Le mot f/alère est sous-entendu
2. Lui qui l'uvait sauvé à .^nilrinople (v. î' iiartie, 1. V).
3. C'est peut-être Baiiiel qu'il faut lire, connue il est écrit (ilus loin.
4. C'est le Tartare Oiizntim-t/aasiiit, qui fonda en Perse la dynastie du Muuluu blanc et qui attaqua les Turcs à l'instigation du pape /'inil II. 11 fut hattn (1173).
3. Sans doute la moderne P/iilijj/ju/Juli, ville de la Turquie, capitale de la lîoiiniélie orientale, sur la Maritza.
t). C'est l'ancienne /'ersé/Jolix sur l'Araxe, l'une des capitales de l'empire |)erse, dont le palais fut incendié par .\lesaiidre en 331 av. J.-C.
qn'll m'aimait. N" ayant pu réussir à faire oublier à son fils son amour pour moi, il nous congédie tous deux à Pliilippole. En mer, nous sommes assaillis par une tempête et ensuite pris par les Turcs. Mahomet « retint Daniel » et me confia à Machmut. Mais un bassa ayant voulu me faire violence sur le vaisseau, je le tuai avec son cimeterre ' et Machmut m'envoya sur le vaisseau d'Omar, (( où vous m'avez vue chargée de chaînes, cependant que - Mahomet ordonnerait de mon supplice ».
Scanderberg consola la belle Zélinde et lui donna de l'espoir. Elle devint la compagne d'Amasie à Duraz, où ils parvinrent» le deuxième jour qu'ils étaient sortis de Gudie ». Scanderberg disperse ses prisonniers autour de Duraz, habille ses soldats à la turque afin de tromper Mahomet et, pour qu'ils se reconnaissent entre eux, ordonne à chacun de porter « sur sa robe uneécharpcde toillc d'or à fonds noir et une plume incarnate sur la pointe de son turban ». II arrive près de Croye avec dix mille hommes et, profitantde ce que lesTurcs ne combattent jamais lorsque la lune est « en défaut », c'est-à-dire nouvelle, il envoie au point du jour Callisthène les reconnaître avec ciiuf cents cavaliers. Celui ci tue deux mille ennemis. .Mahomet, prenant ces soldats pour des Turcs rebelles, les fait poursuivre par le neveu de Ballaban avec six mille hommes, puis par Ballaban avec dix mille ; ils sont battus par Scanderberg. qui. voulant profiter de l'occasion, empêche les troupesde se jeter sur le butin et les harangue en ces termes.
Hnranfiue de Scanderberg à acn xoldats. — Le danger (( est le premier pas de la gloire ». Les ennemis sont puissants et nombreux, mais vous êtes vaillants etaccoutumés à vaincre. C'est le momcntde vous montrer invincibles, .\llons vers ces esclaves et « achevons leur désespoir par leur vie ». Celte harangue, banale pourtant, est accueillie avec enthousiasme. Les soldats tirent leur cimeterre et au cri de (( Vive Scanderberg ! » se précipitent sur le camp de Mahomet. Chevreau nous dit qu'il était fortifié avec de jeunes arbres, reliés par de grosses chaînes de fer ; indique la disposition des troupes de cha(iue côté, comme pour le combat naval puis ajoute que les Turcs d'Asie prirent aussitôt la fuite, ceux d'Europe après une vive résistance et que, dans le choc, périt Ballaban. En vain Mahomet, reconnaissant enfin le travestissementdes soldats de Scanderberg, dont il a deviné la présence, exhorte ses guerriers et se met à la tète de ses trente six mille janissaires; il est
1. C'est une femme forto, une vraie Jiidilli. |ilii-: courageuse eiieore. •2. Pour ullendanl que ou en alleiitlunl que...
renversé de cheval par Callisthène et obligé de fuir. Zaniel, qui voulait mourir en prince, est reconnu et sauvé par Scanderberg. Malheureusement le frère de celui ci, Stanizc, est tué. Scanderberg le pleure et fait arrêter le massacre.
Le butin fut immense Mahomet demanda la paix. Zélinde et Zaniel rejoignirent Usuncassan et leur vie (( futdepuis toujours belle et toujours heureuse ». Le bruit de la victoire se répandit en Europe et en Asie. Oranzar épousa Alexandrette, sauva Arianitc, qui avait été enlevée par les Turcs, au moment où elle venait rejoindre Scanderberg et celui-ci, partout triomphant, » reçut par son mariage le fruit de son amour et de ses peines ».
