‹ Uranographie, ou traité élémentaire d'astronomie a l'usage des personnes peu versées dans les mathématiques accompagné de planisphèresChapitre 45 sur 123 · MASSES PLANÉTAIRES · texte numérisé non relu

MASSES PLANÉTAIRES

globe tend à le faire passer de A en B dans un temps très-court ; mais l’attraction solaire l’amène eu G ; BC est donc la quantité dont la Terre tombe dans cette durée. Comme elle décrit une courbe presque circulaire en 865 jours et un quart , il est aisé de calculer le petit arc AC qu’elle parcourt sur son orbite en une seconde de temps , et par suite la longueur BCdont le Soleil fait tomber la Terre. Et puisque les corps tombent ici de A”*, 9 dans cette durée, nous avons tous les cléments pour conclure le rapport des masses du Soleil et de la Terre. C’est ainsi qu’on trouve que la première est 354936 fois In seconde; ou en d’autres termes, si l’on mettait le Soleil dans le plateau d’une balance, il faudrait, pour faire équilibre; mettre dans l’autre plateau 354936 globes comme la Terre.

Puisqiie les masses des corps célestes font éprouver des perturbations aux corps qui en sont voisins, on peut encore obtenir ces masses par l’étude de ces petits déplacements. Mais ceux qui ont des satellites permettent de faire le calcul avec plus de précision. On remarque que les satellites sont si petits par rapport à leur planète, et cellc-ci est si éloignée du Soleil, que l’action d’une planète et de ses satellites est In même que si leurs masses étaient réunies à leur centre commun de gravité : ainsi les autres corps célestes ne sont influencés que par un point matériel doué de la masse collective. Les niasses des satellites sont d’ailleurs négligeables, dans une première approximation, comparativement à celle de la planète , comme ccllc-ci l’est par rapport au Soleil : on corrige ensuite le résultat que donne cette supposition.

On démontre que si l’on divise le cube du grand axe d’une planète par le carré de sa révolution sidérale ; et qu’on divise de même le cube du grand axe d’un de ses satellites par le carré de sa révolution autour de la planète; le rapport de ces deux quotients est égal à celui des masses du Soleil et de la planète. C’est ainsi qu’on a déterminé les masses des corps qui ont des satellites. Les dernières recherches de MM. Airy et Santini ont donné pour la masse de Jupiter le 1049” do celle du Sideil, ou 388 fois celle de la Terre.

Les densités étant les.quotients des masses divisées par les volumes, sont ensuite faciles à obtenir.

La Table XllI contient les rapports des masses et des densités de ces planètes. On voit que la masse du Soleil est environ 355 mille fois celle de la Terre , mais que sa densité n’en est que le quart; que la masse de Vénns est presque égale à celle de la Terre, et sa densité un peu inférieure, etc.

La masse de la Lune se déduit de l’intensité de son action dans les

MA.'^SF.S m.ANÉTAinES.

ninrées; elle est 0,0128 (environ le 78') de celle de la Terre ; et comme aon volume en est le 49°, la densité lunaire est 0,01S, ou à peu près les I de celle de notre globe.

Xa même Table XIII fait connaître la pesanteur à la surface des planètes. Un poids transporté, par exemple, à la surface du Soleil, y deviendrait tout à coup près de 28 fois ce qu’il est ici, du moins abstraction faite de la force centrifuge due à la rotation de-t:e globe immense Ce résultat suit de ce que l’action attractive croit comme les masses et décroit comme les carres des distances. On peut donc en calculer la grandeur pour une planète dont on connaît la masse et le volume. On voit au.ssi dans ce tableau qu’au lieu de tomber, comme ici, de 15 pieds dans la 1" seconde, les corps tombent à la surface solaire de 314 pieds.

On a supposé que les planètes étaient habitées par des êtres vivant.*; mais les conditions de leur existence y seraient tellement différentes de ce que nous connaissons sur la Terre, que l’analogie nous manque j)Our tirer une semblable conclusion, et que nous ne pouvons nous former aucune idée de l’organisation de ces êtres. La Lune n’ayant ni atmosphère, ni liquides, ne pourrait être habitée par des individus renfermant des fluides, ayant besoin d’air pour respirer, et même pourvus de membres articulés, puisque aucun liquide ne lubréfierail les articulations. Récemment on s’est amusé à créer par imagination des individus dans la Lune; on a prétendu les avoir vus, ainsi que leurs villes et leurs campagnes : ces folies ne seraient que ri.sibles, si l’on n’avait essayé de les faire croire en les attribuant à ÎII. Herschcll.

Si les planètes , dit ce savant , sont habitées comme notre Terre, les conditions de la vie animale doivent y être modifiées sous trois rapports principaux : d’abord en raison de la diflcrencedes quantités de lumière et de chaleur qu’elles reçoivent du Soleil; en second lieu, à cau.so des inégalités dans l’intensité de la pesanteur à leur surface ; troisièincincnl, ê cause de la diversité de nature des matières qui les constituent, à en juger d’après ce que nous savons de leurs densités moyennes. L’intensité de la radiation solaire est environ

* Le calcnl montre qu'ii faudrait dix milliard* d'allelage* chacuu de dix milliard* de chevaux pour traîner la IcrreUrc, sur un *oI semhlahic à ceux où roulciil nos voitures,

(^iic penser des notions poétiques qui faisaient traîner par 4 chevaux le Soleil, qui est 355 mille fois plus pesant! On trouve aussi qu'un homme du poids de 6o kil., qui serait transporté à la surface de Jupiter, en pèserait tout à coup i63, comme si l'on eût chargé scs épaules du poids de ic3 kil ; mais à la surface du Soleil , il serait écrasé sons sa propre masse, rcuJuc s8 fois plus pesante.

