REGARDS VERS LA FAMILLE
charité et son amabilité envers tous. Aussi de toutes parts s'étaient fait entendre des supplications en sa faveur. « Cette fille vécut toujours retirée et secourut ses concitoyens indigents autant que son peu de fortune put le lui permettre », avait attesté la municipalité de Mayenne, le 2 novembre 1794 (1).
« Elle est âgée de 71 ans, infirme et presque sans fortune, avait dit de son côté le Comité de surveillance de Mayenne, le 5 novembre (2). On croit bien qu'elle regrette l'ancien culte catholique, mais d'ailleurs on ne peut rien lui reprocher de personnel. »
Et, jusque de Dol, l'ancien intendant des Ormes, le fidèle Jean Liger, apprenant les épreuves où se trouvait la sœur du saint évêque, sa bienfaitrice, s'était empressé d'attester que Charlotte de Hercé avait versé entre ses mains sa contribution patriotique en 1790 (3).
Le Comité de sûreté générale de la Convention devait céder et faire ouvrir les portes de la prison de Chartres devant la vénérable Charlotte de Hercé (4). Quoique l'arrêté fût du 8 décembre 1 794, la municipalité de Chartres ne lui délivra son laisser-passer que le 9 février 1795 (5). Sa belle-sœur, la femme du chevalier de Hercé, avait été mise en liberté dès le 22 novembre 1794 (6).
Pendant que ces malheureuses femmes expiaient en prison leur crime de parenté à des prêtres déportés et à un Emigré, on avait amené, le 29 juin 1794, devant le Comité révolutionnaire de Mayenne, un enfant de 16 ans qui disait se nommer « Louis Hercé ». C'était le jeune fils
(1) Extrait du registre des délibrrat. de la commune de Mayenne, 12 bi'umaire an III. (Arch. de l'hôtel de Hercé.)
(2) En original dans les Arch. de l'hôtel de Hercé.
(3) Ibid.
(4) Arrêté du 18 frimaire an III; copie conforme. Ibid. (r.) Ibid.
(«) Arrêté du Comité révolut. de Cliartres, 2 frimaire an III. (Ibid.)
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du chevalier de Hercé, le frère de Jean-François, qu'on avait caché sans doute au moment de l'arrestation de sa mère et de sa tante. Une brave femme de Nuillé-sur- Ouette, près Laval, l'avait pris chez elle et l'avait fait passer pour son fds. Comme enfant d'Émigré, c'était la détention qui l'attendait. Mais un habitant de Mayenne, M. Tripied de La Grange, sous prétexte que la santé du jeune Louis de Hercé avait besoin de soins particuliers, avait obtenu, sous sa responsabilité, de le garder chez lui. (1)
De Mayenne, les yeux gonflés de larmes des exilés do Bath se portaient sur la petite ville d'Ernée. Là, sous le nom de madame ÉHsabeth, une sœur de Mgr de Hercé, Marie-Joséphine, sa puînée d'un an, sous le voile des Dames bénédictines et hospitahères, soignait, vers la fin de 1793, les Vendéens qu'une maladie contagieuse avait empilés dans cette ville. Malgré l'abnégation de sachante, ses soins avaient-ils été plus tendres pour ces vaillants soldats de Dieu et du Roi que pour les « patriotes » ? Toujours est-il que les révolutionnaires se l'étaient imaginé et qu'ils avaient juré que cette sœur d'aristocrates et de calotins paierait de sa tète ses préférences, lorsque l'armée cathoHque et royale aurait vidé Ernée. Mais Dieu n'avait pas permis que ces impies trempassent leurs mains dans un sang si pur ; il l'avait fait mourir du mal des Vendéens.
La pensée de xMgr de Hercé et de ses frères était aussi portée vers Toulouse, où leur frère, Dom Joachim, rehgieux Feuillant, se tenait caché, et vers l'Espagne où avait été déporté Julien-César, vicaire général de Nantes (2).
