‹ Utilisation des forces motrices du Rhône: et régularisation du Lac LémanChapitre 22 sur 126 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Le plan définitif

Bapport au Conseil Municipal à l'appui des projets d'arrêtés votant les premiers crédits pour l'exécution des travaux

(Voir planches E et F texte)

Les études préliminaires pouvaient être considérées comme terminées avec le milieu de l'été 1883, et le 1**' septembre de la même année, M. le conseiller administratif Turrettini, président de la commission technique et délégué à la direction des travaux, présenta au Conseil municipal le rapport suivant (Fascicule III, pages 103 à 127) qu'il avait adressé auparavant à la commission consultative :

Messieurs,

Dans la dernière communication que nous vous avons faite, au mois de janvier, au sujet des projets d'utilisation des forces motrices du Rhône, nous vous avons annoncé l'ouverture d'un concours, entre constructeurs de machines, pour la meilleure disposition à donner à la nouvelle usine hydraulique et le meilleur système de turbines, pompes et transmissions.

C'est le résultat de ce concours et l'exposé de nos études pendant ces dix derniers mois que nous venons vous présenter, études que nous pouvons considérer comme terminées.

Résuiuis du concours. Nous ne nous arrêterons pas longuement sur le concours ; vous trouverez,

annexées à ce rapport, toutes les pièces qui y sont relatives : Soumissions des concurrents, rapport des experts et nouveau programme rédigé par ces derniers dans le but d'utiliser, pour un projet définitif, les matériaux recueillis. Trois maisons suisses et une américaine ont concouru ; le projet de cette dernière n'étant pas suffisamment complet, a été écarté par les experts. Les trois autres maisons, toutes de premier ordre, présentaient des études sérieuses, mais aucune ne satisfaisait entièrement aux conditions du programme; ce résultat provient sans doute de ce que, n'étant pas, nous-mêmes, fixés dès l'abord sur les meilleures dispositions à prendre, nous avions voulu laisser une grande liberté aux concurrents, tout en leur traçant les grandes lignes du projet.

Les plans proposés montraient qae les constructeurs avaient un peu tâtonné, sans bien comprendre dans quelle direction ils devaient serrer leur étude.

La maison Escher, Wyss et C°, de Zurich, à laquelle les experts ont décerné le premier prix, a, dans deux projets entièrement différents, présenté certaines dispositions qui, combinées entre elles, nous ont paru pouvoir donner lieu à une nouvelle étude; c'est donc à cette maison que nous avons confié l'élaboration d'un nouveau projet d'installation mécanique, en la priant de tenir compte de nos observations et de celles rédigées dans une note annexée au rapport des experts.

MM. Th. Bell et Ca de Kriens, ont eu le second prix, et MM. J. Rieter et C° le troisième.

Avant de développer devant vous le nouveau projet, tel qu'il ressort des dernières études faites soit par MM. Escher, Wyss et C^, soit par nous-mêmes, nous donnerons, si vous le voulez bien, un rapide coup d'œil sur les différents travaux qu'a nécessités la concession des forces motrices du Rhône à la Ville de Genève.

Et d'abord, dans le but de compléter la concession telle que le Conseil muni- Demande de concession cipal l'avait décidée dans sa séance du 5 septembre 1882, le Conseil administratif a demandé au Conseil d'Etat, par lettre du 42 mai 1883, de présenter un nouveau projet de loi au Grand Conseil, prolongeant l'étendue de la concession actuelle de 5000 mètres en aval de la Jonction, soit jusqu'à 1000 mètres en aval des moulins de Vernier.

Le but que nous nous proposons est de prendre date, dans la crainte qu'une Compagnie ne devance la Ville. En effet, la force utilisable à Vernier est plus considérable que celle que l'on aura à la Coulouvrenière et peut s'obtenir beaucoup plus économiquement, car elle ne nécessiterait ni draguages, ni expropriations coûteuses, et nous nous sommes déjà assurés à très bon compte d'un terrain favorable pour la construction du bâtiment des turbines.

Malheureusement, la qualité de l'eau disponible à Vernier ne permettrait pas l'alimentation de la Ville, car, outre que les eaux du Rhône y sont souillées par les égouts de notre Ville, elles sont encore mélangées à celles, fort limoneuses, de l'Arve. De plus, l'emploi de ces eaux ne se prête pas à l'établissement des petits moteurs, dont elles useraient trop rapidement les organes.

11 ne peut, du reste, être question de transporter par câbles, ainsi qu'on l'avait proposé, une force de 4000 chevaux de Vernier aux terrains de la Jonction, distance qui est en ligne droite d'environ 3 kilom. 500, en passant par la presqu'île d'Aire.

Mais il est bien probable que, dans un certain nombre d'années, les moyens de transmettre la force par l'électricité auront fait des progrès tels, que la transmission à longue dislance sera possible.

C'est dans cette idée que nous avons avons désiré assurer pour l'avenir, à la Ville de Genève, la concession de l'importante chute de Vernier.

Notre demande a subi l'enquête de commodo prescrite par la loi du 5 octobre 4872.

Nous avons appris qu'aucune opposition ne s'est produite, et nous pouvons espérer que le projet de loi sera prochainement soumis au Grand Conseil.

Expertise de» forces ac- Dans un autre ordre d'idées, nous avons, d'accord avec les usiniers du

tu6llos d6s usinss --^-. . .i. ••■» • ««

situées sur le Rhône. Rhône, provoqué la nomination dune commission de trois experts: MM. les ingénieurs Veyrassat, Arthur Achard et Séchehaye pour, en application de l'art. 5, § a, de la loi du 30 septembre 1882, estimer la force motrice qui devra être restituée aux usiniers g^ctuels. Ces experts ont déjà fait trois expériences, Tune en basses eaux, l'autre en eaux moyennes, et la troisième pendant les dernières grandes eaux. Il ne reste plus qu'un dernier essai à faire en automne. Nous verrons plus loin les résultats obtenus par la Commission et les conséquences qui en découlent pour notre projet (voir Fascicule III, Annexe 2). Achat de terrains. Avant d'aborder l'étude des travaux proprement dits, nous avons à vous

communiquer les démarches que nous avons faites auprès de la Société de YArquebuse et de la Navigation et de quelques autres propriétaires, pour nous procurer les terrains nécessaires à la construction du bâtiment des turbines.

