‹ Urbain ChevreauChapitre 156 sur 371 · IV. — De la Providence ou de la Justice divine · texte numérisé non relu

IV. — De la Providence ou de la Justice divine

La Bibliothèque nationale possède' une édition de l'Ecole du Sage de 1632, à la suite de laquelle on lit : Théodoret, de la Proindence ou de la Justice divine, delà cersion de Chevreau, avec Privilège et Approbation. Cet opuscule, publié chez Cliarles de Sercy, compte 94 petites pages. II est dédié à Mme de Normanville la Suze, dont Chevreau vante la noble origine, les qualités de l'âme et à qui il envoie ce faible témoignage de sa reconnaissance.

Le Privilège, signé de Monceau.v, 2'i décembre l6ol est pour une durée de cinq ans. L'Achevé d'imprimer pour la première fois date du 26 février 1632.

L'Approbation est ainsi conçue :

« Nous soussignés, docteurs en théologie de la maison de Sorbonne, certifions à tous ceux à qui il appartiendra que nous avons vu, lu et examiné un livre intitulé Théodoret, de la Procidcnce ou de la Justice dirine, de la traduction du sieur Chevreau, dans lequel nous n'avons rencontré aucune chose qui fût contraire à la foi et doctrine de la sainte Eglise, chrétienne, catholique, apostolique et romaine ou aux bonnes mœurs ; en foi de quoi nous avons signé les présentes.

A Paris, le 4« jour du mois de décembre Ifiol.

F. HÉRON, Banneret.

Théodoret, écrivain grec de mérite (390-437 apr. J. C), a composé beaucoup d'ouvrages estimés \ Il a plusieurs fois parlé et écrit de la Providence '. La traduction de Chevreau est celle du G« sermon de la Graecarum alfectionum curatio (Pairolog'iedc Migne, t. IV, p. 933-990)'.

2. Lnli'e autres ; une /lisloire errli'siasliijup en cinq livres, de 324 à 4211 ; une JJisluire pieuse, une Ilixtoue iihrci/ee tles hiTrsies, des Commeittaireu, des Homélies, des Leilrex.

3. .\u ihiipitrc 10, livre V, duCoiiijieiiiliiim liœreticanini fiihuliiniiii(p\^. 483-487 de la Palrolojiie de .Mifjne, tome IV; dans dix discours (kl. iip. .'i:!.') 774) : enfin dans la Oruraniiii affectiuiium ciiriilio, sernio \I (Id., pp. 9j."i-'.l90).

4. Bossnel a prononcé sur ta Pniridenre deux beaux sermons : le t" à Dijon, devant le duc d'i:|)crni)n. eu iO.'iti ; le 2* au Louvre, devant Louis .\1V, le 8 ou II) murs 10(12. Le 17 avril Ititjti il prùclia .•.u/- la Jusiice. devant le roi, h Saint-Germaiu.

Comme toutes les autres, elle est loin d'être exacte, tout en respectant suffisamment la physionomie générale et les caractères principaux de l'original : c'est encore une (( Belle Infidèle ».

Il y est question des reproches que l'on adresse continuellement à la Providence, des doutes que certains ont émis à son sujet et de la réalité de son intervention. Si quelques philosophes, Diagoras, Protagoras, Epicure, lui ont attribué un rôle différent de celui qu'elle a, la plupart: Pythagore, Parménide, Platon, .\ristote, Anaxagore, les Sto'iciens, lui ont rendu hommage et ont proclamé son action incessante, qui n'entrave en rien cependant la liberté.

Des biens, les ans sont divins et les autres humains. Entre ces derniers, on place d'abord la Santé, puis la Beauté, la Force ou la Vitesse et la Richesse. La Prudence est le premier bien divin ; le deuxième est l'Intelligence, le troisième la Justice. « La Vertu seule est bien par nature » ; les autres ne le sont « qu'en apparence et en titre, d Les plus heureux ne sont pas les plus puissants, les plus riches ou les plus robustes. Dieu a ses raisons pour souffrir dans le monde des riches et des pauvres. D'ailleurs les ignorants seuls considèrent la pauvreté et la mort comme des maux. Tout dans l'Univers a sa mission et il n'est rien dont les hommes ne puissent tirer avantage. Condamner certains animaux comme inutiles, serait condamner une tragédie, « dont tous les acteurs ne seraient pas princes ou rois ». On pourrait encore alléguer Xénophon, Epictète et d'autres ; mais cela suffit pour donner raison au prédicateur, .\ussi ne s'étendra-t il pas davantage sur celte matière.

Toutefois avoir prouvé que la Proi'idence éclate dans tous les ouvrages de Dieu, c'est avoir montré sa Justice. Celui qui a créé toutes les choses ne pouvait abandonner l'homme, pour qui il les avait créées. C'est pour cela (( qu'il s'est revêtu de chair et qu'il a couvert de la nature visible celle qui ne pouvait être vue ». Il aurait pu autrement sauver les hommes ; mais il a voulu ménager notre faiblesse, qui n'aurait pu supporter le ton de sa voix ni celle de ses messagers, archanges et prophètes. Il a pris deux natures : l'une soumise aux incommodités humaines; « l'autre fameuse par ses miracles ». Toute cette démonstration appuyée par l'autorité même des Grecs (Euripide, Hypéride, Isocrate, Andocide), a pour but d'empêcher le doute sur la Procidence et la Justice divine et d' « assurer, dit l'auteur, le salut que je vous désire et dont vous devez lâcher, autant qu'il vous est possible, de vous rendre dignes ».

Telle est celte traduction de Théodoret que nous avons fini par découvrir, après bien des recherches vaines. Elle était, il est vrai-, à la suite

de l'Ecole du Sage, imprimée à Paris chez Jean Cochart en 1G64, mais elle ne portait aucune indication d'auteur. Cette indication se trouvait fort heureusement et dune façon très précise dans l'édition de 1632.

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