7 foi« pins grande pour Heronre que pour la Terre , et pour yranus S20 fois moindre : de sorte que, si l'on compare les deux termes extrêmes, le rapport sera celui de 2000 à 1. Que l’on se figure l’état de notre globe , si la radiation solaire était septnplée, ou réduite à su 300* partie.

Bans Mercure , la résine , la cire seraient liquides comme l’huile chex nous; certains métaux y seraient constamment a l’état liquide, comme le mercure de nos baromètres; notre ean, nos liqueurs spirituenses n’existeraient qu’à l’état de gaz. Dans la froide planète üranns au contraire, dont la distance au Soleil est 19 fois plus grande que celle de la Terre, l’eau , si elle y existe, doit être semblable au cristal, et il faut, pour l’obtenir liquide, la faire fondre comme nous fondons le Terre. Nos huiles y auraient la consistance de la résine, et le mercure pourrait y être laminé, comme nous laminons le plomb et l’argent.

D’un autre côté, l’intensité de la pesanteur, ou la puissance répressive de la force musculaire et de l’activité animale, est à peu près triple sur Jupiter de ce qn’elle est surda Terre ; sur Mars elle n’cst que le tiers de la pesanteur terrestre; sur la Lune, le sixième; sur les quatre petites planètes, probablement ^ seulement. Les termes extrêmes de celte échelle sont dans le rapport de 6 a 1 .

Enfin, la densité de Saturne n’cst guère que le huitième de la densité moyenne de la Terre, en sorte que les matériaux constitutifs de cette grosse planète ne doivent pas être beaucoup plus denses que le liège.

D’après la variété des combinaisons entre des éléments dont l’influence sur la vie est si grande, quelle diversité ne faut-il pas admettre dans les conditions de ce grand problème , qui a pour objet la conservation de l’existence animale et intellectuelle, etc.! (Traduction de M. Cournot, p. 325.)

Des Cotnéies.

117. Les comètes, qn’on regardait jadis comme des météores engendrés dans l’atmosphère, sont de véritables astres très-éloignés de la Terre; ce sont des planètes qui décrivent de.s ellipses excessivement allongées dont le Soleil occupe le foyer ; elles sont souvent accompagnées d’une queue vaporeuse à travers laquelle on peut distinguer même les petites étoiles. Ce n’est d’abord qu’une nèbulotité qui entoure la comète , s’accroît à mesure qu’elle approche davantage du

Soleil, et forme quelquefois une immense trainéc qui atteint parfois jusqu’à 90° de longueur. Les figures des comètes sont d’uillenrs trè.syariables; la queue de celle de l’an 371 avant notre ère occupait un tiers du ciel, au rapport d’Aristote; celle de l’an 130 avant J.-C., à la naissance de Mithridate, parut durant 80 jours aussi grosse que le Soleil. Dix ans avant, on en avait vu une qui semblait embraser tout le ciel; Justin rapporte quelle avait un éclat supérieur à celui du Soleil, et qu’elle occupait le quart du ciel (liv. 37, chap. 2). La comète de l’an 45 avant notre ère fut très-belle, et l’on supposa, après le meurtre de Jules-César, qu’elle était venue annoncer cet événement. Celle de l’année 117 était, dit-on, très-effrayante. Suivant Fréret, celle de 479 a pu éclipser extraordinairement le Soleil. En 400, on en vit une qui, sous la forme d’une épée, s’allongeait du zénith à l’horizon. Celle de 531, surnommée Lampadias, fut très-grande et très-effrayante. La Lune était moins grosse en apparence que celles qu’on vit en 1066 et 1505.

An reste, il y a lieu de croire qu’on a mêlé beaucoup d’exagération à la vérité; et depuis qu’on étudie mieux la nature , on n’a aucun exemple de comètes d’un volume et d’un éclat aussi extraordinaires. Les plus remarquables ont paru eu 837, 1106, 1402, 1450, 1532, 1618, 1680, 1759, 1769 et 1811. Celle de 1618 avait une queue de 104 degrés de longueur; celle de 1680, l'une des plus célèbres et des plus remarquables, avait nne^ queue de 70 à 90 degrés ; celle de 1744 avait 6 queues disposées en éventail (fig. 32). Il en est au contraire qui n’ont ni queue, ni même cette sorte de lumière troublée qu’on nomme barbe, nu chevelure, ou nébulosité. Les phases qu’on a observées dans celle de 1744 ont fait croire que ces astres sont des corps opaques, formés d’un noyau qu’accompagne une trainée vaporeuse, d’intensité et d’étendue variables. L’opinion de l’opacité des comètes est confirmée par les dernières expériences de SI. Arago sur la polarisation de la lumière de celle de l’année 1819.

Une comète n’a jamais de queue lorsqu’elle est loin dn Soleil; mais dès qu’elle en est à 80 millions de lieues, cette vapeur commence à naitre, et croit en étendue tant qu’elle se rapproche de l’astre : le développement a acquis sa plus grande dimension peu après le périhélie. Ensuite, à mesure que la comète s’éloigne du Soleil, la queue diminue par les mêmes degrés; elle n’est bientôt plus qu’un nuage, et enfin la comète même cesse d’èlre perceptible.

