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XII. Poème héroïque. Myrrlie est un poème héroïque de cinq ceni quarante-six alexandrins h rimes plates, sauf la prirre de Myrrhe, qui compte vingt-neuf vers de douze, huit et six syllabes à rimes mêlées. En voici le sujet, emprunté à Ovide (Métamorphoses X, 298, etc.), avec quelques moditications de détail '.
Les habitants d'Amathonte, en punition de leur cruauté pour les étrangers, furent changés en taureaux par Vénus. Désespoir de leurs femmes qui, ne pouvant fléchir la déesse, vont saccager son temple, renverser sa statue et tout incendier. Pour se venger, Vénus leur inspire un amour insatiable et sans pudeur. Leur roi Pygmalion, désolé '■', s'enferme dans son palais et fait une statue d'ivoire, dont il devient amoureux, au point d'en faire sa maîtresse. A sa prière, Vénus anime cette froide statue et de leur union naît Cynire.
Cynirc, époux ingrat et pèic infortuné
D'un monstre incestueux presque aussitôt que né ;
De Myrrhe, dont le ciel lit une vagabonde
Et dont le premier crime étonna tout le monde.
Enflammée par Mégère, celle-ci s'éprend de son propre père et, pour l'avoir, rejette tous les partis. Cynire ne comprend pas d'abord cet amour incestueux ; elle-même lutte longtemps contre sa passion et veut se pendre avec sa ceinture. Sa vieille nourrice la délivre, l'oblige à tout lui révéler et consent à favoriser ses désirs. A l'époque de la moisson, au moment où les maris laissent leurs femmes pendant neuf jours, pour qu'elles puissent offrir avec plus de pureté des offrandes à Gérés, la nourrice déclare à Cynire qu'une jeune fille comme Myrrhe veut se donner à lui, mais dans les ténèbres. Au bout de huit soirs de possession, Cynire avec un flambeau reconnaît sa lille et veut la tuer. Elle s'enfuit; puis, à sa prière, est changée en Myrrhe, dont la gomme, ses pleurs, sert à parfumer les autel.s. C/est de la froide mythologie, lourdement racontée, sur un ton et avec des mots qui conviendraient plutôt à une parodie qu'à un poème héroïque.
1. Le piiÈme, mais non l'arKuniPnt, se rolronvi! aux pages SS8-S88 des Œuvres mêlées (le notre auteur.
I)'a[)rès laraytliologie, Mi/rrltii, fille di^'t'iiuiras, riii tl'.Vssyrie el plus laril de Cliypre, eut (le lui Aduiiis qui, aimé de l'rnus, (ut déi'liiré à la chasse par un sanglier qu'avait lancé contre hii la jalousie de A/iirs ou de Diane. A/ijrrliii (al niélamorpluisée en l'arlire qui preduil la iinjrrlie; quant au Ijel Atlonis, IV»»s le eh^ui^'ea l'u (kIhiiiiiiii (M1 (i/irnioiie. Chevreau ne parle |ias dn tout de ce dernier.
2. 11 n'avait pas été sans doute changé en laureau couinie ses sujets.
XIII. Poèmes héroï-comiques, l^ fx Remède d'Amour, imité d'Ovide, compte deux cent quatre-vingts alexandrins, à rimes plates également. Il débute ainsi :
Prùlez ici l'oreille, âmes iiiquiélées.
Après tant de respect tant de fois ballottées. Jaunes aventuriers qui, pour votre aliment, Serablez avoir choisi le safran seulement ;
écoutez-moi, car je vous apporte du secours.
(I 0 beau fils de Cythère! » on vous accuse à tort de nos maux.
Si l'Antiquité sotte eût cru votre conseil.
Progné, Cl}-tie, Biblis, Sémiramis. Adonis, les dieux mêmes n'auraient pas subi de telles métamorphoses.
Mais, pour être à couvert de ces dérèglements. Achevez d'écouter, trop lidèles amants.
(V. 67 et 08.)
Fuyez ce qui irrite votre amour, si vous ne pouvez le vaincre :
Le temps est un glouton qui fripe et mange tout,
et travaillez.
Nous savons en efTet que ce petit mutin Perd contre le travail sa peine et son latin ; Qu'il se glisse à loisir dans les âmes oisives.
