DÉCISION DU PAPE
Trois jours après, le 25 février 1791 (1), l'évèque élu et démissionnaire de Laval recevait la réponse du Pape.
C'était, dans la circonstance, une pièce des plus importantes, car elle donnait pour la première fois, d'une façon officielle, l'opinion du Saint-Siège sur la Constitution civile du clergé (2).
« Nous ne voyons pas de raison, disait Pie \'I, de ne pas confirmer et combler d'éloge le parti que vous avez pris dès le premier instant, de ne pas donner votre consentement, et aussi de rejeter et de repousser votre proclamation, comme contraire à toutes les formes canoniques depuis longtemps reçues et approuvées dans l'Église. Votre refus tel que vous l'avez résolu et manifesté, sera, par le fait même que vous le maintiendrez fermement et le rendrez public, la meilleure preuve de votre respect des saints canons, en môme temps qu'il fermera la porte aux difficultés futures, qui pourraient s'élever contre l'intégrité de votre foi ou contre votre fermeté. »
Puis, faisant allusion à l'intervention de Mgr de Hercé, le Souverain-Pontife s'exprimait ainsi :
« Quant aux raisons qui ont impressionné votre évèque. Nous aussi. Nous les avons pesées avec la plus grande attention, en considération de la gravité de jugement de
ment et simplement à l'évèché du département de la Mayenne auquel j'avais été nommé par les électeurs légalement réunis.
» A Dol en Bretagne, le vingt et deux février mil sept-cent qualn^vingt-onze.
» TiiouMiN DES Vaupons, prcstre. (Ibitl.) ■>
(1) Lettre de l'abbé des Vaupons à l'abbé Touchard. An(;ot, Ioc. cit. p. 58.
(2) Dilecto filio Thoumino Des Vaupons, diœcesis Dolensis vicario generali, Plus Papa VI. Romœ, 2 februarii 1791. Theineu, Affaires relig. de France, t. I, p. 25.
ce prélat, pour lequel Nous professons une fraternelle amitié (1).
» Mais, ajoutait Pie VI, Nous avons jugé devant le Seigneur et Nous vous en avertissons, que vous ne devez nullement vous départir de votre premier refus ; car Nous sommes d'avis qu'on doive préférer, à toute considération de ce genre, l'avantage qui semble devoir résulter de votre constant refus, attendu que, en présence de la licence et de la perversité extrêmes des esprits, le moindre relâchement dans la discipline deviendrait pernicieux. Il faut même espérer de la divulgation de votre décision ce bon effet que, avec l'aide de la miséricorde divine, ceux qui sont déjà disposés à défendre les saintes lois de l'Eglise, entraînés par votre réputation, persisteront dans leur juste dessein et s'y affermiront de plus en plus. Quant à ceux <jui manqueraient misérablement à leur devoir, déconcertés par l'exemple de votre refus, ils reviendront plus facilement de leur première erreur. »
La décision de Pie VI était nette. L'abbé des Vaupons n'avait qu'à se réjouir de voir sa détermination conforme aux sentiments du Chef suprême de l'Eglise. Il s'empressa de se rendre au vœu du Pape, en publiant et en répandant ce bref qui était, pour les catholiques, la ligne de conduite qu'ils devaient tenir en face de la Constitution civile du clergé.
Si la plupart des historiens catholiques ont blâmé l'attitude de Mgr de Hercé dans cette affaire, c'est qu'ils ignoraient des documents, jusqu'ici inédits, qui forment le dossier de ce point d'histoire locale.
Les intentions de Févêque de Dol étaient des plus pures.
(l) (Judd vero anlistilis tui pnimovcluit aiiimiini, ici Nos (|Uoque, pro gravi ipsius antistitis judicio, (|iiciii fialcnia i.aiilate prosequimur, serio mento rovolvimus.
SAGESSE DE l'ÉYÈQUE DE DOL 271
En exhortant l'abbé des Vaupons, prêtre vertueux et savant, à accepter l'évèché de Laval, il agissait d'après la connaissance qu'il avait des propositions du cardinal de Bernis au Pape pour l'approbation de ce nouvel évêché. Mais il sut retenir Tévêque élu auprès de lui, lui suggérant les moyens de temporiser avec les administrateurs de la Mayenne, jusqu'à ce qu'il connût d'une façon quasi-officielle que les propositions du cardinal de Bernis étaient rejetées à Rome. On va voir d'ailleurs que, comme nous l'avons déjà dit, ce même jour, 25 janvier 1791, où l'abbé des Vaupons, après avoir dissimulé les vraies raisons de sa temporisation, déclarait franchement qu'il n'accepterait pas avant l'approbation du Pape, Mgr de Hercé prenait lui-même la plume pour protester, au nom de la discipline ecclésiastique, contre la suppression de son siège.