Le premier projet étudié par nous, en vue du concours, comportait deux turbines par chambre, dans le but de diminuer la longueur des constructions î mais cette disposition nécessitant un bâtiment très large (d'environ 30") empiétait sur le chemin de la Coulouvrenière. Pour remédier à cet inconvénient, nous avions l'intention d'acheter éventuellement tout le terrain appartenant à la Société de YArquebuse, compris entre le chemin de la Coulouvrenière et la rue décrétée dans le prolongement de la rue du Stand. L'accueil plus que froid qui a été fait à nos propositions par le Comité de YArquebuse, nous a obligés à écarter de notre projet toute solution permettant d'utiliser une partie de ses terrains dans un but évident d'utilité publique. Nous avons été, par cela même, amenés d'abord à disposer notre installation de manière à maintenir le bâtiment des turbines entre le chemin de la Coulouvrenière et le Rhône, puis, après de nouvelles études, nous nous sommes décidés à placer toutes nos installations dans le lit du fleuve.

Dans un premier projet, que nous intitulerons projet N° I (voir Planche £), le bâtiment des turbines, dans sa période définitive, comportait un développement d'environ 140 mètres. Pour obtenir cette longueur à front du quai de la Poste, il eût été nécessaire de faire l'acquisition de immeubles.

Le bâtiment aurait couvert, en outre, la petite place des Volontaires, située entre les immeubles Dangler et George, enfin la place des Volontaires qui n'est pas nécessaire pour la première période, mais qu'il y aurait eu lieu de réserver pour l'achèvement complet des installations projetées.

Le Conseil administratif n'a réussi à se mettre d'accord qu'avec un seul propriétaire sur le prix d'achat éventuel de son immeuble, et les prétentions des propriétaires dans leur ensemble dépassaient Fr. 430,030, non compris les deux places des Volontaires.

En face de ces exigences nous avons préféré reprendre sur de nouvelles bases l'étude du bâtiment des turbines et chercher à le construire entièrement sur le lit du fleuve.

Une autre considération nous a poussés à cette décision radicale.

La Commune de Plainpalais, très restreinte dans son budget et ne pouvant développer ses serviceç de voirie, a obtenu dernièrement du Grand Conseil

l'autorisation de créer un nouvel impôt, sous la forme d'une taxe sur l'industrie.

Les installations que nous allons faire sur le territoire d'une commune voisine, installations pour lesquelles nous devons dépenser près de 2 millions, seront grevées outre mesure par cette nouvelle taxe et par les centimes additionnels de Plainpalais; la Ville en fait rexpérience avec sa nouvelle usine hydraulique à vapeur, qui a été imposée de plus de Fr. 700 par Timpôt foncier et les centimes additionnels et taxée à près de Fr. 400 par la nouvelle taxe municipale de Plainpalais. Que serait-ce pour nos nouvelles installations ? et ces impôts payés à une commune voisine ne viendraient-ils pas charger considérablement nos frais généraux, alors que l'entreprise que nous projetons a, avant tout, un caractère d'utilité publique?

Le Conseil administratif avait entamé des négociations avec le Conseil d'Etat pour obtenir l'annexion de la partie de la Jonction comprise entre le Rhône, l'Arve, l'avenue des Abattoirs et le nouveau boulevard partant du Diorama, ou, tout au moins, un mode de vivre dégrevant totalement les usines de la Ville et partiellement les futures industries qui s'établiraient à la Jonction.

Nous sa\ions, d'autre part, qu'une pétition circulait parmi les habitants de la Jonction pour demander au Conseil d'Etat l'annexion à la Commune de Genève.

Le Conseil administratif s'est malheureusement heurté contre un refus formel d'entrée en matière ; c'est pourquoi nous avons préféré une solution qui nous permît de ne demander aucune faveur à la Commune de Plainpalais, puisque le lit du fleuve nous a été concédé par la loi du 30 septembre 1882.

Voilà, Messieurs, le résumé des sujets qui ont absorbé une bonne partie du temps du Conseil administratif, de la Commission technique et de nos ingénieurs pendant le premier semestre 1883.

Cet exposé était nécessaire pour que vous soyez complètement au courant de la question, et que ce soit en connaissance de cause que l'autorité municipale puisse prendre l'importante décision qui lui est demandée par le Conseil administratif pour la réalisation de l'utilisation des forces du Rhône, accordée à la Ville.

Nous ne pouvons mieux faire pour complète!* ces renseignements que de donner ci-dessous le texte de la lettre que le Conseil administratif adressa, le 23 août dernier, au Conseil d'Etat, pour lui donner connaissance de ses diverses études, et solliciter une solution à la question de l'emplacement définitif du bâtiment des turbines.

« Monsieur le Préstoent,

n Comme suite à l'entrevue que deux de nos membres ont eue, le mardi 21 courant, avec MM. les délégués du Conseil d'Etat, nous vous remettons, avec la présente lettre, trois plans numérotés,* projets N^* 1, 2 et 3 (voir texte Planche E), représentant les diverses alternatives qui se présentent pour la Ville pour la création des forces hydrauliques du Rhône.

« Le projet N^ 1, le plus ancien en date, prévoit un bâtiment pour 20 turbines de 300 chevaux bruts, situé sur la rive gauche du fleuve, entre l'extrémité actuelle du quai de la Poste et l'Usine

de Dégrossissage. Le bâtiment projeté a une longueur de 150 mètres environ et une largeur de 24™50. 11 est entièrement compris entre la rive actuelle du fleuve, dans l'alignement du quai de la Poste et la rue de la Goulouvrenière. Ce projet nécessite rétablissement d'un égout collecteur des eaux de la rive gauche, recueillant, dès maintenant, les canaux qui se jettent actuellement dans le Rhône entre le pont de la Machine et le nouvel établissement des turbines. Cet égout est celui qui a été prévu dans l'axe de la rue du Stand prolongée, et c'est en vue de son établissement que la Ville a demandé, en son temps, la création de l'artère partant de l'extrémité actuelle de la rue du Stand pour rejoindre le quai qui va se construire le long du Rhône jusqu'aux gazomètres, dans le prolongement de la route de St-Georges. Le débouché de l'égout dans le Rhône doit avoir lieu en ce point.