Examinez de près l'objet qui vous plaît ; ne comptez pas sur (( l'importunité », pour vaincre une résistance, dont peut venir à bout un «caprice». Ne vous fiez pas à vos yeux; concevez votre maîtresse autrement qu'elle n'est ; voyez-la par ses défauts ; surprenez-la au saut du lit ou quand elle s'habille ; songez à l'avenir : le temps la rendra laide, si elle est belle maintenant.
Voilà le bel état où tu seras un jour. Toi qui d'ingratitude as payé mon amour.
(V. 27r, et Î7(i.)
A part quelques endroits assez vifs et quelques mots gais, l'ensemble est lourd et plat, avec beaucoup d'expressions vulgaires amenées par la nature du sujet et le caractère comique de l'œuvre. A noter l'excellent
conseil donné par l'auteur, de ne jamais rester oisif. 11 était le premier
à le mettre en pratique.
2" Narcisse ' est composé de quatre cent dix-sept alexandrins à rimes plates. Vers le milieu se trouventquelques vers de six et de huit sj-llabes. L'Argument est ainsi conçu :
(i Tirésias, pour aToir jugé du plaisir de l'amour en faveur des femmes, fut aveuglé par Junon. Pour le consoler d'une si triste aventure, Jupiter éclaira son âme et le rendit le plus fameu.K devin de son siècle. La nymphe Lijriope- le consulte sur la fortune de son fils Narcisse, qu'elle avait eu du fleuve Céphise ; néglige sa prédiction et trouve qu'il était mort, comme on lui avait prédit, pour s'être trop aimé lui-même ».
De ce thème, emprunté au livre III fables 4 et o des Métamorphoses d'Ovide, Chevreau a tiré son poème. Citons en le début assez alerte et gai.
Junon, par le dépit donl elle fut saisie,
Au rang des Quinze-'Vingts avait mis Tirésie,
Lorsque de tous les dieux le dieu le plus bénin
S'avisa, par un lourde maître Jean Gonin-',
De remettre au dedans son pauvre luminaire.
I^our l'empèclier par là de gémir et de braire.
Car il criait si haut et d'un si triste ton.
Qu'il semblait que ce diable eût perdu son bâton.
Et la Parque déjà le suivait à la piste,
Si Jupiter pour lui n'eût point fait l'oculiste.
Et, l'ayant vu pleurei' (|ucliiue temps comme un veau,
N'eut point remis ses yeux au milieu du cerveau.
Tout le reste est du même ton de parodie. La réputation des « almanachs » ' de Tirésias attira Lyriope. Elle apprit de « ce fameux devin »
1. Il figure aussi dans les Œuvres nicli-es, poésies, pp. 49-73.
2. CaTitla Liriope. dit Ovide (Mctiimorplioses, III, 342). Céphise, le mari dont il s'agit ici, est Céphise, Oeuve de la Phocide et de la Béotie. aujourd'hui Cephisso, C.aurio ou Gérios et non le fleuve qui se jette dans le golfe Saronique, à l'ouest d'.Mliénes.
3. HabUe escamoteur du xvi' siècle, dont le nom est devenu synonyme d'adroit et rusé fripoii.
4. Atmanticli (de l'arabe '(/. le ; iiuuuwh, compter) signifie exactement calendrier. Mais, comme on y trouve onliiuiircnieiit <les prédictions relatives au temps probable, il a vite (b'signé des ouvrages où l'on prétend annoncer l'avenir. .Vu sujet de l'élymologie du mot, certains crolciil que l'.Vrabe n'a fiuinii que l'article ni, le et que le reste est le inatwcliiis ou iiiiiiiikux lU; Vitruvc (,9,8), ;j.r,v-ï-/o; en grec, cercle il'une méridienne, qui servait à indiquer les mois. ll'aiUcurs l'origine ici a peu d'importance. Pour l'emploi, cf. Scarron :
■ r» alinanacli fait par Cassaïuirc, ()ù l'on 110 pouvait rien comprendre.
que l'enfant « qu'elle avait au tétin » se-repentirait peut-être
...trop lard, D'avoir innocemment pris martre pour renard'.
Elle le traita de « vieux rêveur ». Cependant son fds grandit. En vain les nymphes versaient pour lui (( des larmes à pleins seaux » ; il restait « aussi froid qu'un glaçon ». Ayant une belle voix, pas de barbe, le teint frais, l'œil brillant, la bouche petite, les dents blanches, il affolait les nymphes. Devant lui elles
... s'exposaient toutes nncs.
Mais il était si indifférent,
Qu'il ne s'en approchait (|iie [mur cracher dessus.
