CHAPITRE VI
SOMMAIRE. — [, Utilisation des stipes desséchés de Laminaires, —. Utilisation des Algues comme fil et comme amorce pour la pêche.
à la ligne. — Les Algues rouges et la pourpre de Tyr. — Emploi médical du Fucus vesiculosus, du Lichen carragaheen, du Corallina officinalis, de la Mousse de Corse.
I Préparalion des Algues pour les collections scientifiques ou
pour obtenir un effet artistique.
IT. Culture des Algues marines en Grande-Bretagne et au Japon.
En séchant, les Algues à thalle massif diminuent de
volume, se rident ou se ratatinent: mises ensuite dans
l'eau, ou simplement exposées à l'humidité, elles absor-
bent de l’eau, se gonflent, reprennent leur forme. « Cette lacibté des Fucus à pomper l’eau, dit Mérar (loc. cit.), les a fait regarder comme de bons hygromètres. Si on veut sen servir pour cet usage, il faut choisir les espèces à {rondes allongées- et arrondies ». Les chirurgiens mettent
à profit cette même propriété en employant ce qu'ils ap—.
pellent «la laminaire » ; c’est le stipe du L. Gloustonü coupé en tronçons et passé au tour ; il leur sert à dilater des trajets fistuleux, à dilater le col utérin en vue d'un curelage ou pour provoquer un accouchement prématuré. Ces « crayons » sont pleins ou creux, de longueur et de
% D co ET. — DES ALGUES MARINES 337 |
diamètre “arables selon les besoins : le commerce les LV: ee avec des Fr d'asepsie ou bien ils doivent être
la . s’allongeait, poussait la pie qui brisait EF ampoule, et le contact de l'acide et du chlorate détermi- . pes : TR D d’ autres grenades, l'aiguille
et: si tante qu on en fait, dit Farcow, sous le nom de corne de cerf artificielle, des manches de couteaux, des coupe-papiers... elc.; une usine fut même établie à Mar- D pour Libsiques des boutons, mais on dut l’aban-
> « Élisièurs espèces, dit Mérar, présentent tant de té À nacilé que l’on peut en faire des cordages... Le fucus fi- lum (actuellement Chorda Filum), très Fr sur nos ps el qui à cinq à SIX mètres de 1ApUCSS
EE Il faut qu'ils soient etes Stftont lors-
338 USAGES DIVERS ET CULTURE DES ALGUES -qu'on veut s’en servir, parce qu alors ils présenten pl -de force et seront moins cassants. On ne peut: no plus 1 bien travailler qu’étant humides ». Fe
Suivant Swan (loc. cit.), les péchedts de l'Alaska ploient au même usage, et depuis des siècles, le stipedu Nereocyslis, qui est bre flexible, de la grosseur « d'une corde ordinaire de fenêtre ». Ils le coupent au-dessous a Épneumatocysle, le trempent dans un ruisseau d’eaucou- … rante jusqu'à ce qu'il soit presque blanc, puis l’élendent, le frottent pour le réduire à la grosseur voulue et Mb sécher à à la FIPUE de Fm habitation ; très cast ét |
ue alors les meilleures lignes à pêche de lin ou dec co- | ton. Ces morceaux, variant de 10 à 15 brasses, sontnoués ensemble à la longueur de 80 brasses requise pour. la : > pêche à l'entrée de détroit de San Juan de Fuca, ou de 200 brasses pour la pêche de la morue (black cod) à île Queen Charlotte (Colombie britannique). Autrefois, les Indiens de la côte se servaient aussi des pepe -de Nereocyslis comme récipient pour conserver l'huile de | chien de mer (dog-fish). Rise 4
Nos pêcheurs à à la ligne prennent g A enmer des poissons carnivores et appätent avec des vers, ie À crustacés, des morceaux de poisson. etc. ; les poissons 4 De sont plutôt capturés dans Fe filets, car les pé- -cheurs ignorent de quelles espèces d’Algues ils senour- | 4 rissent. Récemment, des espagnols, venus à Port-Vendres, ont enseigné la manière de se servir à cet effet du Lau 4 r'encia pinnatifida et j'ai vu les amateurs de Banyuls- SUr- 4 mer capturer ainsi de fort belles pièces. D'après M. ue 5 amaturaliste du service des pêches maritimes détaché au
nu DIVERS ET CULTURE DES ALGUES MARINES 339 -
PH L. anciens, dit MÉRAT oc. cil:), tiraient parti d'une
espèce « qu'ils appelaient: fucus rouge où fucus des lein-
duriers. Ils l’employaient effectivement à teindre les draps
et autres étoffes de laine. On se servait aussi de ce genre
de teinture dans l’île de Gandie. Il parait même que le
fard des dames était extrait de cette, plante : c'est de là,
sans doute, qu'est venu le mot fucus qui, en latin, si-
gnifie rouge ou fard. PLauTe et Tigurze emploient en
plusieurs bete de leurs ouvrages le mot fucus pour
indiquer le rouge de toilette dont usaient les femmes ro-
maines... Peut-être est-ce de ces plantes que la fameuse
couleur pourpre des anciens était extraite... GMEz re- marque que les jeunes Kamtchadales mêlent les fucus avec la graisse des poissons pour se rougir le visage. Il < ajoute que les femmes de plusieurs régions maritimes de + Æurope, non moins soigneuses de leur beauté, font ma- … cérer le fucus dans l’eau, et se frottent les ] Joues avec cette & macération ».
