A la l)il)lii)llii'que de l'.irsenal. à Paris
3. Il s'appli(|ueniit alors aux ornements ajoutés par Chevreau et qui ont rendu plus riche la matière, traitée d'après des modèles antérieurs plus ou moins pauvres et secs. C'était d'ailleurs à cette époque la prétention de tous les traducteurs.
Paris, elle porte pour date du privilège : « 2'' jour du mois d'aoûl, l'an de grâce mil six cent quarante-quatre. » Les éditeurs associés sont Guillaume Loyson et Nicolas de Sercj-. D'autres éditions ont paru en 16'i8, lOoi, Ifio.'), 1659, i0tJ4, 1665', Elles portent toutes en titre : Le Tableau île la Forlunc oi), par la décadence des empires et des royaumes, par la ruine des villes et par ilirerses aventures merveilleuses, on voit iinsiabililc de tiniles les choses du Monde.
LEpitre dédicaloire est adressée « à .Mgu de Schomberg, duc d'Alwin, pair et maréchal de France, colonel général des Suisses et des Grisons, etc. - »
L'auteur marque ainsi, dès le début, le sujet et le plan de son œuvre, w Dans ce tableau, j'offre à votre Grandeur toute la nature en désordre : des royaumes qui brûlent d'un bout à l'autre ; des provinces abimées en elles-mêmes ; des villes cachées sous des joncs et sous des roseaux; des vices récompensés et des vertus malheureuses; des philosophes au désespoir; des princesses sur des échafauds ; dos rois dans les chaînes et des esclaves sur le trône. » C'est une dette qu'il acquitte pour les louanges prodiguées par le duc à ses vers et à sa prose. • Le premier livre' compte 17 chapitres, le second 10 et le troisième 12 dans les éditions de 1651 et 1655 que nous suivrons. Ils forment un total de 496 pages.
Ainsi que le déclare Chevreau lui même', il n'y a presque rien d'original dans le Tableau de ta i'ortune. Les faits, les personnages, les mœurs et les institutions, d'ailleurs connus pour la plupart, sont empruntés aux écrivains ecclésiastiques Urose et Eusèbe. au belge Carion, à l'italien iioccace, h l'espagnol (iuévara\ Quant au plan, il est de
1. L'édition de IOjI porte un nouveau Privilège daté du 3 octobre 1030. avec un achevé d'imprimer du 22.
2. Cliarles de Schomberg, duc d'Halluin, était d'une famille originaire d'.Vllemague. E:,timé de Louis XIII. il battit plusieurs fois les Espagnols et mourut en ICmU. à oG ans, de la pierre. Sa sœur .Jeanne de Schomberg, épousa, en 1018. Fr. Cossé de Brissac et, en 1020, lîoger du l'iessis de Liancourt. Elle mourut le li juin lOTi. un mois et demi avant son second mari.
3. Dans l'édition de lOii, il manquait au I" livre un chapitre f)e l'empire ou du royauiiie du .Uexii/ue (le 0' des éditions de l'J'M et suivantes); au 2' livre un chapitre de Charle.s /", roi d'.iiujleterre (le i" des autres éditions) ; au 3' livre deux chapitres (,9 et 10 des éditions postérieures) des malheurs des avenluriers dans les tournois et des malheurs des duellistes.
i. Dans son adresse au lecteur.
."i. On p:>urrait, dans bien des cas, en rapprocher avissi des passages de Valère Maxime et de .Montaigne.
Paul Orose. prêtre espagnol (V siècle) a écrit en latin, contre les païens, une Histoire en 7 livres, de la création à 717 de .lésus-Christ. — Eusèbe, évèque de Césarée (267-338), est un grec. Il a mérité par son Histoire ecclésiastique en 10 livres le titre de
l'abbé Dronin. Il n'y a donc que le style qui appartienne véritablement à notre auteur, avec la façon de présenter les hommes et les choses. Aussi, nous nous contenterons de citer, au cours d'une analyse générale et succinctede l'œuvre, les passages saillants; les quelques éléments nouveaux ou curieux introduits çà et là; certaines particularités utiles, relevées par la force, la délicatesse ou la vivacité de l'expression'. Pour le reste, qui se trouve à peu près partout, nous le négligerons volontairement, ne voyant aucun avantage à répéter ce qui peut encore se lire dans d'autres ouvrages de Chevreau ou qui, depuis longtemps, est tombé dans le domaine commun. Notons cependant la franchise avec laquelle Chevreau avoue d'avance ses emprunts et la parfaite indifférence qu'il témoigne pour l'accueil destinée son œuvre. Conscient de son mérite et de la valeur des hommes ou des événements cités, il méprise les malades, les ignorants et les envieux, qui ne sauront ou ne pourront l'apprécier, persuadé qu'il est beaucoup plus facile de critiquer que de bien faire.