On remarque que la queue d’une comète est toujours dirigée selon le prolongement de la droite qui joint ce corps an Soleil ; si la comète

cxt à l'orient de cet astre et se couche après lui, la queue se porte vers l’est; elle va à l’ouest quand la comète est à droite du Q et se 1ère avant lui. Ces apparences ont fait croire que la queue des comètes n’est qu’un torrent de vapeurs élevées par la chaleur du Soleil, et chassées par le choc des molécules de la lumière que cet astre lance, vapeurs qui se condensent dans la région où elles se trouvent poussées. Ces vapeurs, en s’écartant du centre, ont moins de vitesse que ce corps et restent un peu en arrière, comme si cette matière s’éloignant, la queue éprouvait de la résistance : mais un ignore ce ^ui donne une figure courbée à l’extrémité de la queue, et cette explication ne suffit pas pour rendre compte des formes bizarres que présentent quelquefois les comètes, et particulièrement celle de 1744 qui avait 6 queues (eoy. fig. 32).

La proximité du Soleil, la continuité de la transmission, doivent rendre l’accumulation de chaleur énorme et capable de tout fondre et vaporiser dans les comètes : il peut même arriver que le noyau perde sa solidité. Celle do 1680 avait 0,006 pour distance périhélie, ou le 64' de celle de Mercure; elle fut 166 fois plusprocheque nous du Soleil : la chaleur qu’elle en reçut fut 28 mille fuis plus grande que celle que cet astre communique à la Terre; température environ de 2000 fuis plus élevée que celle du fer en fusion , et 27600 fois plus forte que celle do nos étés. 11 faudrait au moins 60 mille ans pour refroidir ce corps au milieu des circonstances physiques où nous vivons, s’il avait le volume de notre globe et la température du fer en fusion.

Au télescope, la queue des comètes est peu visible; cette vapeur, ce brouillard léger ne peut être perceptible, si ce n’est par son épaissenr. Le noyau est même une substance si rare, que lorsque la comète de 1811 a pas.sé devant quelque étoile, événement d’ailleurs assez rare, on prétend avoir aperçu cclle-ci à travers la substance même du noyau, sous l’apparence d’un point stellaire. Les petites comètes télescopiques sont privées de noyau, et ne présentent qu’un nuage moins dense que les plus légers brouillards qui flottent dans l’air.

118. Ixîs comètes diffèrent des planètes, non-.sculement par les apparences qu’elles offrent, mais aussi par la diversité de leurs mouvements, qui n’affeelent plus la direction d’occident en orient, ni un orbe peu incliné à l’écliptiqiic et pev excentrique, quoique plusieurs de ces corps réunissent ces circonstances.

En général , ces orbes sont des ellipses excessivement allongées ; et comme la comète n’est visible pour nous que lorsqu’elle est proche du

IRASOGRArHIE. IJ

COSlftTES.

périhélie I celle orbite <<e confond sensiblement alors avec une parabole, sorte do ligne eourbe qui est ouTerte, et qu’on peut assimiler à une ellipse dont le grand axe est infini. Lorsqu’une comète apparaît , les astronomes l’observent trois fois à la machine parallactique, pour en obtenir les asc. dr. et décl. (p. 1-4); trois points de la courbe suffisant pour déterminer une parabole, on en eonclut tout le cours visible et parabolique. Ainsi trois observations , même rappruehées , donnent la distance du périhélie , la position de ce point , l’époque du passage et les nœuds : de là résulte l’heure du lever et du coucher pour tout le temps de l’apparition , les étoiles qui en seront voisines. , , .Près de cent comètes , observées avec soin , ont leurs orbites exactement représentées par celte courbe , dans la partie visible pour nous : ainsi ce fait est hors de doute. Dans la région où l’astre échappe à nos regards , il achève son immense ellipse : il sp peut même que plusieurs de ces corps décrivent en effet des paraboles ou des hyperboles, et qu’ils ne reviennent jamais vers nous. Burckhardt croit que celle de 1771 décrivait une hyperbole. Le Soleil occupe le foyer de toutes ces orbites.

Ld détermination du mouvement d’une comète exige la connaissance des sept mêmes éléments que pour l’orbite d’une planète (coy. p. 141), et en outre il faut savoir si la marche est directe ou rétrograde, c’est-àdire si la longitude va en augmentant ou en diminuant : car les comètes ne sont pas, comme les planètes, soumises .à la loi du mouvement d’occident en orient.

Les comètes ont, comme le ciel entier, le mouvement diurne, qui n’est que l’effet de notre rotation en 24*; elles obéissent aux lois de Kepler, comme tous les corps célestes de notre monde; mais le calcul ne se prête pas facilement, comme pour les planètes, à déterminer leur retour, parce que, d’un petit arc observé, on veut conclure l’orbe entier. Les planètes sont presque toujours visibles, et des observations nombreuses ont pu conduire à corriger les éléments de leur mouvement. Il faudrait aussi plusieurs réapparitions de la même comète pour en connaître, avec précision, les retours périodiques; mais on ne peut juger que par l’égalité de grandeur des éléments observés , qu’un de ces astres soit le mémo que celui qu’on a déjà vu : cette comparaison est le seul moyen de résoudre le problème.

119. Nous exposerons ici les causes qui nous ont empêchés jusqu’à présent de prédire le retour des comètes et d’en connaitre les orbites.

1“ Ces astres ne sont visibles que dans une petite partie de leur

cours, qui, étant très-proche du ©, est parcnnme arec une ritcsse prodigieuse. Hais plus l’ellipse s’allonge, et plus la marche se ralentit avec l’action solaire; de telle sorte qu’il se peut que, rers l’apogée, l’astre soit presque immobile et ne puisse revenir à nous qu’après des milliers d’années.

On n’observe avec soin que depuis 300 ans , et beaucoup de comètes ont dû échapper aux yenx. Sans parler de ces quatre atomes nouvellement découverts , nageant dans l’immense sphère qui sépare Mars do Jupiter, üranus , dont le cours est de 84 ans , avait déjà été observé par quatre astronomes, et cependant n’a été reconnu pour une planète qu’en 1781 ; et Mercure, dont la révolution est de 88 jours, et qui est si difficile à voir sans secours optiques , que Copernic mourut avec le regret de ne l’avoir jamais aperçu.

