »D'agréable, dites, je vous prie: je n'y vois rien que d'éponvantable, et vous direz bene, recte et reclissime.«
ce 6 juillet
Œaaebider von Heinrich de Œatt aus den Jahren 1758—1760.
Die Seitenzahlen am äußeren Rande vermeifen auf die entfpredenben Stellen der Memoiren.
Arrivé le 13 à Breslau, j'eus l'honneur à 5 heures du soir de faire ma révérence au Roi. qui me reçut bien gracieusement. Il m'exposa ses vues sur moi, en ne voulant pourtant point me gêner. Le lendemain,
5 j'eus l'honneur de saluer encore ce Prince, qui partit le 15 pour l'armée. Je restai à Breslau pour faire mon équipage, et pendant ce temps-là Jai vu ce qu'il y a de micax dans cette ville.
Le 27. jarrivai à Kloster-Grüssau, village attenant à Landshut. Je
pris logement au couvent dans une chambre où il sentait diablement Io mauvais: je crois que depuis son existence elle n'avait pas été balavée.
Il y a une église dont la construction est belle, il y a de béaux tableanx. la peinture des voftes est belle aussi, mais trop chargée.
Le soir je fus chez le Roi. J'y trouvais là un officier qui lui avait
1: présenté un livre. Sa Majesté lai fit de très bonnes remarques.
Le lendemain, 28, j'y fas à 7 heures [et] demie du soir: je causai et lus de ce livre de l'officier: il se servait beaucoup da pi/em ct du mot de Aussards de César. Cela fit rire Sa Majesté.
Le 29. j'y fus à 9 heures, et j'y restai jusqu'à 11 heures et un quart.
zu Le Roi me donna une ode qu'il venait de composer sur la retraite des Français. Il y avait des endroits très intéressans. Il me montra ansai d'autres pièces. Une ode Pindarique fut belle, sur l'état présent des affaires: une pièce en vers alexandrins adressée à la princesse de Baireuth. il y avait des endroits touchans: une autre sar le hasard, à In 2: princesse Amélie: une autre sur les écraseurs.
Après ces lectures nous parlämes de [lollande. Je rappelai à Sa Majesté son voyage en Hollande, nous rimes beaucoup là-dessus. Sa Majesté me fit la description de son voyage de Strasbourg. Le due de Broglie commandait là. Le Roi était allé là avec Algarotti. II faillit
Isoavoir une dispute. Un officier lui demanda : Qui est ec Monsieur? Le Roi lui dit. C'est un Italien de l'Italie. L'officier se fâchn. On raeeommerdla tout cela. Le Roi avait invité plusieurs personnes à manger. Le
1 Lie geiperrt gedrudten Worte find im Original mit griechiichen Yettern gefdricben,
13 mars p. 6 11 mars '
15 mars
27 mars
28 mars
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30 mars
334 Tageblider von Heinrid) be Catt. due de Broglie disait : Au moins prenez garde, c'est un étranger! I vous invite pour jouer et acerocher votre argent. — On vint diner. On dit au Roi s'il voulait jouer. Il dit que son père lui avait défendn de jouer, lorsqu'il entreprit son voyage, et qu'il voulait obéir. On rapports cela au Due, qui dit que c'était une finesse. Un tambour qui se tronvait 5 là par hasard et avait servi chez le Roi, le reconnut. Il le dit au Due. Celni-ei le prit pour un imposteur. Le Roi arrivé, le Due était dans un coin de la chambre, tenant le tambour et lui disant : Vois bien, coquin, si tu me trompes! — Alors le Due vint, lui dit : Je suis maréchal, Jai un ordre et le meilleur gouvernement. On dit que vous êtes le roi dem Prusse. Est-il vrai? — Non. — Eh bien, vous êtes son frère. — Je vous jure que non. — La seene était fort plaisante, et je ris IA de tonte mon âme.
Le 30, j'y fus à 8 et je restai jusqu'après 11 heures, Sa Majesté me lut deux chants d'un poëme de la guerre, adressé à son neveu. Lab
. poésie en est eoulante, il y a des images, du feu et pas de sécheresse.
