‹ Urbain ChevreauChapitre 55 sur 371 · T. IV, 11. ii;i · texte numérisé non relu

T. IV, 11. ii;i

.'i. PieiTe du lîyer, secrétaire du due de Vendôme, puis histoi-io^raplie de France, a fait des trailuclions el des pièces de thé.àlr'e, dont la moins mauvaise est la tragédie lie Scérijli' (ItiiO). Le priviléf;e de sa Lucrèce es! du 21 mai tti^X ; l'aeluM é d'impi'inier du 21) juillel. Ainsi, l'epréseutée presipie en même leiuiis (|ue celle de (Chevreau, la Iragédie de' du Ryer fui im[U'iuiée seiileuienl un an après. (Test i[u'il élail d'usage de laisser nu répit eulre la i)ci'uiière rciu'éseulaliiui et la publication, (louc pniléger iiuelque lemps les droits des premiers acienrs, tout le miinile pouvant jiuu'r lihreiucnt cd sans payer de redevaiu'e luu^ pièce imprimée. (V. Petit de .Inlleville, Tlièulre c/iuixi lie Cunieille, l'aris, I.S'.IO, notice sur le Meilleur, p. O.'iH).

4. V. il leur sujet le Dicliuiiiinire îles uiiirai/es ilriiiiinlti/iies, ile/tiiis Juilelle juxiju'a tius jours, fpuvre manuscrite de Duval lIcrLri, p|i. Ili.i et 13i, n"' i;i52-lHti:i. Iii.ljliutlièqutt nationale, ffr. liSOuU.

paroles et, comparant les rois aux dieux, jure de châtier d'une façon exemplaire la défection. Sexte, son fils, le presse d'agir.

\e nous an'èlons pas <"i des cliosos frivoles Tt^moisnons des efl'ets et non pas des iiaroles

Pardonner aux nuilins dans un danger exlrème C'est aider à leur faute et s'offenser soi-même

(Se. I, 88, 89 et %, %.)

Tarquinestdecelavis. Toutefois, si ses (( sujets insolents )) se repentent, il les traitera en père, malgré leur crime. Il renvoie Sexte à Collatie, avertir la reine de ses succès (Se, 1). Ce début est un peu lourd dans son emphase, avec ses dissertations sentencieuses sur l'incertitude et les caprices de la fortune, la grandeur et les dangers du pouvoir souverain, lieux communs souvent exploités au théâtre.

Sexte est furieux que le roi, (( confus » de ses lauriers, l'éloigné au moment du triomphe qu'il a préparé. Son orgueil désajipoinlé se trahit par ces mots :

.Te n'ai fait ipie sciner ce c(u'uii autie nioissoinie Et ma valeur soutienl le [loids de la couronne

(Se. II, V. i;i."., 130.)

Son confident, Maxime, essaje de le consoler, en lui moiilrnnl combien son existence est nécessaire à la prospérité de son pays. Rome ne serait plus ijuand Se\le sciait nioil.

Kt le peupl(\ ravi d'i'lre seul au coinliat, Veul liien vous conserver [loui- fonserver l'Elal

, (Se. II, V. 10'2el 10."., lOC.)

Le roi a voulu aussi rassurer la reine. Hue Scxle désormais se donne au plaisir et ne songe à succomber ((qu'aux bras d'une maîtresse' «.Toutefois, en api)renant que c'est la chaste Lucrèce qui est l'objet de l'amour de son maître, il tente, mais en vain, de le détouruer d'une poursuite sans espoir cl, de plus, indigne d'un prince. Scxle ne peiil li'iompher de sa passion*. Ils se retirciil, on ne sail trop poui(pn)i (se. 2) '. Alors

i. Ce l'onseil pi'iil scinlilci' iiriiiinriil, siu'lii\il diuis niir li"i,m'(li('. (Jiii' l'on soiifii' potirlanl à (IKnimp dans la J'Iihlrc de Itacine.

