‹ Urbain ChevreauChapitre 162 sur 371 · IV · texte numérisé non relu

IV

(1 l'invite à cesser ((de répandre des larmes », à chasser l'ennui qui la dévore. Pour moi, dit-il,

Il est vrai, je me meurs et ma secrète flamme Rendrait à l'avenir mon sort trop glorieux, Si j'osais seulement espérer que votre âme Dût approuver le feu qu'ont allumé vos yeux. Quel espoir toutefois peut llallor mon martyre. Si mon cceur n'ose pas vous découvrir ses coups ? Vous êtes sans pitié pour celui ([ui soupire El vous voulez pourtant qu'on ait pitié de vous ! Alors que vous souffrez de si rudes alarmes. Pour donner tant d'amour vous en avez bien peu ! Chacun fait des elïorts pour soulager vos larmes Et vous n'en faites point pour soulager mon feu.

Il consent toutefois à ce que son mal continue, pourvu qu'elle « étouffe » son deuil. Après avoir pleuré pour un père, elle pourrait bien pleurer pour un amant.

1. Cette P/iilix, dont il célèlire la beauté, est-elle la mi^me que ^flle Grovarl, qu'il aima et qu'il chante plus loin ;' Impossible de ré|>ondre sûrement. Les poètes avaient coutume alors de clioisir une dame distinf^uée par sa beauté ou par son mérite, pour en faire l'objet de leurs amours poétiques (Voir le Oivliuiiiioire Je Bayle, article sur Mnlherbe). C'est peut-être ce que Chevreau a fait ici comme dans plusieurs autres de ses pièces et, dès lors, il ne faudrait voir dans ses protestations d'altacliement i|ue l'emploi d'un lieu commun, la repniduclioii d'une l'i)rmule ordinaire, ne répondant en rien ni à personne de réel et de vrai 1. émotion y serait factice; nous avons de la peine à l'admettre. Nous crovons plutôt à la discrétion de Chevreau, soij^nenx de garder pour lui ses bonnes fortunes et de ne pas s'en vanter. Les stances sur la lielle en (/ei/iV occupent les pufjes 1 12-1 i" des /'oésiej; dans \i'!i f'JEiiiref! mêlées. Klles snni au nombre de dix-huit, comme nous t'avons dit, et non de dix-neuf, comme l'a dit par erreur M. liernardin Cl'i'islnn l'Ilenidle, p. iiiS, note 10). Le vers qu'il signale comme entièremeni empriiulé à Tristan l'IIermile, l.'.Vmoui- s'est iléguisé sou'^ riiabit de lu .Moll.

est le dernier de la septième stance.

Les vers sont tous des alexandrins. Nous avons cité les plus parfaits. Ils respirent une certaine émotion, niallieureusement trop rare.

3° La Belle Aveugle'. Quatre-vingt quatre vers en quatorze stances de six vers, les deux premiers rimant ensemble; ceux qui suivent à rimes" alternées. A part le troisième vers qui est un octosyllabe, les cinq autres sont des alexandrins.

Si le ciel, comme vous, m'eût fait nailie sans yeux,

vos charmes eussent été sans pouvoir sur moi et je serais tranquille.

Que je fus malheureux, quand j'arrêtai mes pas, Pour voir plus à loisir ces merveilleux appas,

Dont les Gr.âces vous ont pourvue I Que mon destin au vôtre est conliaire en ce point ! Je ne me plains |iailoul que pour vous avoir vue, Et vous ne vous plaignez i|ue pour ne me voir point.

Ne murmurez pas de votre sort : l'Amour n'est-il pas aveugle? (piètre consolation). Votre infirmité même nous charme, je voudrais être voire guide. Soyez du moins sensible à la pitié.

Tout cela est fade, concerté, maladroit et lourd, si l'on excepte la stance citée.

4" La Belle prisonnière 2.

A quel funeste état vous Irouvc-t-on réduite 'i"

Où vous al-on conduite, Et quel soil vous relient dans cet affreux séjour? Quel crime a doue commis l'honneur de la nature, Poiu' n'éti(! plus digne du jour ?

Et par quelle aventure A-t-on mis dans les fers les Grâces et l'Amour'?

Vos yeux sont redoutables, mais voire co'ur l'est encore plus. Votre invincihlc orgueil, trop aimable Uranie,

Et voti'c Ijrannie Ont porté la justice à ce ressentiment.