Tout finit bien et de la façon la plus édifiante, la plus morale, par le triomplie du courage, delà persévérance du mérite et de la vertu.
L'étude de Scanderberg nous conduit aux conclusions suivantes. L'action se passe à Naples quelque temps avant le couronnement de Charles VHl, comme roi des Deux Siciles, vers la (in du xv" siècle ' Comme dans l'Aslrée et dans tous les romans du wW siècle, l'histoire principale est accompagnée d'un grand nombre d'autres, l'interrompant sans cesse et contribuant à répartir entre plusieurs personnages l'intérêt, qui certainement eût gagné à être concentré sur un ou deux seulement. C'est ainsi qu'à côté de l'histoire de Scanderberg, nous avons celles d'Eléazar, d'.Vnaxarette, d'Oranzar, de Ziangar, d'iclérie et de Zélinde. Quelques-unes de ces histoires secondaires sont même interrompues à leur tour, pour ne reprendre parfois que dans un des livres suivants : cela arrive pour deux des sept histoires que contient le roman-'. A ce manque d'unité et ilc liaison se joignent des distractions, des indications insuffisantes ou tardives, une obscurité persistante et fâcheuse, des négligences et même des impossibilités regrettables ; l'oubli de certains détails utiles à connaître, l'abus des maximes morales et des lettres; des discours incessants^ et trop longs; une série continue de dangers surgissant soudain et conjurés du reste au moment le plus critique par un secours inattendu ; enfin, ce qui
1. CliMi'los VIII, roi ilo Fi-iuicf', ciilra à Xaples, caiiilalc des Deux Siciles le 22 février li'.t.'i et l'ut aussilùl [irnelamé roi de Xaples. '
2. L'hisloire de Slanize, eommeneée au livre III, n'esl continuée qu'au livre VI et celle d'Oranzar, un ranment interrompue au livre 111, se termine au livre IV.
3. Il y a en tout sept lettres dans le roman ; le troisième livre en renferme trois. Elles sont écrites eu caractères italiques dans l'ouvrage imprimé. Scanderberg prononce en oulre deux harangues, l'une de 18 pages devant les sénateurs de Venise (II) ; l'autre, de 5 pages seulement, devant ses solilats (Vlll).
étonne un peu dans une œuvre de cette nature, de l'indélicatesse chez quelques, héros, qui ne se font aucun scrupule de profiter d'une lettre surpris, epour en changer (da pluparldesmots» et tromper la maîtresse de leur rival.
En somme, dans ce roman, on parle beaucoup, on n'agit guère ou du moins les actes sont racontés dans des narrations qui ne finissent ou ne sont suspendues que pour faire place à de nouvelles narrations et cela du commencement à la fin de l'œuvre. Le temps s'emploie d'ordinaire à des conversations ou à des récits, que Scanderberg écoute d'une oreille trop complaisante. Ses propres exploits, les pays et les villes qu'il parcourt, sont plutôt indiqués que décrits; partout des données vagues, au milieu d'aphorismes et de théories bizarres ; rien de vivant ni d'animé. On ne croirait jamais avoir affaire a un guerrier valeureux et hardi. 11 ne se décidequc fort tard, et après avoir perdu un temps précieux, à partir au secours de ses amis en péril. Comme les autres, c'est un bavard plutôt qu'un homme d'action. On nous entre, tient beaucoup de son activité, nous ne le voyons guère agir. 11 voyage sans cesse et sur terre et sur mer, toujours hanté par l'amour de sa maîtresse et par des soupçons peu justifiés'. Nous allons avec lui et ses compagnons en Bulgarie, en Turquie, à Syracuse, à Naples, à Venise; mais le loisir de ses voyages est occupé presque tout entier à étaler et à entendre d'étranges aventures, de subtiles dissertations, où se reflètent plutôt le goût de l'époque et les préférences de l'auteur que la simple et vivante réalité.
