‹ Utilisation des algues marinesChapitre 36 sur 93 · SE ESS EE · texte numérisé non relu

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chimiques tiennent à l'espèce de la plante et non à la profondeur à laquelle elle vit. On ne perdra pas de vue, dans l'appréciation d’un pourcentage total, que le stipe du L. flexieaulis est relativement peu développé par rapport à La lame, à l'inverse du L. Cloustonu.

La côte S.-W. (A yrshire) est très favorablement exposée pour la récolle du goémon, aussi l’utilise-t-on large— ment et son action est particulièrement appréciée sur les terres légères. Dans les points de la côte où le goémon épave arrive en énorme quantité, les riverains le préférent au goémon de coupe, lequel, disait-on à Hexprick, vaut à peine le travail qu'il nécessiterait, même là où sa cueillette s'effectuerait sans difficulté. Le goémon de coupe est, au contraire, très apprécié en d’autres endroits de la côte et certains agriculteurs le préfèrent, à poids égal, au goémon épave. Bien que j'ignore tout de l'Ayrshire, cette divergence, à moins qu'elle résulte simplement de préjugés, pourrait, 11 me semble et sauf erreur, s'expliquer ainsi : le goémon épave, s'il est riche en Laminaires, contient plus de potasse que les Fucus coupés : dans les endroits où la mer le rejette en abondance, il arrive directement à la côte et en bon état, contient toute sa potasse et son action fertilisante est plus efficace. Dans les endroits où 1l est peu abondant, sa récolte est incertaine au moment du besoin, et il échoue probablement après avoir été brassé, déchiqueté, dépouillé d’une partie de ses sels ; par suite, le goémon de coupe devient préférable, car sa récolte et son emploi sont moins aléatoires.

Sur la côte N.-E. d'Ecosse (Kincardineshire et Aberdeenshire), moins pourvue de goémon épave, son emploi se maintient là où il arrive en abondance. Ailleurs, son utilisation diminue progressivement depuis une trentaine

d'années ; Hexpricx en donne les raisons suivantes : facilité de se procurer des engrais chimiques, répugnance des

valets de ferme pour le travail fatiguant de la récolte du

goémon épave, nature du pays où dominent Îles terrains

dérivés de roches gramitiques ou métamorphiques déjà pourvus de potasse, abondance du fumier de ferme dans la région.

D'une manière générale, et en chiffres ronds, le goémon frais analysé par J. Hevpricx fournit en moyenne, outre des sulfates, de la chaux, de la magnésie : 0,5 °/ d'azote, un peu plus de 1 °/, de potasse et moins de 6,1 °/, d'acide

phosphorique. Il contient donc les diverses substances

que les plantes extraient du sol. Hexpricx accorde au fumier de ferme la composition approximative suivante : 0,5 ‘/, d'azote, 0,6 ‘/, de potasse, 0,3 ‘/, d'acide phosphorique. Le goémon fournirait donc au sol la même quantité d'azote, notablement plus de potasse et moins d'acide phosphorique, la proportion de celui-ci étant mème insuflisante. L'azote du goémon est surtout à l'état d’atbuminoïdes que la nitrification devra transformer ; néanmoins, la totalité de l’azote des Algues est plus rapidement assimilable que la totalité de l'azote du fumier. Le goémon serait donc avantageux pour les sols déficitaires en potasse ou pour les récoltes qui en réclament particuhèrement, comme les pommes de terre ou le trèfle. Hexpricx a entrepris, chez des amis, et non dans des terrains vierges, des expériences comparatives sur les pommes de terre hâtives cultivées sur la côte S. W. d'Ecosse, bien que, dit-1l, les variétés tardives eussent probablement permis de faire mieux. Il a essayé divers mélanges et additions d’engrais chimiques et. si j'ai bien compris, les expériences avec le goémon épave n'ayant

pas réussi à cause de conditions météorologiques particulièrement ficheuses, les résultats suivant s'appliquent plutôt au goémon de rive frais.

Il semble que, à poids égal d'engrais, le goémon donne le même poids de récolte de pommes de terre que le fu-

mier de ferme ; l'addition de superphosphate au fumier

de ferme n’a pas augmenté la récolte, tandis que son addition au goémon, à raison de 500 kilogrammes par hectare environ, l’a notablement accrue. Toutefois, la qualité, d’ailleurs moins facile à apprécier que la quantité, était meilleure avec le fumier de ferme qu'avec le goémon.

Le Leaflet, n° 254, édité en 1911 et révisé en 1918 par le Board of Agricullure and Fisheries, engage les agriculteurs britanniques à utiliser le goémon, particulièrement dans les terres légères, et à le mélanger, d'après le principe énoncé par Hexprrok, avec des superphosphates ou des scories, ce qui, comme on l’a vu, était aussi recommandé par F. Brix et qui m'a fourni de bons résultats à Roscoff. Wurezer et HarrweLz (loc. cit.), recommandaient aussi de le mélanger à de la poudre d'os ou à

un autre composé riche en phosphates. D’après le Lea/let

254, le mélange du goémon à du fumier de ferme hâterait la décomposition de celui-ci.