1er avril p.26
"sur ce qu'elle deviendra, sil y avait de l'inconvénient dans Ia religion
3 beaucoup. On trouva les vers mauvais et qu'il n'y avait point del
Je lus une &pitre au maréchal Keith sur le troisième livre de Luerèce. Après ces lectures nous parlämes d’auteurs, il marqua qu'il ne faisait cas des connaissances qu'autant que la vertu les accompagnait. Me paris | de Voltaire, de ses indignités, de ses tracasseries, de son esprit. nz avait défendu de faire paraître son Akakia. Cependant il le fait imprimer. Le Roi le fait venir, le jette au feu. Alors Voltaire serie! Quoi, préférer Maupertuis sur homme comme moi! me traiter ainsi, mai qui était bien auprès d’un monarque etc.
Il est sûr que l'Abbé a trahi son bienfaiteur, On a surpris des
Nous parlämes ensuite de métaphysique, sur la nature de läme,
qu'elle fût matérielle, c'est que je proposai. Le 31, Sa Majesté lut Zphigénie en Tauride ; nous en
logues; cependant qu'il y avait des situations intéressantes. Dans endroit, page 40, scène 5, acte 3, il y a un vers de Pylade, : étonnement il apprenne du Roi
Jusqu'où de l'amitié s'étend l'auguste loi —
Il ne faut guère se fier à ces bougres-là, dit-il.
Le 1% avril, j'y fus fort peu de temps et ne lus point. Sa M était fatiguée. Je sortis rempli d’admiration pour elle. 8! d'une chose comment décider les Hollandais. »Pourquoi, di ploierait-on la violence, que nous ont-ils fait, ne sont-ils pas les ım d'agir ou non? I] faut les éclairer, mais non les forcer, et de qu les forcerait-on?«
1758, 29. März — 13. April. 335
Le 2, j'ai entendu lire des vers. Quelle douceur de mœurs, égalité d'âme, vertu, toutes ces pièces respirent! On ne s’y permet pas la moindre eritique, ni malignité.
J'écrivis à M. de Fontenailles, capitaine français:
5 J'ai reçu votre lettre et vos vers. Un rossignol qui chante avec tant de mélodie, ne peut pas languir dans un pays où il fait entendre des tons aussi doux, et on doit assez s'intéresser à ses chants pour chercher à le retenir, pour en entendre de nouveaux. Au reste, on tächera de prendre des arrangemons, et s'ils sont possibles, vous
lu pouvez cspérer d'y être compris. 'signe.: Fr.
3. Unsoir qu'onétait bien gai, d'Argens dit qu'il ferait bien l'exercice. Maupertuis commanda, et d’Argens prit une pelle. — —
On a vudans des papiers que Bestushew avait fait em-
15 puisonner en Pologne trois personnes de France.
4. Sa Majesté me fit l'honneur de me lire une épitre satirique contre la manière de voyager. Donna d'excellentes leçons. Nous parlämes des caprits, de la crainte de la mort et des préjugés dont on remplit la tete des jeunes gens. Sur le tonnerre. A ce dernier égard elle dit
20 qu un argument était simple. Je cours plus de risque à cheval etc. ete.
Le 10 j'y fus à sept ct demie ct restai jusqu'à unze. Je ne lus point. On parla sur différens sujets de philosophie et sur Bacon.
Le 11 je n'y fus pas.
Le 12 j y fus une demi-heure. Sa Majesté était malade, elle souf-
25 frait au point quil lui était impossible de tenir les yeux ouverts. Cependant elle était toujours à la conversation. Souffrait tranquillement. me parla de ses jardins de Potsdam; que la nature y paraissait plus que l'art: comment il avait ajusté les fleurs pour qu'elles offrissent un spectacle agréable. — Il parla médecine ct de ces remèdes qu'on indique,
30 dont on ne voit pas la relation qu'ils peuvent avoir avec nos maux, comme des cordes de boyaux qu'on porte pour se garantir des hémorrhoïdes. de l'aimant pour se préserver de la goutte. Sa Majesté m'expliqua comment ses hémorrhoïdes avaient lieu, et quoique je souffre beaucoup. dit-elle. s'il fallait monter à cheval, je monterais.
3; Le 13 j'y fus et restai deux heures. Je ne lus point. Nous parlames sur différens sujets, sur le bonheur dont les hommes étaient suseeptibles, sur la nécessité de prémunir les enfans cuntre ces impressions facheuses des préjugés. Voltaire malade parlera de croix, d'extréme onction et de toutes ces sottises. Toland, dit-il, croyait au Diable dans
so sa maladie et en avait peur. Nous purlâmes ensuite du tonnerre. de ses effets et des esprits. Je Jui racontai l'histoire de ces esprits d’Ütrecht.
