‹ Urbain ChevreauChapitre 209 sur 371 · Pp · texte numérisé non relu

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de la bassesse, esprit solule, plein de douceur et de discrétion, libéral, spirituel, résoin et fier.

Ces quatre portraits sont: le premier celui de Marie de Rochechonart, sœurdu marquisde Chandeuier ; les trois autres, ceux du marquis luimême et de son jeune fils, plus tard, comte de Limoges. Ils n'ont rien qui sorte de la banalité et de la platitude ordinaires, bien que des liens assez étroits unissent l'auteur à ceux qu'il peignait.

Les deux Portrails en vers nous présentent d'abord Un petit hoithomme\ sans croyance, fier de sa noblesse, quand son a'ieul s'est enrichi ((par mille faussetés»; dont le nez touche presque le menton; (( aux yeux verts », à (( la peau noire », parasite, sans parole ni crédit, avide de louanges, ange à l'église, diable à la maison, n'aimant ses amis que « pour son propre avantage ».

Cette peinture satirique, mais si bien déguisée que l'intéressé seul peut s'y reconnaître, comprend soixante-onze vers aux mètres habilement combinés.

Le 2" Portrait, celui de Massoinilrre, est aussi vague et aussi satirique, se bornant à peu près aux détails physiques, avec ce trait final bien chrétien =

Sa mère était normande et son p(;rc (itait piùtre. Je ne sais pas s'il est méchant, Mais je sais bien (|ii'il devrait l'èlre.

Ainsi qu'il a été aisé de nous en rendre compte, Chevreau, dans ses Œuvres mêlées, aborde successivement les matières les plus diverses. Tout lui sert de thème à conversation. Il vante les poésies de 1/""= la Comtesse de la Suze, tout en repoussant ses éloges; l'esprit du « grand et illustre » Scudcnj, toujours rempli d'images nobles ; la sagacité de Saumaise, n le premier oracle de toute l'Euniiic »; console Tristan du mauvais accueil fait à ses vers par Christine, dont il blâme discrètemont 'la conduite et le goût; remercie à plusieurs reprises Cliapelain et de son amitié et de la bonne impression (ju'il a de lui dans ses Mémoires: attaque un poète ridicule dont M. (le Tott lui a communiqué les œuvres; appro'ive le projet de Conrart d'élever un monument à Itabac : donne de judicieux conseils à Saint-Amant, qu'il félicite de s'être décidé à ne plus traiter (jue des sujets sérieux ; discute avec sou ami Le l'i'vre les

i. Pp. i7C>-27S.

2. Vil honiini' pinix coiiniK' ()lic\ itmii iii' |ioiiVciil iivoir i|ii'iiir' iiiadvaise opiiiinu fl'un prfli'c iii'ic (Ir l'iimilli'.

MELANGES 35i

questions les plus délicates ; s'occupe de la reconstitution d'un texte, de la propriété d'une expression, de l'étymologie d'un mot et va jusqu'à donner au Père capucin Henry de Itourges, des leçons d'interprétation des saintes Ecritures, .\joutons à cela les billets folâtres, les portraits en prose et en vers, les remerciements, les protestations de reconnaissance, les pages de critique, les billets mêlés au duc du Maine, les pièces lie vers, élégies, odes, madrigaux, épigrammes, poèmes héroique et liéro'icomiqucs, sonnets, sans compter une correspondance en latin : le tout enrichide citations,d'exemples. d'anecdotes, de dissertations multiples, d'emprunts faits à l'étranger, qui vieuiient sans cesse varier, animer l'œuvre, augmenter l'intérêt, chasser l'ennui.

