‹ Urbain de HercéChapitre 142 sur 196 · BREF DU PAPE A MGR DE HERGÉ · texte numérisé non relu

BREF DU PAPE A MGR DE HERGÉ

France, écrite de Rome, le 31 juillet 1793, il les prémunit contre l'imposteur (1). Mais les chefs vendéens n'eurent que tardivement connaissance de la lettre pontificale et de l'imposture de Guillot de Folleville. Le fauxévèque d'Agra accompagnait l'armée catholique et royale, lorsqu'elle sempara de Dol, au commencement de novembre 1793.

C'est cette circonstance qui encourageait Mgr de Hercé à rejoindre l'armée, projet, avons-nous dit, vivement appuyé par les évêques de Bayeux et de Tréguier, réfugiés à Jersey, et par le marquis du Dresnay.

Mgr de Hercé écrivit donc, le 28 novembre, au nonce des pays rhénans, pour lui dénoncer la situation, lui faire part de son dessein et le prier de solliciter pour lui, auprès de Pie YI, les pouvoirs particuliers qui lui seraient nécessaires. Quelques jours plus tard, le marquis du Dresnay s'adressait lui aussi au même nonce, pour le presser, dans l'intérêt de la religion, d'accorder à l'évêque de Dol le titre et les pouvoirs de Vicaire Apostolique (2).

A la date du 25 janvier 1794, le Saint-Père répondait à Mgr de Hercé par la lettre suivante, que le zélé prélat ne dut recevoir qu'environ un mois après, vers la fin de février (3) :

« Au vénérable frère Urbain^ évêque de Dol, Pie VI, Pape.

') Rome, 25 janvier 1794.

» Vénérable frère, salut et bénédiction apostolique. Par

(1) Dilectis /iliis iiostris S. li.E. Cardinalibuset ven. Fratribus Archiep. et Episcop., et dilcctis fdiis capitiilù, cicro et populo regni Galliarum, Plus Papa VI. Romœ, 31 Jnlii f79H. Tufaker, Affaires reliy . de France, t. I, p. 191.

(2j 11 est fail aieiiliuii dv. ces deux lettres dans celle de Pie VI à Mgr de Hercé, datée de Rome, le 2:> janvier 1794, dont on parlera à l'instant.

(3j Voir le texte latin aux Piiîcës .lusTrKiCATiVES, n» IX.

356 URBAIN UE HERCK

VOS lettres au vénérable frère l'archevêque de Damiette, Notre uonce aux pays rhénans, en date du 28 novembre dernier, et par celles de Notre cher llls le marqms du Dresnay au même nonce, en date du 21 décembre de 1 au passé, lettres qui Nous ont été commumquées par Notr.. nonce avec nu grand éloge de leurs auteurs. Nous avons appris, avec un grand contentement, que le marquis <lu Dresnay avait été choisi pour chef des armées cathoUques et royales et pour exercer toute l'autorité nécessaire au rétablissement de l'ordre et de l'antique constitution delà

province de Bretagne.

)> Notre joie a été dautant plus grande que, par ces lettres, Nous avons vu clairement que le cher marqms, en acceptant cette lourde et difficile mission, avait juge qu il était de son devoir de mettre en jeu tous ses elforts pour rétablir la base et le fondement du pouvoir, c est-a-dire, la relio-ion catholique. A cette lin, il a considéré et apprécie les Très graves détriments qui, jusqu'ici, ont été portes et qui, chaque jour encore, sont portés àl'armée catholique et royale par Guillot de Folleville, curé de Dol, alors qu il a osé usurper le titre et l'autorité d'évèque d'Agra et de Vicaire ApostoUque, et alors quil a continué d'exercer, sans pouvoirs, ces deux charges, après Notre Bref du 31 jmllet 1793 par lequelle Nous avertissions les éveques et les lidèles de se mettre en garde contre les fraudes de ce curé, et que Nous lui ordonnions, à lui-même, de se dépouiller sans délai de cette double dignité audacieusement usurpée. En considération de ces dangers que lui exposèrent les prélats français résidant dans l'île de Jersey, le marquis déclare franchement qu'il mettra complètement fm à cette sacrilège usurpation. Aussi, ne doutant pas que ce Guillot, né dans le diocèse de Dol et recteur de 1 une des paroisses de cette ville, ne prenne la fuite aussitôt qu'il apercevrait son légitime pasteur, le marqms du Dresnay vous a conseillé de l'accompagner en Bretagne.