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15 avril 16 avril
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336 Tageblicher von Heinrich be Gatt.
Le 14, j'y fus à 7 heures et demie et revins à 9 heures. Sa Majesté me dit en entrant: » Je lis Racine. C’est mon poète favori. Voulez-vous que je joue la tragédie — allons, approchons-nous du feu !« Sa Majesté Int tout Zphigénie en Aulide, Iut avec beaneoup d'art, savait différens moreeaux par cœur; donnait, à ce qu'il me parut, le ton aux choses. On fit 5 quelques remarques, et à la fin dit: Voilà qui est fait; j'ai bien gagné mon souper. Bon soir!
Le 15, je ne fus pas appelé, le Roi n'était pas bien.
Le 16, j'y fus à 7 heures et demie. Sa Majesté me parla du fort qu'on avait pris. Les grenadiers dirent aux Autrichiens: Canaille, si ia vous continuez à faire feu, point de quartier! Ils mirent bas les armes, ils ne s'étaient aperçus qu'on montait, qu'à l'instant même les soldats étaient déjà dans les fauxbourgs. Sa Majesté me parla ensuite de is bataille de Kolin, qui avait été perdue, parce qu'un corps avait donné contre ses ordres et il ny eut pas moyen de le retirer. On parla dem Lissa. Sa Majesté m’expliqua les mouvemens quelle avait faits pour les attaquer en flanc. Cela alla grand train. On parla ensuite de la bataille @Hochstädt, où Sa Majesté dit que l'on avait fait une faute de placer de la cavalerie dans le centre; elle avait vu ce champ de bataille et l'avait examiné avec soin.
Ensuite je proposai quelques difficultés sur Z’Iphigenie de Racine. Sa Majesté en goüta quelques-unes et dit: »1l ne faut pas tant méts physiquer, cela gäte le plaisir; voulez-vons que je vous en lise encore une? mais il faudra prendre du tabac à chaque acte!« Sa Majesté en savait plusieurs morceaux par cœur. C’est Phèdre. Au troisième actes on vint apporter la capitulation de Schweidnitz. Sa Majesté questions assez l'adjudant. Elle parla de gens blessés, et à chaque dese F Majesté paraissait souffrir. L’adjudant se retire. Je félicite Sa Cela est bon, dit-elle; cause encore là-dessus et, puis, pense instans, va vers une carte, observe, médite encore et tout de quitte. »Adieu, Monsieur, je dois encore faire écrire.« Sa Ma composé l'histoire de la guerre qu'elle fera mettre dans les veut qu'on la juge après l'avoir entendue: Je sens bien, dit nous autres hommes faisons tous des fautes; il faut les avoner. sortis à 10 heures. Je ne lus point. «
Le 18 je fus chez D. D. à 3 heures et demie et me parla de I; tecture de l'église de Grüssau , sur laquelle il fit de bonnes rer que la porte était trop enfoncée, que les pilastres ne devaient en haut, et il me parla de celle de Potsdam, de la maison de Souci. Nous raisonnämes sur les passions, et pourquoi les d reussissaient si pen dans leur projet de corriger. (Quil faudr:
1356, 14.— 22. Aprit. 337
des médecines. Enfin nous finimes par traiter le sujet du secret, grand art icle] dans la guerre. Je ne lus point. J'ai mangé avec M. du Four, or lieutenant-colonel de hussards, qui fut pris à Ruppersdorf. Je l'ai vu à Grüssau.
5 19. Parti de Grüssau, lieu infâme par la malpropreté et le mauvais air: quelquefois il y aura dans un jour les quatre saisons. Je me mis en voiture à 4 heures et demie avec le trésorier privé; j'arrivai à 1 heure à Schwenkfeld, à une lieue de Schweïdnitz. D. D. me fit appeler à 5 heures et je restai jusqu'à 8. Je ne lus point. Nous parlâmes sur le
10 tracas de la guerre, sur les vues de l'ennemi; combien il fallait de secret pour les tromper; sur la chasse des Français. Le Roi avait donné un plan au prince Ferdinand qu'il ne voulut pas suivre. Ensuite le Roi lui écrivit qu'ille laisserait faire. Il s’en trouva mal et revint. Enfin nous raisonnâmes sur la manière de
ısservirdes Françaisoùil y a bien des abus. Les Autrichiens valent mieux: proprement en France, ce qu'il y a de bon, sont les colonels.
