‹ Urbain ChevreauChapitre 320 sur 371 · MÉDITATION · texte numérisé non relu

MÉDITATION

(Livio II, cliap. 9, Chevraeaua, p. ill)

Je suis, ô mon Dieu, votre ouvrage;

Vous m'avez fait à votre image ; Et je n'y puis jamais réfléchir sans trembler. En effet, ô Seigneur, j'en dois frémir de crainte ; o Car si ma vie, hélas ! n'est ni pure ni sainte.

En quoi puis-je vous ressembler?

Par un amour inconcevable, Vous m'avez fait pour vous être semblable. Et j'ar défiguré l'Ouvrage de vos mains. 10 Je suis un pécheur misérable.

Et vous êtes le Saint des Saints.

Au lieu de vous être lidèle, De bénir votre Nom, de suivre votre Loi, A vos ordres sacrés je fus toujours rebelle, lo Et la volupté seule eut des charmes pour moi.

Par vos bontés, Seigneur, je vois ce que vous êtes. Mais, ou j'ai toujours méprisé Les grâces que vous m'avez faites.

Ou j'en ni toujours abusé.

20 Sur quel espoir faut-il que je nie fomle ? Dois-je ici-bas attendre quelque paix ? 11 n'est rien qui ne m'y confonde ; Et j'ai suivi, quand j'ai suivi le monde, Le plus grand ennemi que vous eûtes jamais.

2ij Vous faites le bonheur suiirême ;

Vous êtes la source du bien ; On est lieui'cux quand on vous aime :

Et, quand on vous possède, on n'a besoin île rien. Cependant, ô maliieur de mon âme éi.farée ! 30 A des trésors d'éternelle durée

J'ai préféré des plaisirs d'un moment ; Et, bien loin de frémii' de ma perte assurée. J'ai fait gloire partout de mon aveuglement.

Ces indignes plaisirs bornèrent mon envie ; Si) Mon âme s'en est assouvie ;

Et mon conir après eux n'eût pas plus soupiré, Quand j'aurais cru devoir, an sortir de la vie. Rentrer dans le néant d'où vous m'avez tiré.

Je vis de l'Innocent la cuusc abandonnée; 40 La troupe des méchants à le perdre obstinée ;

Je vis sa pauvreté ; je connus son ennui ;

Je pus le consoler, l'assister, le défendre. Sans que mon ca3ur fût sensible pour lui :

Et, dans le triste état où je suis aujourd'hui, 45 A quelle grâce ai-je droit de prétendre.

Moi qui vis sans pitié les soutTrances d'autrui ?

Mes péchés, à vos yeux, ô Seigneur adorable, Doivent me rendre abuminalile :

Et de quels crimes en elTet 50 Ne me trouvé-je point coupable, Si je suis même responsable Du bien que j'ai pu faire et (]iie je n'ai poinl t.iil '.'

Dans le désespoir (|Lii me hic, De vous. Seigneur, je n'ose rn'approcher; oii Et. pour éviter votre vue.

Si vous êtes partout, où puis-jc me cacher ?

Quand je rentre en moi-même, et rpic je considère

Qu'à m'attirer votre colère

J'employai les nuits et les jours ; (50 Je vous crains, ô mon Dieu, comme un Juge sévère ; Mais, quand je pense aussi (pie vous êtes mon père, .Malgré tous mes péchés, vous êtes mon recours.

Et c'est en vous seul que j'espère.

Si. pour punir mon intitlélité, 6i) Vous écoutez votre Justice,

Je suis perdu, puisque j'ai mérité De l'Abîme éternel le plus affreux supplice. Ah ! Seigneur, sans votre bonté, A quoi faut-il que je m'attende?

7U Mais, ([utiique par malice, ou par fragilité, Contre vous tant de fois je me sois révolté, Votre miséricorde est encore plus grande Que ne l'est mon iniquité.

[('Iievrneana, II, |i|i. 3'(7-3-^9.)

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