1. Les Stances à lu /telle (iici((/lc sunl nq)mdiiili'S dans tes INirsies des (Kuvres mêlées, pp. IDG-lil.

2. Ces Stances se retrouvent dans les lHùivres im'Iei'S, (l'uésies, pp. I:i()-I3;i). Klles sont peut-être iulressées à M"' de t.iiii^îiieviUe qui. dès le luilieu de Iti.ii, étuil entrée aux carmélites et, lï qui il avait déji dédii' Vliiiinrenl fxik-.

rOESIES ?63

Vos geôliers cependant tremblent et expirent à votre moindre courroux; les témoins se laissent corrompre par vos charmes ; les juges sont surpris et timides devant vous. Aussi vos accusateurs ne sauraient vous nuire.

Fuyez de ces lieux noirs, barbares et funèbres, Où votre sort s'est vu réduit Et, sortant des ténèbres, Faites sortir le jour du milieu de la nuit.

11 y a quatorze stances de sept vers, le premier, le troisième, le quatrième et le septième de douze syllabes, le second et le sixième de six, le cinquième de huit. La pièce, en i/énéral, n'a pas grande valeur; mais, comme on voit, elle renferme quelques vers assez convenables.

6°-(3° On en peut dire autantdes Stances à .W'^de NormanvillelaSuze et sur le Jaloux'. Dans les premières, l'auteur souhaite que ses vers (cinquante divisés en dix stances) soient aussi beaux que celle qu'il célèbre. Dans les secondes (douze de six vers chacune) il peint son état malheureux. Les deux sont en vers de douze et de huit syllabes -. Dans la première pièce, les deux premiers et le dernier vers de chaque stance sont de huit syllabes, les troisième et quatrième de douze. Dans la deuxième, les vers impairs sont de douze syllabes, les pairs de Iniit.

7° L'Indiscrcl ' compte quatre vinirt dix vers en quinze stances de six vers, le deuxième et le sixième de huit syllabes. Les autres sont des alexandrins. L'ensemble est d'assez bonne facture. 11 s'agit de l'indiscrétion d'un amant heureux.

Voici la première stance:

Il est vrai, je l'ai dit, mais ne m'en blâmez pas;

J'ai trouvé même des appas A parler du bonheur oii ma yloirese fonde, .l'en ai fait mon plaisir, j'en fais iinm entrelien. El que servirait-il d être heuienx dans ce monde,

Si le monde n'en savait rien '.'

1. Scurtéry et Beys ont l'guicment fait des vers contre la jaloiisie et les jaloux.

2. Le Jnlinix se trouve à la suite des CEmres nvHèes (|)p. 12.")-I2!)). Quant à l'autre poésie, elle figure dans le Clicrrncann {II, 83-8.")), sous le u )m d'Ode à Mademoiselle (le .V, /.n S. .\llle de la Suze rtait lielle-sceur île la comt<>sse de la Suze, à qui est dédire l'édiliiin de 16Ci de l'Krule ilu sage.

3. L'/ndiscret occupe, dans les Œuvres mêlées, les pages ll'J-12i des" poésies.

8" Dans les onze stances de cinq vers adressées A la Dame aiare, l'autenr reproche à Mèlite de ne se laisser émouvoir que par l'or. En voici la fin :

Ayez à l'avenir l'esprit plus complaisant Ou, pour nous accorder, rendez, ce ([u'un vous donne : Je vous ferai queliiue présent.

Le premier et le dernier vers de chaque slance sont de huit syllabes; les autres sont de douze.

9" Au nombre de onze sont également les stances Pour une Damequi se disciplinait '. Chacunecompte six vers, les 1, 2, 5 de huit syllabes, les 3, 4, 6 de douze. L'aulcur dit à Iris, qui se martyrise pour mater ses sens :

Modérez plutôt ces transports ;

Ne meurtrissez plus votre corps.

Pour votre propre honneur soyez lui plus liumaine, De peur de lémoigner qu'il fait tout voire ennui,

El qu'il vous donne plus de peine Que vous n'en pouvez prendre à vous venger de lui.

10" C'est le conseil au contraire d'élouffer sa vanité, que Chevreau donne à une Vieille amoureuse-, chez ijui son » ancienne luxure a plus duré que les dents ». Il en trace un portrait hideux. La pièce compte quatre vingt dix huit vers de huit syllabes, répartis en quatorze stances. La dureté de la critique y est remarquable de la part d'un auteur aussi pondéré que Chevreau. Il déclare qu'en donnant cette femme au diable

On ne lui donne que son bien.

11" Les trente-six vers sur une Miscnce déplorent le départ d'une maîtresse aimée. II y a neuf groujjes de quatre vers, le premier et le troisième de huit syllabes, les deuxième et quatrième de douze.

1. V. (Ih'.iin-rx mrlees, Porsies. pp. MU 18. I.ii ilniiic ilonl il l'sl ici question est penl-rlri' .1/' lu ilurliesse ilr /.uni/iiei illc (|ui, iipns iiin' jeunesse assez orageuse, se livrait depuis Kj.'ii. i'i une priiilcnie rigoureuse.

Page 1