Je lai dis comment je sentais comment Sa Majesté pouvait faire d'excellentes troupes. »Comrhent donc?«, dit-elle. 1° par le secret: 2 2° Votre Majesté s'expose: 3° voit tout par Elle-même. Je fus logé dans une chambre puante à $ heures et demie, avec huit personnes et sur de la paille, sans mon bagage, qui est resté en arrière. 20. Je restai à Schwenkfeld encore sans mon équipage que je crus perdu. parce que les hussards avaient fait une course. Le soir je couchai 25 à an quart de lieue du quartier sur.la paille. Je fus à Schweidnitz, je vis la sape, les batteries et le fort numéro 1 qu'on avait pris d'assaut. Presque toutes les batteries étaient démontées. Je fus aux mines et aux casemates, qui sont fort belles.
21. Parti à5 heures en voiture pour Nimptsch à 3 milles deSchwenk- %ofeld J'appris en partant qu'une partie de mon bagage était arrivée. Je fas chez D. D. à 5 et y restai jusqu’à 7 heures et demie. Il me badina sur mon ignorance en équipage; me dit que je ne m’entendais rien làdedans. me donna des avis; nous parlämes sur la difficulté de se faire un nom. Il voudrait qu'il y eût des gens pour faire des extraits de buns æslivres d'histoire et autres sciences: il me lut les trois derniers chants de son poème sur la guerre, où les préceptes étaient égayés par beaueoup d'exemples. Je ne lus point.
22. Parti à 5 à cheval et arrivé à 11 à Münsterberg, où je trouvai une nouvelle partie des gardes venues de Leipzig. Je fus chez D. D. à #3 5 heures et en sortis à 5. Il me parla des Hollandais, de leur peu de gvût, imita leur façon de parler et m'amusa beaucoup. Je lus une ode Yariılarıonen a. d. Breuß. Etaatéariven. XXL. 22
19 avril
20 avri
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22 avr
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338 Tageblcper vom Heinrid) be Cat.
sur la fermeté, une &pitre au marquis sur l'incertitude de nos connaissances, une autre que D[ieu] conserve toujours l'espèce, et non l'individu, et il finit par me recommander d’avoir encore un cheval de bât. »Jene suis pas, dit-il, de ceux qui tournent la joue, quand on leur a donné un souffflet].« s
Cette ville n'a rien d’interessant. Il y avait foire. Tous ces gens-là ont à peu près la même physiognomie. Je logeai chez une veuve, et l'on devait passer dans ma chambre pour aller dans la leur; ainsi j'avais la vue de jolies filles.
24. D, D. partit seul à 4 heures pour Glatz pour faire quelque dis-w position et en imposer à l'ennemi. Il fit dans un assez manvais temps 10 milles, 6 à cheval et 4 en voiture. »Je pourrai vous dire dans eing jours si je serai heureux ou malheureux.« Nous parlâmes d'auteurs et de style: celui de Bossuet l’enlève, il goûte fort celui de Fléchier.
25. Parti de Münsterberg en voiture à 4; arrivé à 11 à Neisse. Quels beau spectacle! 20,000 hommes arrivent là de différents côtés, sans qu'on en sût rien. Se glissaient le long des collines. Personne n'en apprit rien qu'au moment. Il me demanda si je devinais où il voulait aller, m’expliqua son plan et donna des raisons: 1% pour éloigner le plus des frontières, [2°] pour mieux subsister, 3% pour les» mener où l’on voudrait combattre. Nous parlâmes beaucoup sur les connaissances des hommes, sur leurs faussetés. Rien ne le touche plus que les gens faux. Ils lui sont en horreur. Il dit que, quand il était trompé, il lisait Mare-Antonin.