<L Ce projet N^ 1 présente comme avantage la possibilité de mettre les installations mécaniques sur un seul alignement dans le prolongement du quai de la Poste; par contre, il est grevé de frais spéciaux considérables qui lui sont inhérents et peuvent être à peu près entièrement évités avec les projets N°® 2 et 3.

a Ces frais sont: A, L'obligation d'exproprier les immeubles Schwob, Dengler, Dizerens, George et Kugler. Les propriétaires de ces immeubles exigent une somme totale de Fr. 430,000, et la Ville a fait d'inutiles efforts pour obtenir des prétentions moins élevées.

«Dans ce chiflVe ne sont pas comprises le? sommes que pourra demander la Commune de Plainpalais pour les deux places des Volontaires Fr. 430,000 —

« B. La création d'un égout collecteur à grande section, allant de la place de la Petite-Fusterie, aux Gazomètres par la rue du Rhône, la place de Bel- Air, la rue de la Poste et la rue du Stand, égout dont l'établissement est évalué à d 351,000 —

a; C. La création d'un plancher de séparation entre le canal d'amenée et le canal de fuite devant les turbines, plancher dont le devis, pour la première période seulement, s'élève à la somme de » 78,000 —

a II y a lieu d'ajouter à ces trois rubriques le coût de la route à travers le Stand, devisée jusqu'au gazomètre, non compris le quai du Rhône, à . . . . . » 185,000 —

a En effet, cette route était nécessitée par la création de l'égout, et c'est dans ce but que la Ville a voté une somme de Fr. 150,000 comme subvention à la route de St-Georges, afin d'obtenir cet embranchement.

« Le projet N«* 1 est donc grevé de Fr. 1,044,000 —

de frais spéciaux.

a II présente en outre l'inconvénient grave, aux yeux du Conseil administratif, de se trouver dans une portion du territoire de la Commune de Plainpalais, qui ne peut être séparée après le refus opposé par le Conseil d'Etat à la demande formulée par la Ville de l'annexion de la presqu'île de la Jonction.

a Toutes ces considérations ont obligé le Conseil administratif à chercher une autre solution plus économique, et permettant de laisser les établissements futurs de la Ville sur son propre territoire, tout en diminuant considérablement les frais de premier établissement. Le problème peut être résolu par les projets N^» 2 et 3 d'une manière aussi avantageuse pour la Ville, et le choix entre ces deux alternatives dépendra essentiellement de la solution que donnera le Conseil d'Etat à certains desideratas qui seront énoncés plus bas et qui sont relatifs au projet N** 2.

« Le projet N^ 2 utilise, comme le précédent, le bras gauche du Rhône comme canal industriel. Il diffère du projet N^ 1 par la position du bâtiment des turbines, qui, au lieu de se trouver

le long de la rive, se trouve en partie (six turbines) en travers du canal d'amenée et en partie (quatorze turbines) dans le milieu du fleuve, dans le prolongement de la digue longitudinale. La force disponible est de 6000 chevaux bruts, comme dans le précédent.

a II présente la possibilité d'établir Tégout collecteur de la rive gauche le long de la rive dans le lit môme du fleuve, et par conséquent d'en diminuer la longueur, puisqu'il n'est pas nécessaire de le prolonger au delà du bâtiment des turbines. En outre, l'égout se présente dans des conditions d'exécution beaucoup plus économiques, puisqu'il se fera dans le lit du fleuve, sous les quais-ponts et dans le prolongement du quai de la Poste, au moment où ces diverses parties du lit seront mises à s(C pour l'exécution des dragages du bras gauche et des fondations des bâtiments et des vannes de décharge. Son coût s'élèvera à Fr. 2^5,000 seulement, si l'Etat ou les communes suburbaines contribuent par leurs subventions à l'établissement d'un égout de section suffisante pour recevoir toutes les eaux de l'agglomération genevoise sur la rive gauche. Le prix de l'égout ne dépasserait guère Fr. 130,000 s'il était calculé pour recevoir les eaux urbaines seulement. Mais il y aurait faute grave de la part des autorités cantonnles et municipales à ne pas faire, d'emblée, un égout suffisant pour toutes les nécessités à venir, alors que se présente l'occasion unique de la mise à sec du bras gauche, opération qui réduit de moitié le coût de ce travail.

« Cette solution nouvelle, qui n'empêche pas l'exécution de la route du Stand par les propriétaires, aussitôt que ceux-ci voudront tirer parti de leurs terrains, est une économie nette de Fr. 185,000 sur le coût de la route de St-Georges ; il évite, en outre, la subvention nouvelle que la Ville eût été en droit de demander à l'Etat pour sa part à la création d'un grand égout collecteur par la rue du Stand, égout devisé, comme il a été dit plus haut, à Fr. 351,000.

(L 11 paraît équitable, en conséquence, que le Conseil d'Elat demande au Grand Conseil d'appliquer la subvention de la Ville de Fr. 150,000 destinée à la route à travers le Stand, ainsi que les Fr. 35,000 que l'Etat aurait dû dépenser pour parfaire cette dépense ; que le Conseil d'Etat, disons-nous, demande d'appliquer cette somme de Fr. 185,000 à la création de la portion de l'égout collecteur allant de la Petite-Fusterie à la place des Volontaires, au-dessous du bâtiment des turbines. Le reste de la dépense, soit Fr. 105,000, incomberait à la Ville et aux Communes suburbaines.

«Le projet N^ 2 présente donc, soit pour l'Etat, soit pour la Ville, une économie nette de Fr. 759,000 sur le projet N° 1, toutes les autres dépenses restant égales.

« Il présente toutefois encore un inconvénient aux yeux de la Ville, inconvénient qui peut disparaître sans nuire aux intérêts de personne, si le Conseil d'Etat veut bien présenter au Grand Conseil un projet de loi délimitant les communes de Plainpalais et de Genève le long de la rive gauche du fleuve, entre la rue de l'Arquebuse et la place des Volontaires, et non dans l'axe du fleuve où se trouve actuellement la limite idéale des deux communes.

« Cette simple modification de limite, sur 200 mètres de longueur, mettrait toutes les futures installations sur le territoire de la Ville.