D’aillèurs , outre qu’une comète peut n’ètre que sur l’horizon des régions australes , si elle est sur le nôtre durant le jour, nous ne la verrons pas, bien qu’elle soit sous nos yeux. Celte belle comète, que les astronomes n’ont vue en juillet 1818 qu’après le peuple, elle était présente, dans tout son éclat , mais en plein jour, longtemps avant sa découverte. Celle qui parut 60 ans avant notre ère, nu rapport de Sénèque, ne fut visible qu’à la faveur d’une éclipse totale de Soleil , parce qu’elle était trop voisine de cet astre.

8“ Les apparences que présentent les comètes sont très-vnriables , puisqu’elles dépendent du lieu qu’occupe In Terre lorsqu’elles se présentent, lieu qui varie dans une orbite de 70 millions de lieues de diamètre. Ainsi une eomclc qui a été très-belle peut l’être très-peu à son retour, ou même n’être pas du tout visible, quoique existante sous nos yenx ; sa queue peut avoir disparu.... Tant de circonstances concourent à ces changements d’aspects! La comète de 1811 était à peine visible en avril cl mai; elle s’est alors plongée dans les feux du Soleil, et n’a reparu qu’à la fin d’août, au delà du périhélie; mais quelle différence d’éclat, et combien le spectacle qu’elle offrait était magnifique et étonnant ! qui aurait pu la reconnaître pour le même astre? On ne peut donc s’en fier qu’à l’égalité des éléments de l’orbite, pour cire assuré que deux apparitions sont relatives au retour de la même comète. Mais si l’attraction de Jupiter, Saturne, Uranns, change ces éléments, comment reconnaître l’astre?

4® La plus forte des causes d’erreur est dans l’observation.

Les petites comètes ne sont que des points vaporeux ; les grandes forment un nuage variable et mal terminé. La comète do 1739 fut visible durant 0 mois; trois astronomes en ont calculé l’orbite, et

leurs résultats ne s’accordent pas. îx:qiicl a raison? Iæs comètes do 1762 1768, 1743, 1789, 1766, offrent de semblables remarques. Quel est le moyen de prédire les retours, avec des éléments aussi défectueux?

On ne sera donc pas surpris si, sur 180 comètes dont on a calcule la marche , il n’y en ait que trois dont on soit certain de prédire les retours.

La première est celle qui porte le nom de Halley. Cet astronome la tU eu 1682 : il remarqua que les éléments de son orbite étaient les mêmes à peu près que ceux des comètes aperçues en 1831 et 1607 ; il en conclut, qu’elle fait sa révolution en 76 ans environ , période plus courte que celle d’üranus. Elle avait paru en 1006, semblait 4 fois plus grande que Vénus , et jetait le quart de la lumière de la Lune. L’histoire n'a rien appris sur ses retours , jusqu’en 1486 qu’elle passa près de la Terre : sa queue occupait environ 60° du ciel , cl avait la forme d’un grand sabre. Celle apparition , qui avait lieu à l’époque où lys Turcs venaient de s’emparer de Constantinople , devint un sujet général d’effroi , surtout lorsqu’on vit celte comète s’approcher de la Lune dans son plein, à l’instant même d’une éclipse. Halley prédit son retour pour 1787, mais on ne l’aperçut pas; Clairaut montra, en 1788, qu’elle avait dû être retardée de 618^ à cause de l’action de Jii piter’et de Saturne; en effet, elle ne passa au périhélie que vers le 12 mars 1789. « Cette comète , qui n’avait été vue qu’avec effroi en 1486, excita alors un vif intérêt. La longue queue qu’elle traînait après' elle avait autrefois répandu la terreur dans l’Europe, consternée des succès rapides des Turcs , qui venaient de détruire l’empire grec. Le pape Calixte ordonna à ce sujet une prière par laquelle on conjurait la comète et les Turcs : dans ces temps d’ignorance, on était loin de penser que le seul moyen de connaître la nature, est de l’interroger par l’observation et le calcul. Suivant que les phénomènes arrivaient cl se succédaient avec régularité, ou sans ordre apparent, ou les faisait dépendre des causes finales ou du hasard ; cl lorsqu’ils offraient quelque chose d’extraordinaire et semblaient contrarier l’ordre naturel , on les regardait comme autant de signes de la colere céleste. Mais ces causes imaginaires ont été successivement reculées avec les bornes de nos connaissances, et disparaissent entièrement devant la saine philosophie , qui ne voit en elles que l’expression de l’ignorance où nous sommes des véritables causes, n [Syst. du Monde, IV, 4.)

(’ette comète est apparue de nouveau en 1883. M. .\rago {Annuaire de 1886) examine la question controversée de savoir si les comètes

s’évaporent dans l’espace, et si elles perdent ainsi peu à peu de leurs dimensions et de leur éclat ; il montre que , du moins pour la comète de'Ualley, cette opinion n’est pas fondée, et que ce corps a conservé l'éclat qu’on lui avait reconnu antérieurement. Ce savant rapporte les singuliers aspects que l'on aperçut. Dans la nébulosité circulaire nommée chevelure, un voyait un secteur dont les cAtés se dirigeaient vers le centre, et dont la lumière surpassait notablement celle de tout le reste du la nébulosité; le lendemain , ce secteur avait disparu, pour en laisser voir un autre opposé, ayant 90 degrés d’ouverture ; ensuite on a vu reparaître le premier secteur, mais moins lumineux. Peu après on vit trois secteurs : endii M. Amici vit, à Florence, six rayons lumineux très-vifs. Ces singulières apparitions sont complètement inexplicables. Du reste, notre savant académicien a conclu do ses expériences que la lumière des comètes est , du moins en grande partie, la réllexion de celle du Soleil.