Echo 2,
Cette lille de l'air qui ne saurait se taire,
résolut
De gouspiller^ Narcisse et de lui témoigner Qu'il devait par son cœur commencer à régner.
(V. 123 et 124.1
Mais, en le voyant passer avec un cor d'argent et un carquois d'ébène, une toque sur laquelle une martre « avait laissé sa queue », un habit et des brodequins bleus, elle se contenta de flatter son chien et de le suivre.
Il faut être
Sombre cl même un peu fou pour être bon rimeur.
Narcisse, qui rêvait, débite, sans voir la nymphe, seize vers lyriques qu'il venait de composer. Le premier et le quatrième sont de douze
1. a Une chose pour une autre, » ici de s'être cru une jeune i'itle et d'avoir éprouvé pour hii-raème une passion violente.
2. Eclii) était une tille de l'.Ur et de la Terre. Elle s'éprit de Narcisse. Ayant mécontenté .lunon, disent certaines l'ahles ou, d'après quelques autres, désespérée de se voir dédaignée par .Narcisse, elle (ni changée en rocher et n'eut plus que le pouvoir de répéter les derniers mots de ceux qui l'interrogeaient.
3. Oouspiller était autrefois employé pour houspiller (cf. Cuapel.iin, Lexique, par l'abbé Fabre, p. 37).
syllabes, ledeuxièmc et le troisième de sixetles autres de liuit. Il y chantait le malheur de celui qui se fait l'esclave de l'Amour. Echo répète l'épithète donnée à celui-ci et qui esldesplusgrossières'. Narcisse furieux se retourne et l'injurie, la traitant de « gouine n'^, etc. Mais elle ne répond rien, ce qui l'étonné « comme un fondeur de cloches » ' ; puis, marchant « comme un gendarme », elle « demande justice à gorge déployée ». Les Dryades, ses sœurs, la consolent, vont déposer des fleurs sur l'autel de Rhamnusie', et l'une d'elles réclame, en treize vers de huit, douze et dix syllabes (un seul de dix syllabes), vengeance de l'affront. D'un signe de tête la déesse promet. Bientôt le chasseur arrive auprès d'une fontaine. En voulant boire, il se voit et s'éprend de son image qu'il ne reconnaît pas d'abord « et s'embrasse en mourant ». La Nymphe de cette fontaine
Courut comme un barhet, assez mal accoutrée,
annoncer la mort de Narcisse. Liriope alors se rappela l'oracle.
Elle se fond en pleurs et les nymphes, ses filles, Comme des limaçons rentrent dans leurs coquilles.
Cependant la plupart cueillent des fleurs et s'habillent de deuil ; mais, quand ou cherche le corps du jeune homme, on trouve à sa place
... une Jaune fleurette, Qu'on appelle Narcisse et de qui la couleur Porte encore sur son teint sa dernière douleur^.
11 y a dans cette pièce, qui appartient d'ailleurs au genre burlesque plutôt qu'héroï comique, des passages d'une trivialité grossière, assez étonnante chez notre auteur. Pour le disculper, rejetons-en la faute sur le sujet qui autorisait celte liberté de langage.
i. Il l'appelle « Fils de P... «. c'esl-;Vilii-e fil? de Vénus, ilont Vulcain, son mari, et Mars, son amant, pouvaient attester le peu de vertu.
2. Couine est un terme populaire, pour désigner une femme de mauvaise vie.
3. Un fondeur de cloches devait s'étonner en effet de ne pas entendre Echo. Cette expression proverlnale signifie être surpris comme un fondeur, à qui il arrive de man(iuer le moulage de sa cloche.
i. Les Dryades sont les Nymphes des fi)rèts. Quant à /ihamnusie ou la déesse de Hhamnus (Hhamnonte) en .\ttiquc, c'est yemésis qui y avait une statue célèbre et présidait à la vengeance (cf. Ovide, Métamorphoses, III, 4(X5 et passim).
3. .Xarcisse a, en effet, donné son nom à une fleur. 11 est fort possible cependant que le nom de la fleur vip/.iijTo; soit antérieur au mythe. Il dérive de vàp-zr,, ([uelquefois vipxa, engourdissement, torpeur, d'nù viennent vip/'-i.), engourdir, vipxwotc engourdissement; vap/.Mivxo; narcotique, .Nous retrouverons, dans les IJt'uires mêlées de Chevreau (p. 340), une dissertation sur l'origine de ce mot.