« Dans le cas où la Ville ne pourrait pas obtenir le changement de limites qui n'a, comme vous le reconnaîtrez facilement, aucun des inconvénients que l'on objectait à l'annexion totale de la presqu'île de la Jonction et qu'elle n'obtiendrait pas simultanément de la Commune de Plainpalais le dégrèvement de la taxe municipale pour la Machine hydraulique à vapeur et les Abattoirs, qui sont l'un et l'autre des établissements d'utilité publique au premier chef, la Ville se trouverait dans l'obligation de recourir au projet N« 3, qui difl'ère essentiellement des deux précédents.

« En effet, le bâtiment des turbines se trouve dans le prolongement du bras droit du Rhône, qui devient canal industriel, le bras gauche étant pris comme canal de régularisation. Il est disposé à la hauteur de la promenade de St-Jean, immédiatement au-dçssous du pont de la Coulouvrehière, et sa position permet de réduire de près de 100 mètres la digue longitudinale telle qu'elle est prévue dans le projet N^ 2 ; par contre, le draguage du canal de fuite doit être poussé d'autant plus en amont; l'économie réalisée par la diminution de la digue est compensée à Fr. 15,000 près par l'augmentation du coût du draguage. Le bras droit étant utilisé comme canal industriel, le niveau de l'eau, du pont de la Machine au bâtiment des turbines, participera au régime d'amont et, par, conséquent, sera plus élevé qu'il n'est aujourd'hui, tandis que l'eau du bras gauche sera abaissée, et, par conséquent, la construction de Tégout collecteur rive gauche ne sera plus d'une nécessité immédiate. Ce changement de régime amène, par contre, l'obligation de construire la partie de l'égout collecteur rive droite compris entre les ponts de l'Ile et le nouveau bâtiment des turbines. La construction de l'égout se ferait en partie dans le lit du fleuve, de façon à élargir simultanément le quai du Seujet, ce qui apporterait une amélioration importante à ce quartier.

a Le coût du tronçon d'égout rive droite, qui doit être exécuté simultanément avec le projet N® 3, peut être devisé à Fr. 209.000 seulement, de sorte que les frais du reste du projet restant égaux à ceux du projet N^ 2, l'économie du projet N*^ 3, par la diminution de la longueur de l'égout collecteur et de la digue longitudinale, serait de Fr. 65,000.

<L Dans cette alternative, la route du Stand n'a, pas plus que dans le projet N° 2, d'utilité directe, et la Ville demanderait que sa subvention de Fr. 150,000 soit reportée sur la construction de Tôgout, TEtat bénéflciant de Fr. 35,000, solde du coût de la route du Stand.

« Le projet N*» 3 présente, au point de vue des intérêts de la Ville, le grand avantage d'être entièrement sur son territoire, et par conséquent il met un terme à toute discussion relative à une modiQcation de ses limites

a Toutefois, cette solution porte préjudice au territoire de la Coulouvrenière et aux terrains de la Jonction, quartier qui paraît à première vue avantageusement disposé pour devenir un centre industriel, quoiqu'il ne présente pas la possibilité d'un raccordement facile avec la voie ferrée, ce qui est une nécessité absolue pour attirer la grande industrie.

a Quelle que soit la solution donnée à la question du quartier industriel, le transport de la force motrice pourra se faire d'une manière également facile pour les projets N°2 et N^ 3; aussi les seuls mobiles qui nous feraient préférer le projet N° 2 sont que la construction de Tégout rive gauche paraît d'une utilité plus générale pour l'agglomération genevoise, et que l'adoption du bras droit comme canal industriel nécessiterait peut-être une modification à la loi du 30 septembre 1882, par conséquent, un retard dans le commencement des travaux si impatiemment attendus de toute la population.

« Il dépend du Conseil d'Etat de permettre la mise en exécution de ce grand travail dès le mois de novembre prochain, de façon à profiter encore des basses eaux d'hiver. Tout délai dans la solution de nos demandes retardera forcément d'un an le commencement des travaux.

a Persuadés, Monsieur le Président, que le Conseil d'Etat fera tout son possible pour faciliter à la Ville la lourde tâche qu'elle a assumée, nous vous présentons l'assurance de notre haute considération.

€ Au NOM DU Conseil Administratif :

« Le Président,

«Ed. PICTET.

«P.-S. En cas d'exécution du projet N^ 3, l'enquête de commodo ne serait pas à refaire, puisqne la loi du 30 septembre 1882 a été votée sur l'enquête faite pour la demande de la Société d'utilisation des Forces du Rhône, demande qui prévoyait un barrage et des turbines dans l'emplacement môme du projet N* 3. »

Il nous reste, Messieurs, à développer devant vous le projet tel qu'il res- Plan d'ensemWc. sort des dernières études faites, dans les trois alternatives prévues.

Après un coup d'œil sur le plan d'ensemble, nous examinerons d'abord la question des draguages et les conséquences qu auront ces travaux, savoir : l'enlèvement du barrage et la réfection du pont de la Machine sur un des bras du Rhône. En second lieu, nous étudierons la construction de la digue séparative et de ses accessoires, digue noyée et vannes de décharge.

Vient ensuite la construction du bâtiment des turbines, en fondations et en élévation.

Nous poursuivrons en vous donnant quelques détails sur les dispositions des moteurs et des pompes qui seront placés dans ce b&timent.

Enfin nous terminerons par rétablissement des devis comparatifs et par la justification financière du projet.

Le plan général est resté celui qu a proposé M. Legler et que vous connaissez déjà, à savoir :

Utilisation d*un des bras comme canal industriel et régularisation possible du niveau du lac par l'autre bras.

Ce projet nécessite le prolongement du bras servant de canal industriel pour former le canal d'amenée et le canal de fuite, au moyen d'une digue séparative située parallèlement au quai et créant ainsi un canal de 48 mètres de largeur.

Nous avons profité des eaux basses de l'hiver dernier, pour faire relever Draguages.

très soigneusement de 25°™ en 25" les profils en travers du Rhône, dès le pont de la Machine à la Jonction. Ces levés nous ont permis d'établir le cube exact des draguages à effectuer. Le total se monte à plus de 300,000 mètres cubes. Il ne sera pas nécessaire cependant de faire ces draguages en une seule fois ; ceux du bras de régularisation, qui ne s'exécuteront qu'en tant qu*il serait intervenu une convention intercantonale pour le niveau du lac, ont une importance de 46,000 mètres cubes.