'1. Or ciii'neli're ii'résislihle de l'aniDur esl à rciiiiiiipii'i' clii'/, luus les liénis île riiinan el il(^ lraj;éilie au xvii" siècle, aussi Ijieii avant iin'aiirès Corneille.

li Ce (lél:ml est fréquent au xvir siècle, connue nous faviins sij;niilé, liii'o (|ni'. seliin il'Anliii:nac. « la {jrande iTj;le îles scènes >i snil i|u'elle- |iiissè(lenl une desiinalce

entrent, sans les voir, Collatin et Misène son « domestique ». Le pre niier ordonne an second de partir pour Collatie rassurer Lucrèce et lui annoncer sa venue pour le lendemain. Des trompettes sonnent : il court au combat, « où la gloire l'appelle ». on recommandant à .Misène de lui conserver sa fidélité (se. III). Tout cet acte est légèrement embarrassé. 11 se passe tout entier en discours. De plus, la fureur de Stexte contre son père nous étonne. 11 devrait être heureux, semble t-il ; car la mission dont il est chargé le rapproche de celle qu'il aime éperdunaent.

Acte IL — Nous sommes à Collatie. Sexte, malijré les conseils et les exhortations de Maxime, persiste dans son amour criminel pour Lucrèce. Loin d'accepter les censures de son serviteur, il veut que celui-ci aille trouver Lucrèce et s'efforce de lui rendre son mari odieux, en le dépeignant traître à la patrie (se. II.

Survient ïuUie, mère de Sexte. Elle exprime sa joie de revoir son fils et. avec un désordre qui peint bien le troul)le de son âme agitée, le questionne sur le roi, .\rdée. les soldats. Sexte la rassure et commande tout bas à Maxime d'aller trouver Lucrèce et de la préparer, par un faux rapport, à bien le recevoir. Il paraîtrait naturel qu'une nouvelle scène commençât au moment du départ de Maxime : il n'en est rien. Tullie est inquiète des paroles prononcées à voix basse par son fds ; elle croit à un malheur.

Rome n'a plus de roi ; je n'ai plu'^ de mari.

(.Se. II, ^'^.)

s'est-elle écriée. Elle demande à être renseignée. Dans une narration rapide et animée. Sexte raconte les péripéties émouvantes du combat livré autourd'.\rdée qui est près de se rendre. Tullie. malgré la joie que lui procure ce récit, craint encore pour son époux un revirement de fortune'. On dirait qu'elle pré voit la catastrophe qui éclaterait la fin. comme ces vers

Si liieii i]uc nuiis voyons aussi clair i|ue le jour Que la crainte fait tout au défaut de l'amour,

(Se. II, m, 486.)

siH-li'silr liiiison : h i\i' présence, de recherrlio. de liniil et de lem/ix », e'est-à-dire que l'un des acteurs de ta scène prccédcnfe figure dans la scène suivante, ou bien tju'un des personnages en clicrclu' un autre : (fu'il arrive, attire par le l)riiit ou encore qn'il paraisse immcdialenient après un autre, sans (louvoir venir avant. (Cf. à'Aiibif/iiffc, par .M. Cliarles .\rnaud, p. 241). D'ailleurs, ainsi qu'on le remarquera pour la Suilv (lu t'iil cl (|u'on le vérifiera dans les autres pièces de Chevreau, on peut supposer généralement (|ne les nouveanx personnages entrent en scène avant que les autres aient disparu et que. par conséquent, le théâtre n'est pas réellement vide.

I. Il faut remarquer ici l'emploi des ijiiillrnirls-. Selon l'usage il'alors, ils servent, chez notre auteur, uiiu sealemcut au langage direct, mais à l'e.'iprcssion des inaximex i/ciierales. Celte scène en renferme plusieurs (vers 479-480 ; 482, 4S4-488, 400). Nous

semble indiquer par avance la conduite que Sexte tiendra à l'égard de Lucrèce, rebelle à sa flamme.

TuUie et Sexte s'en vont ; ils sont remplacés par Lucrèce, Misène et Cécilie, « damoiselle de Lucrèce ».

Lucrèce, ainsi que Tullie, est inquiète pour son époux ; car

...tel iiiourt aujotnd'liui inii naguère clail sain.

(Se. 111,502.)

Il ne faut pas longtemps pour \o\r inuurir un luiinme ; Un raomenl pcul sullire à la perle de Rome.

(Sp. III, .-.07, 508.1

Eu vain Cécilie l'engage à reprendre sa couleur et son frais visage. Elle est effrayée par un songe ' qu'elle a eu le matin même :

D'un coup inopiné j'ai cru voir consumée La déesse d'honneur dont j'étais lanl aimée.

