D'OSMAN
ET
D'ANAXARETTE
« Ici deux personnes sont ensevelies, qui sont jointes par ce qui « sépare les autres. Elles n'eurent qu'un même sort, elles n'eurent « qu'un même cœur et n'ont encore qu'un même tombeau. L'amante « est morte de joie d'avoir trouvé celui qu'elle croyait avoir perdu et « l'amant mourut du regret de lui avoir survécu seulement une heure. H Cet accident est triste, mais il est beau. On ne sait si l'amour même « repose en ce lieu ou si c'est l'amour qui les y fait reposer et pour ce « que ce n'est pas aux malheureux- qu'on donne des larmes, garde-toi M bien de pleurer sur leur sépulture. Leur première disgrâce fut un « exil volontaire; ils eurent depuis, avec la fortune, autant de victoires H que de combats, et l'on ne saurait dire si leur vie est plus remar- « quable par leur malheur que par leur vertu. Profite de cet exemple, « passant ; regarde cette aventure sans envie, mais ne la lis pas sans « admiration et, puisque la mort ne leur a pas été si cruelle que la
1. Ollf mort est assez extraordinaire; celle d"Osman ne l'est pas moins. Les ratastroplies se succèdent et le nombre des personnages diminue. On dirait que l'auteur jelle du lest, pour arriver sans encombre à la fin.
2. Peut-être convieudrait-il de lire ici : « fp n'fsl iiu'niur niiilliPiire\i.r «^qni présenterait un sens plus satisfaisant.
« fortune, apprends en deux mois qu'ils ont dû désirer ce que tu peux « craindre. »
Comme on voit c'est toujours l'aiïectation et la subtilité alors à la mode. On y trouve des oppositions voulues d'idées et de mots, qui enlèvent à l'expression des sentiments tendres et mélancoliques tout caractère de vérité. C'était malheureusement le défaut général de l'époque; il ne faut donc pas en être trop irrité contre Chevreau.
Quelques temps après deux vaisseaux, envoyés par vous pour s'enquérir d'Eléazar et d'.\masie, abordèrent où nous étions. « Nous nous dirigeâmes vers la .Sardaigne ; mais une fièvre violente d'.Vmasie m'obligea de descendre avec elle et Eiéazar à Figari, où je ne l'ai quittée que guérie. Voilà l'histoire de mes malheurs. »
Livre septième. — Il commence d'une façon assez étrange. On dirait du récit fait par Stanize une vaste parenthèse, ouverte d'ailleurs un peu auparavant, au moment où Euryclès, Scanderberg et Oranzar, avec soixante ou quatre-vingts de leur suite, attaquent trois cents chevaux embusqués. « Ce fut, déclare-t on au début du 7' livre, par la défaite de ces trois cents chevaux qu'Euryclès se vit en possession d'un repos assez tranquille, n II assembla son conseil pour décider du sort de Stratonique. Pendant ce temps Scanderberg et Stanize étaient troublés, celui-ci ne pouvant s'imaginer qu'.\masie fût morte, ni celui-là croire qu'elle fût vivante. Ils forment le projet de reconquérir l'Albanie, tout en s'enquérant à Figari du sort d'Amasie et d'Eléazar. Ils vont se coucher. Ici, comme au livre précédent, les catastrophes se succèdent ; l'auteur a hâte de se débarrasser des personnages épisodiques. La nuit un incendie éclate au palais. Stratonique y périt avec deux de ses suivantes. On retrouve la malheureuse Iclérie dans un état assez pitoyable. Consolée par Scanderberg, elle raconte cette longue histoire.
Histoire de l'esclave firecque. — Dès mon enfance, le mensonge m'a été cher. Je m'appelle Phocione. Arcas, mon père, était gouverneur d'une partie de l'Acha'ie. Il eut pour femme .\rétha'i'de, « la plus belle et la plus ambitieuse de toute la f.rèce. » Après l'avoir ruiné, elle le détermina, dans l'espoir d'une meilleure fortune, à livrer son gouvernement à Mahomet; mais le bassa Caribey, pour faire croire « à son in dustrie, » fit tout passer au fil de l'épée. J'étais alors chez Placide, frère d'Arétha'i'de et, comme Arcas et Arétha'ide avaient été massacrés avec les autres, on crut à une négligence de mon père, non à une trahison. « Cinq ans plus tard, je fus recherchée par trois jeunes hommes, » entre autres par un nommé Junian. Placide l'estimait à cause de ses richesses.