Me rappela un article de sa grand'mère de Hanovre du marguiss de Desalleurs. Comment peuvent-elles se laisser séduire, dit-elle en parlant des dames de France. — Mais un bijou. — Bon. — Mais, dit Desalleurs, un collier de perles. — Oh, dame, vous m'en dires tant. Voilà le monde, dit D. D. P
Il me témoigna combien il était touché de la misère des soldats, le jour de bataille était un jour d'horreur. Mais Votre Majesté s'expost. » Pourquoi ne m'exposerais-je pas, lorsque tant de gens s'exposent: moi, pour mon Etat!« Plus je [vois ce Prince, plus j'ai des l'aimer et de l’honorer.
J'ai vu les fortifications, qui sont belles. Le fort il y a une belle batterie. Beaucoup de mines. L'autre côté de lar peut être inondé. La ville est assez grande, bigarrée. Je fus ie la maison de l'évêque, où était le Roi.
26. Je parcourus la ville et les forts. Quelle tranquillité a de monde! Point de désordre. Je fus chez D. D. à cing re restai jusqu'à 8. Je ne Ins point. La conversation ronla sur ia gw
1758, 22.— 30. April. 339
sur les opérations de cette campagne: que, si dans un jour on ne devinait pas son secret, cela irait bien et que les autres devraient bien le suivre. Je lui dis ce qu'on pensait en Suisse sur son sujet. Ils me font bien de l'honneur, dit-il. — — 11 me demanda s’il y avait bien l'air d’un S départ. Je dis que non. Le régiment hussard Zieten arriva la. On a
laissé à Neisse le premier bataillon des gardes: le régiment Forcade, Gardes grenadiers, Itzenplitz, Lattorff, prince Branswick, Sers partirent. ll y aura bien à 40 à 50,000 hommes. L'armée en tout est de 211,000, dont 12,000 malades. J'avais vis-à-vis de mes fenêtres une jolie
ww fille coquette de 15 ans. Reçu une lettre de Suisse du Docteur : envoyé une à Gualtieri, à M. de Z., au Professeur.
27. Parti de Neisse à 4 heures et demie du matin. En route, je rencontrai mille hommes échangés que les Prussiens avaient perdus à la bataille de Kolin et de Breslau. La ville de Neustadt où je vins, est
15 assez jolie, plus gaie que Neisse. Les gens m'y ont paru assez lourds. Je fus logé chez un cafétier, maître d'un billard. Je fus appelé chez D. D. à 5 heures et y restai une heure et demie. Je ne lus point. Il me dit: Vous avez l'air tout à fait guerrier. Nous parlämes d’architecture à l'occasion des toits des maisons de Neustadt qui sont à l'italienne.
20 [l ıne fit sur du papier le plan du chäteau de Potsdam et me parla de Sans-Souci, des fabriques, de ce qu'il voulait faire encore.
25. Vendredi. Parti de Neustadt à 4 heures et demie. Arrivé à une heure et demie à Sancrwitz, vilain trou, où je fus diablement mal logé: à côté de mon lit une poule pendait, de l'autre une couvait. Je
2; ne fus point appelé.
29. Samedi. Parti à 4 heures et demie. Arrivé à Troppau à 11 heures. Cette ville me parut assez gaie. Il y a de fort belles filles et des maris, dit-on, fort jaloux. Ses dames bourgeoises sont grisctten pour la plupart. Le corps des marchands vint prier qu'on ne pillât point.
30 D. D. répondit qu'il n'était pas Trenck, qu'il n'était pas venu pour piller. Je fus présenté là au prince de Würtemberg. Le soir auparavant il y avait eu dans la ville 500 Pandours ou Croates qui sont partis le matin. Je fus appelé à 5 heures et ne lus point. Sa Majesté était bien fatiguée. Elle se plaignait de ses yeux. On parla de guerre.
35 »J'arriverai le troisième jour, et l'ennemi seulement le neuvième. Je neveuxrien dire à présent: mais quand je serai dans mon champ et verrai la résolution de l'ennemi, alors je me déciderai et dirai ce qui arrivera.« Il me montra des vers, une ode chagrine sur la Fortune, faite à Leipzig: une épithalame sur le mariage
de son frere Henri. et un sermon qu'il avait fait et qu'il m'a donné. —
30. Dimanche. Jour de repos. Loge ces deux jours au palais du
un 2
27 avri
28 avr!