Si, contrairement à son habitude. Chevreau montre en cet endroit peu de modestie, c'est qu'il prend la défense des sujets et des auteurs qu'il a imités. Il sait fort bien que, selon le vers de Destouches, (Le Glorieux, acte II, scène V).
La crilliiue est aisée et l'art est difficile
et que, d'après La Bruyère, (caractères, I, Des oin-raries de l'esprit.) « Le plaisir de la critique nous ôte celui d'être vivement touchés de très belles choses. »
Dans le premier livre, il est question De la Décadence des Empires ET DES Royaumes, de la Ruine des Villes et des Malheurs qui sont ARRIVÉS AU Monde par les Eléments.
a Père de l'Histoire ecclr'siastliiiie » — Louis Carion, né ft Bruges, mort en 1394, a laissé un ouvrage intitulé Aiitiijuaruin lectiuitum tibri Ires. — Boecace (1313-1375) a fait, entre autres œuxTes, un traité De (nsibus viiorum et feminanim iltiixtriuiii. .\ntonio tiuevara, évèque Je Cadix, puis de Mondonedo, sous Cliarles-(Juint (Ii90-I343), a composé de nombreux ouvrages sans vérité et d'un style déclamatoire. Le Traité des sacrements de l'abbé Drouin. docteur en Sorbonne, de l'ordre de Saint-Dominique, est très estimé, mais ne fut imprimé qu'en 1737 à Venise, après la mort de l'auteur. Il n'a donc pu servir à Cbevrcau. Il s'agit par consé(|uent d'un autre de ses ouvrages ou d'un autre Drouin.
Quant à Valère Maxime, c'est un liislorien laliu (i" siècle de Jésus-Christ) qui a laissé un recueil des </i7.'i et faits tiièmurables eu U livres. Tout le monde connaît .Montaigne et ses Essais (l333-loy2).
1. Nous reproduirons notammentdes vers de Clievreau dont quelques-uns peuvent prêter à des rapprochements et aussi les réflexions judicieuses répandues dans toute la suite de l'ouvrage. Pour les vers italiens, nous les laisserons entièrement de côté avec les longues citations espagnoles.
Chevreau passe successivement en .revue, après avoir parlé, plutôt « en liistorien qu'en philosophe ». De la Fortune (cliapilre I) ', puis De la Ruine du premier Monde et de l'empire des Assyriens (chapitre II), les empires des Perses (chapitre III), des Grecs (chapitre IV), des Romains (chapitre V) et du Mexique (chapitre VI). II n'y a absolument rien de neuf dans ces chapitres, qui indiquent successivement comment ces empires ont fleuri et sont tombés en décrépitude par l'excès même de leur étendue et de leur puissance. Les détails, dans lesquels entre Chevreau, sont intéressants, mais connus, et l'originalité de notre auteur n'éclate guère que dans celte affirmation, alors repoussée, maintenant admise, à propos des Romains, que les lettres « n'ont point fait l'établissement de cet empire et qu'il s'est plutôt perdu par l'oisiveté que par le commerce ». Certes Chevreau ne démêle pas, comme l'ont fait Bossuet et Montesquieu, les causes multiples de la grandeur et de la décadence des Romains, mais il a raison dans ce qu'il avance ; car, durant les cinq premiers siècles de son existence, Rome ne connut pas de littérature véritable ; et la paresse du peuple, uniquement occupé d'avoir du pain et des jeux du cirque, fut pour beaucoup dans sa chute. A propos des Mexicains, il constate avec douleur que les Espagnols « ont plus sacrifié d'hommes à leur avarice que ces peuples n'en ont sacrifiés à leurs idoles, n
Dans les chapitres VII-XIII, il est question delà ruine de Carlliage, de forinthe, de .\umance, d-i Jérusalem, de Rome, de Constantinople et de plusieurs villes. La part de Chevreau est bien minime. Elle se borne à peu près à ceci : l'incendie de Carthage nous apprend « qu'il n'est point de jour sans nuit, ni de printemps sans hiver et qu'il est toujours d'un Etat comme du soleil, qui n'est jamais plus près de son occident