VICAIRE APOSTOLIQUE ET OHAND-AUMÔNIER
toutefois la persécution dure aussi longtemps, et que le Siège apostolique n'y pourvoie autrement.
)) Que Dieu, dont la miséricorde est incommensurable et la bonté infinie, vous favorise : qu'un heureux dénouement réponde à vos vœux et à ceux du marquis du Dresnay, spécialement le rétablissement de la religion catholique dans le royaume de France, comme Nous en avons la pleine confiance, puisque l'un et l'autre vous déclarez hautement que vous n'omettrez jamais l'occasion d'évoquer pour votre glorieuse entreprise la bénédiction céleste. Pour qu'il en soit ainsi. Nous adressons Nos prières au Dieu très bon et très grand, et en attendant Nous vous accordons très affectueusement, à vous, au marquis du Dresnay et à tous les fidèles de la Bretagne, la bénédiction apostolique.
» Donné à Rome, le 25^ jour de janvier 1794, en la 20" année de Notre pontificat. »
Lorsque Mgr de Hercé reçut cette lettre, qui lui octroyait les pouvoirs de Vicaire Apostolique et de Grand- Aumônier de l'armée catholique et royale, d'importants événements s'étaient passés, qui avaient tout modifié.
Le gouvernement anglais, après avoir promis de débarquer les Emigrés réfugiés à Jersey, de façon à pouvoir se joindre aux Vendéens victorieux qui étaient peu éloignésdes côtes bretonnes et normandes, avait, comme toujours, manqué à ses promesses (1). A Dol, les chefs vendéens avaient été mis au courant de la véritable situation de Guillot de Folleville, dénoncé comme imposteur par le Pape. Dans un premier mouvement d'indignation, ils
(1) Voir MARorisK dk i,\ HociiEiAniKLEiN, Mciiioivrs, 2' i'(lil..(i815), 1. Il, pp. 49-51.
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avaient pensé à fusiller le faux évèque d'Agru ; puis ils s'étaient contentés de lui interdire les fonctions ecclésiastiques et de le faire surveiller. Après la désastreuse bataille du Mans, Guillot, errant aux environs d'Angers, avait été pris par les républicains et guillotiné dans cette ville, le G janvier 1794 (1).
La situation même des Emigrés avait subi bien des changements dans les îles de la Manche. La préparation de l'expédition, manquée par la mauvaise volonté du gouvernement anglais, avait été dénoncée au ministre de la guerre de France. Un espion, venant de Jersey, avait, en elfet, rapporté qu'il se trouvait, dans cette ile et dans celle de Guernesey, huit mille hommes de troupes anglaises et quatre mille Emigrés, commandés par La Rochefoucauld, soixante vaisseaux de transport et six frégates, réunis pour effectuer une descente sur les côtes, au cas où les Vendéens auraient pénétré à Granville ou à Cancale (2).
L'armée vendéenne n'étant plus à craindre, le Comité de Salut public avait conçu le plan gigantesque d'un débarquement, à Jersey et à Guernesey, de vingt mille hommes, pour y détruire cette armée menaçante. Le ministre de la guerre prévint de ce projet le général Rossignol, commandant en chef de l'armée des Côtes de Brest, et bientôt les vingt mille hommes campèrent dans les environs de Saint-Malo (3).
Malgré le « grand secret » recommandé par le ministre de la guerre sur cette expédition, le gouAernement anglais
(t)MANKi, Becherches manuscrites {\rch. municip.de S.vint-Malo) ; — Jugement de la commission milit. établie près Varmée de rOuest, etc., placard impiiiur. iArch. .nation., AA. 42.)
(2) Lettre du clielde brigade Cadeuc, cominandaut à Saint-Malo, au ministre de la irucrre, 7 janvier 1794. (.\kgh. de la guerre : Côtes fie Brest.)
(3) LetliT du uiiiiislic de la yuerre au général Uossignol, "» février 1794, et diverses autres lettres. (Arcm. de la c.uerre : Côtes de Brest, rartons de février-mars 1794.)