Les deux autres comètes dont on suit prédire les retours sont à courte période, parce qu’elles reviennent au périhélie, l’uuc après 1308 jours, l’autre après 3440 jours. La première porte le nom de M. Encke, l’autre celui de M. Biela , parce que ces astronomes en ont calculé le cours, ou reconnu la périodicité, La comète de Encke a été vue avec et sans noyau, avec et sans queue, et sous des apparences diverses, en 1786, 1795, 1801 et 1805; on aurait dû la revoir en 1808, 1813 et 1815; mais elle nous a échappé, dans ces trois retours, par son extrême petitesse et les causes que nous avons exposées; mais elle a reparu en décembre 1818. C’est depuis lors que Bl. Encke en a déterminé la marche. On s’attendait à revoir cette comète en 1833, et cotte espérance ne fut réalisée qu’à Paramatta, dans la Nouvelle-Galles niéridiom^je, où on l’a observée durant tout le mois de juin. Son passage uu périhélie ii’a différé que de 3'* des prédictions do H. Encke. Les retours, en septembre 1835, et mai 1833, ont egalement été prédits et vérifiés. Celte comète, que l’action de Mercure influence fortement , a beaucoup d’analogie avec Gérés , dont elle a l’inclinaison et le grand axe; sa révolution sidérale est de 46 jours moindre que celle de Vesta; le périhélie tombe dans l’orbite do Mercure; l’aphélie entre les orbes de Jupiter et des nouvelles planètes.

Quant à la comète de M. Biela , on est moins certain do sa inarehe ; mais on l’a vue en 1773, 1805, 1836 et 1833; c’est une des moins beHes et qui approchent le plus de la Terre.

Il y a bien encore deux autres comètes dont on croit connaitro la niarclK'; mais comme les retours u’oul pus encore été vérifiés, ou at-

tend que l’obicrvatioii vienne confirmer ccUe cspérAnce. La première eit celle de 1680 , dbnt Newton a Fuit le lujel de les roclicrchei , et qni lui attribue une révolution de 675 ans : ce icrait , «uivaiit lui , la même qui aurait apparu en 1106, 531, — 34, — 61Q, , , la deuxième eet celle qui a été vue en Î204 et 1556, à laquelle ou attribue une révolution de 302 ans, et qu’on attend on 1848.

120. De tontes les comètes connues, celle de 1472 s’est le pins approchée de la Terre; elle paraissait si rapide dans sa course, qu’elle décrivit en un jour 120° du ciel , rétrogradant à travers la Vierge, le Lion et le Cancer. Celle do 1770, calculée par Lexell , n’était éloignée de nous que 6 fois la distance de la Lune (400 rayons terrestres , ou 600 mille lieues) ; sa distance au Soleil était 0,0154. Elle n’a cependant tourmenté que les astronomes, embarrassés d’en déterminer le mouvement. S’il n’est pas impossible que quelque comète rencontre la Terre, il y a des millions do probabilités contre cet événement; il faudrait nn hasard bien extraordinaire pour que deux corps aussi petits, mus dans nn espace immense, avec toutes les vitesses, dans des orbes de toutes dimensions , et sous toutes les inclinoisons , vinssent à se rencontrer. Au reste, cet infini disparait devant un autre , qui est le temps; la durée indéfinie permet de concevoir tous les possibles réalisés; et l’effet d’une pareille rencontre serait terrible. Voici quelques remarques de Laplaco à ce sujet (6'ysf. du Monde, IV, 4} :

« 11 est facile de se représenter les effets du choc de la Terre par une comète. L’axe et le mouvement de rotation changés ; les mers abandonnant leur ancienne position pour se précipiter vers le nouvel équateur ; une grande partie des hommes et des animaux noyés dans ce déloge universel , ou détruits par la violente secousse itqprimée au globe terrestre; des espèces entières anéanties; tous les monuments de l’industrie humaine renversés : tels sont les désastres que le choc d’une comète a dû produire. On voit alors pourquoi TOoéan a recouvert de hautes montagnes , sur lesquelles il a laissé les marques incontestables de son séjour; on voit comment les animaux et les plantes du Midi ont pu exister dans les climats du Nord, où l’on retrouve leurs dépouilles et leurs empreintes ; enfin on explique la nouveauté du monde moral , dont les monuments ne remontent guère au delà de 5000 ans. L’espèce humaine, réduite à nn petit nombre d’individus et à l’état le plus déplorable, uniquement occupée pendant très-longtemps du soin do se conserver, a dû perdre entièrement le sohvenir des sciences et des arts ; et quand les progrès de la civilisation en ont

fait aenlir do nouveau les besoins, il a fallu tout recommencer, comme si les hommes eussent été nouvellement placés sur la Terre *.

« Quoi qu’il en soit de cette cause assignée par quelques philosophes à ces phénomènes, je le répète, on doit être parfaitement rassuré sur un aussi terrible événement , pendant le court intervalle de la vie. Mais l’homme est tellement disposé à recevoir l’impression de la crainte, que l’on a vu, en 1773, la plus vive frayeur se répandre dans Taris, et de là se communiquer à toute la France, sur la simple annonce d’un Mémoire, dans lequel Lalande déterminait celles des comètes observées qui peuvent le plus approcher de la Terre : tant il est vrai que les erreurs, les superstitions, les vaines terreurs et tous les maux qu’entrainc Tignorancc, se reproduiraient promptement, si la lumière des sciences venait à s’éteindre. »

S’il est vrai, comme on le croit, que la comète do Newton achève

* Le célèbre Hallcy a le premier »uppo«c que les révolutions de noire globe, atteslées par lotis les faits historiques, et par l'état où ooiis votfoas sa surface , étaient produites par le eboe de quelque comète. Oo a vu en Amérique uo corps immeose parcourir rapidemenl l'et* p.Tce ; CO attribuant à ce mobile une masse aooo fois moiudre que celle de la Terre, et ayant la densité du granité, il formerait encore un globe de 217 lieues de diamètre; si ce corps eût rencontré la Terre avec une vitesse relative de 17 lieues par seconde, ainsi qu'on l'a évaluée, M. Oll>ert a calculé que le choc aurait réduit uotro globe en éclats , comme l'ont peutêtre été les quatre nouvelles planètes.

