Qu'il est aisé, par ce (|u'il dit
De juger de tout ce qu'il pense.
{Clievraeana, I, 3.[i2, v. 4-5).
On la constate même dans les vers de huit, sept et six syllabes à n'importe quel endroit.
3" Elision. — L'Elision de l'e muet, précédé ou non d'une autre voyelle, est observée. L'e muet, suivi d's ou de nt n'est pas employé, sauf à la fin du vers, en dehors du présent du subjonctif des verbes avoir et être; de l'imparfait et du conditionnel présent des verbes attributifs, 3' personne du pluriel.
Quelquefois on a élidé le muet fortement prononcé, Voyezlc avec plaisir (Œuvres mêlées, 2" élégie, vers 4, p. 433), Dupons-le en S07i amour [Awcal dupe, V. 1341) ; Reprenez-le à propos [Clievraeana, I, 43. v. 18).
4" Hiatus. — L'Hiatus, interdit par Malherbe et Boileau, est évité avec soin. Chevreau ne fait pas l'élision ordinaire : Car il est masle et lemelle (Poésies Kpi^jramme sur un Hermaphrodite, v. 7).
5" Enjambement. — L'E.n'jambement est également exclu, hors des genres simples et des vers de dix syllabes ou au-dessous. On trouve dans le nbleau de la Fortune (II, 2, 227) :
Comme on voil liicn souvent que les luduillards nous font Toutes sortes d'oiijels bien plus grands ini'ils ne sont'...
1. En Vdiii un autre (Clievraeana, II, p. iO, Kléyie v. 63-04).
h'oii son ii'il cil cp^ liniix ppul Inul conii.iîli'P cl voir Linniml» il Ir.lviTs d'illl î;r;lnii ni (iili'lo tiiirnir.
fi" Rimes. — Les Rimes, ce c]ui étonne dans la pauvreté générale des poètes du temps, sont ordinairement riclies. rarement faibles, bien qu'il n'y ait chez lui, pas plus que chez Corneille, Molière, La Fontaine, Racine et mêmeRoileau. aucun souci particulier de la richesse des rimes, principale préoccupation de Malherbe (( pour trouver de belles pensées ».
Mais Chevreau ne se prive pas, malgré Malherbe, de faire rimer un mot simple avec son composé ou avec lui-même ; deux composés du même mot ensemble ; des mots exprimant des idées semblables ou contraires; un nom avec son verbe, deux substantifs, deux adjectifs, deux verbes ou deux adverbes ; deux mots ayant mêmes lettres, mais différant légèrement de prononciation. Vous et tous {Les deux Amis. v. (377- 678), extri'me et aime (id.. III, Soo-806), répandre et entendre {Coriolan, V. 35-36), sens et innocens (Lucrî'ce, v. 283-286), ennuie et rie (id., V. 703-704). privilège et neige { Avocat dupé, v. 703-706). compte et honte [id., v. 1289-1290), etc,
Il use même, dans les pièces légères ou gaies, de rimes désagréables, recherchées, triviales ou communes, mais n'en abuse pas.
On rencontre jusqu'aux rimes norm.\ndes et prove.\"ç.\les. qui reposent sur la prononciation défectueuse de l'r et des voyelles longues.
L'alTaire est déjà faite, il ne peut l'eiupèclioi', Non non, son intérêt nous doit être plus cher
{Coriolan, v. l?05-{-?06).
Son amant qui Lirùiait se trouvera déglace, • La voyant sans beauté, sans couleur et sans grâce.
(La Suite du Cid, v. 475-476, etc ).
Quant à I'altern.xnce des rimes d'une strophe à une autre, elle n'est pas toujours respectée. Deux rimes de même nature finissent et commencent fort bien deux strophes successives. Malherbe avait donné lui-même l'exemple de cette licence. Dans une vingtaine de ses pièces, l'alternance n'est pas observée entre deux groupes.
Chevreau s'inquiète aussi fort peu de fuir la cacophonie et le vers MONOSYLLABioiE. 11 use de la paragoge, de l'aphérèse et de l'apocope : Avecque {Lucrèce, \. 488); lors {id., v. 970); cncor {La Suite du Cid, V. 44), etc.
Les chevilles ne manquent pas. Le mot enfin revient souvent.
En somme, comme Corneille, il « emploie purement et simplement levers de Malherbe, sans s'astreindre aux petits conseils de détail' )).