La partie située entre le moulin de Souterre et la Jonction pourra aussi être différée ; il ne reste donc à draguer, dans la première période, que le canal industriel jusqu'au bâtiment des turbines, pour former le plafond du canal d'amenée, puis de cet endroit jusqu'à Souterre pour creuser le canal de fuite.

Cette première partie indispensable a une importance de 120,000 mètres cubes environ.

Vous trouverez, dans les pièces smnexes, divers rapports à ce sujet (voir Fascicule III, Annexes IV et V), entr'autres celui de M. Chappuis, ingénieurentrepreneur^ qui a exécuté la correction des eaux du Jura et exécute, en ce moment, de grands travaux de draguages dans la Seine-Inférieure.

Après avoir examiné en détail les prix de revient des draguages dans des conditions diverses, nous avons pensé qu'il serait avantageux pour la Ville d'opérer ces travaux en régie co-intéressée ; la grande expérience de M. l'ingénieur Chappuis, le matériel considérable qu'il possède à Nidau, nous sont un sûr garant que cette entreprise ne pourrait s'exécuter dans des conditions plus sérieuses.

Les draguages devront probablement s'opérer à sec dans le canal industriel ; un batardeau provisoire sera établi à cet effet vers le barrage et un antre à la pointe de Tlle. De puissantes pompes épuiseront l'eau et tiendront le lit à sec; cette mesure se justifie par l'impossibilité qu'il y aurait à faire passer les dragues sous les ponts, et par la nécessité de faire, dans les meilleures conditions, certains travaux de consolidation aux murs des quais ; ces travaux se feront en hiver et seront rapidement exécutés, le cube à extraire étant seule ment de 5,500 mètres cubes.

C'est, du reste, ainsi qu'il a été procédé, il y a quelques années, à Zurich.

Les produits des draguages de la partie aval^ soit du pont de la Coulouvrenière au moulin Pélaz, seront employés, s'ils sont reconnus de bonne qualité, à créer la digue séparative ; dans le cas contraire, ils seront versés dans le gouffre de 8 à 9 mètres qui se trouve sous les nouveaux bains flottants; de cette façon on économisera le transport des draguages ; la troisième partie, soit du bâtiment des turbines au moulin de Souterre, sera portée sur les terrains de la Jonction, suivant la convention que vous trouverez aux annexes * (voir Fascicule III, Annexe 3).

L'exécution de ces travaux ne pourra se faire que dans la période des basses eaux et nécessitera au moins deux campagnes. Digue séparative. Comme nous l'avons dit ci-dessus, une digue parallèle au quai sera établie

dans le prolongement de l'Ile.

Cette espèce de jetée peut être construite de deux manières différentes, soit en terre, soit en béton. Dans le premier cas, elle aurait 3 mètres en couronne et des tahis de 1 sur 1 V2> ^^^ hauteur moyenne de 6 mètres, ce qui donne une largeur à la base d'environ 20 mètres.

Le pied de la digue serait formé par deux balardeaux de 1™ de large : après avoir épuisé l'intérieur des balardeaux, on les remplirait avec le produit des draguages préalablement préparés et étendus par petites couches, damées avec soin.

Les talus seraient revêtus de perrés cimentés ; ce travail fini, les balardeaux seraient recépés au fond de l'eau.

Cette manière de procéder serait la plus économique; elle a parfaitement réussi dans la Limmat, à Zurich.

Le deuxième procédé consisterait à construire deux batardeaux parallèles ', laissant un vide de 2"* à 2'»,50, et d'y couler du béton; puis, après avoir recépé les pieux des batardeaux, de garantir la digue contre le courant avec des enrochements; ce second mode de faire serait plus coûteux que le premier.

* Convention avec les propriétaires d€8 terrains de la Jonction pour le dépôt du produit des draguages.

* Cest ce système qui a été exécuté.

Bâtiment.

Si tout Touvrage était exécuté en remblais, il faudrait un cube de 15,000 mètres cubes, ce qui est sensiblement celui des draguages à effectuer dans la partie correspondante du bras gauche.

Douze vannes de décharge de 3^ de largeur et de 3%90 de hauteur Vannes de décharge, seront installées entre la digue séparative et l'extrémité de la Halle. Elles seront manœuvrées au moyen d'une petite turbine et serviront à évacuer dans le bras droit le trop-plein de Teau amenée par le bras gauche, qui ne serait pas absorbé par les turbines. Le bâti de ce vannage sera entièrement en fer et les5 fondations en béton, avec radier en bois.

Le bâtiment destiné à recevoir les turbines et pompes sera édifié, dans les Projets N^» 2 et 3, en partie à cheval sur le canal industriel, en partie en prolongation de la digue séparative, en équerre avec l'autre partie du bâtiment. La première partie contenant six chambres de turbines serait seule complètement achevée dans la première période. Il ne serait fait d'abord, du bâtiment longitudinal, que les fondations inférieures et les tètes des chambres de turbines, de façon à permettre ultérieurement de les épuiser sans batardeau spécial lorsqu'il sera devenu nécesssaire de les achever.

Toutes les fondations se feront en béton ; chaque chambre aura une largeur de 5°',50, les piles intermédiaires ayant une largeur de 1",50 ^

En élévation, les fondations présenteront trois étages : un sous-sol placé au-dessous de la turbine, par lequel l'eau s'échappera ; un premier étage, qui sera la chambre d'eau correspondant au plafond du canal d'amenée ; puis un second étage situé au-dessus des plus hautes eaux et dans lequel se trouveront le pivot supérieur de la turbine, la commande des vannages et les tuyaux d'aspiration et de refoulement des pompes.

Au-dessus de cet étage sera la salle des pompes formant le véritable rezde-chaussée du bâtiment. Une toiture en fer, supportée par des colonnes en fonte, recouvrira le tout, qui formera une vaste salle largement éclairée. Des rails fixés aux colonnes qui portent la toiture supporteront des grues roulantes^ pour la manœuvre des pièces.

Les turbines seront placées dans l'axe du bâtiment, et les pompes disposées en chevrons seront directement attelées deux par deux à la turbine, comme c'est le cas pour les pompes de l'ancienne Machine. Cette disposition ne nécessite pas de coûteuses transmissions et donne un mouvement plus doux.