SaurT qui donne les résultats d'analyses d'Algues marines récoltées sur la côte atlantique du Canada! recon-

1 FT. Suvrr, — La potasse en agriculture, Ministère de l'agriculture, Fermes expérimentales, Services de la chimie, Circulaire

No =, Ottawa, 1914. Les analyses se rapportent aux Fucus furcatus .

el F, vesiculosus, Asc. nodosum, Porphyru laciniata, Laminaria longicruris, espèces qui croissent sur nos côtes, ou sont voisines des nôtres.

naît aussi leur valeur comme engrais potassique et azoté ;

on en fait d'ailleurs grand usage; elles donnent les « meilleurs résultats sur les terres franches, modérément

légères qui sont chaudes et humides, et de moins bons

résultats sur les argiles lourdes, mal draïnées et humides » ; le Re moyen d'employer l'herbe marine «est de bols directement au sol avec lequel elle s incorpore très rapidement. C'est essentiellement un engrais à action rapide ». « [Il est tout à fait inutile de la mettre en compost, mais on ne ferait pas une grande perte en l’empilant en tas avec de la tourbe ou d’autres matières végétales qui absorberaient et retiendraient les produits de décomposition, pourvu que le tout ne soit pas exposé aux pluies ». Pour obtenir un engrais complet, l’auteur canadien conseille le même mélange que les auteurs cités plus haut.

L'emploi du goémon vert, ou sec, ou plus ou moins lermenté, n'est pratique, à cause des frais de transport, qu à une petite distance de la mer; par la force des choses, il est quasi réservé aux communes riveraines. Dans certaines régions, comme à Roscoff, où la culture est intensive, on n’en à jamais assez et il atteint des prix élevés ; certains habitants de l’île de Batz, située en face et mieux placée pour recevoir le goémon épave, le récoltent journellement, en font des tas qu'après dessication ils transportent à Roscoff pour le vendre. Dans d’autres régions où la quantité de goémon échoué est considérable, la majeure partie est perdue. C’est le cas, par exemple à l'ile de Ré, dont F. Brin dit (loc. cit., p. 363):

« Diverses tentatives ont été faites pour diminuer le poids brut de ces substances et les porter plus loin ; mais les pro-

cédés employés jusqu'ici ont toujours nécessité une maind'œuvre qu'il a fallu payer et dontle montant se rapproche sensiblement du bénéfice fait sur le transport. Il n'y a donc rien de fait encore pour tendre à l’utilisation pratique des masses énormes de ces varechs qui se perdent à certains moments de l’année et qui seraient si profitables aux cultures en général et à la vigne en particulier ». Trentecinq ans avant, Isid. Pierre écrivait : € On a essayé de comprimer le goémon sous la forme de tourteaux pour le rendre plus transportable ; il peut alors constituer un engrais bien supérieur au fumier de ferme », car sa richesse en azote est plus que double‘.

Le canadien Saurr, cité plus haut, se demande aussi si le séchage des plantes marines près de l'endroit de leur récolte n’en pourrait faciliter le transport aa loin. H a eu. l’occasion d'analyser une poudre grossière, d'un vert sombre, préparée en Nouvelle-Ecosse avec du Fucus furcatus séché à une chaleur modérée, facilement applicable avec l'appareil épandeur attaché au semoir ; le séchage,

1 Ces lignes de son article goémon {loc. cit.}, paru en 1863, sont supprimées dans son article varech, paru en 187r.

Dans son article varech, il signale un autre procédé d'utilisation dù à PLacxe, pharmacien en chef de la marine, qui « consisterait à soumettre à l’action d’un courant de vapeur, à une température élevée, les varechs, préalablement desséchés et décomposés au moyen du coupe-racine, puis efblochés. Sous l'influence de ce traitement, les cellules végétales se désasrègent, et une pression énergique permet d’en séparer, à l’état de dissolution, la plus grande partie des matières salines, laissant une espèce de tourteau qui contient encore 2 °/, à 2,5 °/, de sels solubles ».