3° Le poème héroï-comique, Procris, est en cinq cent vingt quatre alexandrins à rimes plates'. Le sujet est tiré, comme Narcisse, des M('la77wrphoses d'0\iâe (VI, 8 et VH, 26, 27 et 28)'. En voici l'Argument, donné par Chevreau,
« Le juste Erecthée, roi d'Athènes, eut entre autres enfants, Orythie, qui fut enlevée par Borée, et Procris, qui fut mariée à Céphale, fils d'Eole. Lorsifue Cépliale était, un jour, sur le mont Hymette, il ^it enlevé par l'Aurore qui, ne pouvant rien gagner sur son esprit, aide à le déguiser et hii donne de quoi éprouver la chasteté de sa femme, qu'il corrompt enfin par ses dons, après avoir essayé inutilement de la gagner par son amour et par ses promesses. Elle se retire au service de Diane. Il l'emmène à .Vthènes par la bonté de la Déesse et en reçoit un javelot fatal. Sur le rapport qii'on fait à Procris que Céphale était amoureux d'une nymphe, elle devient jalouse et se cache derrière un buisson dont elle fait branler les feuilles. Céphale y lance son javelot et la tue ».
Ce poème aussi bien que celui de Narcisse est souvent trivial et mériterait, comme lui aussi, le nom de burlesque, puisqu'il tend à rabaisser les personnages supérieurs, rois et princesses, fouruis par la mythologie ancienne. Faisons-en l'analyse : on en jugera.
Erecthée, roi probe
Et qui fit de son siècle un petit siècle d'or, Qui valait en odeur cent rognons de Castor
(V. 3 cl i.) eut huit enfants et parmi eux
Deux tilles, dont la voix incaguait les Sirènes'.
(V. ,5.) C'étaient Orythie et Procris, qui
Détroussaient tous les cœurs, arrêtaient poil cl plume El de ce jeu cruel faisaient une coutume.
(V. 9 cl 10.) Borée, un prince fameux, s'éprit d'Orythie.
Ce Borée avait l'aii- d'un amoureux transi ; La bouche d'un bleu paie et le nez raccourci. Le teint de la couleur du papier de la Chine, cic.
1. Le poomc occupe les pages 1.'i-iS des poésie? qui accompaf^nent tes fEiivrex mi'li'es.
2. Alexandre Hardy avait tin- de ce sujet, en KiO.'i, une trayi-cinnédie intilulée : Procris ou la Jaloiixie inforlunOe.
3. /ncnijiier cit un vieux mot populaire, qui signifie défier quelqu'un "avec mépris.
Son portrait est fort bien tracé et conforme au rôle que lui attribue la fable.
Quoiqu'il gelât Orylhie chaque fois qu'il allait la voir ; qu'il fût
impélueux, Pifiuant, bizarre, ailier et peu respectueux,
(V. 47 et 48.)
il l'enleva et
Ils vécurent depuis assez paisiblement.
Cépliale était tout autre auprès de Procris. Complaisant, plein d'ardeur, sachant conter fleurette, toujours gai, habile à monter à cheval, à tirer de l'arc, à danser, à chanter et à faire des vers, généreux, appui de la vertu, avec cela fort beau, il « n'était pas encore en sa vingtième année».
Procris était également charmante. Jugez-en :
Cette princesse était une grosse dondon, Belle comme le jour, fraîche comme un gardon, Adroite comme un singe, aussi droite qu'un cierge, Aussi blanche qu'un lis, plus chaste qu'une vierge, Aussi souple qu'un gant, plus douce qu'un castor, Savante comme un diable et franche comme l'or'.
Aussi « ils s'aimèrent d'abord » et s'unirent, mais sous de tristes présages; car Junon refusa d'assister à leur hyménée et
Céphale, en se couchant, entendit une orfraie.
Ils vivaient ainsi depuis un mois, « dans une ardeur égale », lorsque l'Aurore, qui pour lui s'était parée, vient trouver Céphale. Mais en vain usa-t-elle de tous les artifices, il ne se rendit point. Elle l'enlève alors sur son char, l'emporte dans le ciel
Et vomit contre lui ce qu'elle avait de fiel ;
puis se ravisant, lui fait meubler un palais ma^-nilique et excite sa jalousie, en lui inspirant des doutes sur la fidélité de Procris. Il se
1. On ilir.iil Mlle |i;\iMilii' vnliiiilairr cli'> niiiipuriiisims iiili'rmiii.ihlos ildvidr. ilrlayanl li' ('ijrlfijH- iir Tlii'iiL'rilo : /■'liiriilifir jiriilii..., jiniccnnr iiliiii. Iriîur... rniic/iis,.., ijraliur unibra, etc., etc.
déguise de façon à ne pas se reconnaître lui-même. 11 arrive à son palais et se rend à (( la chambre de sa belle ».
