III. — Considérations fortuites de Joseph HaU
Cet ouvrage, paru en 1648 chez Augustin Courbet ^ est dédié à M"'- DE Watteville ' par l'auteur, désireux d'éviter ainsi le reproche d'ingratitude, plutôt que poussé par un désir de gloire.
L'Avertissement indique que ces réflexions ont été tirées « du même évêque anglais à qui, depuis deux ans » Chevreau a « servi trois fois d'interprète ' ». Il en avait traduit en effet l'Ecole ilu Sage, une suite de Dissertations et la TrancpiilUté de l'Esprit.
Nous n'analj'serons pas par le menu cette version, malgré « ses grâces particulières ». Elle ne nous renseignerait guère sur le talent de Chevreau. Exécutée selon la méthode des Iklles Infidèles'^, c'esl plutôt une adaptation, une transposition qu'une traduction.
1. En effet, comme nous allons le signaler bientôt, on ne cherchait pas rexactitude. On voulait montrer, non tout ce qu'il y avait dans Toriginal « mais tout ce qui en pouvait plaire », craignant, par trop de rigueur, de faire d'un admirable modèle une méchante copie et désireux de rendre plus parfaite encore l'nmvre primitive.
2. K., 6.20o. En voici le titre. La Sctiola del Saiio, dal francesc del sign' di Chevreau, Iradotla in lingua italiana da Clisse l'aravicbw e dedicata ail illustrissimo signor, il signor Hercole Salice, signor di .Marslinz, liifeg e Salencg, governatore di Valtelina e colonello di sua .Vltezza elcttorale Carlo Ludovigo, principe palatino. — In Basilea. — .Vppresso Giacomo Bertsche, MDC LXVI. Cette traduction compte 18i i)ages d'un ouvrage in-i" à lignes assez serrées.
3. Le Privilège est du 'J mars, l'Achevé d'imprimer du .S avril 1048.
4. La femme sans doute de celui à qui Chevreau avait écrit la huitième de ses Lettres nouvelles et dédié sou roman de Seanflerberg.
5. Des Meditatiunciilx subitanea' de Joseph HaU. Seulement elles sont au nombre de cent dans l'original et de quatre-vingt-dix dans l'imitation. De plus, Chevreau déclare s'être servi d'une « mauvaise copie ». C'était peut-être celle du sieur de Tourval, parue en 1010, sous le titre de Seiié(iue ressuscite chrétien en 'JOO considérations ijliiloso/jlii)/iies, chacune nrec son application morale. En 1032, avait été publiée à Genève, une éditiou des .Méditations occasionnelles de .loseph Hall, faite par son fils Hobert Hall et mise en français par Théodore Jacquemot. Elle comprenait 91 Méditations, dédiées au vicomte de Duncaster. L'oeuvre de Tourval, divisée en trois centuries, était adressée au vicomte de Cranhorne, à sa dame et à son père, le comte de Salishury.
6. C'est le nom que Ménage donnait aux traductions de l'crrot d'Ablancourt.
Certes,quelques traducteurs considéraient les versions les plus fidèles comme les plus estimables et Chevreau était de ce nombre. Mais ils n'entendaient nullement par là « ces traductions sansgrâces, sans liaison et sans forme périodiques' », dépourvues de tout charme et de toute valeur. Aulieu de viser, comme aujourd'hui, à la précision; de s'effacer derrière son texte pour représenter fidèlement les hommes et les mœurs d'autrefois, on se contentait de voir le sens, sans se préoccuper des mots ; on allongeait, on abrégeait, on commentait, on cultivait soigneusement la paraphrase ; on habillait enfin les Grecs et les Latins à la mode française, persuadé « que la pleine liberté était l'élément des Français- » et qu'il valait mieux parer un auteur des grâces de notre langue, que lui enlever, sous prétexte d'exactitude, les grâces de la sienne, sans rien mettre à la place. Ici donc, comme ailleurs. Chevreau a traduit librement.
Les Considérations fortuites sont au nombre de quatre-vingt dix.
Elles ont été suggérées à l'auteur par la vue du ciel et de la terre, les aspects différents sous lesquels se présentent les êtres et les objets. Elles ont jailli spontanément et soudain du cerveau de l'observateur, au hasard d'un fait, d'une rencontre, d'un spectacle nouveau.
Celles qui ont le ciel pour point de départ, roulent sur le Mouvement DES ciEUX, siège de l'ordre, et l'immobilité de la terre, siège du désordre. Le premier est admirablement réglé et il doit nous enseigner, par son admirable combinaison et son parfait ensemble, qu'il faut « nous tenir ferme à la loi » et obéira Dieu ; car <i l'homme est un petit monde, son âme est un ciel et son corps n'est rien que terre » 'K Puis viennent les considérations sttr le Soleil, dont l'éclipsé marque le deuil de la nature, également attristée de la disparition de Dieu causée par nos péchés ', tandis que ses rayons égayants, après la pluie, enseignent que les tribulations mènent à la gloire"'; sur la miée, dans laquelle disparut le Sauveur et qui nous enseigne à le suivre" ; sur une étoile qui tombait, symbole d'orgueil et d'hypocrisie ' ; sur les astres « qui sont
1. V. lii traduction des /.dires- de Pline le consul, l'iiris, 16i7, p. li.
2. V. la traduction du /'anér/i/rii/iie de Trnjan, Paris, 16i2, préface.
;t. I, p. 3 et .XIII, p. 2.'>. Selon les croyances d'alors, la terre était immohile, pen<lanl que lout le reste ilail en niouvement. Cette considération rappelle l'inscription de riuirloge de la Sainte-Chapelle.
Macliiiia, i|iia' bis scx taiii jiisic dividil liorîis,
Justiliain servarc monet Icgcsijue tucri.