Je ne l'aimais pas parce qiril était stupide. Aussi, le jour de nos noces, je le lis ma.ssacrcr par vingt hommes déguisés. Mon frère accusa le père de ce meurtre et. grâce à dcu.x témoins subornés par moi, « la mort du lils fut vengée par celle du père ». Je lis naître la jalousie entre les deuxautres jeunes gens, Péristide et Osiandre. Ils se tuèrent mutuellement et, ignorant « mon artifice, » on me plaignit. Je fus alors recherchée par l'un des premiers de l'Etolie, « Calliante », homme fort aimable, mais « femme par le visage. »
Tous les jours il visitait en secret une dame et, sur mes reproches, « m'avoua qu'il ne la pouvait abandonner. » Je le chassai, maisje m'en repentis et cherchai à le revoir. Sistellc. ma rivale, le sut et, pour me troubler davantage, m'invita à un festin. Je l'y fis empoisonner par un gentilhomme rpii m'aimait et avait servi de messager à mon père dans ses pourparlers avec Caribey, pour lui livrer l'Acha'ie. Placide et Calliante ayant bu de la même bouteille fuuesie, succombèrent également. Le gentilhomme avait ignoré mon dessein. J'accusai Sistelle, qui fut justement punie à ce qu'on crut et j'héritai de Placide.
Emmenée à Andrinople, je fus vendue à un capitaine des Janissaires, puis à. Mustapha, bassaquevous prîtes en Epire. Comme il soupirait pour Amasie, je fis observer par un esclave de ma nation les actes de celle-ci et j'aidai un jeune homme, Jussunbeg, à la voir, mais j'en prévins Mustapha qui, ayant assisté h un de leurs entretiens, les poi gnarda. Craignant toutefois la vengeance, je m'enfuis à Nisibie avec le gouverneur, à qui j'avais persuadé que j'étais Amasie. Aidée de Salmas, un gentilhomme à qui j'avais dévoilé où étaient les trésors du gouverneur, nous chassons celui-ci et nous étions prêts à partir, quand apparurent .\masie et Callisthène. Je fis répandre, par deux soldats séduits, le bruit de ma mort, et, vêtue d'un de leurs habits, je m'embarquai. .Mais le capitaine découvrit ma ruse, trouva dans mes bardes (( la valeur de deux cent mille écus tant en orqu'cn pierreries » et me laissa <à Serpentère. sur les côtes de Sardaigne, avec quelque argent, (( pour acheter un autre habit. » Là le frère de Tadmor, « qui m'avait vue en Candie avec Darsème, » me croyant aussi votre nièce, me fit présenter à la princesse Stratoni(|ue et, pour mieux rester cachée, je pris le nom d'Ictérie. » A votre arrivée avec Oranzar, Stratonif[ue vous aima sans vous connaître. Je lui dévoilai votre nom, en la priant de ne pas me dénoncer, car vous me tueriez, puisque vous aviez livré mon père Amèze, afin d'être seul roi. Ce jour même vint de Croye un .\lbanais avec une lettre pour vous. Je pris la lettre et en fis faire une autre par .un contrefacteur habile, où je disais que Croye était prise. J'avais appris du
messager qu'elle ne résisterait pas trois mois et je comptais sur votre découragement. Mais tout éclioua. Stratonique mit le feu au palais dont ou la chassait et je manquai brûler avec elle. L'Albanais, enfermé par ordre de Stratonique, fut interrogé et raconta que Croye résistaitencore et qu'Arianite demandait seulement des secours.
Après ce long récit où, avec une efîrojable précision, une inconscience stupéfiante, l'esclave grecque expose ses crimes, Scanderberg se reproche amèrement, longuement même, lui aussi, d'avoir douté d'Arianite et se prépare à la secourir. Mais, comme tous les héros de roman, il est curieux et bavard. Tout en répétant qu'il s'en va, il reste toujours. Eléazar et Amasie arrivent à Calari ', où Scanderberg et Euryclès les accueillent avec joie et tous les quatre entament un dialogue, dans lequel ils se remercient mutuellement des services rendus et protestent de leur indissoluble amitié. Oranzar rappelle son ancienne rivalité avec Tadmor, qui a voulu l'assassiner et dont il a obtenu le pardon d'Euryclès et se fait pardonnersa première indifférence à l'égard d'Alexandrette-. Leur mariage est décidé,» après beaucoup d'autres cérémonies. » ajoute Chevreau assez vaguement.
