A noter, page 3, les vers suivants
Ce qu'oïl voit qu'elle élève, elle l'aliat par (erre Une exlrôme rigueur suit toujours sa bonlù.
Elle l'ait la paix et la guerre
Et montre assez, étant de verre, (Qu'elle en a le défaut avoc()ue la beauté.
Ils rappellent ceux du Polyeucle de Corneille :
Toute votre fragilité,
Sujette à l'instabilité.
En moins de rien tombe par terre
Et, comme elle a l'éclat du verre.
Elle en a la fragilité (IV, 2).
On sait d'ailleurs que, par une réminiscence inconsciente, Corneille les avait emprunt<^s à une Oile de (loâeau n ftirhetieu faite lu ans auparavant. Au reste, les deux auteurs ont pu se rencontrer dans l'imilation du vers smivcnt cité de l'ublius Syrus ;
Fortuna vitrea est ; tum cum splcndet, frangitur.
Ît6 L'ÉCRIVAIN
que lorsqu'il est en son midi «.Celle phrase un peu lourde contient une affirmation éternellement vraie.
Notons encore les vers d'un réalisme saisissant, par lesquels sont rendues les horreurs, auxquelles fut en proie Jérusalem, assiégée par Nabuchodonosor.
La mère, sans espoii' qu'autre bien la soutienne, Cuil et mai^fje la chair qui surlit de la sienne : Met dans son esfomac ce qu'elle eut dans son flanc ; Se nourrit de soi-même et boit son propre sang. Quel remède cruel pour soulager ses peines ! Son cnfanl tout sanglant passe dedans ses veines Et, par un sort horrible autant qu'il est nouveau, La source de sa vie est son vivant tombeau.
Malgré quelque recherche ce passage est fort beau. On peut en dire autant de ce qui a trait aux malheurs de Rome. « treize fois prise et treize fois ruinée » ; au peuple romain chargé à la fois de fers et de dépouilles, et perdant en un jour « ce qu'on ne peut amasser sans peine en plusieurs années ».
A la fin du XIIl" chapitre, après avoir mentionné .\runte,Aiguillonc et Couvre, « qui ont été dévorées par le temps et par le feu » ; Visby, dans l'île de de Gothland ; Tusar et Damsa, en Numidie ; Trêves, (( la première ville bâtie après le déluge, selon quelques uns, ou du moins treize cents ans auparavant Rome », l'auteur (il le déclare) va faire voir que la guerre n'est pas la seule cause de nos perles, mais a que les choses périssent d'ordinaire par ce qui les conserve toutes ; que chaque élément est redoutable... et que notre vie et notre mort n'ont le plus souvent qu'un même principe. »
De fait il s'occupe aussitôt Des malheurs du Monde causés par les Eléments : Tremlilcmenls de terre, inondations et délufies, air et feu (chap. XIV XVII).
Chevreau incline à attribuer les tremblements de terre à l'eau et à l'air, sans bien préciser et en signalant que. s'ils ont lieu généralement près des mers on des rivières et sont causés, d'après certains, par des volcans, ils sont (( rares où il y a quantité de puits. » Il laisse d'ailleurs à d'autres le soin de faire voir les causes, se contentant de montrer « des effets. »
Voulant traiter de 1 inconstance de la Fortune. Chevreau ne parle pas du Déluge universel, « etf(>t de la justice de Dieu ». niais des inondations particulières. Puis il nomme les principales pestes, avec des détails invraisemblables, puisés chez des auteurs, dont il accepte le
témoignage sans contrôle; enfin de In foudre, des volcans et des comètes, causes elles-mêmes et présages de malheurs. Vne dernière phrase annonce que des Villes et des Eléments, on va passer aux Hommes.
Le SECOND LIVRE en effet traite Des Malheurs qui sont arrivés aux Rois et aux Grands par les Guerres.
Les quatre premiers chapitres racontent les infortunes de Minos et de Thésée, de Crésus et d'Actes, de quelques rois dépouillés de leurs royaumes et de Charles I^', roi d'Angleterre décapité. Au sujet de ce dernier, Chevreau s'écrie : » Si tu ne frémis pas, lecteur, tu n'es pas homme et, si tu ne pleures une fortune si étrange, tu ne mérites pas qu'on t'en souhaite une bonne ».
A propos des Rois et des Princes qui ont été traités de leurs ennemis avec beaucoup d'insolence et de cruauté (chapitre V), il fait la déclaration suivante :
Nous courons tous mêmes dangers ; Nous avons mêmes destinées ; El le même malheur qui poursuit le berger, Peut attaquer aussi les tOtcs couronnées. Nos jours sont lilés d'un fuseau ; CeUN des moindres sujets et des plus grands monarques Sont entrepris des mêmes Parques Et coupés d'un même ciseau'.
Ces vers remarquables font songer à ceux (jui ont été faits sur le même sujet par Malherbe, Racan et bien d'autres poètes d'inégale valeur. Ils sont suivis, un peu plus loin, par ceux-ci, également remarquables, réminiscence d'Euripide et de Cicéron', expression de peu louables sentiments-
Alors qu'on peul porter une illustre couronne, Qu'importe si le crime ou la vertu la donne. Un trône est toujours beau, quand on y peut monter ; C'est pour lui ipi'un grand cœur doit tout exécuter.