Il y trouve à la porte une vieille haridelle, Dont l'œil était véron et le visage sec, Dont le nez était fait en manche de rebec. Le dos en escars;ot, la bouche en arbalète, Qui portait au menton plus de poil qu'à la tète.
(V. îlU-214.)
Il se fait reconnaître à elle, pénètre auprès du lit de sa femme encore endormie, la réveille et. à genoux, lui déclare son feu. Mais il a beau [irier, verser des larmes. Procris résiste. Cependant elle aperçoit sur son lit les bijoux et l'or étalés par (>épliale, qui les avait reçus « de la mère du jour». Dès lors, elle se défend mollement, se laisse embrasser et demande seulement : » Que croira-t-on de moi? )) Le jeune homme furieux se démasque. Procris se sauve en chemise, appelant à l'aide. Pendant ce temps, le mari peste contre elle, insensé qui ne croyait pas à la puissance, sur la femme, de l'or qui brouille les amis, corrompt les magistrats, divise les parents
Et renverse en un mot tout ce qui lui résiste,
Céphale se calme pourtant et cherche sa femme. On lui dit qu'elle « a gagné la colline » et que, sans doute, « elle sert Diane » ; mais lui se figure déjà qu'un satyre assouvit sur elle sa passion.
Il se forge en l'esprit de plus vaines chimères.
Malgré tout, il va trouver Diane, qui le blâme, le rassure et lui rend sa femme. Celle-ci, « pour marque d'amitié », lui donne un javelot si fatal,
que la pointe aiguisée Touchait sans y manquer l'objet de la visée,
(V. 401 et 402.)
puis revenait dans la main de son maître.
Le bonheur des deux époux ne fut pas de longue durée. Comme Céphale partait quelquefois le matin, pour aller à la chasse, quelqu'un assura à Procris qu'il lui était infidèle. Elle jure dé se venger. Le lendemain, elle suit son mari. \u milieu du jour, celui ci s'assied et implore la fraîcheur. Procris se figure qu'il s'agit de sa rivale attendue. Cachée
derrière un buisson, elle fait un bruit, pour voir si sa supposition est vraie. Le chasseur se retourne et, croyant qu'il y a là une bête,
Il fait partir .son dard d'un mouvenieiU .soudain Et le voit revenir tout sanglant dans sa main. Il courl en même temps
et trouve Procris . «
sur l'herbe renversée.
Elle lui demande, avant de mourir, de ne pas faire partager sa couche à la Nymphe qu'il invoquait tout à l'heure et l'assure de sa fidélité. En vain Céphale veut crier sa douleur; ses yeu.x, (( au défaut de sa langue », montrent bien pourtant
Qu'on n'en saurait trouver, dans les maux qu'il ressent, Ni de plus malheureux, ni de plus innocent.
(V. 537 et 528.)
Tout cela est d'une sécheresse et d'une platitude désespérantes. A part deux ou trois personnages assez convenables dans la première partie, le reste manque de vivacité et d'éclat.
XIV. — Ballets. — Leiiallet', mélange de danses, de gestes, de poésie et de musique, introduit en France par Catherine de Médicis, qui doana au Louvre, en 1581 , le Grand Ballet de Circé et de ses nymphes, jouit d'une vogue considérable au xvii" siècle. Louis XIV figura dans plusieurs et l'on jjrétend que les vers de Britannirus sur Néron,
Qui excelle à conduire un char dans la carrière,
A disputer des prix indignes de ses mains,
A se donner lui-même en spectacle aux Romains,
(Acte IV, se. IV, v. 1472-75.)