Les turbines seront du système Jonval, à réaction ; c'est celui qui convient le mieux pour le régime du Rhône, dont les niveaux sont soumis à de grandes variations. Le diamètre de la roue motrice, fondue en deux pièces, aura 4™, 50.

L'arbre creux sera en acier et le pivot sera placé en dessus.

Les pompes auront li même course que celles de l'Usine à vapeur, soit l'^jtO.

Les soupapes seront à double siège, l'expérience ayant prouvé que celles du système Farcot, nécessaires pour marche à grande vitesse, se détériorent lorsqu'elles restent au repos. Du reste, la vitesse de rotation des turbines sera

Pompes et turbines.

L*épaisseiir donnée aux piles a été, en exécution, da !««.

de S6 tours, ce qui est une vitesse normale pour des pompes à piston plongeur.

Au-dessus du canal de fuite se trouvera un vaste puisard qui recevra Teau par un tuyau communiquant avec la conduite alimentant actuellement les pompes à vapeur.

Les tuyaux de refoulement partant des réservoirs d'air communiqueront pour chaque groupe de pompes, au moyen d'un robinet-vanne, avec deux conduites maîtresses à haute et basse pression placées à côté du puisard.

Les pompes seront construites de façon à pouvoir marcher indifféremment à haute ou basse pression ^

La vitesse restant la même, il suffira d'avoir un piston de 300°*°* de diamètre pour marcher à haute pression, et un piston de 420°»™ pour la basse pression de 50 mètres.

Ce dispositif permettra de commencer immédiatement le service à haute pression pour la transmission de grandes forces, sans attendre la construction d'un réservoir à niveau élevé. Si jamais ce réservoir est établi, il suffira de changer les pistons de pompes pour marcher dans les nouvelles conditions de pression.

Nous avons étudié la possibilité d'utiliser les mômes turbines pour actionner soit des compresseurs d'air, soit des machines électro-dynamiques, soit une transmission télo-dynamique. Nous sommes assurés de cette façon de pouvoir satisfaire à la demande de tout système de transmission de force aujourd'hui en usage, quoiqu'il ne soit pas question d'établir maintenant autre chose que des pompes hydrauliques.

Telle est, Messieurs, en résumé, la description des premiers travaux à exécuter, mais nous devons prévoir que cette modification complète de nos forces motrices entraînera à d'autres dépenses pour améliorer le service des eaux.

AmëlioraUon da service En dehors des travaux proprement dits nécessités pour l'utilisation des

hydraulique. forces motrices du Rhône, il y a donc lieu d'examiner quels seront les changements à apporter à notre système de canalisation hydraulique, pour que le service des eaux, doté d'une force considérable, puisse poursuivre son développement et fournir par ses bénéfices les sommes nécessaires à l'amortissement des capitaux dépensés dans ce but

Nous avons eu donc à étudier les points suivants :

a) Création d'une double zone, c'est-à-dire établissement de deux réseaux, l'un à basse pression, soit 50°» comme aujourd'hui, desservant les quartiers bas, l'autre à haute pression, fournissant l'eau aux localités les plus élevées et à l'industrie.

b) Création d'un réservoir pour distribution sous haute pression.

c) Etude de la canalisation reliant le réservoir à haute pression avec l'usine élévatoire.

dj Modifications à apporter à l'ancien réseau de la Ville, et créations de nouveaux réseaux dans les communes suburbaines.

^ Lors de rexécution, l'on a renoncé à avoir deux régimes distincts pour chaque système de pompe.

e) Elaboration des nouveaux tarifs pour la vente de l'eau motrice.

C'est le résultat de ces études que nous allons vous donner, après quelques considérations préliminaires.

Le premier point à fixer dans la création ou la modification d'un service hydrau- Considérations lique est la quantité d'eau nécessaire, non seulement pour le moment présent, g « « es.

mais pour une période que Ton doit prévoir d'au moins un quart de siècle.

Les besoins sont divers et peuvent se répartir' ainsi :

4^ Eau ménagère,

2® Eau industrielle. Sous ce nom, nous appelons l'eau nécessaire à l'industrie pour d'autres usages que la force motrice.

A Lyon, à Roubaix et dans d'autres villes manufacturières, cette eau entre pour un facteur important dans le total des eaux à élever ; à Genève son débit est actuellement presque insignifiant.

3^ Eau destinfe aux services pubUcs, qui se classe en deux catégories :

L'eau pour les fontaines,

L'eau pour les arrosages, lavages d'égouts et services de propreté.

4** Eau motrice distribuée à domicile sous haute pression.

Le^ documents que nous possédons sur le service actuel et sur son développement depuis 25 ans, peuvent nous donner la mesure de ce qu'il faut prévoir pour un nouveau quart de siècle, du moins en ce qui concerne les services publics et l'eau ménagère. Mais il n'en est pas de même de l'eau destinée à distribuer la force motrice.

Avant de rechercher approximativement les différents facteurs qui doivent nous donner le cube total de l'eau à élever, nous devons examiner la manière dont nous distribuerons la force et expliquer les raisons qui nous ont fait préférer l'emploi de l'eau sous pression aux autres systèmes connus pour la transmission de la force motrice à distance.

Des divers modes de transmissions, les plus simples et les plus anciens Des divers modes de sont les transmissions par courroie, par engrenages et par arbre de couche; *'*an^">>ssion de force. ces divers modes ne peuvent être employés que dans les locaux où la force motrice est produite, ou, tout au moins, qui ne sont éloignés que de quelque 20 mètres de la force motrice. Ce genre de transmission ne pourra donc pas être utilisé pour transmettre la force au dehors de notre bâtiment de turbines.

Aussi passons-nous rapidement au système inventé par M. Ilirn vers 4850, pour transmettre la force à de plus grandes distances ; le système porte le nom de transmission par câbles en fer, ou transmission télo-dynamique. Par le moyen de câbles marchant à des vitesses de 20 à 25 mètres par seconde sur des volants ou poulies à gorge, on peut transmettre des forces considérables à plusieurs kilomètres de distance; ces installations, simples en apparence, nécessitent, toutefois, des dépenses assez considérables, car les poulies doivent être placées au sommet de hauts piliers en fer ou en maçonnerie.

