GÉNÉROSITÉ POUR SA VILLE ÉPISGOPALE
Dol n'était pas riche ; au dire de l'Intendant de Bretagne, elle était « la plus pauvre de toutes les villes de province (1) » ; ses dépenses dépassaient généralement d'environ 2,000 livres ses recettes (2). Aussi Mgr de Hercé cherchait-il toutes les occasions d'améliorer son budget.
Le comte de Dol avait des droits sur les portes et les murs de la ville. Mgr de Hercé se désista durant tout son épiscopat d'une rente due par la commune sur un éperon, transformé en place (3). Il lui abandonna l'adjudication des portes et d'une partie des murs ; et, à cette occasion, les administrateurs vantaient à l'Intendant de Bretagne « ses bontés et sa charité » envers la ville dont il se plaisait à soulager la pauvreté (4). Une autre fois, ce fut à ses frais, pour éviter des dépenses à la ville, qu'il lit abattre certaines parties des murs en ruine (5).
Sachant l'empressement de l'évèque à rendre service et sa haute influence, c'est par son entremise que la municipalité doloise adressait ses requêtes au Gouverneur et à l'Intendant de la Province (6), et, dans ces cas, la cause était gagnée d'avance.
Les habitants avaient eux-mêmes recours à sa sagesse et à son intervention dans leurs conflits avec les administrateurs de la commune.
En 1781, la ville de Dol était administrée par un maire qui avait acheté 2,400 livres cet office. En quelques mois, ce maire jeta le trouble dans la ville et souleva contre lui
(1) Lettre du 8 juin 1784. (Arch. dkpapt. d'Ille-et-Vil. : C. 362.)
(2) Comptes de la miserie de Dol, 1767. (Arch. départ. d'1lle-et- ViL. : C. 339.)
(3) Arch. municip. de Dol: Reg. des délibérations, 6 mai 1769.
(4) Arch. dép. d'Ille-et-Vil. : C. 362 : Mémoire de la communauté de Dol.
(5) Ibid. G. 358.
(6) Arch. municip. de Dol : Reg. des délibérations, 24 nov. 1770 ; — Arch. départ. d'Ille-et-Vil. : C. 362.
toute la population, en portant de fausses accusations contre certains édiles. On s'adressa à Mgr de Hercé qui, jugeant fondées les plaintes des habitants, écrivit à Tlntendant une lettre des plus énergiques contre le magistrat accusateur.
(( Ce qu'il y a de certain, disait l'évêque, c'est qu'il est lui-même un brouillon, sans esprit et sans jugement, qui a mis le trouble dans la ville, et qui a soulevé la meilleure et la plus saine partie des habitans, au point qu'ils sont venus me demander en grâce de vouloir bien favoriser le projet qu'ils ont formé, sous votre bon plaisir, de racheter l'office de maire pour rétablir la paix dans la ville qui n'y régnera jamais, tant que cet homme occupera cette place... Il a trouvé le moyen, en trois mois, de soulever tout le monde contre lui, et a prouvé par là combien il était peu propre à cette place qui, toute petite qu'elle est, demande quelques talens et surtout de la sagesse et de la modération dans la conduite des affaires. »
Gomme toujours, la requête de l'évêque de Dol fut favorablement entendue, et les Dolois eurent gain de cause contre le maire brouillon qu'ils remboursèrent par cotisations de son office et remplacèrent par un homme de leur •choix (1).
Mgr de Hercé contribua beaucoup, et toujours à ses frais, à l'embellissement de sa ville épiscopale, notamment en rectifiant et en bordant de maisons de belle apparence, la rue dite du Moulin de V Archevêque, que, en reconjiaissance, les habitants dénommèrent dès lors Rue de Hercé (2j.
(1) Arc[{. dép. l'Ille-£t-Vil. : G. 356.
(2) Ibid. C. 362. Celte rue a repris le nom de « rue du Moulin », qui n'a plus de sens, le« moulin de l'archevêque » ayant été détruit <'n 1785. Il est à désirer que la reconnaissance, qui ne doit pas avoir de terme, rende à cette rue le nom de l'insigne bienfaiteur de \)i)\ ol (Ir's Dolois.
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Le zélé prélat s'étudia aussi à donner à la ville de Dol un air plus salubre par le dessèchement des marais dont les miasmes répandaient dans tout le pays les germes de mauvaises fièvres. Il affeagea, en 1773, au marquis de la Muzanchère, puis, en 1785, au sieur Graslin, négociant de Nantes, la portion des marais de Dol appelée « les communs des grandes et des petites Bruyères », qu'il possédait comme évêque et comte de Dol. Le sieur Graslin remplit avec succès les souhaits de Mgr de Hercé. Il dessécha ces marais et, par ce fait, procura aux habitants de Dol la salubrité de Tair, et à l'agriculture de vastes champs d'abondance (1).
Tant de bienfaits rendirent Mgr de Hercé le personnage le plus populaire et en même temps le plus vénéré de la ville et du diocèse de Dol. Sa réputation, faite de piété, d'intelligence, de charité, de droiture de cœur et d'esprit et surtout d'extrême bonté, n'était pas bornée aux étroites limites de son petit évèché ; elle remplissait toute la Bretagne et son écho s'étendit jusqu'aux limites de la France même. Nous allons avoir l'occasion de le constater.
(1) Aiu:n. DKi'. d"Ille-kt-Vil. : C 1919.