lUlEK DU PAPE A MGR DE IIEHCÉ 357

» Votre zèle pour la religion vous a fait vous rendre à son désir avec un tel empressement que, faisant abstraction de toute difficulté, vous vous êtes mis aussitôt en œuvre avec le marquis. Cependant, comme celui-ci, vous présagez que les troupes catholiques et royales ne demeureront pas toujours dans votre diocèse, où, comme pasteur légitime, vous jouissez de la juridiction spirituelle ; mais qu'elles passeront sans peine dans d'autres diocèses de Bretagne ou d'autres provinces, dans lesquels vous n'avez aucune juridiction, et d'où vous ne pourriez facilement, au besoin, recourir au Saint-Siège. C'est pourquoi, afin de favoriser l'action religieuse, le marquis et vousmême Nous demandez qu'on vous accorde toutes les facultés qu'on a coutume d'attribuer aux Vicaires Apostoliques, de telle sorte que vous puissiez remplir, avec un grand profit, un ministère légitime et auprès des soldats, et auprès des iidèles de ces diocèses et de ces provinces, dans lesquels les troupes doivent se rendre.

» Nous ne pouvons trop louer votre zèle et votre dévouement à l'un et à l'autre ; vos requêtes Nous paraissent conformes à la déclaration que Nous avons adressée à tous les évêques de France par Notre bref du 31 juillet, où Nous disions : « Si la persécution des méchants en arrivait » à rendre vos charges vaines et inutiles et à priver » quelque contrée de son légitime supérieur ecclésiastique, » qu'ils s'adressent au Siège apostolique, ceux qui, avec » tant de mérite, se font gloire de défendre la cause du » sacerdoce ; et Nous Nous empresserons de répondre à » votre appel, jusqu'à ce qu'il vous soit possible de gou- » verner et d'administrer vos diocèses. »

» C'est pourquoi, convaincu de la nécessité des pouvoirs demandés, et voulant respecter les droits des autres confrères. Nous estimons opportun de distinguer les troupes catholiques, des peuples des diocèses étrangers où ces troupes se rendront. Pour ce qui est de ces fidèles qui se

358 URBAIN DE HERGK

sont enrôlés ou s'enrôleront dans l'armée, suivant en cela la coutume établie dans les royaumes catholiques, Nous vous choisissons et Nous vous nommons Ordinaire de toute l'armée, comme Grand- Aumônier, de telle sorte que vous puissiez, soit pas vous-même, soit par d'autres ministres délégués par vous, exercer la juridiction sur tous les fidèles de cette armée, dans quelque diocèse qu'ils se trouvent, avec tous les pouvoirs qui furent concédés au Grand-Aumônier du roi des Deux-Siciles, pour les troupes en campagne, par la Constitution Convenit de Benoît XIV, d'heureuse mémoire, en date du P"" des nones de juillet 1741, et, de son propre mouvement, le IV des ides de novembre de la même année, dont vous recevrez un exemplaire avec ces lettres. De même, vous pourrez en tout lieu exercer, envers ces fidèles, les pouvoirs extraordinaires octroyés à vous et aux autres évêques français par les induits du 19 mars et du 13 juin 1792, également joints à ces lettres.

» Quant aux autres fidèles des diocèses étrangers, auxquels l'armée se mêlera. Nous vous accordons par Notre autorité apostolique, la faculté de pourvoir au bien spirituel de ces fidèles, d'après les termes des induits ci-dessus, à condition toutefois qu'il manque dans ces diocèses de légitime supérieur ecclésiastique ; de telle sorte que si, au moment de l'arrivée de l'armiée, se trouvait ou arrivait sur les entrefaites le propre Ordinaire du lieu ou un autre ecclésiastique légitimement délégué soit par l'Ordinaire lui-même, soit par le métropolitain, ou par le Siège apostolique, vous devriez vous abstenir de toute juridiction, lui laissant à lui-même le libre exercice de cette juridiction, qu'elle soit ordinaire ou déléguée.

» Nous déclarons aussi que votre titre d'Ordinaire de toute l'armée, aussi bien que l'usage des pouvoirs extraordinaires dans les diocèses étrangers, privés de leur légitime pasteur, ne valent que pour une seule année, si

Page 1