La vision de la famille, dispersée et persécutée, n'était pas propre à adoucir les amertumes de l'exil. Cependant il y avait là, pour une famille chrétienne et royaliste, de quoi
(4) Arch. dép. de la Mayennk : Comité de surrcil lance de Mayenne. (2) Livre (le famille.
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relever le courage et donner de la contiance pour l'avenir : le nom de Hercé passerait sans souillure à travers ces terribles épreuves où sombraient tant de caractères.
Cependant, le plan de débarquement des Émigrés sur les côtes de l'ouest de la France, conçu et préparé d'abord par le marquis du Dresnay, venait d'être repris à Londres par le comte Joseph de Puisaye. Intrigant et ambitieux, Puisaye était parvenu à s'insinuer dans la confiance du comte d'Artois, à desservir auprès du prince l'honorable marquis du Dresnay et à se faire investir des vastes pouvoirs dont celui-ci avait été revêtu par une juste confiance, à l'applaudissement de tous. D'ailleurs, le passé et les sentiments constitutionnels de Puisaye, ainsi que sa folle conliance dans le ministère anglais présidé par le fourbe Pitt, le mettaient en suspicion auprès d'un grand nombre d'Émigrés (1).
Soit pour éviter toute discussion désagréable, soit pour toute autre cause, le comte de Puisaye vivait presqu'ignoré à Londres, sous le pseudonyme de marquis de Ménilles, et en rapports suivis avec les ministres anglais. Mais il sentait que, dans son intérêt, comme dans celui du plan qu'il méditait, il fallait auprès de lui un homme dont le caractère en imposât à tous et dont la sympathie universelle put rejaillir sur lui-même. Un ecclésiastique de haute vertu pouvait seul jouer ce rôle.
L'influence de Mgr de La Marche, évêque de Saint-Polde-Léon, était considérable à Londres auprès des Émigrés
(1) Voir nolrevoinme sur V Expédition des Éinigréa àQuiberon, Paris, L.imiille (>l Poisson, 1899. Pour ce qui concerne cette expédition et ses suites, nous ne ferons d'ailleurs que résumer ce travail, tout en y ajoutant de nombreux renseignements inédits sur le rôle de Mgr de llercé; pour ceux-ci seulement nous indiquerons les sources.
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tant ecclésiastiques que laïques. Grâce à une grande activité, il avait organisé de nombreux comités de secours. Mais Févêque de Saint-Pol, royaliste intransigeant, ne semble pas avoir eu grande sympathie pour Puisaye, et celui-ci, se rendant compte de cette antipathie, considéntit, ainsi que quelques autres, le vaillant prélat comme le chef d'une coterie.
Ce n'est pas de ce côté que le général royaliste pouvait penser trouver de l'aide.
D'ailleurs, lévcque cherché était tout désigné, désigné par le Pape lui-même comme Grand- Aumônier de l'armée et Vicaire Apostolique : c'était Mgr de Hercé. Le choix était encore indiqué par le Comité central de l'armée catholique et royale du Morbihan qui, le 22 décembre 1794, réclamait à Puisaye un prince de sang français, son prompt retour à la tête d'une armée d'Emigrés, et « la présence de monsieur le Vicaire apostolique au milieu des soldats delà Religion et du Pioi », comme absolument nécessaire, attendu qu'en France il n'y avait pas un évêque (1).
Puisaye ne connaissait pas l'évêque de Dol. Il le savait très vénéré, et il n'ignorait pas que sa nomination de Vicaire Apostolique « avait reçu l'approbation générale 2) ». Le comte de Puisaye écrivit donc à Mgr de llercé, à Bath, pour lui indiquer ses projets et le prier de venir s'établir auprès de lui à Londres.
Ayant reçu une réponse favorable, le général royaliste adressa, le 24 décembre 1794, au Comité central du Morbihan, dont il était le président, le billet suivant :
« Le Vicaire Apostolique du Saint-Siège vient me trouver ici demain ; je vous enverrai une lettre pastorale de lui, vous la ferez circuler : elle vous sera portée par des
(1) PuisAVK : Mémoires, t. iV, p. 11)8.
(2) Ihid.. I. III, pp. 39S e(. 401.