DesEaux ayant eu l’occasion de récolter le Rytiphlæa dincloria à Bastia, où ilest fréquent ', remarqua que « si lon en place or touffes dans un vase plein d’eau douce, celle-ci prend tout de suite une magnifique teinte | pourpre carminée », et crut pouvoir en induire que la ce pre de Tyr des anciens devait être préparée avec
é 0. LR — — Algues mar ines des cnvir ons de Bastia (Gorse),
3h40 USAGES DIVERS ET CULTURE DES ALGUES MARINES .
cette Algue et non retirée des Gastropodes auxquels on en.
attribuait la sécrétion. Mais l’année suivante, LEsranc
rectifiait celte assertion ‘ et, pour lui, les commentateurs
ont raison quand ils disent que la pourpre d'Amorgos se tirait du Lichen Roccella linctoria* et que la pourpre de Tyr était fournie par les deux Gastropodes Murex brandaris et Murex trunculus. k D'ailleurs, toutes les Algues floridées colorent l’eau
douce en rouge; le Ryt. lincloria la colore seulement
avec plus de rapidité et d'intensité; c'est une question de plus ou de moins, variable avec les espèces. Descousr ignorait cette propriété et la croyait particulière au Ry£: Linctoria: en 1877, il attribua la teinte violette anomale,
que les huîtres du bassin d'Arcachon possédaient cette année-là, au développement considérable d'une Floridée:
qu'il supposa être le Ryt. tincloria*. La présence de cette Algue dans le bassin d'Arcachon est extrêmement douteuse et l’Algue incriminée par Descousr était peut-être le Polysiphonia violacea ou plus probablement le P. elonqata plante commune sur nos côtes atlantiques *.
Le Fucus vesiculosus fat beaucoup employé autrefois
i Edouard Lerraxc. —— Les Roccella et le Rytiphlæa tinctoria de la Méditerranée par devant la poupre de Tyr, Bulletin de la Société botanique de France, t. XXI, Paris, 1874.
2 Le Roccella tinctoria D. C. est un Lichen fruticuleux, souvent long de 3 à 10 cm. et atteignant parfois 20 cm. qui croit près de la mer, sur les rochers des côtes méditerranéennes d'Europe et la côte: africaine atlantique (d’après O.-V. DarBisaime).
3 Descousr. — Sur les causes de la coloration violacée des huîtres du bassin d'Arcachon, Comptes rendus de l'Académie des Sciences;
+ LXXXV, Paris, 1877.
#C. Sauvacrau. — A propos du Colpomonia... elc., 1906:
7 he L L # ai D [24 = »
Due en cataplase. et aussi contre la scrofule, Soit l'extérieur, soit à l’intérieur... etc.; d’ailleurs, ba que n usage soit tombé en Hrue il figure encore dans
IC à tort que les or donnent la ra | au Faous vesiculosus sur ses congénères. Ce varech est, en effet, l'un des plus pauvres en Li que j'aie rencontré, et l'on trouverait peut-être un avantage sérieux à le rem- . placer par le Fucus digitatus (Laminaria) qui en offre une roportion septà huit fois plus considérable ». C'est aussi ce qu'avait remarqué GAULTHIER DE Craüery en 1815. La thérapeutique n’emploie plus guère les Algues marines pour l’iode qu'elles renferment, mais un revirement pour- rait se produire ; nombreuses sont les Phanérogames dont l'usage médical s'était perdu, parce qu'on croyait savoir en extraire tout le principe actif, et qui sont de nouveau recommandées. : |
Le Carragaheen était autrefois si recherché pour Paliméhlation de malades, disent Jouxsroxe et Croazr, qu'il - fut un temps où on le vendait 2 à 3 shillings la livre. D’ après Corrox, on le prescrit encore, dans quelques localités oi. pour le traitement des maladies pulmonaires. Son mucilage est la partie agissante dans le. cataplasme de Lecrèvre, qui consiste en un gâteau d’ouate imbibé d'une décoction de carragaheen, puis desséché ; il.