(.Se. III, 557, 548.)

Son image la regardait a fixement » et, lui tendant les bras « saignant de tous côtés »,. lui prédisait le déshonneur et la mort. A peine un coup de tonnerre avait-il jeté

... l'autel à bas et le temple par terre.

(Se. III, 568.)

qu'une ombre s'ofïrant à ses yeux et, profitant de sa chute causée par une fuite préci|u'téc, s'est livrée sur elle à toutes sortes de violences.

en rencontrerons beaucoup dans toutes les pièces de Clicvreau. En général pour les maximes. Us sont disposés autrement que les autres, c'cst-à-itire ouverts en dehors». 1. Les songes étalent considérés comme des avertissements du ciel. On y voyait l'annonce d'un événement et on en tenait un grand compte. Aussi les poètes dramatiques les ont souvent employés, pnur ouvrir aux speclaleurs un jour sur les fails à venir, augmentant ainsi l'inquiétude de tous cl doublant l'inlérél. Malbeureusçmenl. ils sont rite devenus l'accessoire banal du théâtre classique et il n'y a guère de 'ragédiei)ii l'on n'en rencnnlre qucliprun. La façon maladroite dont certains auteurs s'en sont servis, les a même fait tomlier dans le discrédit. « Les songes sont usés au Ibéàtre », écrit Grinim. Pour qn'un songe soit admis et produise de l'effet, il est nécessaire qu'il découle du sujet ; ipi'il soit beau par lui-même el enfin (pi'il concoure à l'action : tels sont les songes de Camille (Horace), de l'niiUitr (l'olyeuctc). et surtout iVAl/inlic Celui de l.ucrcce ici vaut aulaul ipie les <leux premii-rs et, à ce litre, peut se supi)orlcr. Il cause l'angoisse île la femme de (^oUatiu. en lui faisant craindre pour sa vertu, à laquelle elle lient plus (jn'à la vie. On ne suil pas Iropce que signifient les deux serpenis cpii l'ohligcnt à renirer ilans sa chambre, à moins qu'ils ne désignent Sexte et Misène. <|ui Ions deux, oui contribué, quoique différemmenl. à sa honte et à son déshonneur (!elle deuxième partie du sinige est obscure cl peu satisfaisante; la première, quoicpie sans grande valeur, est néanmoins acceplable.

Réveillée par la peur, elle s'est retrouvée baignée de larmes sur son lit. Impossible de crier. Elle a voulu se lever, pour aller auprès de Cécilie ; mais la vue de deux (( gros serpents qui sifllaient » contre elle lui a fait regagner sa couclie (se. III). Comme pour confirmer la crainte de Lucrèce, Maxime vient annoncer que CoUatin a trahi sa patrie et que le roi, pour le punir d'avoir voulu attenter à sa vie, va sans doute le faire périr. Tout ce passage est assez embrouillé ; on sent que Maxime n'a pas l'àme tranquille et que son mensonge le trouble. Lucrèce, d'ailleurs, refuse de croire à la trahison de son mari ; mais, persuadée qu'il a été mis à mort, elle tombe en pâmoison. On l'emporte dans sa chambre (se. IV). Ici se retrouve un peu de la lourdeur du commencement, et même les complications, l'obscurité, qui ne répugnaient pas aux spectateurs d'alors.

Acte III. — Revenue à elle, Lucrèce refuse d'écouter les suggestions de Maxime et de prendre en haine son époux :

Tel ijue suil un iiiaii, sa rriiiiiie cUiil l'aiinef.

(Se. I, Y.f.'il )

Mais elle refuse également de sauver Collatin aux dépens de son honneur, en promettant son amour à Sexte (se. I). Comme il survient, elle l'implore, consentant à l'aimer, mais de l'affection

Qu'un sujet doit rentlie à son seigneur.

(Se. II, V. 71 i.)