PROTESTATION CONTRE l'aRMEMEXT DES PRETRES 361
en fut îuissitôt prévenu, c'est-à-dire, dès le mois de février 1794.
A Jersey, ou compléta aussitôt l'armement des Émigrés pour qu'ils prissent part à la défense de l'île. Des protestants sectaires firent courir sournoisement le bruit qu'on allait également armer les prêtres catholiques. Cette opinion prit bientôt une telle consistance, que les États de Jersey voulurent enrégimenter les ecclésiastiques. Le l*"" mai 1794, Mgr de Hercé et ses collègues de Bayeux et de Tréguier durent adresser à lord Beleare, gouverneur de l'ile, un mémoire pour lui exposer les raisons d'autorité et de convenance qui empêcheraient les prêtres réfugiés de se soumettre à cet ordre.
« C'est une loi de discipline générale dans l'Eglise, disaient-ils, — et sur ce point, comme en matière de dogme, nous la croyons assistée de l'Esprit-Saint, — que le clergé séculier et régulier ne peut prendre parti dans la milice. C'est la disposition du septième canon du Concile de Calcédoine, en 451... S'il y avoit une circonstance où l'on put s'écarter de cette loi générale, ce seroit sans contredit celle où M. le commandant représente l'île de Jersey, et pour les motifs <|u'il expose avec un intérêt si vif et si touchant; mais cette circonstance, si fâcheuse qu'elle est, n'est pas encore si pressante que celle où se trouve une ville assiégée : et, dans cette supposition, l'Eglise est si jalouse de la sainteté des fonctions de ses ministres, elle a tant d'horreur de l'effusion du sang humain, qu'elle ne leur permet pas de combattre. » Et les prélats appuyaient cette proposition sur des décisions du III" Concile de Latran et du (Concile de Londres, tenu en 1268.
D'ailleurs, s'ils prenaient les armes, leur conduite servirait d'excuse aux prêtres jureurs qui, après avoir quitté les livrées de Jésus-Christ, ont revêtu l'uniforme national, mettant ainsi le comble à leurs scandales. La haine des révolutionnaires contre le clergé « en est venue au point
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que, pour nous rendre plus odieux dans l'esprit des peuples, ils ont eu l'impudence d'avancer et de répandre que plusieurs ecclésiastiques, à qui cette ile a offert une asyle, s'étaient rendus à l'armée de la Vendée, et portoient les armes contre eux. Notre armement, dans la circonstance, seroit-il bien propre à détruire et à confondre la calomnie, ou plutôt ne serviroit-elle pas à l'accréditer ? »
« On peut se distinguer en plus d'une manière, ajoutaient les évêques : s'il nous est défendu de mourir les armes à la main, il nous est très permis, et nous nous ferons gloire de montrer, que nous savons mourir victimes du zèle et de la charité. » Ils demandaient donc qu'on les employât à porter des vivres aux combattants et à soigner les malades et les blessés (1).
Devant les menaces du marquis du Dresnay de partir avec les corps d'Emigrés et de porter plainte au gouvernement anglais, les Etats de Jersey durent d'ailleurs se contenter de ces offres de service du clergé.
En attendant, le gouverneur de l'île employa un certain nombre de prêtres français à construire la redoute connue sous le nom de « Fort des Emigrés », sur la hauteur du Hoc (2).
Mais la nécessité de garantir les côtes de Brest et de Cherbourg et de réprimer les bandes de Chouans du Morbihan, des Côtes-du-Nord et de l'Ile-et-Vilaine, forcèrent le gouvernement révolutionnaire d'abandonner momentanément son projet et de répartir, sur ces divers points, les vingt mille hommes qui attendaient à Saint-Malo le moment de s'embarquer pour attaquer les lies anglaises (3).
Dès lors. Jersey n'eut plus à craindre l'invasion.