1 Eugène MarcnaxD. — Composition des cendres de l'ucus. Journal de pharmacie et de chimie, 4° série, t. 1[, Paris, 1865. . Æ.
gelée, se le lait, à chaque repas*.
<ntre aussi dans la Re o V de certaine ehuliohs
pharmaceutiques, en particulier dans l’émulsion delhuile
-de foie de morue, qui (Guéquex, loc. cit.) est obtenue avec :
décoction de carragaheen à 3 ° > 325 centimètres LT huile 500 centimètres cubes, sirop de tolu 500 centimètres
cubes, eau en quantité suffisante pour compléter un litre ‘.
La nue vétérinaire l'emploie aussi. D'après Cério
-on l'utilise en Irlande pour l’engraissement des veaux.
Housrox, professeur . au Royah College of Science de Dublia? rapporte, d'après ses élèves, qu ‘on Re 0
avec des résultats surprenants pour nourrir les veaux à
biles, un changement d'état survenant en quatre jours ;
rissement et neuf moururent ; les trois autres, qui étaient
“en mauvais état, reçurent du carragaheen et guérirent.
Pour préparer le remède, on met une livre de l'Alguedans
un sac de mousseline, que l’on fait bouillir dans un gallon d’eau (4 litres et demi) ; par le refroidissement, l’eau: se
prend en gelée et l’on donne aux veaux un verre de celte
1 L'auteur a évidemment commis une erreur de chiffres. - 2 Cité par H.-E. Anwerr, F.-V, Danrsismire, E.-J. Russezz. —
ÆEdible Sea-weeds, Journal of South cree ist ie College,
Wye, n° 16, 1907.
3 Dans certaines parties de l'ouest de l'Ecosse et aux Hébrides, le ta -Glæocapsa magma se trouve en grande quantité sur la terre et parmi
les pierres humides, sous forme d'innombrables petites masses gélati-
les avoir réduits en bouillie pourpurger les veaux (G.-S. Wesr, Algæ, &. [, Cambridge Botanical Handbook. Cambridge, 1916. p. 30). Bien
dans la ferme des parents d’un de ses élèves, un Ir DE A “, de douze veaux futatteint d'une sorte de maladie de he +
neuses lobulées d’un brun pourpre ; les habitants leur donnent le nom -de Mountain Dulse et, d’après Lienrroor, ils s’en servaient jadis après AN
«que le Gl. magma ne soit pas marin, j'ai cru bon de citer ce fait.
usages DIVERS ET CULTURE DES ALGUES MARINES 343
‘18 blanche ou Corallina Rs + et la Coral … line rouge ou Corallina rubens L.‘ appelée plus tard % Jania rubens par Lamouroux. Puis l'usage s’en perdit ee rapidement, quand on connut les propriétés d’une autre petite Algue, beaucoup plus active, dont on attribue la É- découverte, en 1779, à Srepmanopozr, médecin d origine grecque établi en Corse ; elle formait des gazons courts et denses, rougeûtres, sur “ rochers de l'ile qui assèchent # ‘ quand la mer est basse et très calme ; elle fut bientôt un 4 objet de commerce sous le nom de mousse de Corse, qui é Lu a élé conservé. STEPHANOPOLI connaissait ses propriétés
pays d’origine : Lussox dit même que déja les grecs de l'antiquité l’utilisaient, Cependant, d'a près Lerranc?, les 4 anciens traités de botanique médicale n’en font aucune
: mention, et 1l serait possible que la plante eût été d’un usage vulgaire, avec d'autres petites Algues filiformes, dés le xvi° siècle, sur les côtes de Toscane et A ange aussi de France.
Quoi qu'il en soit, à partir de cette époque, la Mousse ne - de Corse devint à la mode, son usage se répandit rapide - 1 ment, elle guérissait sûrement et les savants s'en occu- pèrent;de lue en plus demandée, sa récolte fut de moins “en moins soignée. De La Tourrerte, auteur de la com-
{Ceci d’après De La TourreTtTe (loc. cit., p. 169), car pour DE Canpoze, la Coralline rouge était la Mousse de Corse.
