‹ Urbain ChevreauChapitre 163 sur 371 · V. ijtjivres iivHcfs. Poésies, pp. Ii8-l.'i · texte numérisé non relu

V. ijtjivres iivHcfs. Poésies, pp. Ii8-l.'i

L'ensemble est assez terne. A la fin l'Amant dit à sa maîtresse qui l'abandonne :

Ordonnez lui donc de vous suivre Ou piunonccz sa mort en lui disant adieu,

Piiisquil n'a plus de temps à vivre Qu'aulanl ipi'il vous en faut à partir de ce lieu

12" Nous avons cité dans la Biographicdc Chevreau les ([iiatre stances .1 la mémoire de lialzac.

Toutes les poésies dont nous venons de parler sont d'une longueur assez considérable ; la plus courte {Sur une Absence) compte trente six vers; la plus longue [Ode à la reine de S^irdc) en compte cent cinquante. Celles qui vont suivre immédiatement (Madrifjau.r, Epigrammes, Ejiitaphcs, Chansons et Sonnets) sont beaucoup plus réduites. Elles ont une valeur inégale et généralement faible : nous citerons quelques passages des plus importantes ou des plus caractéristiques, nous contentant de mentionner les autres.

m. Madrio.\ix. — Le Madrigal, venu on ne saitd'où, sertàexprimer avec précision une pensée ingénieuse et galante, galante surtout. Ses défauts ordinaires sont la recherche et l'affectation. Chevreau n'a pas su, le plus souvent, les éviter. Ses huit madrigaux l'our une belle Egyptienne ' sont d'une platitude, d'une fadeur, d'une subtilité éton" uantes. Le premier et le huitième avaient dû être faits pour un portrait.

Le Madrigal à M'"" la Comtesse de la Suzc, peinte aver une couronne de laurier dans la main, ne vaut pas mieux que les précédents : il est même obscur à la fin.

Le Madrigal à M"'" la Baronne de Chaumo)it sur son nom de Marianne- ; ceux à .U""' de la Suze : h i)/"'"(/e Couet depuisM"^'^ du Boislet; les

1. Chez nous les Egyptieniu'? iivaiful la rr'plUalinn il'iMrp trf'? laides (t^f. Etienne Pastpiier, Heclierclii's de lu Fraiicp, IV, 10 i-t Henri de Sauvai, /fislnircs el Jli't/icrc/iex fies iiiilii/iiilfs (le lu rille (le Parit:, V, 318). Hardy (KilCjet Salleliray (1032) avaient fail cliaeun une Irafii-eomédie. la llclle lùj!//itiei)i)e, empruntée à une nouvelle de rcspaiinol Cervantes, l'immortel auteur de Don Ouicluitte. On trouve dans les Poésies (lifersex de Scudéry, dédiées au duc de liiehelieu, un siuinel (p. iJ9) sur cette beauté. La llelle &/i/jilieniie de Chevreau était sans doute la séduisante l.eanre, que nous retrouverons dans les Œiicres mêlées (pp. 3.j8, 3o9, 362), et dans le Clievraenna (1. 26.') et 266). Xous avons vu que peut-être les stances .1 la Belle Gueuse lui sont aussi adressées.

2. Epouse d'Hérode le Grand, roi des .luifs (72 av. .I.-C. — 1 apr. .l.-C). Marianne était l'une des plu? belle femmes de son temps. Sou maii la lit mourir sur de fausses accusations d'infidélité.

deux à Carite ; ceux à .1/***, à Philis, à Amaryllis ', à une belle fille qui chantait, etc., sont entachés cgnlemoiit de j^alanlcrie froide et maniérée, Us ne sont pas pour cela plus mauvais que les œuvres similaires du temps. Le deuxième madrifjal à Carile est bien fait,

J'aime Carite iiui me fiiil,

Je liais Climène qui me suit,

El, dans cet état déplorable, Oii mon cœur est d'amour et de haine enllammé, Je serais plus heureux si j'étais plus ainuiblo. Et serais plus content si j'étais moins aimé .

Çà et là on rencontre de beaux vers, exprimant des idées justes ou délicates avec vivacité et naturel '; mais, en général, c'est l'exagération amoureuse, le tortillage amphigouri(iiie qui dominent. On y meurt d'amour ; on vante la beauté de sa maiiresse ; on déplore sou insensibilité ; on cherche à vaincre son indifférence ou son dédain par le tableau pitoyable des souffrances endurées. C'est un mélange de gentillesses fades, de bel esprit, de pointes et de subtile recherche, n'ayant presque rien du véritable amour, de la réelle passion.

Trois des madrigaux sont traduits de l'Italien Fulvio ïesli ; un quatrième est imité d'une glose espagnole du portugais Camoéns ' ; un

1. Uacan avait ainsi crtd'hrô la ciinli-sse île M.irel, Amaraiillie, la baronne de Thermes, Arthénice ; etc. (llievreau fiit-il plus heureux auprès des lieaulés qu'il exalte iiu supplie? nous l'ifiuonuis. Leur amour (ul sans doute aussi ptalnnique que celui de Miilliei-lie pour M" de Uauiliouillcl, puis pour ta vicomtesse d'.Vulchy (Cf. Mallterbe par deliroglie, pp. 130-i;i.S).

2. Ainsi l'endroit où l'iiutcur prétend qiu' son seul espoir est ta mort, puisque

la belle Sylvie \'a l'aii-e un déserl tic la ()onr i\\. 34).