Voici comment l'apprécie M. de Beauval, un contemporain (Hist. des oucraçjes des savants, novembre l(]9(j) : « Il est rare de voir en un seul homme les deux qualités qui régnent également en M. Chevreau. Il a tout lu. mais il a trouvé le secret de n'accabler pas le lecteur par un trop grand amas de littérature. Il choisit bien les matières et les difficultés qui méritent notre attention et il est si poli qu'il fait trouver des douceurs dans l'examen d'un sujet de critique, tout sec et tout rebutant qu'il est de sa nature... M. Chevreau n'est point tombé dans le défaut ordinaire des critiques qui sont peu endurants et qui méprisent hautement les sentiments et les personnes ([u'ils combattent. On ne trouve rien de personnel ni de fâcheux dans ses disputes et il ne prend point un ton de maître. Les éclaircissements qu'il donne sur les larcins qu'ont faits nos poètes français m'ont paru fort curieux. Si .)/. Chevreau imite quelquefois les pensées des autres.il ne se fait point honneur de la première invention. Sa versKlcation est aisée, sa rime est heureuse et ses pensées sont lines et bien tournées. Ses Lettres à M. le duc du Maine sont d'un caractère inimitable. Il y débite les sentiments d'un véritable honnête homme ; il y ménage avec art les intérêts de la vérité et le respect qu'il doit à son jeune prince; il y mêle agréablement l'enjoué avec le sérieux. On n'y voit point de bassesse, ni cette flatterie outrée, qui est l'encens dont on parfume ordinairement les maîtres de la Fortune. »

Ce qui nous charme surtout dans cette correspondance volumineuse avec des femmes, des écrivains de profession, des seigneurs, des ecclésiastiques et des savants, c'est que nous y voyons sans cesse apparaître la personnalité de notre auteur et que nous pouvons facilement, d'après elle, l'apprécier et le juger. Cette correspondance nous permet de reconnaître en Chevreau un liomme sérieux, de bon conseil et de bon service, instruit et modeste, à l'esprit orné, an cœur sincère.

rendant justice môme à ses ennemis, complaisant et pliilosophe, jncli cieux et sans aigreur.

Nous apprenons aussi qu'il a eu (iucli|iies amourettes, ce que nous avaient déjà révélé ses Lettres nouvelles : que sa jeunesse a été bouillante et tapageuse, ce que les écrits qu'il nous a laissés feraient soupçonner à peine. Cependant les vers qui contiennent ses aveux sur ce point semblent sortis de la plume alerte d'un Eihnoiid liosland et débités par la bouche hautaine d'un Cynino de Ilerfjerar. Nous savons encore que, semblable à Uescartes et à La Bruyère, il resta célibataire et qu'il n'aimait pas les femmes, peut-être pour les avoir trop aimées d'abord. C'est du moins ce qui paraît ressortir de quelques passages assez obscurs, où il parle de ses débauches passées; de la haute estime qu'il avait de lui-même ; de son amour pour l'extravagance et les termes qui proviennent d'une imagination déréglée; de son humeur fantasque et querelleuse, etc.

En ce qui concerne son caractère et ses goûts, les Œuvres mêlées corroborent les renseignements suivants que nous avions déjà'. 11 aimait beaucoup les fleurs, surtout les anémones et les tulipes, plus que l'or et l'argent, qui lui ont souvent manqué, bien qu'il ait refusé un bénéfice. C'est que, peu fait pour la servitude, il ne mendia jamais ni secours, ni pension, attribuant, dans sa modestie, son abandon à son faible mérite, vantant, lui (pii voyagea « sans lin ni trêve »% les douceurs de la solitude cl du repos et employant ses journées à jardiner ou à lire. A (|uatre-vingts ans, il n avait pas souffert des incommodités de la vieillesse.

Ennemi de ce qui est exagéré ou peu clair, il prêche la netteté, la précision, une simplicité noble. Critique éclairé et consciencieux, plein de franchise, malgré les périphrases polies et les éloges obligatoires, il exprime nettement son avis sur les poésies d'un vieillard, qu'il trouve ridicule de vouloir s'entêter à mourir poète; blâme ceux qui prodiguent les concelli et les jeux de mots, alors à la mode el dont il avait usé tout le premier dans sa jeunesse ; reproche à Lope de Vega son enihire e( sa bizairerie ', répudie les comparaisons d'un goût douteux, tout en per méfiant une certaine exagération au poète. Il discute les variantes des

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