Il est permis de supposer aux AèrolUhts une semblable origine : il en a existé d'immenses. Celui des Trant. PhHot., vol. 6, a été estimé à lao millions de quintaux; quelques éclats ont seuls été projetés sur la Terre : sa vitesse était d'environ 7 lieues par seconde; U n'a passé qu'A 9 lieues de nous. S'il eût heurté la Terre, il en serait résulté des efléts terribles, un bouleversement général, un cban(7cment de Taxe de rotation, etc. Il n'est donc pas impossible que icsaérolilbes soient des corps cosmiques mus dans l'espace suivant les lois de la gravitation, et qui ne sont sensibles pour nous que par les catastrophes do leur chute.

Mous ne connaissons les acrolithes que dans l'état où ils nous arrivent, après avoir traversé l'almosplière, où probablement ils se sont conslitucs en état d'incandescence, et même do fusion; car on en a vu qui avaient manifestement subi cette épreuve , et étaient encore brûlants à l'instant de leur chute. Sur »4<> de ces météores, étudiés par M. Chladni, plusieurs ont apparu comme des queues, des bandes, des fusées de lumière qui sc ratserobUionl en globe de feu; on en a observé la course rapiilc et entendu les explosions. Les éloilet filanlei ne sont peut-être que des débris, que des points lumineux cl errants, des espèces de petites comètes rendues visibles dans la traversée do notre atmosphère , par la chaleur prodigieuse qu’y développe leur marche excessivement rapide. Le volume de plusieurs aérolilhes a s«rpassé celurdes nouvelles planètes, puisque Gérés n'a que 67 lieues do diamètre. Le corps qui est tombé dans la Calabre, en mars i8i3, a été accompagné de circonstances extraordinaires qui ont pu faire prendre ces pierres pour des débris do quelque masse comélaire. En effet, on vit venir de la mer, du cèté du l'est, un nuage rouge qui repaodit partout les téoè* bres et l't ffroi. On entendit darvs l'air un bruit épouvantable et un rougusemeot semblable à celui de la mer irritée ; 00 vit de» éclairs et des traînées de feu ; il tomba de groMCs gouttes d'eau, des pierres et un sable rouge qui couvrit tout à la ronde. Ce sable était un composé d'argile, de chaux, de fer et de chrome.

Digilized by Googie

COMETKS.

7 révolutions en 4028 ans, elle a dû passer près de la Terre 2349 ans avant J.-C,, année vers laquelle on rapporte le déluge de Moïse.

121. Les comètes n’ont que fort peu de masse; ce n’est qn’une sorte de vapeur très-condensée : aussi les astronomes n’ont jusqu’ici remarqué aucun dérangement causé par les comètes, même dans leur plus grand rapprochement. Celle de 1770 , qui a été très-voisine de la Terre, n’a apporté aucun trouble dans notre iiiouvemeiil. Laplaco a calculé que si sa masse eût égalé celle de la Terre, l’action de cette comète eût augmenté l’année sidérale do 2'‘ 28'.' Sa masse n'était certainement pas la 5000’ partie de celle de notre globe, et probablement bien moindre encore, puisqu’elle a passé entre Jupiter et ses satellites sans y c.iuser la moindre perturbation. Les niasses des comètes sont fort petites, et loin d’altérer le mouvement des planètes, elles doivent en éprouver ellcs-iuèmcs l’influence. Voilà pourquoi quelques-unes peuvent avoir leurs orbes elliptiques changées en paraboliques, ou même en hyperboliques: mues dans des courbes ouvertes, elles doivent alors s’éloigner de nous pour n’y revenir jamais, et s’écartant du Soleil à toutes distances, entrer dans la sphère d'attraction de quelque autre étoile, pour en devenir le satellite, ou pour continuer une nouvelle parabole ; changeant ainsi sans cesse de foyer d’attraction, elles peuvent s’y précipiter et y être absorbées.

C’est ainsi que la comète do 1770, observée dans un arc de 170°, devait, suivant Lexeli , reparaitre tous les 5 ans et demi : les calculs ont été faits et refaits avec soin , et cependant elle n’avait jamais clé aperçue et n’a plus reparu depuis. Il n’y a nul doute que l’attractiou do Jupiter et de Saturne, entre lesquelles était son aphélie, ne l’ait d’abord détournée vers nous pour la rendre visible en 1770, d’invisible qu’elle était avant; mais 9 aus après, ces mêmes planètes, par une action contraire, ont pu altérer de nouveau les éléments de l’orbite et rendre la comète invisible à jamais, ou du moins impossible à reconnaître.