Scanderberg, accompagné d'Oranzar. de Tadmor et d'Amasie\ quitte enfin la Sardaigne rendue à Euryclès. Près de l'Epire, on rencontre la flotte turque, rangée en croissant et commandée, à droite, par Omar, fils de Thuracan, gouverneur de Thessalie avec trente-cinq galères; à gauche, par Haly ' avec autant ; au centre par Machmut, accompagné de son frère Achomat et de quatre vingts galères. Le reste était en réserve. Scanderberg adopte le même ordre de bataille, mais avec quatre-vingts galères seulement contre deux cents ; vingt à droite avec Eléazar, autant à gauche avec Slauize ; trente au milieu, sous ses ordres et ceux de deux ou trois (Chevreau n'en sait rien exactement) capitaines vénitienSjdont il estimait le courage et l'expérience. « Tadmor, avec sa galère, faisait une pointe de l'armée ; un des Diamèdes de Naples était en même ordre avec Callisthène. et quelques vaisseaux, sous la conduite d'Oranzar, devaient commencer la charge ».
Le récit du combat occupe près de cinq pages II est animé
1. Slaiiizp, le frère dr Scanderberg, les avait laissés à Figari, où iU avaient dû rester ii cause d'une fièvre d'.Vmasie.
2. Non sans un discours, qu'.Vlexandreltc « écouta avec plaisir ». Ijuanl à l'indifférence dont il s'accuse, elle se réduit sans doute à cet élan de géiiérosilé qui l'a poussé au livre IV, à vouloir céder sa maîtresse à Tadmor, son rival malheureux.
3. ICléazar, qu'on -a oublié de citer, les accompagne sans doute, car nous le retrouverons avec eux un peu plus loin.
i. Ali.
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et intéressant, sans trop d'originalité toutefois. Scanderberg victorieux poursuit, le lendemain, les Turcs en fuite et les achève. Sous le tillacde la galère d'Omar, que le feu dévorait, on recueille une femme. Omor et Mach mut sont faits prisonniers; six bassas tués ; Acliomatet Haly noyés. Scanderberg se réserve uniquement en butin « l'étendard royal qu'il avait pris dans l'Impériale ', dont la hampe était d'or massif, enrichie d'un grand nombre de diamants ». Du côté de son armée, il y avait six capitaines napolitains tués ; Tadmor, qui mourut bientôt de ses lilessures ; Stanize atteint d'une mousquetade au bras ; Callisthène de deux coups de (lèche à la main et à l'épaule.
On mouilla à Cîudie, où l'on partagea les dépouilles fort considérables.
Livre huitième. — « Comme Scanderberg entrait dans la galère d'Oranzar, il reconnut Omar qu'il croyait mort )). Celui ci reprochait à Oranzar de l'avoir retiré de l'eau pour en faire un esclave ■ et réclamait le trépas ; mais Oranzar demande au contraire, en son nom et en celui d'Euryclès, sa liberté qu'il obtient de Scanderberg. A ce moment, on amène deux femmes : ce sont les épouses d'Omar et de Maclimut. Scanderberg leur rend aussi la liberté el conduit même la dernière à son mari, qu'il renvoie également libre, avec une galère pour s'en retourner tous. Puis il s'éloigne de Gudie avec la dame trouvée enchaînée sous un tillac : elle lui raconte son histoire, car il fallait bien c|u"elle aussi se fit connaître à tous.
Histoire de Zélinde et de Zaniel^. — Mahomet faisait la guerre à Usuncassan ', roi de Perse, quand Ismaël, prince de Castamone et de Sinope, secourut celui-ci. Usuncassan nous avait envoyé son fils Zaniel, mais il fut vaincu et il ne resta à Ismaël que Philippole ', laissée par le vainqueur. Il renvoie Zaniel que j'aimais et par qui je me croyais trahie, puis revient me demander en mariage et mon père consent. Zaniel m'emmène donc à Persépole '. Usuncassan me reçoit bien, mais s'oppose à notre union, pour ne pas irriter Mahomet, disait il ; en réalité, parce