CHAPITRE IV
Traités de morale
CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES llGii-1656)
On remarque nu xvii'^ siècle une inclinatiou particulière pour la morale. Beaucoup de graves esprits avaient compris depuis quelque temps la nécessité de raffermir la pratique des vertus chrétiennes délaissées et de secouer l'indifTércncc religieuse causée par les guerresi^iviles. De plus, la soudaine apparition et le développement ultra-rapide d'une « société polie » qui, rompant avec la grossièreté de l'âge précédent, se complaisait à montrer en tout une décence, au moins ^^xtérieure, avaient produit un sens plus raftlné, une culture philosophique expérimentale plus complète. La vie de château était finie, commençait la vie de salon. Passionnée pour les discussions religieuses, au moins autant que pour l'antiquité classique, grâce à la Réforme et à la découverte de l'imprimerie, la noblesse elle-même avait acquis, dans les controverses et la culture littéraire, une finesse d'esprit inconnue jusque là. Les femmes enfinlisaient et commentaient les philosophes anciens, dissertaient sur la destinée de l'homme et l'essence de la pensée, s'éprenaient de spéculations délicates et élevées sur l'attachement « d'âme à âme » par exemple et l'amour platonique exposés dans les romans. Le goût mondain était porté de ce côté et l'étude psj-chologiqne était pour l'apprenti honnête homme l'occupation essentielle : tout le monde d'ailleurs s'y livrait, beaucoup en écrivaient et de ce fait la littérature moraliste au XVII'- siècle est excessivement féconde.
Sur celte matière les principaux ouvrages de la première moitié du siècle sdnl : Le Tableau îles passions humaines, de leurs causes et de leurs
effets, par l'évêque Nicolas CoëfFeteau (I6I0, 1621, 162i) ; les Caractères (/es poss/ons, par racadémicien médecin Cureau de la Chambre (1640- 1662), grand ouvrage en cinq volumes, suivi, de 1639 à 1667, par l'Art de connaître les Iwmmes, du même auteur ; le traité de il sage des passions, parle prédicateur orntorien Jean François Senault (1641) ; les Peintures morales du P. Le Moyne (1643) ; le Doctrinal des mœurs, par le romancier Le Roy de Gomberville (1646) ; la Morale chrétienne, par le pasteur protestant Moyse Amyraut, un des correspondants de Chevreau (1392-1660,6 vol. in-8). N'oublions pas, outre le Discours de la méthode, de Descartes (1637), ses Méditations métaphysi(iucs (1641-1647), ses Principes de philosophie (1644), son Traité des passions (1649) et plusieurs autres œuvres, non plus que les Dissertations philosophUiues en latin de son adversaire Gassendi, les traductions des moralistes étrangers, et les multiples traitésde civilités et de bienséances, destinés à apprendre aux gens du monde les « coutumes honnêtes et louables ».
Les ouvrages de morale ne manquent pas dans la seconde moitié du xv!!"* siècle. Tout le monde connaît les Maximesde La Rochefoucauld, les Essais de morale de Nicole, les Caractères de La Bruyère. A côté d'eux on peutciterM""de Sablé, Jacques Esprit, le Chevalier de Méré, M"" de Scudéry, les protestants La Placette, Jacques Abbadie, etc. ' On voit combien fut grand alors le nombre des moralistes. Chevreau, qui avait écrit ses pièces et ses romans pour obéir à la mode et se faire connaître, devait, dans le même but, poussé par son esprit sérieux, leur emprunter en partie les œuvres que nous allons examiner.