Sexte feint d'être touché de sa vertu ; il va, dit-il, s'entremettre auprès du roi ; mais, à peine est tirée la tapisserie qui ferme la chambre de Lucrèce', qu'il déclare à Maxime son dessein de s'introduire auprès d'elle durant la nuit et d'emploj'er la violence pour arriver à ses fins. Ils s'éloignent. Alors apparaissent Tullie et sa « damoisellc » Mélixène. Elles s'entretiennent du changement survenu dans Sexte. Hors Maxime, « tout lui semble odieux ». C'estqu'il aime sans doute et l'objet de sa flamme est peut-être Lucrèce- Quoi qu'il en soit, il faut divertir sa douleur (se. III). Elles se retirent.

Ici le lieu de l'action change. De Collatie nous revenons au camp d'Ardée, pour retourner d'ailleurs à Collatie après la scène qui va suivre. Ce changement est assez extraordinaire dans le même acte. On dirait

I On viii( iiar là ([uc la jiixliii) isiliuri des lieux, qui l'sl le |iriiiciiie de la ili-coralion innlliiilc, n'i'xcluail [las leur a|>|iariliiiri successive au moyen de l'JdeauX. maeliines ou '< feintes ».

deux actions qui se développent parallèllemcnt sans se confondre '. Tarf[iiin célèbre la prise d'Ardéc et la puissance royale. On va rentrer à Rome triomplier. Collatin annonce tout bas à Brute qu'il s'absente jusqu'au lendemain pour aller à Collatie voir Lucrèce (se. IV). Brute, qui apparaît ici pour la première fois, l'approuve, sans rien laisser soupçonner de ses sentiments intimes contre la royauté des Tarquins. Pendant ce temps, Sexte vient trouver Lucrèce dans son lit. On ne sait trop comment lia pu ainsi parvenir jusqu'à elle ; n'importe : il Méclare son amour. Repoussé, il use de violence ■'. .\ ce moment, le rideau se baisse (se. V), tandis que la malheureuse victime appelle Cécilie et les dieux à son secours.

.4 f/c /l'. — Lucrèce ne vent pas survivre à son déshonneur. Elle supplie Cécilie de l'aider à mourir. Celle-ci refuse : profitant de la nuit et du sommeil, Sexte n'a fait que témoigner son manque de conscience; Lucrèce n'est pas coupable, quoi qu'elle en dise. Collatin la vengera sur Sexte, s'il apprend sa honte : il vaudrait mieux la lui cacher. Lucrèce n'eu persiste pas moins à réclamer la mort.

Cependant Maxime reproche à son maître d'avoir violenté L'exemple de voitu'i el de pudicilé.

(Se. IL 106?.)

11 aurait préféré voir, chez Sexte, la pitié prendre la place de l'amour. H faut craindre Collatin, le roi, le Sénat et le peuple. Sexte ne redoute que le roi et prie Maxime de ne pas l'abandonner dans ce danger (se. II). Ils sortent, sans plus déraison que n'en ont eu tout à l'heure Lucrèce et Cécilie. Miscne et Collatin arrivent. Misène est porteur d'une lettre dans laquelle, en vers de huit syllabes et de douze. Lucrèce demande à son mari de venger son injure. Collatin est au désespoir. Il veut punir l'ofTenseur, homme ou dieu, et, reprenant le premier versde chacun des deux quatrains qui forment la lettre de sa femme, puis les deux quatrains en entier', exige de son (( domcsti([ue » une explication.

1. Celii lienl à la disposition ilii tliràlre iPulors cl à la ilrcnnilion comploxo en usage. Nous reviemlrons sur re sujel à pnipns de ^'u;-('«/rt(i. Ui'iniiniuons simplemoiil iei que Je lii-n de l'aelion pouvait eliung('r, non seulement d'un aete à l'autre, mais dans le mrme aele On leleouvera eelte libcrlc de déplacement dans d'autres ijii'res de Chevreau. (V. K. Itigal : /,e llifiilrr m Frrinrr iiniiil lu /n'i-ioilr cliisxiiiiif. nolauimi'nl chap. VI. I^a mise en scène, pp. 228-:!'t2).

i. Dans Tile-Uve, Sc.\le, pour tricnnplier de Lueivce, la menaçait de mettre à côté de son cadavre le cfu'ps nu il'un esclave cgorgc et de dire (]u'il l'avait tuée, aprÈs l'avoir surprisedans un dcgradani adultère. (Cl., llisl. roui. I. ;iH).

li. Voici ci;^ deux ipuilraiiis d'un style priMentienx. uianii'rr id nliscur. VdU-i i'InM'cluv le fiM' fl la IKinirnc Pour riKMirir «lans un lil iriiunuour ; Le M'ili-e n'eu a plus pt voire pau* le l'einuie Ksi le liulin d'un suborneur. i'\'. 1I!M-11'.I4).

