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Urbains et ruraux

Oui, volontiers, aujourd'hui, je Je confesse à tous ceux qui s'enquéraient hier encore auprès de moi des motifs pour lesquels je me suis déterminé plus d'une fois à confier à l'un de mes aînés ou bien de mes cadets le soin de discourir sur mes travaux et jamais à tel ou tel de mes confrères avec qui je débutai voici déjà quelque trente années en une feuille de chou : Qu'ils manient le burin ou l'ébauchoir, la plume ou le pinceau, les artistes, en général, ne me paraissent pas aptes à juger sainement l'œuvre de leurs camarades d'apprentissage;

ils y mettraient trop de mollesse ou de jactance et pas asse% de loyauté. Les vétérans, au contraire, et les pupilles aussi me semblent plus propres à remplir cet office, et la raison m'en paraît fort simple. Aucun de ceux-ci ne s'aviserait, en effet, de ravaler à plaisir qui l'aurait chargé de le gloser et nul de ceux-là ne redouterait qu'on ne le rangeât pas au-dessus de celui qu'il prône ou protège, en sorte qu'en pareil cas, ils s'exprimeraient les uns ou les autres sans parti pris et sans amertume, en toute sincérité, ce dont beaucoup d'auteurs, et je suis de ce nombre, doivent se montrer jaloux. A quoi bon ergoter davantage à ce sujet ? On m'a compris sans cloute à demi-mot et je présume qu'on m'approuvera. Quoi qu'il en puisse être, il me souviendra toujours des lignes qu'écrivirent spontanément sur moi plusieurs de mes illustres devanciers : Charles Baudelaire, Jules Barbey d'Aurevilly, Louis Veuillot, autant que de celles dont je suggérai l'idée à certains de mes compagnons d'armes, tous beaucoup plus jeunes que je ne l'étais alors : Hector France, Edmond Picard,

Camille Lemonnier, Chvis Hugues, Jean Bernard, Camille Delthil, Emile Michèle! et tant d'autres, ayant non moins de modestie que de fierté, parmi lesquels Maurice Talmeyr qui, s'il n'a point tenu tout ce qu'il promit, donnera beaucoup plus encore à bref délai.

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