‹ Utilisation des forces motrices du Rhône: et régularisation du Lac LémanChapitre 12 sur 126 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Par sa situation géographique, la Ville de Grenève est placée dans une situation économique particulièrement difficile.

A l'extrême avant-garde et pénétrant comme un coin dans le pays voisin, Genève se trouve presque complètement exclue, par la distance, de son marché politique naturel qui est la Suisse Grâce aux barrières douanières qui l'enserrent de toute part, elle est également dans une situation de grande infériorité pour entamer la lutte industrielle sur son marché géographique naturel^ les départements français limitrophes.

Enfin, sans ressources agricoles, vu Texiguïté de son territoire, elle est entourée de contrées dont Tagriculture est la ressource exclusive. Genève se trouve donc éloignée de tout centre industriel important.

Et cependant Genève a joui dans le temps d'un développement industriel considérable. Des usines, des fabriques, des métiers aujourd'hui complètement disparus ont fleuri aux siècles passés.

Les causes de cette prospérité lointaine sont faciles à comprendre. La vapeur était encore inconnue, l'emploi des hautes chutes d'eau n'était pas encore entré dans la pratique, et la roue de moulin primitive, la tourne^ comme on l'appelait à Genève, était le seul moyen connu d'utiliser les forces naturelles; le courant du Rhône se prêtait d'une façon particulièrement heureuse à l'établissement de ces moteurs simples. Le volume d'eau du fleuve était considérable en toute saison, la vitesse du courant était favorable, grâce à une forte dénivellation à la sortie du lac, enfin le fleuve ne charriait pas et l'entretien des artifices en était rendu très économique.

Grâce à ces conditions spéciales, l'industrie s'était peu à peu concentrée à cheval sur le fleuve même, et toute une ville indusstrielle s'était construite sur le Rhône, chacun voulant avoir sous sa maison même^ sa roue pendante pour actionner son métier.

L'encombrement des deux bras du Rhône était arrivé à son comble lorsque survint le grand incendie de 1670, qui détruisit tout ce quartier lacustre et porta un préjudice considérable à Tindustrie genevoise

Toutefois de nouvelles usines ne tardèrent pas à reparaître sur le fleuve et vers la fin du siècle dernier plusieurs roues tournaient encore dans la Ville et alimentaient des industries florissantes.

L'apparition de la vapeur porta un coup fatal à ce développement économique, pendant que l'élévation continue des barrières douanières limitait les transactions commerciales.

En même temps, un autre facteur venait diminuer peu à peu la force productive de Genève. Dès la fin du dix-septième siècle, les riverains du Léman, sur la côte vaudoise, se plaignaient des hautes eaux d'été du Lac et attribuaient aux ouvrages de toute espèce élevés à son débouché, moulins, ponts, etc., les dommages dont ils soufl*raient. La discussion dura deux siècles, mais peu à peu l'Etat de Genève, désireux de montrer sa bonne volonté, profitait de toutes les circonstances pour faire disparaître les obstacles artificiels qui entravaient le cours du fleuve

De fréijuents incendies vinrent lui faciliter singulièrement celte tâche; aussi, au début des travaux du Rhône en 1883, ne restait-il plus une seule roue appartenant à l'industrie privée dans toute la traversée de la Ville. Les quelques roues qui subsistaient encore étaient établies en aval, sur le territoire des communes de Plainpalais et du Petit-Saconnex.

Il appartenait à l'Administration municipale de la Ville de Genève, qui avait déjà développé depuis deux siècles son service hydraulique, de mettre de nouveau en valeur la richesse improductive du Rhône et de permettre à ses habitants de reprendre la lutte industrielle sur un terrain qui avait eu un passé prospère et renommé. Il lui appartenait de résoudre ce problème, en même temps que deux autres non moins complexes : la satisfaction donnée aux plaintes séculaires des riverains du Lac par l'abaissement du niveau des hautes eaux et la création sur les deux rives du Rhône de grande collecteurs emmenant les eaux contaminées en aval de la Ville et rendant aux eaux du port, et du fleuve leur limpidité et leur salubrité anciennes, et à Genève son antique réputation hygiénique.

Cette œuvre d'ensemble est aujourd'hui terminée et ses heureux résultats sont dès maintenant connus.

En faisant une publication embrassant tout l'ensemble du travail, savoir : Thistoriquo des installations et des projets antérieurs ainsi que des études qui ont précédé Texécution, la description des travaux proprement dits, leur coût et leurs résultats économiques, industriels et hygiéniques, le Conseil administratif de la Ville de Genève poursuit un but multiple :

Il veut d'abord mettre sous les yeux des Autorités municipales qui ont voté les fonis et des contribuables genevois qui ont payé cette augmentation du capital productif de la communauté, la preuve que l'argent qui a été confié au Conseil administratif a été sagement et heureusement dépensé. Il pense apporter sa pierre à rédiflce de la science en mettant sous les yeux des ingénieurs de tous pays Texécution d'un travail qui présentait des difficultés considérables, en leur montrant le système adopté pour mener à bien la création de la force et sa distribution dans toute l'agglomération genevoise.

Si les études étaient maintenant à faire, quelques modifications seraient sans doute apportées au plan d'ensemble; enlre antres la distribution de la force par réleclricitù aurait marché de pair avec la transmission hydraulique. Rien, du reste, n'empêche l'application de la transmission électrique pour utiliser la force d'un certain nombre de . turbines restant à mettre en place. L'étude est prête et l'exécution prochaine.

La Ville de Genève doit la réussite de ce grand travail au dévouement d'un grand nombre, administrateurs, ingénieurs, ouvriers ; il lui est impossible de les nommer tous, quoique sa reconnaissance leur soit acquise. Elle veut cependant rappeler les noms de trois hommes qui ne sont plus et qui, chacun dans leur sphère, ont aidé à la réussite de ToBuvre commune : Ce sont : Eugène Empeyta et Edward Pictit, qui, de 1882 à 1886, ont présidé le Conseil administratif qui a conçu et exécuté l'œuvre jusqu'à la mise en marche des nouvelles installations ; E. Merle d'Aubigné, Tactif et intelligent directeur du Service des Eaux de la Ville de Genève, qui par ses écrits, avait fait comprendre à ses concitoyens que rUtilisntion des Forces motrices du Rhône devait être le bien de tous, et qui par ses études préliminaires, a grandement contribué au succès. Eloigné par la maladie dès le premier mois des travaux, il devait être enlevé peu après sans avoir vu l'achèvement du grand travail auquel il s'était dévoué.

Genève, le 25 avril iS90.

Au NOM DU Conseil Administratif :

Le Président,

Th TURRETTINI.

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