29 avri
30 avr!
der mai
4 mai
340 Tageblider von Heinrich be Eat, s u prince Liechtenstein, où le chätelain vint me dire en fort beau latin que je pouvais disposer de tout. Diné chez le prince Ferdinand. Jai vu le collège des Jésuites, où il ya d'assez beaux tableaux et des gens bien gras. Vu le capitaine Warnery. Je fus chez D. D,, qui me Int les 3 derniers actes de Phèdre et me parla de ses plans. : On se louait plus, à Troppau, des troupes prussiennes que des autrichiennes. Je trouvai dans ma chambre on mes chambres — car j'en avais quatre de suite — où avaient été les Pandours, ces deux vers: Parmi les intérêts qui divisent la terre, - Nous serons exposés aux horreurs de In guerre. LL]
1” mai. Lundi. Parti de Troppau à 4 heures et demie et arrivé à un triste village nommé Alt-Zeschdorf, à un quart de lieue de Bautsch, petite ville où une maladie épidémique avait enlevé tous les habitans. Le chemin était terrible. En passant la Morawa, il y a un roe comme &.Jogne. Quelle peine pour faire passer le train d’artillerie! Les hnssarde en montant la montagne, avaient mis pied à terre, ee qui faisait un coup d'œil. Chaque soldat s'oceupa d'abord à tuer toutes les poules des paysans, oies. On enlevait les barrières autour des maisons, et on #'était logé dans les temples. Je fus logé chez un paysan, où le jeudi auparıvant avaient été quatre hussards autrichiens et Pandours. Fort mat vais gite. Je ne fus pas appelé. er
2 mai. Mardi. A 4 heures et demie à cheval. Je fus tonjours à vant-garde. Quelquefois je me suis trouvé avec la patro: de hussards. Je erus une fois que l’on en viendraitaux je me tronvaiavee ces hussards dans un bois où ils a allumé un grand feu. Passé par Bautsch, par Domstadt, village montagneux, et arrivé à Gibau, petite ville. Une heure il y avait eu 6 régimens autrichiens qui avaient tout enlevé au paysan. Je fus appelé à 6 heures et y restai jusqu'à $ heures et Il me dit qu'il avait envoyé pour faire une expédition et enlever un gasin, ce qui a été exécuté. Je lus différentes pièces de ses verss véritable honneur. M’entretint beaucoup sur ce que ferait Da) attendrait qu'on eût placé les batteries. y
3 mai. Mercredi. Parti à 4 heures et demie et arrivé par des, à 11 heures à Starnau, à 1 mille d’Olmütz. Le Roi soceupa sa cavalerie et infanterie et à former le camp. Ce jour chal Keith avec l’armée et le prince Maurice. Je logeai chez ıı Ma vue était le camp de la cavalerie et une partie d'infanterie}, colline où était un beau couvent et un lac formé par ur ire
1758, 30. April — 7. Mai. 341
mains. Onleurenlevaittout. pluslesvalets que les soldats. Le noir jallai faire un tour an camp. Je ne fus pas appelé. 4 mai. Jeudi. Levé à 3 et parti à 8 pour Littau, ville coupée par différens canaux. Digues où les Autrichiens auraient bien pu chicaner. > Venu à 3 heures. Il y avait eu près de là des hussards dont on prit 30; pluaieurs étaient blessés dangereusement. Je les voyais panser. et ce qui me fit plaisir, fut de voir les hussards prussiens en prendre soin, leur donner des liqueurs pour les faire revenir. les soutenir et les emhrasser. Je vis défiler les hussards de Zieten.. de Werner, cuirasxiers. 10 dragons et plusieurs régimens d'infanterie. Je ne fus pas appelé. Je logeai chez un boulanger parlant latin. Il avait une fort jolie fille.
5 mai. Vendredi. Le Roi partit à 7 heures pour faire une expédition. ll enleva un magasin de foin et de farine, cent hussards: prit Prossnitz. poste important: les autres hussards s'étaient retirés. Dans
15 cette affaire un hussard prussien eut le bras coupé entièrement d'un coup de sabre. D. D. fut de la à Olmtitz, où il savanga jusqu'à 600 pias]) et revint au galop à 5 heures.
Cette ville de Littau est assez gaie, entourée d'eau et de la rivière qui serpente. Les maisons ne sont pas fort jolies. Les toits sont plats.
20 1 v a plusieurs piliers de pierre sur le dôme de la maison, et pour tuyau il y a des égonts de bois qui s'avancent hors de la maison et dans la rue de prés de 5 pieds.