Misène lui révèle l'attcntot de Sexte (se- 111). Aidé de Liicrétie, le père de Lucrèce, il court punir la taniille des Tar([uiu!> (se. IV|.

Acte r. — Monté sur un char de triomphe, Tarquin exalte son mérite et se compare à Romulus et aux dieux. Il est inquiet pourtant, sans trop savoir pourquoi, tandis que Brute dit à voix basse, faisant ainsi preuve d'une étrange perspicacité et d'un subit républicanisme :

Prends garde que ce char ne le soil un cercueil.

(Se. I, 128?.)

Sexte vient avouer son crime. Tarquin le bannit par crainte du peuple, tout en lui promettant do le rappeler un jour (se. II). TuUie ne sait que penser de l'attentat de Sexte et Mélixène est inquiète (se. III). Exilé à son tour et poursuivi par les Romains qu'ont soulevé Brute, CoUatin et Lucrétie. Tarquin exhale sa colère (se. IV). 11 fait un amer rapprochement entre son ancienne et sa nouvelle fortune (se. V). CoUatin et Lucrétie se mettent à la poursuite de Sexte, afin de lui faire expier par u une mort cruelle » son horrible forfait (se. ^'i). Tout ceci est un peu confus et précipité. Les événements se succèdent avec une rapidité extrême. Décidée à mourir. Lucrèce vient adresser un dernier adieu à son mari et à son père.

... .le ne suis plus Lucrèce

(Se. VII, li'.)7, 1500.)

s'écrie-t elle par deux fois. «Sexte m'a violée» (se. VII, 1402) ; il faut le punir et elle se tue. CoUatin vent l'imiter. Lucrétie retient son bras. Il faut chercher le fils, exiler le père et la mère, dit Brute à son tour.

Par leur liaunls.sement ou leur commune mort Rome sera sauvée et nous serons au port.

(Se. VII, I5Ô7, i:.58.)

Vouez punir iiilï^ iiiju^licc.

Itoiil viilrp iioniieur csl coiiiballii.

Ma \ertii tlésorniais doit passer pour un vice :

Mais je n'ai vice ni vei-hi. (V. 1203-1206^.

Cnrarae ikjii:* le verrons dans les autres pièces de Chevreau, qui Idules renfeiinenl lies slanees. les pallies lyriques étaient fréquentes au théàliv lUins le cuiuinencement ilu svM' siècle, qui cuntinuail siuipleuiint en cela la tiadiliou du svi' siècle. C'est Uoiruu qui les avait mises à la inmle. Par un revireuienl étrange et une sévérité excessive. Curneille, après les avoir plusieurs fois employées, les a condamnées dans ses /ir/If.iiuiix xur la Irui/iidie. On ne saurait nier cependant qu'elles- rendent plus poignante l'expression de la douleur.

5i L'ECRIVAIN

C'est ici seulement qu'apparaissent avec clarté les sentiments républicains de Brute. Collatin accepte et seize vers, qui rappellent les Impré rations de Camille, terminent la pièce (loOiil.'iSO). lourde et fatigante sans cette fin vigoureuse et émue.

L'abbé d'Aiibignar, dans sa Vratiipte du théâtre ( UiCO). veut que toute tragédie ait 3 actes, de 300 vers ou un peu plus chacun, soit environ 13 à 1600 vers on tout. Au commencement de chaque acte, il faut « quel que chose d'éclatant et d'illustre, soit du côté du spectacle, soit du côté du sujet ». Chapelain voulait à son tour de o à 7 scènes par actes. He. plus, ojoutail-il, « dans le l''"' acte, les fondements de l'histoire se jettent ; dans le 2", les difficultés commencent à naitre ; dans le 3'", le trouble se renforce; dans le 4<-, les choses sont désespérées; dans le 5°, le désespoir continuant, le trouble se démêle par des voies inespérées et produit la merveille ».

