A BAT II
dulphe Ains^vorth, prêtre-missionnaire de Bath, ollrait à nos compatriotes un lieu de réunion pour leurs devoirs religieux. Mgr de llercé et son frère, l'abbé François, y adressèrent maintes fois des paroles de consolation aux malheureux exilés. Le 30 mai 1794, Tévèque de Dol y prononça un discours touchant sur les vertus de la pieuse sœur (le Louis XYl, Madame Elisabeth, que les révolutionnaires avaient fait monter sur la guillotine, vingt jours auparavant. Le prélat en profita pour faire Téloge du roi Georges (T Angleterre qui, personnellement, s'était montré si sympathique aux Emigrés français (1).
A Bath, comme à Jersey, «tout occupés des vertus ecclésiastiques, mes oncles, — disait plus tard Jean-François de Hercé (2), — donnoient tout leur tems à la prière et à l'étude, puisque leur troisième occupation, celle delà bienfaisance, leur étoit refusée par l'état de pauvreté où l'Émigration nous réduisait ».
Seul^ le jeune Jean-François put apporter quelque aise dans le réduit où vivaient les de Hercé, par les leçons de langues mortes et vivantes qu'il continua de donner avec succès dans la ville de Bath.
Dans leurs réunions intimes, Mgr de tiercé, l'abbé François, le chevalier de Hercé et son lîls, ne pouvaient avoir qu'une conversation, roulant sur le pays natal où avaient été laissés les êtres chers à leurs cœurs.
Les nouvelles de France étaient toujours mauvaises ; le sang y coulait à Ilot, et heureux étaient ceux qui échappaient au couperet de la guillotine par une dure détention. Il suffisait d'être parent d'Emigré pour subir les rigueurs du régime tyrannique. C'était le cas de madame de Hercé,
(1) Papiez's trouvés d;ius le [)orlel'euille de Mgr de Hercé à Quiberon. (Ann.vlks dk la IlEi.ie.io.x, n° du 17 octobre IT'.ty); — Vie ins. en espagnol.
(2) Lettre de .1.-1". de Hercé, évèque de Nantes, à M. ToussainL flaulier, de Dol, 12 juin 1848. (Arch. person.)
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femme du chevalier et mère de Jean-François, et de la bonne Charlotte de Hercé, qui demeuraient ensemble à Mayenne.
Les scellés avaient été mis sur les meubles et sur le domicile du chevalier. Madame de Hercé, pour conserver son bien à ses enfants, avait eu l'idée de faire prononcer sa séparation de corps d'avec son mari, et, munie de cette pièce, elle avait voulu faire constater que, par son mariage, elle était propriétaire de l'immeuble (1\ Mais le directoire du district de Mayenne avait confisqué cette maison pour la nation et l'avait convertie en bibliothèque publique (2). Le mobilier qui appartenait à MgT de Hercé avait été mis aux enchères. Estimé à vil prix, les enchérisseurs l'avaient fait monter à sa véritable valeur. Le lit à quenouilles, avec rideaux de camelot bleu et blanc, du vénérable évèque de Dol, estimé 40 livres, avait été vendu 300 livres ; sa commode, de 25 livres avait monté à L52, et son secrétaire, (le 24 livres à 137(3).
Lorsque cette vente avait eu lieu, la femme du chevalier de Hercé et Charlotte de Hercé étaient incarcérées dans la maison d'arrêt de Mayenne, depuis le 18 septembre 1793, avec quelques autres membres de leur famille, comme parentes d'Emig-rés. Les Vendéens ayant peu après envahi la Maj'^enne, Charlotte et sa belle-sœur, ainsi que Jean Foucault, portier de l'évêque de Dol et suspect comme tel, avaient été transférés dans les prisons de Chartres (4).
Que pouvait-on reprocher à la « bonne Charlotte » ? D'être « sœur d'un prêtre déporté et d'un émigré ». C'était là tout son crime. Elle était généralement réputée pour sa
(1) Arch. DKP.vRi. DE LA iMayenne. Domaiiics liatiou., (J. W. (■l)lbid. Q. 1^2, 28 messidor an ll(16juillrt 1794).
(3) Arcm . i»i; GREi-FE DE Mayenne, Il ventôse an II, 1*^' niais 1794.)
(4) Argh. déi». DE LA Mayenne : fiey. du Coinitc de surveillance de Mayenne.