empêchèrent seuls le monarque de danser désormais en public. Le ballet était même, à cette époque, une sorte d'institution. « Les Jésuites,
I. V,i'l\c (iansc rylhmi'C, ('X(kMit{'i' par les scif^nciirs les mieux l'aUs do la ccuir et ciicadrro dans \iiio aclioii fiiiUaslifiiic, merveilleuse o( hciuffonno fi la fois, pn^'lant à la fanlaisie, à l'allusion malii'iouse, s'accommiidait aux circnnstaiiecs et aux lieux. Parfiiis les acieui'.-i dansaient en silence; d'autres fois ils iléhilaient des couplets f^alanls. I.a lionne j:^v»rc faisait passer la pauvreté des vers souvent improvisés (V. Victor hiurnid : Ae.v conloii/xirniiis île Miilii-n\ î' V(d., pp. 170-221). Les costumes étaient 1res Peaux (v. Confér. de M. ("icrmain liapst, i\ l'Odéiin : /.c T/irrtIrc à la roiir (le l.iinis .V/r, h propos de la rcpiV'senlalion de /'si/iIk-, i;t déccmlire IHOi, n" 11, /îcnic tics murs ri cun/'crrnccs, pp. l.'il-KHI, et .M, .Vrnoukl (lliiiiiii, pp. 177 et suiv.).
qui en fnisuieiil le prélude de leurs dislributious de prix, dit M. Hémon ', lui allribuaient même une vertu éducative et le P. Méiicslrier donnait la théorie de cet art si nécessaire pour faire son chemin dans le monde'». Rien d'élonuanl à ce que Chevreau, leur élève, en ait composés. Tantôt le ballet formait un ouvrage à part, tantôt c'était l'accessoire d'une pièce'. Dans les deux cas, il réclamcdes sentiments naturels, des situations simples, des scènes touchantes. Les sujets les plus populaires lui conviennent. La mythologie, l'histoire grecque, les contes de fées en ont fourni plusieurs. D'autres sont inspirés par des événements contemporains. Le fratimciit de ballet et le ballet âe Chevreau, qui se trouvent dans son Hccucil de poésies, appartiennent à cette dernière catégorie. Le fragment du ballet des libéralités des Uieu.v, fut (( dansé à Stockholm, le S décembre lO.l'J. sur le jour de la naissance de la reine » Christine '. Le reste a disparu. Quant au llallet de la Félicité, il fut k dansé à Stockholm an mariaije du roi de Suède, le 31 octobre tCôi. » On ignore si l'un et l'autre ont été exécutés seuls, ou bien s'ils faisaient partie d'une pièce ou d'un ensemble de divertissements organisés pour ces deux fêtes.
1" Le Fragment du ballet des libéralités des dieux commence par un Uécit de la Sibylle.
Tailes !e sujet do vos veilles De toutes les raeivellles, Dont vous allez bientôt satisfaire vos yeux. Celle ([ui vient île nailie
1. Cours de lilleraliire, t. VI. Molière : f.e Bourgeois geiililliomme, p. 5. C'est leur vogue (|iiî fil invoulcr à Molière la coiiivifie-liallel. Louis XIV aimait tant les ballets, quil (Iniiii.iit 2(HHI livres de pension à son mailre à ilanser, jusle autant qu'au grand Corneille.
2. Dans son luivi-im- inlilulè : Oes ballets aiiriens et moilenies (Paris, lOSi. in-12). CIau(le-Fraui;ois Ménesirier (KiSI-ITO.")) était un pivdioaleur à la parole facile et un érudil un peu dépourvu d'esprit crilitfue.et de netteté. Il a laissé un certain nombre d'œuvres, qui ne sont pas sans intérêt. C'est l'.lnstote du ballet.
3. Les (rais de mise en scène s'élevaient parfois à un million. Le ballet comprenait des entrées, pantciinime nuictte et des rrrits. déclamés ou chantés par un acteur. C'était l'iUM'ra sans ractimi dramatique, dont allait le doter Ouinault eu 1073, l'année de la mort de Molière. Ou y faisait danser, non seulement les pei^sonnes, mais les Etats, les alistraclidus, les lanteriu-s, les animaux, les plantes, les moulins à veni, le prétérit, le siqiin, etc., toutes choses enfin, liensérade (IG12-169I) y réalisa presque la perfection, grâce à son génie élégant et facile, à son granti usage de Ui c )ur, joints à une ingéniosité délicate et au goût île la magnificence recherchée, qui convenait aux fêtes mythologiques de Vei-sailles. l'eudant vingt ans, il composa des liallcts : le plus célèhre est le linllet des Muses, exécuté en 10(5(5.
l. 1'. 113. D'après cette imlication, il semblerait que (chevreau devait, dès lOo^. être en Suède Cependant nous avons, dans les lUCurres itiélees (pp. 1-S), un billet à .M" de la Suze, daté de .< Paris, le 10 décemlire I0;>2 ». (>n a peine à croire qu'en huit jnui-s Chevreau ait pu venir de Stockholm à Paris. Il faut donc qu'une des deux indications soit fausse ou que le Ballet ail été exécuté eu ral)sence de son auteur.