6 mai. Samedi. Le Roi partit à 7 pour visiter les postes et revint à midi et donna ordre d’empaqueter. Partit à 3 heures pour venir cam-
25 per à Aschmeritz. La droite du camp est appuyée à Littau, la gauche à une montagne ou défilé. Je fus chez D. D. un instant. Il m'appela en me voyant passer. me demanda ai j'étais content de tout cela et si je me formais une idée du tout. L'idée du Roi était que Daun |se] retirait A Brünn. Je vis le camp le soir et me retirai à fa retraite.
3% J'écrivis au colonel Werner pour me fournir der chevaux.
7 mai. Dimanche. Reçu des cartes et une Innette de M. Girard, avec une lettre dudit pour M. Mitchell. Reçu une de Gualtiéri. Tous ces paysans de la Moravie ont tous der portraits de diables, des saints. Le Roi partit de grand matin, fit 6 milles et revint à 5. Je fus appelé à
357 et ne lus point. D. D. me dit: »Eh bien, que dites-vous de cela ? Avouez que vous n'y entendez rien, avouez-le de bonne foi.« Je dis ce que je comprenais. Nous parlämes des plans de Daun et nous raisonnâmes sar l'amitié. Il me parla beanconp de son ami Jordan. mort dela vérole. Nous en parlämer à l'occasion de Gualtiéri dont je lui parlai. Il paraît
wavoir beaucoup aimé ce Jordan : c'était un homme franc d'un commerce aisé. mais craignant épouvantablement la mort.
6 mai
mai
8 mai
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8 mai. Lundi. Il n’arriva rien de nouveau. Le Roi alla visiter les postes, comme à l'ordinaire. Je fus chez D. D. à 5 et y restai jusqu'à 8 heures et demie. Que de sujets nous traitämes: d'abord de la guerre, des plans du M. Daun, qu'il chercherait à inquiéter les convois; mais qu'on y avait mis ordre. J’exposai l'état de Gualtiéri, ce qui nous mena à s la Hollande, dont nous raisonnämes. Me fit mille questions sur les Hollandais, le sentiment qui y règne. — — — Sur la fidélité des femmes. Sur la Princesse. »Je la vis pour la première fois, à Loo, elle vint à moi en trépignantetlevanttout à coup la tête. Je suis bien aise de voir Votre Altesse.« Il me parla de l'éducation, commelt il élevait son neveu. »Il faut accoutumer les enfans à être raisonnables, mais il ne faut pas trop les gêner; qu'ils fassent des sottises — — Je fais passer tous les généraux devant lui, et si on lui témoigne trop de déférence, cela ne me fait pas plaisir.« Il me parla de la bataille de Kolin et m'exposa sur le papier comment elle avait été perdu. Dit par la len-1 teur du due de Bevern, qui n'aurait pas dû reculer, et par la perte de Keyserlingk qui fut tué par un Pandour. Lui avait surtont contribué à gagner la bataille de Reichenberg. Voici le plan du terrain:
Tout le mal fut d'attaquer en a et de prêter ainsi le flane, au lien d'attaquer en c. Nous parlâmes enfin des maux que son pays avait soufferts. Sa Majesté en paraissait bien touchée. »Que je plains ves pauvres gens! De ce qu'on la laissait seule agir.« Il faut se dédom mager. Le pays de Clèves rapporte en temps de paix 500 mille deu, dont il reste 300 pour le pays pour entretien, et les Français exigesien 3 millions. Dit qu'il ne tirait point de subsides et n’en tirerait point
9 mai. Mardi. Je parcourus le camp et fus le soir chez D. D. I m’exposa sa marche. Je lus des vers qu'il avait composés; il mien id aussi. Q
10. Mercredi. Je fus © en ville chez M. de Balbi et vis avec li batterie qui défend l'approche. Je revins au camp et fus le soir D. D. Je ne lus point. Il m'expliqua sa marche, comme il avait fi pour en imposer à l'ennemi. Que, quand tout cela serait fini, il y au des plaies à bander et soigner. Qu'il avait des infirmités; qu'il vieux; qu'il ne vivrait pas longtemps: idées qui m’aflligerent au que je n'étais plus à aucune des choses qu'il me dit ensuite.