Les caractères ont peu de variété et les histoires se ressemblent toutes ou à peu près. Il s'agit toujours d'un amant séparé de sa maîtresse et soumis à toutes sortes d'épreuves, qui le rendent digne de pitié et intéressent à sa personne ceux qui l'écoulent. C'est un parfait chevalier, qui accomplit des exploits sans nombre, mais qui cherche vainement à rejoindre la dame de ses pensées. Celle-ci, également héro'i'que et malheureuse, se lamente également d'être séparée de l'objet de son amour, mais reste également supérieure à son infortune. Bien plus, c'est elle-même qui souvent cause son mal. Aimant et se sachant aimée, elle met son point d'honneur à n'en rien dire et à n'en rien écouler. De là mille traverses que termine pénililemenl, à la fin, un mariage trouvé naturel au début. Dans l'œuvre que nous venons d'étudier, Scanderberg n'obtient .\rianite, cette u iiu-omiiarable iM-inccsse,
1. Celle peinlui'e île l'amour ilii lirnis a élé eiiipi'iinlée par Chevreau à l'iocolomini, arelievèciue de l'alras et coaiijuleiir de rarelievèiiue de Sienne, une sorte d'encyclopédie vivante, mais un l'sprit liiuiil et maniéi'e ( l.'i(l8-l.'i7X).
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exemple de constance et de modestie D.qiic tout à fait en dernier lieu et comme « fruit de son amour et de ses peines » ; encore faut-il (ju'un de ses alliés, Ornnzar, enlève aux Turcs son amante. Celui-ci même n'épouse Alexandrette, qui l'a préféré à Tadraor, que bien longtemps après avoir été choisi par elle. Si les malheurs et la séparation d'Eléazar etd'Amasie, île Zélinde et de Daniel ne sont pas de longue durée, Anaxarettc et Osman meurent de saisissement; Stratoniquc,de dépit d'avoir été dédaignée par Scanderberg; Scamante, de honte d'avoir trompé son mari.
Jetés dès le début en pleine action, comme s'il s'agissait d'une épopée, nous sommes aussitôt ramenés en arrière par des rencontres inattendues, motivant de minutieuses explications, destinées à combler les vides, à relier ensemble les personnages et les faits, à nous faire savoir ce qui est utile, sans compter le superflu. De là des épisodes nombreux, des descriptions abondantes, des portraits généraux et dépourvus de relief; des discussions oiseuses et des sentences morales sur la brièveté de la vie, l'inconstance de la fortune, l'influence du jour de la naissance par rapport à la destinée future; l'essence, les diverses manifestations, les degrés, les devoirs de lamour; le tout dans un jargon subtil, précieux et galant, bien éloigné de la variété que l'auteur prétend avoir mise dans le langage de ses divers personnages. L'histoire y est arrangée dans le sens amoureux comme dans l'Ibrahim ou l'iliuslre llassa, l'Artamhie ou le Grand Cyrus, la Clélie, liistoire romaine, de Scudéry, et l'Ariane de Desmarets. On y assiste à de merveilleux exploits, comme dans les Momans de la Table Jionde et les Amadis, la Cassandre, la Cléopâtrc, le Faramond de la Calprenède et aussi le l'oie xandre de Gomberville. La scène se transporte, comme pour tous ces romans, dans des pays divers, au milieu des navigations et des tempêtes. On croirait même parfois, dans les longues chevauchées des héros, reconnaître quelque chose des nombreuses pérégrinations accomplies par l'auteur dans le cours de son existence mouvementée. Il ne devait guère les entreprendre que plus tard et pas toujours volontairement; mais, la mode aidant, il a dû éprouver un certain plaisir à faire voyager ses personnages, par des pays réels. Roman historique, géographique et d'aventures, qui fait songer aux livres de Fenimore Cooper,de Mayne-Reidct de Pierre Loti, cette œuvre est confuse, enchevêtrée, surchargée de faits et de personnages, avec combats de corsaires, courses sur mer, accidents variés, enfin tout l'attirail qui constituait alors les récits chevaleresques et héro'i'ques. Concerté, arrangé, combiné d'une façon trop habile pour sembler naturelle, Scanderberg,
malgré son caractère factice et convenu, excite pourtant notre intérêt, obtient notre approbation et, sous son rabâchage difTas, cache souvent une délicatesse réelle, un véritable pénétration ilans l'analyse des (( tendres sentiments. »