Vous doit faire connaîlie
Qu'elle esl delà race des dieux.
Ne lui refusez pas les autels qu'on leur donne ; Bénissez la couronne,
Qui ceindra son front glorieux :
Elle esl de la race des dieux.
Dans la paix et dans les alarmes
Le ciel conduira ses désirs.
On v.erra la victoire où l'on verra ses armes
Et la seule vertu bornera ses plaisirs. Sa gloire ira partout où va la renommée El de ses ennemis sera même estimée.
Chez elle régneront les lettres el les arts
Et, par une heureuse aventure,
Les Muses, les Grâces et Mars La feront adorer de toute la nature.
Elle est de la race des dieux;
Faites le sujet de vos veilles De toutes les merveilles, Dont vous allez bientôt satisfaire vos yeux.
Alors défilent successivement Jupiter, qui promet à In jeune princesse une puissance sur la terre égale à celle qu'il a dans le ciel ; Mars, qui lui offre une cpée comme gage de ses vicloires ininterrompues ; Neptune, qui vient soumettre son trident au sceptre qu'elle portera. De leur côté Minerve, les Trois Grâces et Diane s'engagent : la première, à la combler de tant de qualités qu'on pourra douter
Qui fut la plus savante et qui fut la plus brare De la lille de Jupiter Ou de celle de Gustave ;
les Trois Grâces, à « éclater » dans ses actions, ses discours et son visage ; Diane, à la faire triompher de l'amour.
La Vertu, a qui mène captifs Morne et l'Iinrie », lui déclare que chacun d'eux, à ses pieds abattu,
Publiera (picbiue jour qu'en couroiniant Christine, Ou a couronné la vertu.
Morne à son tour avoue que, critique ordinaire des dieux, il s'est tù pour la première fois, en les voyant s'occuper de la princesse. Quant à l'Encie, elle exhale son chagrin mortel
De ne pouvoir .se satisfaire
Et d'être contrainte aujourd'hui
De (a louer ou de se taire.
rOESIES 285
Enfin le Tice se voit, si chacun imite Christine, banni du monde entier.
Surviennent trois ilcmi-dieu.r, Hercule, Alexandre et César.
Hercule a « combattu les monstres de la terre » effrayé les peuples, mais n'a pu vaincre ses passions. En se « surmontant elle-même », Christine lui sera supérieure.
Alexandre aurait obtenu les honneurs divins, s'il avait possédé les vertus de Christine,
Rome n'a rien vu d'aussi grand que vous, dit César à la Princesse. Votre gloire naissante aura sa part de l'encens offert sur les autels.
C'est ainsi (|uc, malgré l'Envie,
Vous aurez par' un nouveau sort, Dès les premiers momenis de votre illustre vie, Ce que les demi-dieux n'ont eu qu'après la mort.
2" .\u sujet du Hallet de la Félicité, voici les indications que fournit le Recueil de poésies (p. 120 et 121).
La PREMiÈnE PARTIE Comprend les Sens.
Première entrée. — Le Soleil représente la Vue par la lumière ; Deuxième entrée. — Bacchus etCérès, le Goût par- la bonne chère; Troisihne entrée. — Apollon, l'Ou'ie parla poésie et par la musique; Quatrième entrée. — Pomone et Flore, l'Odorat par les fruits et par
les fleurs ; Cinquième entrée. — Vénus et quatre petits Amours, l'Attouchement^; La SECONDE partie comprend les premiers Biens de la nature : Sixième entrée. — Protée, qui se change en toutes sortes de
formes, représente l'Adresse:
Septième entrée. — Hercule, la /'O/Ye; Esculape, la Santé, qui est
entretenue parïExercice, le Itepos et la Joie; Huitième entrée. — Diane et quatre Ny.mphes, l'Exercice ; .\eurième entrée. — La Nuit et le Sommeil, le Repos ; Dixième entrée. — Mome, la Joie :
La troisième partie comprend les principaux Biens de l'âme et de la Fortune ;
Onzième entrée. — Mercure représente l'Eloquence ; Pallas, la
Prudence ;