Suivant la configuration du terrain, la distance d'un pilier à l'autre peut varier suivant la flèche, soit courbure, du brin descendant du câble, qui tend à traîner par terre. Dans les cas les plus favorables, comme à Bellegarde (192™), les portées ne peuvent dépasser 200 mètres.

Ce genre de transmission s'est beaucoup répandu depuis 15 ans et a rendu certainement de grands services.

Les distributions de forces créées à Schaffhouse, Fribourg, Bellegarde et Zurich, sont basées sur l'emploi des transmissions par câbles. A Bellegarde et à Fribourg il eût été impossible de transporter autrement la force des cours d'eaux encaissés dans des gorges de plus de 40 mètres de profondeur.

Et cependant, quelque simple que paraisse à première vue ce système de transmission, Ton tend à y renoncer à cause des frais d'entretien considérables que nécessitent les câbles, frais qui ont été prouvés par une longue expérience : les câbles nécessitent des changements annuels; en outre, ils se détendent pendant les. premiers temps de leur marche; de là l'obligation de les raccourcir fréquemment et de faire de longues épissures de plus de 20 mètres, pour lesquelles des ouvriers expérimentés emploient au moins une journée; il faut en outre, disposer d'un emplacement au-dessous du câble pouç faire cette opération avec commodité. Parfois ces câbles se rompent, ce qui peut entraîner des accidents graves, surtout s'ils traversent des voies de communication. Ce système ne permet aucune mesure de la quantité de force transmise par le câble. On ne peut donc l'employer que pour un établissement particulier et pour transmettre une force considérable, mais il est impossible de distribuer la force par fractions de cinq à dix chevaux sans être à la merci du consommateur.

Enfin, la force ainsi concédée doit l'être dans un quartier spécial et nécessite une division du terrain, qui doit se plier aux exigences de la transmission. Transmission par air L'emploi de l'air Comprimé comme système de transmission tend à se

comprime. répandre depuis quelques années. Les premières applications de cet agent sont

dues à notre savant concitoyen, M. le proP* D. Colladon, qui eut l'idée d'employer ràir comprimé pour le percement des grands tunnels. C'est au Mont-Cenis qu'eut lieu la première application. Le Gothard a été percé par le môme procédé.

L'air est aspiré dans l'atmosphère et comprimé à une pression de plusieurs kilogrammes par des pompes spéciales, appelées compresseurs. Cet air, ainsi réduit de volume, est distribué par des canalisations métalliques jusqu'aux différents points où la force doit être distribuée. La perte de charge, extrêmement faible, de l'air dans les tuyaux, permet de transmettre des forces considérables avec des sections de conduits extrêmement restreints.

Aussi ce système peut-il être employé avec grand avantage partout où, comme dans les tunnels, la question de rendement en force motrice joue un rôle secondaire.

Malheureusement ce n'est pas notre cas, et la perte d'effet utile, soit par le fait de réchauffement produit par la compression de l'air, soit par le fait du refroidissement produit par la détente dans la machine secondaire où la force est restituée, réduit à 50 7o> ^^ maximum, l'effet utile de la transmission par l'air comprimé. En outre, les congélations qui se produisent, par suite de l'abaissement de température, à l'échappement de la machine secondaire, amènent fréquemment l'obstruction des lumières, et par conséquent des irrégularités de marche. Il est vrai que M. Mékarski a proposé, avec succès, de réchauffer l'air dans le cylindre de détente au moyen d'un jet de vapeur, ce qui augmente sensiblement les conditions de rendement et supprime les chances de congélation.

Mais ce système nécessite rétablissement d'une petite chaudière à vapeur sur chaque point de consommation de force et fait perdre un des principaux avantages de la transmission de force à distance à partir d'une station centrale, avantage qui est de supprimer tout personnel sur le lieu de consommation.

Nous ne pouvons passer sous silence l'emploi de l'électricité pour la trans- Transmission par mission à grande distance, car ce système est soumis actuellement à une polé- électricité,

mique intense \ et nous avons tout lieu de croire que, s'il n'est pas encore arrivé à un point où l'on puisse le déclarer complètement entré dans la pratique industrielle, il arrivera, dans un avenir peu lointain, à lutter avec avantage contre ses devanciers.

Rappelons en quelques mots les principes de la transmission par l'électricité. Un moteur quelconque, une turbine par exemple, fait mouvoir une machine dynamo-électrique à courant continu qui produit l'électricité et est appelée machine génératrice, ou machine primaire. Cette électricité est transmise par un double conducteur métallique jusqu'au point où la force doit être restituée. Là, se trouve installée une seconde machine électro-dynamique sensiblement égale à la machine génératrice, laquelle, sous l'action du courant électrique, est entraînée dans un mouvement de rotation. On peut recueillir sur cette seconde machine, appelée machine réceptrice, ou machine secondaire, une partie de la force qui avait été donnée à la machine primaire. La perte de rendement provient de trois causes principales : réchauffement produit par la résist nce de la machine primaire, réchauffement produit par la résistance du câble, et réchauffement produit par la résistance de la machine secondaire.

Ces trois facteurs, auxquels il y a lieu d'ajouter les frottements relativement faibles des deux machines, sont la cause principale de la perte de rendement qui n'est point à dédaigner, car dans les expériences célèbres de M. Marcel Deprez, à Munich, et à la gare du Nord, à Paris, elles ont atteint ensemble 70 ®/o environ, laissant ainsi un effet utile de 30 % seulement. Il est juste de reconnaître que M. Marcel Deprez avait exagéré, comme à plaisir, les difficultés de ses expériences, en employant des câbles en fer ([jar conséquent d'une résistance énorme) et en cherchant à produire une différence de potentiel de plusieurs milliers de volts dans une seule machine, ce qui la rendait excessivement délicate et réduisait dans une proportion considérable le rendement obtenu à cauâc de l'insuffisance de l'isolation des fils de sa machine, en présence de différences de tension aussi colossales. La distance à laquelle M. Marcel Deprez a transmis la force était de 8 V2 kilomètres. Il est peu probable que nous ayons à Genève des transmissions aussi éloignées du point de création de la force, aussi le problème est-il passablement simplifié.