La Lrtcrèee romaine de Chevreau comprend 1380 vers ainsi répartis : Acte I, 3 scènes et 284 vers; acte II, 4 scènes et 334 vers; acte III, 5 scènes et 332 vers; acte IV, 4 scènes et 304 vers; acte V, 7 scènes et 326 vers'. Au l'"^ acte, nous avons connaissance de l'amour violent de Sexte pour Lucrèce. Dès la première scène du 2*' acte, Sexie refuse à son conseiller Maxime d'écouter ses conseils et persiste dans sa passion pour Lucrèce. Celle ci, au commencement du 3" déclare au môme Maxime qu'elle continuera à chérir son mari malgré sa trahison, sans vouloir toutefois le sauver aux dépens de son honneur. Au début du 4« elle veut mourir, après avoir proclamé sa honte. Au début du 3», Tarquin, au milieu de son fastueux triomphe, reste inquiet de l'avenir. La pièce est donc bien conforme aux désirs de d'Auhignac et de Chapelain, les deux théoriciens du genre à cette époque.

r..\RACTÈRES

iMcme. le [irincipal personnage de la pièce, ne paraît qu'au 2' acte ; mais, dès la 2'' sciMio du ['"', on parle d'elle. C'est la femme chaste et fidèle à son maii. Sa beauté a frappé tout le monde et ravi Sexto, le fds de 'raripiin. Tous n'iidciil lionuiiage également à ses vertus. Craignant pour son époux le hasard des combats, clic en néglige sa personne. En vain Maxime et Sexto essayent-ils do lui faire croire à la trahison de

1. .\ii \' aitr, scriic II, il iiiaiiiiuf uu voi-s. Ir llî.'iS". par suite imiliahleiiiciit de rcrri'ur d'un oopislc dm plutùt do riuipriuii'iir. Nous aurons rdccasioii dr sifiiialcr ces lacunes dans les autres pièces de Clievceau. 11 y a niènie des vers faux par suite de la niéine cause. Tout eida prouve la iu'),"lij.'eni e (iiic lun mettait alors dans l'impression des ouvrages.

PIECES DE TIIHATRE 55

Collalin et de la porter par reconnaissance à aimer le Prince, son sauveur. Elle ne peut consentir qu'à un amour formé de respect et de crainte, tel qu'en doilcpronvcr une sujette pour le fils de son souverain. Menacée du poignard si elle pcrsisic à refuser ses faveurs, elle exprime le désordre de son ànie en vers indignés, où se mêlent les « tu » et les (( vous », les interrogations et les apostrophes.

Quel critne é|HHivaiilalilo n.sc alia(|iiei' votre àiiie? Vfnis \ivoz (Iniic (le sang aussi lileii i]ut' de Ihiiiiiiu'? Mon.sire de cruaulé, barbare, (juc fais-lu? Voudrais-lu par un crime acliclcr la \eilu ' ?

Après son infortune, elle exhale son désespoir, envoie par sa suivante une lettre à Collalin et réclame impérieusement de lui et de sou père sa vengeance avant de se tuer.

Sc.rtc nous apparaît d'abord comme un vaillant guerrier, dur pour les mutins et supportant avec peine d'obéir à son roi. Grand ami de l'action, il déteste les longs discours, du moins à ce qu'il dit, car il parle beaucoup ; mais il est bientôt et surtout amoureux de Lucrèce. En vain cherche-l il à en bannir l'image de ses yeux.

La iirière, la force, et l'amour, el les [ilcurs Xe (lonneronl jamais de lrè\c à mes douleurs. I.,a crainte que j'en ai me comble de tiisiesse; .l'aime une beaulé cbaste : en un mot, c'est Lucrèce-.

Comment est né son amour, c'est ce que Chevreau a négligé de nous dire '. Sourd aux sages conseils de Maxime, il se déclare incapable d'écouler la voix de la raison et vent même que son confident l'aide à tromper Lucrèce. Il a conscience pourtant de l'énormité de son crime et semble tout d'abord hésiter à le commettre '. Mais, emporté par la passion et exaspéré par la résistance vertueuse de Lucrèce, il la viole malgré ses cris. Son acte accompli, il ne le regrette nullement. Son unique repentir, avoue t-il :

C'est d'avilir eu de l'iieur'cl de n'en avoir idus''.

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