‹ Urbain ChevreauChapitre 319 sur 371 · CRITIQUE · texte numérisé non relu

CRITIQUE

(l>ivio II, cliap. 9, Ghevracana, p. liO'i)

(I II est naturel à tous les hommes de faire des fautes; et la plus grande qu'on puisse faire est celle de croire qu'on ne peut faillir. Les plus savants que nous connaissions ont été Joseph Scaliger et Claude Saumaise, pour l'étendue de leurs lumières et pour un fonds inépuisable d'érudition. Cependant il y a d'autres savants qui ne leur peuvent être conqiarés, et qui n'ont été que des Intelligences du dernier ordre qui nous en ont fait voir les bévues. J'ai dit ci-dessus, après Horace, qu'Homère s'était quelquefois endormi sur son ouvrage ; et l'on n'a pas besoin de science infuse pour s'apercevoir quand un homme dorL Parmi les Latins, Cicéron et Virgile n'ont pas toujours eu leurs approbateurs. Parmi les Italiens, Pétrarque et le Tasse ont eu leurs Oitiques : et, parmi nous, Balzac a trouvé les siens jnsfjue dans le cloître qui n'est pas le pays ordinaire de la politesse. Il est aussi beaucoup plus aisé de relever les chutes des autres que d'en imiter les plus beaux talents, et les Disciples voycut bien souvent, les fautes des Maîtres.

Ces sortes de Guerres entre les auteurs, ont leur utilité et leurs agréments, parce qu'il s'y agit simplement de style, de mots impropres, d'expressions obscures et embarrassées, de pensées fausses, d'imitations et de larcins, de vers prosaïques, on mal tournés, et qu'il n'en coûte que de l'encre cl du pai)ier à qui attaque, ou qui se défend.

Parmi les défauts des autres, on y rcmar(|uc ijîen souvent les siens, et l'on s'en corrige. Ce qui est honteux et ordinaire aux Italiens et aux

Français, c'est que les uns et les autres n'observent ni honnêteté, ni bienséance; qu'ils substituent quelquefois aux preuves, ou des railleries amères, ou des injures, qui ne servent de rien à leur sujet ; et que leur Critique ne peut plus passer que pour un Libelle difTamatoire. Par là on découvre la malignité de ces Ecrivains qui ne cherchent à établir leur réputation que sur la ruine de celle des autres, et dont le cœur a entièrement corrompu l'esprit. Jamais homme n'a plus aimé que moi la Critique, et, sans cette partie essentielle do la Grammaire, je ne crois pas que l'on puisse appuyer avec fermeté sur la moindre chose. Mais je veux du moins qu'elle soit honnête, que l'on n'y fasse point entrer d'aigreur, ni de calomnie et que l'on reprenne sans outrager ».

{Clicvracati.i. II. [ip. -296-298.)

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