‹ Urbain ChevreauChapitre 289 sur 371 · MOTS INVARIABLES · texte numérisé non relu

MOTS INVARIABLES

1. Adverbes. — On trouve des expressions qui ne seraient plus admises de nos jours, comme ensuite de, à l'entour de, dessous cet arbre, «« peu plus outre, etc. ' C'est que la distinction entre les adverbes et les prépositions n'était pas Lien tranchée au xvir' siècle, et que l'on employait les uns pour les autres : Àuparacant Rome (Tableau de la Fortune, I, 13).

.1 plus prî's est mis pour à peu près (Coriolau, v. 34, 313, 1280 ; Avocat dupé, v. 340).

Si, marquant l'intensité, pouvait être suivi de (jue de ou simplement de la préposition de et de l'infinitif.

Autant, aussi se mettaient indifféremment devant un adjectif.

On disait Of/îaHf que... autant ; plus... plus; d'autant plus que, d'autant plus.

Le second plus est souvent joint au premier par et.

Incontinent y est employé pour aussitôt (Tableau de la I-'ortune, III, 12, 439). Cij devant s'écrit pour auparavant (La Suite du Cid, v. 412 et Coriolan, 489 et 360).

Fréquemment la négation ne est supprimée avec pas, Vaugelas autorisait cette suppression, l'Académie l'interdit en 1704. M'as tu pas condamne (Coriolan, v. 142), a-t-on pas vu (Tableau de la Fortune, IL 3. 244).

Par contre, on met avec ni les mots pas ou point, qui s'omettent aujourd'hui et aussi la préposition sans.

]\i se trouve même dans des phrases qui ne sont négatives qu'implicitement, surtout après uu comparatif et dans les interrogations.

On dit l'un nil'autre.

Pas et /)oi»ï se suppriment après ne dans certains cas; dans d'autres ils s'expriment, contrairement à l'usage moderne.

Du reste, ils étaient beaucoup plus nombreux qu'à présent, les verbes ou les tours admettant la négation ne.

1. Chevreau condamne dessus, dessous, dedans pour sur, sous, dans. On lit pourtant /.edres uourelles, p. "i : L'eni/wrle dessus le cuuruije ^Lucrèce, v. 1379) ; (/«e dedans nos 7natheurs (Coriolan, v. 47).

On redoublait mémo parfois la négation après un comparatif.

On écrivait plus tôt en deux mots, sans distinguer par l'orthograplie les deux sens de cette expression. On lit même inilosi pour plus tot,\ dans le Tableau de la Fortune (T, p. *G), par suite d'une erreur typographique sans doute.

2° Prépositions. — Les prépositions ne sont pas généralement répétées devant les compléments successifs.

La préposition à est d'un usage très fréquent dans le sens de pour^ dans, vers, sur {La Suite du Cid, v. 1300) et même de selon (Les Frèreà rivaux, v. 118), etc., etc.

L'usage de la préposition do est aussi fréquent (La Suite du Cid\ V. lOol), etc., etc.

Elle remplace quelquefois par : poursuivi d'Archias{Suitc de la Fortune, II, 7,293).

On la trouve quelquefois devant un infinitif avec le sens de à cause de, par suite de, par, au moyen de

De s'emploie aussi bien souvent pour acer, par, sur, à cause de, en, pour, à : puisent de source (Œurres mclces, p. 136).

A et De entrent dans plusieurs locutions prépositives : à l'endroit de ou en l'endroit de. AU' deçà de, au delà de sont remplacés par deçà, delà, sans de. On trouve : né au commandement (Tableau de la Fortune, I, 9,110) au lieu de pour.

De s'emploie de même : condamnez-nous au moins de trahison (La Suite du Cid, Y. 1061).

Auprès se met pour pers avec de et inversement.

Dans se met pour à : dans le premier rang (Chevraeana, I. 76).

Devant s'emploie pour la durée comme pour l'espace.

En pour grâce à cela, par suite de cela (Lucrèce, v. 318); en respect de pour en regard de (Coriolan, I, 2,160).

Malgré est parfois remplacé par arec : Avec sa résistance (Poésies l'rocris, V. 30).

/'ar est usité pour par suite de, parle mogeu de et antres expressions abandonnées depuis.

l'a"misc construit même avec un nom singulier : Parmi la joie.