Du liquide extrait, on retirait sans doute la potasse, l’iode, etc., tandis que les tourteaux pouvaient s’expédier comme engrais.

conclut-il, n'avait pas produit de perte appréciable dans.

les éléments de fertilité.

maintes fois occupée de l’utilisation du goémon el ses. Transactions renferment de nombreux sn sur ce

« Serait-il possible, dit l'auteur en terminant, de préparer cette poudre d'herbe marine sur une échelle commerciale ? Des essais ont déjà été faits en Europe où on avait cherché à faire des herbes marines un engrais con-

centré et de manutention facile, mais jusqu'ici, dans le-

séchage et la mouture de la plante, on s'est heurté à des difficultés mécaniques et autres dépendant de la nature mucilagineuse de l'herbe marine, et la fabrication s'est faite à perte. Nous ne croyons pas, cependant, que les difficultés soient insurmontables et il serait à propos, dans. les circonstances actuelles, de faire de nouveaux essais dans cette voie. »

Toutefois, comme on le verra plus loin, d’après les.

expériences de SrewarT, 1l ne faut pas s’en rapporter

uniquement aux analyses chimiques, toujours brutales, pour apprécier la valeur fertilisante du goémon desséché ; son azote peut se nitrifier plus ou moins rapidement sui-

vant les espèces envisagées et aussi suivant la température

à laquelle la dessication a été faite.

La florissante Société écossaise d'agriculture s’est

sujet. Récemment, l’un de ses membres, M. Morratr!

rappelait l'énorme consommation de potasse allemande qui se faisait en Ecosse où l’on en répand, à terrain égal,

1Morrarr. — Seaweed as a source of potash for agriculture, Tran--

sactions of the Highland and agricultural Society of Scotland, Edim-

bourg, 1919.

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rh/ UTILISATION AGRICOLE DU GOÉMON

quatre fois plus qu’en Angleterre ; pour remédier à la pé-

nurie de cet engrais pendant la guerre, il proposait une

exploitation intensive du goémon de fond. L'auteur passe en revue les diverses manières dont on pourrait l'utiliser :

à l’état frais, mais son transport dans l'intérieur des terres serait trop coûteux ; à l’état sec, mais cela de-

mande trop de main d'œuvre ; brülé, suivant le procédé …

des soudiers, mais cela entraîne une perte de substance et une difficile utilisation ; à l'état de charbon de distilla- Hon, suivant le procédé Sraxrorp, mais cela entraîne trop de dépenses d'installation, et l’auteur donne la préférence à la production des cendres, faciles à transporter et à répandre.

D'ailleurs, l’idée d’en faire des cendres est loin d'être nouvelle. Dans nos îles de Bretagne (Batz, ‘Molène, Ouessant, Sein), où le bois est rare, les stipes de Lam. Cloustonu, rejetés en abondance considérable après les tempêtes, sont gardés pour l'hiver après avoir séché longtemps à l’air; ils concourent au chauffage des maisons et à la cuisson des aliments pour les hommes et pour les beslaux. Les cendres rassemblées et mises en sac sont transportées sur les champs, ou vendues sur le continent.

Sraxrorp contait en 1862 (loc. cil.), que les habitants des chaumières construites près du rivage, aux iles de Jersey et de Guernesey, récoltent toute l'année le goémon épave et, après l'avoir séché sur la grève, le brülent lentement dans la cheminée de leur habitation, sans que le feu, constamment entretenu par un nouvel apport de yraic, s’éteigne ni jour ni nuit. Le Zostera marina est ainsi brülé en grande quantité. La cendre recueillie se vendait dans le pays à un prix élevé, et la beauté des récoltes dans les îles anglo-normandes est célèbre.

Le procédé a l'inconvénient de se prêter Écilement à

à à . fraude, et de perdre une partie des produits azotés. Il

D A l'avantage de permettre le transport de cet engrais à

ee . une grande distance.

… Grevize (loc. cil., p. xxv) mentionne que, presque au début du x1x° siècle, la soude brute obtenue par incinération du goémon, appelée Kelp dans les îles britanniques, ne trouvant plus de débouché dans les verreries et les sa- ‘vonneries, où l'on préférait la Barille et la soude Leblanc (voir plus loin), la Highland and Agricultural So-

… ciety of Scotland s’efforça de lui trouver d’autres emplois

… et fit des essais sur sa valeur comme engrais. On recommanda de mélanger le Kelp à de la terre et à du fumier

avant de l’étendre. GREvILLE rapporte à ce sujet une curieuse observation faite à Crossbasket près Glasgow : Une forte gelée survenue en septembre endommagea et norrcit les champs de pommes de terre qui n'avaient pas reçu de

: Kelp, tandis que ceux où du Kelp avait été enfoui conser-

vèrent leurs feuilles en parfait état, et cela même lorsque les sillons étaient contigus aux précédents.

Pour terminer, je mentionne l'usage agricole du Posidonia, cette Monocotylédone marine qui constitue la majeure partie du goémon épave méditerranéen. M. RacowitzA (in Uitl.), qui connait bien toute la côte méditerranéenne française et espagnole me dit que les gisements les plus volumineux se rencontrent dans la province d’Ali-

Je n'ai pas eu entre les mains tous les travaux publiés par celte Société. On en trouvera l’énumération dans W.-A Sercuezz. — The Kelp of the United States and Alaska, in Fertiliser resources... ete...

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