On peut en rapprocher le dernier vers de celui île Hiiciue (Ih-rridrc, I, i)

Dans rtli-icnl di^serl «[uid ilcviiil mon eniuii.

il propos ducpiid M. l'idit de .lullcvitle a écrit (Tlii-iilrc choisi de lldciiir, p. 327) « Où réside la lieaulé de cet admiralde vers .' dans un seul mot, qui rend tout un sentiment profond avec une liaruiouie rare et une délicatesse infinie : l'Orient ilcscrl, depuis (pi'uni' l(Mnme n'y est plus, (|ui le peuplait seule iinx yeux de celui ipii t'aime ». Ces réflexions s'ap[ili(pieut éf^alement au vers de DIu'vreau, qui a, de plus, te mérite de l'antériorité.

3. Onsail (pu' le uiol f/hise di'siîjne. d'après soiiélymolof;ie, l'iuler-|in'lali(Ui à peu près litlérale d'une (çuvri' oliscnre. Inlrodiiile chez nous par les ICspaguots, an xvn' siècle, (die est c)iislituée de li'lle s )rte (pu' chaipn; vers de la pii(''sie interprétée sert de dernier vers i\ l'uiu" des str.iphes île la filose. La Close faite par Sarrasin, sur le sonnet de .loh de Uenserade, est particulièrenionl cétèlire, comme sortant un peu du médiocre.

cinquième est tiré d'une épigramme de Théodore de Bèze'. Chevreau puisait à toutes les sources, prenait de toutes les mains, s'efforçant uniqucmenf, par quelques accents personnels, de rendre sien ce qu'il empruntait. Plusieurs madrigaux sont cités dans les Œurres mêlées et le Cheiraeana.

IV. Epigrammes. — Petite pièce de vers sur n'importe quel sujet chez les Grecs, déjà amère et satirique chez les Latins, Y Epigramme n'est ciiez nous, bien souvent, d'après l'expression de Boileau :

... r|u'un bon mol de deux rimes orné.

Ses principales qualités sont la délicatesse, une élégante simplicité, une verve malicieuse.

Tout cela se reconnaît parfois avec plaisir dans les Poésies de Chevreau, au milieu des défauts, malheureusement plus nombreux, qui les déparent et que nous avons déjà signalés dans les Madrigaux.

La première épigramme, traduite d'Ausone et de Sannazar, est assez bonne. La voici' :

Dans l'état misérable, où l'on te voit réduite, Qu'on doit plaindre, ô Didon, ton amour et ton sort ! Si la mort d'un époux est cause de ta fuite, La fuite d'un amant est cause de ta mort.

La deuxième, dirigée contre la partialité du Pogge, idolâtre de Florence, sa patrie, est incolore % pour ne pas dire plus.

Le portrait d'un hermaphrodite est traiié à'une façon assez convenable, bien que le sujet soit scabreux '. Le Miroir de Caliste est quelcon que. Mais lépigramme est assez bien troussée. On la rencontre dans le

1. Fulvio Testi (la93-1646) fut secrétaire d'.Uphonse III de Ferrare. Ses poésies sont rédigées dans le style prétentieux mis à la mode au commencement du xtii' siècle par Vitalien Marini ou le cavalier Jlarin.

Luis de Camoëns (1j2o-15T9) est un grand poète portugais auteur d'une épopée : Les Lusiades et de petites œuvres lyriques, élégiaques et pastorales.

Quant à Théodore de Bèze, disciple de Calvin (l.'ilï-lOOo), il a fait de nombreux ouNTages en prose et en vers.

2. On la retrouve dans le Cheiraeana (I, 270). En voici l'original latin :

Infetit Dido. nulli bene nupta marito.

Hoc poreuule fuj:is, lioc fu^ieule péris,

3. .\usone est un poète latin de Bordeaux (309-391). Il a de l'esprit et de la grâcemais peu de goi'it et de sentiment. Ce sont à peu près les qualités et les défauts de l'italien Sannazar (14o8-i;j3(l). Pour le Ponge (I380-Ii.")9). c'est encore un italien, célèhrc comme philologue, historien et littérateur.

4. Tristan avait déjà emprunté à une épigramme de Pulex La Fortune de l'Hermaphrodite (V. Bernardin, ouvr. cité, p. 328, note 4).

Chevraeava ', sous le nom de madrigal, ce qui prouve le peu de différence des deux poèmes ^

Calisle, assurément, a lu qu'il faut qu'on aime

Son prochain comme soi-mùme.

Caliste n'a pas lu ce beau précepte en vain :

Tout le monde est son prochain.

Si les deux poésies à un Alchimiste et à M. de la Colombière sur son théâtre de l'honneur et de la Chevalerie ' sont plates et ternes, la fin de l'Horoscope renversé est grossière'. On peut en dire autant de toute l'épigramme X '. Ceci montre que, de temps en temps, chez Chevreau, le Gaulois perçait à travers le Précieux et qu'il ne reculait pas toujours devantlemot trivial et sale. Le cas est assez rare d'ailleurs pour qu'on se contente de le signaler. Ce n'était pas sa note ordinaire.

L'épigramme à M. de L. B. [l'Isle Brune) et celle à Thijrsis, respirent un certain découragement''.

Citons comme exemple d'honnête médiocrité l'épigramme à Maître Adam Billaut, menuisier de Nevers, sur son livre des Chevilles ■ :

Tes ouvrages, Billault, ont un style charmant ;

Ils causent notre étonnement ; Plus on les considère et plus ou les admire.

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