Pour s'emploie adverbialement devant un adjectif au sens de quei (jue, etc.

Et de au sujet de : Pour soii bannissement (Coriolan, I, v. 41). On le trouve remplaçant parce que : Poin n'arnir pas île pain (Poésies, Tableau delà (iuerre cicile, v. 89).

Il se met au sens de à cause de : Pour le témoignage qn'il a rendu (Chevraeana, I, 61).

Près de pour au prix de.

Sur est très usité avec la signification tle au sujet de, relaliremeut à, sous : Sur peine de la vie (Poésies : Proeris, v. 222), etc.. etc.

Enfin roici garde parfois sa signification étymologique de cois ici, comme non, obstant, pendant et coijant.

3° Conjonction. — .1 cause que se rencontre.

.1 ce que signifie afin que et de façon que.

Ainsque est pour acani que, tant que, plutôt que.

.1 l'égal que se met pour autant que. A l'égal que je suis amoureu.r (La Suite du Cid, v. 6).

.1 mesure que égale selon que.

Apres l'adverbe de quantité autant on met comme.

Au plutôt que veut dire aussitôt que, cependant que, pendant que.

Bien que, encore que, quoique se remplacent. On dit même maigre que avec acoir, dans son sens étymologique de mauvais (jrc, et aussi combien que (Les deux Amis, v. 132).

Car se met au lieu de pourquoi.

Cependant que pour pendant que et pour en attendant que (Scanderberg, II, v. pp. o03 et 343 ; Lettres nouvelles, p. 413 ; Tableau de la Fortune, I, v. 18) ; tant que pour jusqu'à ce que avec le subjonctif.

Ce que est une expression louée par \\augelas dans le sens de de ce que, si.

Comme s'emploie pour (juand. Comme // fut seul (Tableau île la Fort. II, 7, 2!t3)

Comme et car aonlrcmphccs par parce Cjue (Hermiogcne, I, u, p. 372; Lucrèce, v. 92, etc.)

Comme que signifie de quelque manière que.

Ikcant que a le sens de avant que; Chevreau condamne cet emploi. D'abord que se trouve pour aussitôt que (Tableau de la Fortune, II, 7, 292).

Lorsque, puisque sont séparables (Hermingène, I, i, p. 37, puis que).

Quoique l'est aussi : Et quoi que la raison s'oppose (sic) à tous mes vœux (Suite du Cid, v. 1476).

Mais garde parfois son sens de davantage.

Par a'insi égale ainsi.

Parce que s'écrit quelquefois en trois mots par ce que.

Il est quelquefois remplacé par pour ce que (Lettres nourelles p. 91 ; Hermiogcne, I, ii. p. 372), par pour (Checraeana, I, 190 et 228).

Premier que s'emploie dans le même sens (Les deux .\mis, v. 168).

Si remplace quehjue... (pie.

On l'emploie même suivi de iteu cl de une avec l'indicatif, l'idée de doute disparaissant.

Si est-ce q)ie a le sens de néanmoins.

Que s'emploie, en souvenir du latin, après des verbes, avec lesquels on ne le construit plus, pour énoncer un fait, une opinion, un ordre ; avec ou sans ne, après il s'en faut, tenir et dans le sens de sans que.

Parmi les Figures de grammaire, l'Ellipse et Vlnrcrsion sont les Y)\as fréquentes ; puis vient la Syllepse'- Le Français est encore assez près de ses origines latines et garde en partie les habitudes de l'idiome qui l'a formé. En cela donc la langue de Chevreau ressemble encore à celle de tous ses contemporains : il ne lui a pas imprimé un cachet spécial. C'est partout et toujours la même liberté dans les termes et les tours; la même variété dans les propositions et la synta.xe ; la même incertitude dans l'orthographe et l'emploi des mots. Nous en avons fourni des preuves suffisantes.

Tout le monde au xvii" siècle s'occupe de questions de langue et de grammaire. Malherbe a recommandé la pureté et la justesse; l'Académie prétend régler le développement de la langue; en ralentir les changements perpétuels ; formuler des règles certaines qui la rendent capable de traiter les arts et les sciences. Vaugelas réclame la pureté, la netteté, la douceur, la sobriété, la simplicité et la variété; distingue entre le bon et le mauvais usage ; veut que l'usage du monde et des grands écrivains soient la seule et unique loi. Le français, enfin hors de page, grâce surtout aux Petites Ecoles-, se substitue au latin dans toutes les branches de la littérature et entre dans l'enseignement, dont on l'avait banni jusqu'alors. Mais les contemporains ne distinguaient pas assez le génie du talent ; c'est la génération suivante qui sut tirer de la foule des écrivains médiocres ceux dont la personnalité puissante méritait une place à part et imprima au français une décisive impulsion.

