Chevreau écrit Liicrexse
i. Femme de Pierre César de Cambonst. marquis de Coislin. tué au siège d'Aire, le 12 juillet lOUI, elle se remaria et déjà elle était consolée de la mort de son second mari. lor.-;(|ue Tristan L'Hermite lui adressa (l(Ji.'<) un sonnet consolateur (V. f.a /.i/re. p. Il, Sur le Iri'jtris île M. Ir iiiiii-iiiiix tic Coislin). tille était fille de Pierre Séguier, qui (ut garde des sceaux en 1033. (Cf. Bernardin, Tristan L'Ili-rmile. I^aris, liSOj. p. 208, note 1). Cette épitrc dédicatoire se retrouve dans les Lettres nuurelles de Chevreau, t. II, pp. 7-12.
de pudeur' » et qui, après avoir été autrefois l'objet de laniour d'un prince, craint d'être celui de votre mépris, quand elle eonsidùre la sévérité de votre vertu ». Ici on retrouve le mauvais u;oùt d-.i temps, celte recherche des contrastes, destinée à frapper plus vivement les esprits et aussi cette exagération dans l'éloge, qui porte notre auteur à considérer M^^de Coaslin, « comme un chef-d'œuvre, que la nature n'a pas fait sans grand effort ». d'après le « sentiment commun ».
S'adressant ensuite aux HonmHes gens, c'est-à-dire aux hommes de goût, il déplore la rareté des « bonnes pensées » et des « bons livres ». Tous les hommes se croient parfaits; mais, qui pis est. certains prétendent l'être seuls et méprisent les autres. Ceux-ci découvriront probablement, dans Lucrire, « autant de fautes que de mots ». D'autres, « moins jaloux et plus véritables, trouveront quelque chose de rude parmi quelque mouvement qui les pourra chatouiller ». Rien d'étonnant: il ne vise ni à l'éloquence ni à la poésie. Du reste, il a écrit celte œuvre à la hâte, uniquement pour son plaisir et celui du lecteur-. Un jour, il traitera c de matières plus sérieuses et peut-être plus nécessaires. » Chevreau, comme Corneille, Racine et Molière, cherche avant tout à plaire au public^ et ix se satisfaire personnellement^
Avant Chevreau, le sujet de Lucrèce avait été traité par Nicolas Filleul'. Représentée au château de Gaillon ', devant le roi Charles IX, en [")('£, la pièce de Nicolas Filleul se compose à peu près uniquement de discours et d3 monologues. L'action y est nulle : tout se passe dans les coulisses".
1 .M"* (le Seudrry a cru tlevciii- lui tliuiiuM- utii- iiicliiiiidou pmii' linihis iivaiil nu-elli- (■v<m^Ci[ Cnllatin : mais, sclim l'exprossimi île S'-Marc-CirardiiU''""'-'' ''<■ ''"'■'"- /,„■,. ilramalkiiie. i. IV, cliap. 00, p. 233) elle « e!=t riiémïne cl la inarlyre de rhoiiiu-nr eonjupU » : c'est en somme ee que dira aussi Chevreau daus sou nihlcnti de In horliiiic (l ilT ehap. 12, p. 423). !'ar eciuti'e, dans son Ilhliiirc du iiKiiiilr (l. III. eliap. 1. p. 2.')(i), il éniellra .les'doutes sur sa verlu. Sans doute (jue riiistorieu se croira alors obligé à pln^ d'exactiUule et de circnnspeeliou que le dramaUirge cl le moraliste. A la suile de sou poème sur le Mmte de.': femmes, .M. Legouvé a fail (Paris, 1801, iu-12, pp. ISS- HKi) un récit historique en vers mêlés de 12 el de 8 syllahes, où est raeoulée 1 aventure de celle fjrande Rcmiaiue. victime de sa fidélité conjugale.
2. Kotnui el Hardy composuienl aussi tort rapidenienl; nuiis le preiuier avait fi cnnihler les vides faits à sa bourse par le jeu et le second s'efforçait de gagner sa vie.
3. Corneille, Préface de la Sairnnie el Dédiraee de la Suile du Meilleur; liacine. Prefaee de Uérèiiiee; Molière, Criliijue de recule des femmes. Ncuis donnons celle
. Adresse au.r hoiiiiesles i/eits à r.\ppendice.
4. Poète français, né à llouen vers i:i30, auleurde .■^oiinrls. réunis sous le nom de Discours el de ilenx tragédies : Achille el Lucrèce.
"). Aujiuirdbui canton de Louviers, département de l'Kure.
(1. Il'après les frères l'arfaiet (llisdiire du Tlienlre français depuis ses iiriuines jusi/u'a /ireseiil), cette tragédie ne mérile ni exlr.'iil, ni ciiliqui'.
Dnns Lnnrre 011 ï.iditlfrre puni, irAIexandre Hardy (IGHi) ' il n'est millemeiit quostion, disent les frères Parfaiet (( de la Romaine dont tout le monde sait liiistoire )) ', mais de l'épouse d'un jeune seigneur espagnol, Télémaf|uc, qui s'est amourachée d'un gentilhomme, son voisin, nommé Myrrhène. Elle est surprise par son mari, qui tue le couple adultère, puis est tué lui-même par Everard, l'ami de Myrrliène. L'œuvre contient heaucoup de passages scahreux et de mots crus. L'action dure plusieurs jours.
La tragédie de Du Ryer ' intitulée Lucrrce fut représentée en 1037 et imprimi'e en I63S. f/auteur n'y a rien changé à l'histoire. Les frères Parfaiet la trouvent mieux versiliée que celle de Chevreau, mais déclarent le sujet « peu séant sur notre théâtre, du moins depuis plus de soixante ans ». A partir de cette époque on était devenu d'une pruderie excessive et l'on hannissait du spectacle des scènes, auxquelles le Moyen Age, le xvi'' et même le début du xvii* siècle applaudissaient sans arrièrepensée.
Nous laisserons de côté les autres pièces sur Lucrèce ', qui ont paru après celle de Chevreau. Conteiitons-nons de rappeler le succès de la 7j/(;rcede Ponsard à l'Odéon, le22Livril 1843, au lendemain de la chute des Hurgmies de Victor Hugo.
Analyse de la piît.r de Chevreau
Acte I'^^. — Tarquin, devant Ardée, se félicite de ses victoires, mais redoute l'inconstance du sort. Collatin, mari de Lucrèce, ne partage pas ses craintes ; d'ailleurs tous, ajoute-t-il, sontprèts à suivre leur roi et à périr, s'il le faut, avec lui. Tarquin le remercie de ses nobles
1. Pof'tc ilraniiilique féconil ( t iiCO- KilîO) objet d'une pxcoUentc étude de M. Rigal. {Alej-aittlre /fan/ii el le T/n-àlre friiiiçais ii la fin du .WI' et au eouiuieneeinent du .Wll- >ièclei.