(1) Journal d'Olivier (t'Ariiens, publit'- à la lin de la Correspondance secrète de Cliarctte, Stofflet, etf., F*aris, an VII (1700).
(2) Ihid.
(3) Ministre de la (jucrre au (jéncral Rossii/nol. (Ari;h. de la (;i;krrk : Côtes de Brest, 22 mars I701-.)
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Tandis que Mgr de llercé et son frère se livraient à l'étude et aux œuvres de piété, leur neveu Jean-François profitait de sa jeunesse, de son activité et de son intelligence, pour leur procurer quelques ressources. Très familier avec le grec, le latin et l'italien, il se met à l'étude de l'anglais. Après quelques semaines passées dans une école exclusivement composée d'Anglais, il en sort possédant suffisamment la prononciation. « Il se constitue professeur de langues et surtout de français, et rencontre plus d'élèves qu'il n'en peut former. Plusieurs d'entre eux, ravis des progrès qu'ils faisaient sous son habile direction, lui donnaient des guinées pour des scliellings (i). »
Ces guinées, le jeune de Hercé les apportait avec joie à ses oncles qui, dans leur libércJité, n'en conservaient que le strict nécessaire à leur existence.
Bientôt, un nouvel Emigré vint à Jersey partager la vie austère du saint évêque de Dol et de l'abbé François : ce fut le chevalier de Hercé, leur frère, le père de Jean- François.
A la suite de la funeste campagne des Princes, en 1792, le chevalier de Hercé s'était retiré àNimègue, en Hollande. Il s'y trouva si bien, qu'il pensa à y faire venir ses frères et son fils. Il s'embarqua donc pour Jersey. Mais ses arguments en faveur de son dessein rencontrèrent des oppositions telles, qu'il se décida à se fixer lui-même dans cette île.
La joie de se retrouver fut bientôt contrariée par une grave maladie contractée par le chevalier de Hercé. Les médecins de Jersey lui recommandèrent les eaux de Bath, près de Bristol (2).
(1) .Maupoint, Vie de J.-F. de Hercé, évéque de Nanta, p. 8.
(2) Livre de famille.
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Le départ de Jersey l'ut donc résolu. Mgr de Hercé, ses frères et son neveu quittèrent cette île vers la mimai 179'i.
Hath est une des plus pittoresques et des plus intéressantes villes d'Angleterre. Située sur les bords de F Avon, du « Lower Avon w, comme on appelle cette rivière pour la distinguer des autres du même nom, cette ville, après avoii- garni le fond de la vallée, étage, au milieu d'une luxuriante verdure, jusqu'au sommet des collines, ses curieuses constructions en forme de croissant. L'air y est pur, et d'antiques bains romains y rendent la santé, comme au temps des Césars, aux rhumatisants, aux goutteux et aux paralvtiques, s'il faut en croire les guides et les prospectus. On ne peut rêver un séjour plus agréable et plus hygiénique.
C'est là que Mgr de Hercé vint s'établir avec ses frères et son neveu. Au milieu de cette cité protestante groupée autour de la grandiose église gothique de l'Abbaye, bâtie anciennement par des moines catholiques, l'évêque de Dol ne se trouva pas trop dépaysé.
Là, se trouvaient de nombreux membres de familles bretonnes émigrées, notamment des familles de Kermel, de Cleuz du (jage, de Kerouartz, de Lanascol, de la Monneraye, de Roquefeuil, de Pontcadeuc, de Chefdubois, de Querhoënt, de Benazé, de Langle, etc., ainsi que l'abbé de Chateaugiron , ancien professeur du collège de Rennes 1).
Une chapelle tatiioli(|ue, desservie par le révérend Ra-
(1) Voir dans l;i licrue de liretafjnc et Vendée (juin 1898), notre arlicle sur Les Émit/rén bretons n'-fugics à Bath, pendant la Révolution; ••(' sont dos actes de liaptèine, (jue nous avons extraits des rciîistres
(le ri'i:lisc i;ill)oli(|Me ,\r Malli.