? Edmond Lerranc. —— De l'Helminthochorton et de la mousse de Corse chez les anciens, Bulletin de la Société Le de France,
é. XXI, Paris, 1874.
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binaison binominale Fucus Helminthochorton qui servit longtemps à désigner la plante, a écrit son Mémoire de 1782 en partie dans le but « de diriger ceux qui le recueillent et de prévenir les supercheries des marchands qui le débitent »'. Son travail, qui est remarquable,
donne une description, une planche et une diagnose très
reconnaissables de la plante ; l'auteur a bien vu le rhizome d'où s'élèvent les filaments dressés.
Ces supercheries, dont parle ne LA Tourretre, nous font comprendre l'erreur de Bouvier (loc. cit.)qui, croyant analyser la vraie mousse de Corse, eut affaire à un Geldium, et aussi l'erreur de Mérar (loc. cit.) qui, s'appuyant sur le travail de Bouvier, disait que l’abondant mucus fourni par la plante est une si bonne nourriture que les Ascaris « périssent par une sorte d'indigestion, et sont chassés par suite du mouvement péristaltique des intestins, qui entraîne vers le rectum les matières qu ils renferment ». |
D'ailleurs, elles s’accentuërent ultérieurement. Ainsi, DE GCaANboLLE écrivait en 1804 °: » En examinant la mousse de Corse, M, Decaxpoire s'est convaincu que cette substance n'était pas homogène comme on la cru jusqu'ici, mais au contraire qu'elle était très composée. A peine le fucus helminthochorlon forme-t-ilun uers de la
1 pe La Tourrerre. — Dissertation botanique sur le Fucus Helminthochorton, ou vermifuge de Corse, improprement appelé Mousse, Corulline, etc., contenant des recherches sur quelques plantes Crypto-
games, Dbscre ations sur la Physique, sur l” ne. Naturelle et sur
les Arts, t. XX, Paris, 1782.
L et — Extrait d’une Note sur la Mousse de Corse, Bui-
. letin de l'Ecole de médecine de Paris et de la Société établie dans
son sein, 1° année, an XIIL (1804), p. 125.
rs
à der Fioler les rochers où il leur
nr.
Eve:
Vas abondant, font sé-
ie paitone aux marchands. Ils : sont maintenant
4 d aller Rs la mousse de ee sur les côtes
ve Le avec “je fucus Ra sont en : grande quantité, comme nous l'avons déjà dit, les deux tiers dans celle qui est choisie | et les in huitièmes pour
1e de: dnce participent de cette enr ».
Les botanistes ont naturellement Æxtrait cette petite : Ploridée de l’ancien genre Fucus : Lauouroux en fit un . Gigartina, C. Acaron un Sphærococcus, J. Acarpn un Gracilaria, Expricuer un Plocartia; ils s'accordent actuellement à l appeler Alsidium Helminthochorton av ec Kür- ANG. RE
. Un produit aussi impur étoigna peu à peu les praticiens | de son emploi ; les bocaux des officines en renferment encore, mais 1! n'en sort guère, bien que le nouveau Codex ait conservé la formule d’un sirop. D'ailleurs, sa qualité commerciale ne s’est pas améliorée. Les pharmaciens de Bastia ont déclaré à Desraux (loc. cit.), qu'ils achetaient . leur mousse de Corse aux droguistes de Marseille, et les … échantillons qu’il a examinés ne lui présentèrent aucune trace d'A/sidium ; au contraire, la mousse de Corse prise dans les pharmacies d’Ajaccio en renfermait les neuf dixièmes. J'ai moi-même passé sous le microscope à dis-
seclion 250 grammes ‘de mousse Sd SCOR
achetés dans l’une des maisons de droguerie les putées pour là qualité de ses produits, et jen ai ment quelques brins, dont le poids ne devait guè dépasser quelques centigrammes, toute la petite flore m rine des rochers. avec de nombreux débris de coqui e de Corallines, formait le reste." D'ailleurs, la présence de |’ Ati Helminthoehortn ne parait pas indispensable pour que la mousse de.
agisse comme vermifuge. Quand Desraux résidait
l'hopital militaire: (e est-à-dire qu'il râcla les ee couverts de petites Algues) la dessécha, puis en sour un échantillon moyen à à l RS normand Levei, Jeq que
n'existe pas un brin d’' Helrinihochor{on a toujours in |
employé avec succès à l'hopital militaire, et il en est de. |
Cr
mêmes “de Loutes les variétés de ce M Pre de 2x