‹ Urbain ChevreauChapitre 315 sur 371 · FIN DU BILLET · texte numérisé non relu

FIN DU BILLET

Caractères du Bigot et de l'Hypocrite

(Livre II, eljap. 8, Œuvres )nélées p. 3i4.)

Bigot dit quelque chose de plus, dans notre Langue, que Superstitieux; et je n'en vois point après l'athée, si l'on regarde l'intention de l'un et de l'autre, qui lui soit plus opposé que l'Hypocrite. Celui-ci, comme le remarque un fameux évêque d'Angleterre, bâtit quelquefois un hôpital de la superAn'ité de ses usures ; y loge ceux qu'il a dépouillés par son avarice ; adore en public le Dieu dont il se moque quand il est seul ; et veut des témoins de ses aumônes et de ses prières. Il est le nouveau saint des étrangers; l'incommodité de ses voisins; le corrupteur de la Bonté même : un Diable quand il est chez lui ; un Ange par tout ailleurs; et plus dangereux quand il est Ange que quand il est Diable. Le Bigot qui ne fonde sa créance que sur une fausse religion, et sur une impiété dévote, proportionne son culte à ses visions ; et, comme il sert Dieu selon son caprice, il lui donne toujours plus qu'il ne faut et toute autre chose qu'il ne lui demande. Il peut être comparé à l'agneau; et l'Hypocrite au loup ravissant ; le premier à un homme qui se trompe, et l'Hypocrite à un homme qui ne s'étudie qu'à tromper les autres. Le Bigot a plusieurs Dieux; l'autre n'en a point : l'un a le cœur simple; et l'autre l'a double. L'un est Agnès ; et l'autre Tartuffe. Ce qu'il y a de plus dangereux dans le Bigot, c'est qu'il est presque toujours téméraire dans ses jugements ; qu'il condamne tout ce qui ne peut avoir de rapport à la fausse idée qu'il s'est faite de la piété ; que bien souvent il croit servir Dieu, quand il parle mal de son prochain. Au contraire, l'Hypocrite a de la complaisance pour tout le monde ; flatte et caresse le premier venu ; accommode sa gaieté, ou sa tristesse à l'humeur des autres ; approuve et loue tout ce qu'ils font et tout ce qu'ils disent : et son cœur n'a point de plus infidèle interprète que sa langue. Voilà Monseigneur, les deux caractères que vous demandez et je ne crains point que l'on me

soupçonne d'hypocrisie, quand je vous dirai que je me fais une grande

joie et un grand lionncur de vous obéir et que je suis avec un profond

respect,

Votre très humble et Irôs obéissani serviteur,

Chevreau.

-•l Loudun, le 5 Fccrier IG'Jl.

[Œuvres mêlées, pp. 627-628).

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