La substance qui compose les comètes nous est inconnue, et même on peut ne voir qu’une supposition probable dans la cause à laquelle nous avons attribué la queue qui les accompagne. En 1811, M. Chladni a remarqué une ébullition prodigieuse ; l’oudulation se portait, en 2 à 3", de la comète au bout de sa queue, trajet de 4 millions de lieues. Quelle activité inconcevable I quelle prodigieuse vitesse! clic surpasse toute conception et même la vitesse de la lumière. La queue de la comète du 1807 a ofTurl à !U. Chladni la même observation; ainsi il n’y

a pas lieu d’cii douter. Los anciens croyaient géncralemont , avec Aristote, que les comètes étaient des météores ignés, des vapeurs émanées de la terre, qui se condensaient dans l’air. Cette opinion ne peut aujourd’hui soutenir l’examen ; on est assuré que les comètes sont des corps cosmiques mus, comme les planètes, par une impulsion primitive et par l’attraction du Soleil. Mais de quelle nature est la substance qui les forme? voilà ce qu’on ignore absolument. Quelque pénible qu’il soit pour la vanité humaine d’avouer sa pénétration vaincue, elle trouve ici une compensation bien glorieuse dans le grand nombre do théories qu’on a découvertes, surtout lorsqu’on envisage les immenses difficultés qu’il a fallu surmonter pour arriver à cette connaissance si étonnante : on ne doit d’ailleurs avoir que de faibles regrets d’ignorer une chose qui n’intéresse que très-peu la science .istrunomiquc.

On ne voit guère les comètes pendant plus du six mois. Celles qui ont été le plus longtemps visibles, sont ; en 64, sous Néron -, en 603, au temps de Mahomet ; en 1240; en 1729; enfin en 1811.

Le nombre des comètes est pareillement inconnu ; sur 187 qu’on a observées dans les dix derniers siècles, il y en a 72 qui l’ont été depuis l’invention des télescopes. Sans doute un beaucoup plus grand nombre de ces astres a cHthappé. On n’en a vu que 2 dans le 13° siècle, et 2 dans le 14°, parce qu’on n’a porté son attention que sur ceux qu’une longue queue rendait remarquables ; nous ne pouvons découvrir que ceux dont le périhélie est plus voisin que nous du Soleil. Il y a peut-être plus de 280 mille comètes qui s’apjirochent plus du Soleil qu’Uranus, et dont nous n’aurons jamais connaissance.

Ou attribuait jadis à ces astres une influence funeste. Les sciences ont enfin dissipé ces terreurs, autant que le peu d’accord des événements avec les prédictions. Lu comète de 1604, dans la constellation du Corbeau, devait causer la mort de tous les souverains, et cependant l’année s’est écoulée sans qu’aucun mourût. Les deux comètes de 1402, ornées d’aigrettes, n’ap}K>rtèrcnt d’autre malheur que la mort d’un duc de Milan ; enfin celles qu’on a aperçues récemment au milieu do t.aiit d’événements, n’ont pas été accusées de les avoir produits. On a même été jusqu’à se féliciter des abondantes récoltes qui ont accompagné celle de 1811.

Dans l’Annuaire du 1832, M. Arago, après avoir exposé avec uné grande clarté la théorie générale des comètes, et passé en revue celles qui^offrent le plus d’intérêt, termine par l'examen du plusieurs questions : nous finirons ce chapitre en donnant l'analyse des conséquences que ce savant aslronomc tire de ses réflexions.

1 ° L'ne comète peut-elle modifier sensiblement le cours des saisons de la Terre, changer la température, etc.? L’auteur prouve par les faits et le raisonnement que ocla est impossible.

2° Une comète peut-elle tenir choquer la Terre ou toute autre planète! Il y a 281 millions à parier contre un que cet événement n’aura pas lieu dans un laps de temps très-considérable, quoiqu’il ne soit pas absolument impossible qu’il se réalise dans une durée indéfinie.

8° Trouve-t-on dans l’ensemble des phénomènes astronomiques quelques raisons de supposer que des comètes soient jamais tombées dans le Soleil ou dans les étoiles? Cet événement est en lui-même tout à fait possible, mais rien dans les annales astronomiques, ni dans les faits observés , n’aiitorise à penser qu’il ait eu lieu. L'opinion de Newton, que le Soleil est alimenté par les comètes qu’il absorbe, est dénuée de fondement. Celle de Bufion qui expliquait l’existence de notre système planétaire d’une manière analogue, n’est pas plus probable. Ce savant prétendait qu’une comète, en rasant dans sa course la surface solaire, en avait enlevé des parties incandescentes , qui s’étaient divisées en globes onimés de vitesses dilFérentes, et avaient été projetées au loin à diverses distances. M. Arago prouve que cet ingénieux système est inadmissible. Toutefois la comète de 1680, qui n’était éloignée â son périhélie que de la sixième partie du diamètre solaire, finira lût ou tard par tomber sur le Soleil par l’cfTet de l’attraction qui, en diminuant la force centrifuge, rapproche la comète de cet astre.

4° La Terre peut-elle passer dans la queue d’une comète? quelles seraient sur notre globe les conséquences d’un pareil événement? le brouillard sec de 1788, et celui de 1881 , ont-ils été occasionnés par la queue d'une comète? La matière cométaire diffuse a pu assez fréquemment entrer dans notre atmosphère ; mais on n’a pu attribuer raisonnablement à cette cause aucune des maladies, aucun des faits physiques qui sont arrivés. Cet événement est sans danger pour la Terre ; nous pouvons, sans nous en apercevoir, traverser la queue d'une comète, et CO n’est assurément pas elle qui a produit les brouillards secs.

La déluge a-t-il été occasionné par une comète? M. Arago après avoir exposé lo système de Whiston, le renverse complètement ; et s’il n’est pas prouvé qu’une comète n’a pas choqué la Terre et changé son mouvement dans l’espace, il l’est du moins que les effets de ce choc ne seraient pas ceux qui pourraient expliquer les faits géologiques attribués au déluge.