Chevreau s'est mis à écrire dans la première moitié du xvii''

1. On Iroiivo l'apluTôsc : tors pour ninrs {Tabicnu de la Fortune. II. 7, 2SI3) ciicor pour ciiiore (l.ellres noiirrUc!:, 27ti-28H) et l'oiioiiUii'ï^i' ou paragogo : urciiiuc pour avec (Lettres nouvelles, p. 30t) ; Tableau île la Fortune, p.' 34).

2. Tandis que le lalin dominait dans l'enseignement des .lésnites, le français lui avait été en grande partie sulistilué dans eclui des .lansénisles de Port-Uoyal et aussi dans celui des Oralniiens.

siècle, au moment où la société polie s'appliqua à débrouiller et à perfectionner la langue, à la « dévulgariser », malheureusement aussi à l'appauvrir, sous prétexte de la rendre plus précise et plus souple ; d'en faire l'organe, l'instrument délicat de l'intelligence, du raisonnement et do l'abstraction. Contemporain de liahac, de Voiture, de Descartes, de Pascal, il possède en partie l'ampleur emphatique du premier ; les galanteries fades du second ; la clarté, la propriété, la précision des deux autres. Son stj'le, à mi-chemin de la période latine et de la phrase coupée à l'excès, est un peu embarrassé et lourd. Il resta toujours ainsi. Parti pour l'étranger, Chevreau ne subit pas le contre-coup des modifications introduites parle temps dans le langage '. Confiné, à son retour, dans ses fonctions de précepteur du duc du .Maine, puis retiré dans son ermitage de Loudun, il vécut un peu en dehors de son siècle. Il cite par fois Boileau ; mais semble avoir ignoré Pascal, Racine, La Fontaine, Bossuet, Bourdaloue, La Bruyère et M"'» de Sévigné, ceux que les critiques nous signalent comme ayant eu de l'inlluence sur notre langue. C'est pour cela qu'il n'a guère changé et que nous le retrouvons à la fin de SCS jours tel que dans sa jeunesse, avec un peu moins de recherche et un peu plus de sérieux dans les mots, la tournure, le style, moins de gène et plus de netteté,

A propos du Recueil de Poésies, des Œiicres mêlées et du Cherraeana. nous avons déjà étudié le talent poétique de Chevreau ; ajoutons y quelques détails sur sa technique en général, puis sur la nature et les éléments constitutifs de son inspiration poétique.

1° Quantité. — La Qu.\xtité syllabique des groupes de voyelles est douteuse chez lui comme chez la plupart des poètes. Il use souvent de la Diérèse : lii-en (Poésies, Pour un alchimiste, v. 6G, et Œuvres mêlées, p. 170), Inqui-ette (Checraeana, I, p. 4); odi-eu.v cl glorieu.r (Poésies, Le Jaloux, v. 49 et oO) ; ti-oler (Les deuï Arnis, v. 323), espion [Œuvres mêlées, p. I7C) ; délicieux («/., p. 189, v. 44) ; bien («/., p. 197, v. 11).

On rencontre pourtant la Syxérèse quelquefois : deux et yeux (Poésies, La Iklle prisonnière, v. 19 et 21), poiles pour poètes (.Iwcat dupé, V. G93) et Suède dissyllabe (id., v. 410), etc.

1. M. Arnould a con3tal<? le même fait pour Racaii (Rman, p. 473).

2" CÉSURE. — La CÉSURE, exigée à partir du vers de dix syllabes et coupant le vers en deux parties égales, se trouve chez lui à sa place ordinaire, mais affecte aussi d'autres positions dans bien des cas. Voici des exemples de césure après les quatre premières syllabes :

1. Dieux. Je ne me saurais retenir davantage (L»c?'èce, v. 1128).

2. Non non; [ il faut s'en prendre à toute la famille [id., v. W-ib).

3. Belle ànie, | dont ce corps avait leçii la vie (id., v. L^i:?.";).

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