1758, 8.— 14. Mai. 343
11. Jeudi. Parti à 5 heures d'Aschmeritz et arrivé à 12 à Schmirsitz ou trou pourri, à une lieue de Prossnitz. Le village a 52 maisons, elles sont assez propres et bien blanchies. Il y a une fourmillière d’enfans, dans ces villages de la Moravie, gros et gras. On les laisse aller en
5 chemise sans bonnet. Les femmes portent les petits de cinq ou six mois dans un linge qu'elles mettent autour de leur corps. Les femmes sont laides et assez malpropres.
Je fus chez D. D. qui me dit qu'il pouvait m'assurer à présent qu'il prendrait Olmütz sans coup férir. Le camp est très bien appuyé, sur
10 ane hanteur à gauche, un village devant, des marais de front. la cavalerie derrière. Nous parlämes de la Hollande. Fit l'éloge de la maison de Z. »Vous étiez là avec douceur: quelle différence '!« Il m'entretint de ce qu'il avait souffert l'année dernière, que son esprit s'aigrit à l'idée de la trahison: qu'il ne peut sonner combien il a regretté la Reine sa
15 mère, et que, dès qu'il apprenait une nouvelle bonne ou mauvaise, s'était comme s'il avait la fièvre chaude, que tout son sang montait à la tête.
12. Vendredi. Je fus an camp et le soir chez D. D. Il me parla des plans de guerre, trouvait que je raisonnais mieux sur ce sujet que Guichard. Il m'entretint de ses petits soupers qu'il faisait et de la
20 vie philosophique qu'il menait à SansSonci. I] lut Athalie. Nous parlämes sur ce qui fait l'agrément de la conversation; qu'il voudrait pouvoir être simple particulier. M’exposa le train de sa vie à Potsdam. J'ai une quarantaine de lettres à lire pour mon déjeûner: la moitié ne disent rien, le quart sont très indifférentes, le reste de mauvaises nou-
25 velles.«
13. Samedi. Le Roi est parti à 4 heures du matin pour faire une expédition. Prit des cuirassicrs, infanterie, canon. Il voulait favoriser an fourrage et pour cela attaquer quelques regimens de cavalerie autrichienne au delà de Prossnitz campés sur une hauteur à laquelle il
0 fallait aller par trois défilés. En se hätant un peu plus où un peu moins pour avoir le canon, on les aurait surpris on dispersés. On leur a fait pres de 50 prisonniers. Je fus chez 7). D., y restai une heure et demie. Il me Int de 7’ Art d'aimer et me parla de ses officiers dont il fait grand can. (rénéral Seydlitz. Il me parla très avantageusement de M. Len-
$ talus. Je dinai chez le prince Ferdinand avec Messieurs Mitchell et Yorke.
14. Dimanche. Fus après 6 heures. Il Int de 2’ Art d'aimer, le critiqua. Je dis que Gresset me plaisait infiniment. Il dit qu'il y avait pourtant des fautes, lut Zpitre à ma Muse, men fit la critique. Nous
#parlämes enfin de différentes manières de manger et des vins, de ses
+ 4-4. mme...
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15, Lundi, Je fus à Prossnitz, jolie ville, fort gaie. M ya une belle place. Les juifs fort erasseux y sont en plus grand nombre que les gens. Les environs sont fort gais. Belle plaine, beaucoup de grains, Je fus chez D. D. à 7 heures. Il continua la critique de 7’ Epitre àvma Muse avec beaucoup de rigueur et de justesse. Il me dit: »Voltaire min 5 tenu un parti bien rude: Voilà qui ne vaut pas le diable, dit-il. Ponfl cela peut passer, cela doit être effacé. Il refaisait jusqu'à cent fois. Comment est-il possible que vous ayez fait ces quatre vers qui sont bons? Le reste ne vaut rien.«
Je lui dis que j'avais fait une pièce en vers pour une belle. Hat Int, la ‚eritiqua, »Oh, je vous en ferai une autre. L'avez-vons baisée% Non, dis-je. Il en composa une page en ma présence et me montra un dictionnaire qu'il s'était fait pendant les dernières guerres.
16. Mardi. Il m'appela à $ heures et demie, me montra Népitre,
». 66—69 me parla de poésie. »Je la corrigerai et vous la donnerai.« m
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17. Mercredi. Je fus chez Sa Majesté, qui me donna la piéeede vers pour copier. On s'entretint beaucoup de la Hollande, de la manière d'y vivre. :