‹ Urbain ChevreauChapitre 98 sur 371 · Lettre XIV, p · texte numérisé non relu

Lettre XIV, p

s'adresse'. Mais on sent chez lui cette disposition vagaijonde qui devait l'entraîner, parfois malgré lui, à parcourir une partie de l'Europe et l'empêcher longtemps de se fixer d'une façon définitive à Loudun. II y revint plusieurs fois, mais ne s'y établit à demeure que dans sa vieillesse, comme nous l'avons vu.

Son cosmopolitisme apparaît encore dans le reproche qu'il fait à M- DE l'Isle Chandieu - de regretter la France en Hollande, (( le pays même de la liberté », où l'on peut employer son esprit aussi glorieusement que son courage. Pour lui, il ne sort pas de sa chambre, où son unique occupation est de rêver.

Peut-être faut-il placer à cette même époque la lettre, dans laquelle Chevreau annonce à M. de Diesbach <( enseigne dans le régiment de Molondin ' «qu'il aété prèsde mourir; qu'on lui a complètement interdit l'usage du vin, à son cruel ennui, et qu'il mourra, si son ami, dont la lettre l'a sauvé une première fois, ne se hâte d'arriver.

C'est peu après sans doute qu'il écrivit à M. Lévèque' les mots de remerciements, que nous avons déjà signalés et où il attribuait sa maladie à ses débauches.

Ces prétendues débauches avaient dû lui laisser de cuisants regrets; car, outre qu'il en parlera ailleurs, il s'entretient longuement avec M, LE B. DE S'" F., à qui il expédie cette lettre pour M. le C. de LA F. ', des désordres de sa vie, dans lesquels il a trouvé la connaissance de lui-même ; de sa faiblesse, contre laquelle il ne voit rien de plus utile qu'un cloître, où il invite son ami à venir le rejoindre. Ce qui met une ombre à sa joie, c'est qu'il « viole à une créature la foi » qu'il lui avait donnée. « Consolez donc, ajoute-t-il, cette innocente, que je crains de faire coupable. »

D'après cette lettre, Chevreau aurait mené, dans sa jeunesse, une existence peu régulière, puis, en proie au remords, aurait décidé de s'enfermer dans un monastère, abandonnant la femme à qui il avait promis de s'unir. Il est douteux qu'il ait réalisé son intention. S'il se fit moine, ce ne fut certainement pas pour longtemps, car il ne tarda guère à commencer ses longs et continuels déplacements, qui l'éloignaient, selon son désir, des lieux témoins de ses fautes et étaient

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