6” La Sibérie a-t-elle jamais éprouvé un changement subit de climat par l’influence d'une comète? llicii n’établit qu’une comète ait jamais

LUMIÈIIE. 187

joné quelque rôle dans les révulutions 'physiques que noire globe a épronrées, et dont nous avons tant de (races sous nos yeux.

7° Esl-il néceiiaire d« recourir à l’aclion d’une comète pour expliquer le climat rigoureux de V Amérique septentrionale? Uallcy croyait que cette action suffisait pour rendre raison de ce fait physique; mais cette théorie est de tout point insuffisante, et aucun phénomène météorologique ne prouve que l’axe de la Terre ait jamais changé de position jiar le choc d’une comète.

8° La dépression du sol dans une grande portion de l’/isie a-t-elle été produite par le choc d’une comète? Cette vaste région cultivée et habitée, est beaucoup au-dessous du niveau du l’Océan; 18 mille lieues carrées sont ainsi enfoncées. M. de llumboldt a prouvé que cet alTaissement est dû au soulèvement des pays environnants qui contiennent les plus hautes montagnes de la Tep-e.

9° La Lune a-t-elle été une comète ?M. Arago fait voir que l’absence d’atmosphère est plutôt contraire que favorable à cette hypothèse.

10° CérèSf Pallas, Junonet Festa sont-elles des fragments d'une grosse planète qu’un choc de comète aurait brisée? Celte opinion se fondait prinoipalomcnt sur l’existence des vastes atmosphères de Cérès et de l'allas ; la chevelure de la comète aurait donné iinissancc à ces atmosphères ; mais Vesta parait en être tout à fait privée , ce qui rend l’hypothèse bien difficile .i admettre.

Forcés par le défaut d’espace d’abréger considérablement le mémoire du M. Arago, nous devons en recommander la lecture entière aux personnes que ce sujet intéresse. U est impossible d’étre plus clair et plus logiquo que notre illustre savant, et ce ne peut être qu’en prenant connaissance de scs écrits qu’on doit discuter scs opinions.

Lumière, Atmosphère , Réfraction, etc,

122. Nous supposerons ici, comme un simple moyen d’exprimer les idées, et sans rien affirmer d’ailleurs sur un sujet aussi délicat, quo la lumière est une émanation do certains corps quo nous nommons lumineux , qui agit sur nos yeux à la manière des corpuscules émanés des substances et transmis à notre odorat. Les traités de physique contiennent la discussion approfondie des deux opinions théoriques sur 1a lumière; et cette matière, étrangère à notre objet, nous paraîtra suffisamment éclairée en rappelant les propositions suivantes :

1° Semblable à tous les corps dont le mouvement n’est troublé par aucune force, la lumière se meut en ligne droite.

188 LUMIÉHE.

2° L’ombre est la partie de TcKpacc où In lumière ne pciièlre pas derrièreun corps opaque ; c’est ce qui arrive dans les éclipses (fig. 10). 1.0 passage de l’oiubre pure à la lumière se fait par nuances, et les bords de l’ombre ne sont jamais nettement terminés j il faut en chercher la cause dans les dimensions du corps lumineux S. Qu'on mène des langeiiScs DA, KC, elles sépareront la lumière de l’ombre pure; mais en outre les tangentes £A, DB déterminent derrière le corps un espace FBAG dans lequel il n’entre qu’une partie des émanations du corps lumineux, et la quantité de lumière y décroit en approchant du cône d’ombre pure ABC. C’e.st celte ombre imparfaite qu’on nomme Pénombre , qui prend plus d’intensité auprès du cône ABC, et qui va en se dégradant sensiblement, vers les tangente^ GA, BF. Cette pénuinbre a une étendue qui dépend des dimensions et de la distance du corps lumineux , et l’on doit y avoir égard dans les éclipses (n“66).

8“ La lumière se réfléchit en formant des angles égaux avec la per- |icndiculaire menée à la surface an point où le rayon l’atteint. L’angle d’incidence ett égal à l’angle de réflexion, comme dans le choc des corps élastiques.

A° Les corps exercent sur la lumière une attraction qui oblige une partie de ce fluide à se dévier cl à suivre une courbe concave vers la surface, pour pénétrer dans leur intérieur.

Si le corps est opaque , elle y est absorbée; s’il est transparent , clic continue à se mouvoir dans l’intérieur, selon la direction que la déviation lui a donnée à son entrée. Ainsi la lumière qui pénètre dans les corps diaphanes forme, infiniment près de leur surface, une courbe qui la brise, un sorte qu’elle fait de part et d’antre des angles inégaux avec la perpendiculaire à la surface. L’angle le plus petit est dans le milieu le plus dense ; le rayon s’y est approché de la perpendiculaire*, t’est à cela qu’on doit rapporter les effets des verres convexes pour aider la vue, et pour réunir en un foyer incendiaire les rayons du Soleil.

L’effet de la réfraction s’observe aisément lorsqu’on plonge obliquement un bâton dans l’eau : il semble se briser à la surface du fluide.

* La loi (le ces deux annles cU donnée par ce théorème : Quelle que xoîl rohliqiiité du rayon incident, Icts sinus des anrjlcs formés avec la perpendiculaire à la surface parles deux directions du rayon, doniiciil toujours le même quotient pour deux milieux déterminés* ou tet iinus detanyles d'incidence ei de réfraction sont en rapport constant. Ce rapport varie d'ailleurs quand les milieux changent; pour l'air et l'eau, le sinus de l'angle de réfraction c-ftt les trois quarts du sinus d'incidence, c'est-à-dire qu'en passant de l'air dans l'cau, sousuuc direction quelconque, le rayon se rapproche de la perpendiculaire , et ce dernier angle a pour sinus lis Iroii quart» du »inus de l'angle d'iucidencc.

Page 1