L'électricité peut être employée sans inconvénient au point de vue physiologique, c'est-à-dire au point de vue des accidents de personnes, jusqu'à une tension de 500 volts. La maison Siemens construit aujourd'hui d'une façon parfaitement industrielle des machines produisant cette tension; et le rendement de ces machines atteint 80 7o/ soit pour la machine primaire, soit pour

* Ce rapport était écrit en 1883.

la mach'ne secondaire. Le rendement final est donc de 6i Vo» ©t si l'on y ajoute une perte de 10 7o par le câble qui conduit l'électricité d'une machine à l'autre on obtient un effet utile net de 54 7o sur Tarbre moteur de la machine secondaire *.

Or, avec une machine produisant une tension de 500 volts et une quantité de 50 ampères, ce qui correspond en énergie électrique à une force de 2,500 kilogrammètres, soit environ 33,3 chevaux, on obtiendrait à une distance de : un kilomètre, sur l'arbre de la machine secondaire, une force de 23 chevaux, avec un câble en cuivre ayant une résistance de 0,50 Ohm par kilomètre et coûtant avec son enveloppe de plomb fr. 2,500 le kilomètre.

Le prix des deux machines et des deux kilomètres de câble (aller et retour) serait ensemble, avec la pose, de fr. 15,000, ce qui. pour 23 chevaux et en comptant un intérêt et amortissement de 15 % P^r ^n, porterait en chiffre rond à fr. 65, et avec le graissage et l'entretien, à fr. 100 par an la plus-value du prix de revient du cheval effectif pour une transmission électrique d'une force d'au moins 20 chevaux à un kilomètre de distance.

On voit que, dans ces conditions, le moment n'est pas loin où l'on pourra appliquer avec avantage ce mode de transmission dans notre ville.

Toutefois, il y a encore un certain imprévu dans la sûreté et la durée du fonctionnement des machines dynamos qui nous a décidés à attendre les résultats d'expériences de plus longue durée avant de baser, dès le commencement de nos travaux, notre système principal de transport de force sur la transmission électrique.

Transmiwionpareau Aussi nous nous sommes arrêtés à l'emploi de la transmission de la force

80U8 pression. p^^ ^g^^ g^^g pression, qui nous a paru le plus sûr et le plus simple, dans les conditions dans lesquelles il se présente pour nous. Ce système présente les avantages suivants sur les trois autres systèmes précédemment décrits.

11 donne, avant tout, la possibilité de mesurer exactement la quantité de force consommée en chaque point par la mesure de leau écoulée dans le moteur de l'abonné. Cette faculté n'existe ni pour la transmission télodynamique, ni pour la transmission par l'air comprimé, et s'il est possible dans la transmission électrique de mesurer la quantité d'électricité passée par la machine secondaire, les appareils de mesurage, dont l'invention est toute récente, ne présentent pas encore la sanction de l'expérience, qui nous permette de les mettre sur un pied d'égalité avec les compteurs d'eau dont le bon fonctionnement est consacré par des années d'usage.

Le moteur hydraulique employé pour restituer la force sur le lieu de consommation peut appartenir à deux systèmes différents, qui présentent l'un et l'autre leurs avantages spéciaux.

Le premier est la turbine pour hautes chutes, ou roue tangentîelle, pour laquelle la force vive de l'eau est mise à contribution et dont le rendement ne dépasse guère 70 7o-

L'autre est le moteur à colonne d'eau, dans lequel l'eau agit par sa pression

' Grèce aux perfectionDements apportés depuis lors, TefTet utile net atteint et dépasse aujourd'hui 80 »/„.

sur un piston, dont le va-et-vient produit, par l'intermédiaire d'une bielle, un mouvement de rotation continu.

Le rendement de ces appareils peut atteindre 80 et même 85 7o- Leur prix est, par contre, plus élevé que celui d'une turbine de force égale ; ils présentent en outre l'inconvénient de dépenser, pour une vitesse donnée, une quantité d'eau constante, quelle que soit la force qui leur soit demandée, tandis que la dépense d'eau de la turbine peut varier avec la force consommée. La machine à colonne d'eau présente, par contre, l'avantage de constituer elle-même un compteur d'eau, car la dépense par tour étant constante, il suffit d'enregistrer le nombre de tours pour connaître l'eau écoulée, étant donné le volume de la cylindrée. La turbine, elle, ne pouvant pas compter son eau, oblige à placer sur le tuyau d'amenée un compteur d'eau qui a Finconvénient de causer une perte de charge et, par conséquent, de réduire encore un peu le rendement de ce système.

La transmission par eau nécessite des canalisations relativement coûteuses et dont le prix est d'autant plus considérable que l'eau est distribuée sous une plus faible pression, car le frottement de l'eau dans les conduites dépend uniquement de la vitesse et non de la pression à laquelle elle est soumise. Il ressort de ce fait que la distribution d'eau sous pression est d'autant plus économique, qu'elle est opérée sous une plus forte charge ; c'est ce qui nous a amenés à prévoir une canalisation industrielle sous 400 mètres de pression* . Nous n'avons pas cru devoir dépasser ce chiffre, parce qu'il est probable qu'un jour ou l'autre, le réseau hydraulique à haute pression sera complété par rétablissement d'un réservoir sur un des points culminants environnant la Ville et que le point le plus élevé à une distance de 4 kilomètres de l'usine future ne dépasse pas le niveau de 90 mètres au-dessus du lac.

Nous avons dit plus haut que l'établissement des canalisations hydrauliques était plus coûteux que l'établissement d'un câble télo-dynamique ; par , contre, il présente la particularité que la perte de charge, ou le frottement de l'eau, ne varie pas proportionnellement à la section des tuyaux, de sorte que, tandis qu'avec un câble de section double d'un autre, la force transmise ne peut être que quatre fois supérieure à celle transmise par le câble le plus faible, une canalisation hydraulique d'un diamètre double d'un autre permettra de transmettre, à perte de charge égale, une force six fois plus considérable. L'on trouve également que, tandis qu'un câble de section double pèse quatre fois plus que l'autre, une canalisation de section double ne pèsera guère que deux et demi fois plus que l'autre.

Ajoutons, par contre, pour être exact, que la transmission par eau perd beaucoup de ses avantages lorsqu'elle doit être faite à un niveau sensiblement supérieur à celui où l'eau est aspirée, car la pression est toujours diminuée de la différence entre la hauteur à laquelle est situé le moteur et la hauteur de l'eau dans le puisard des pompes. 11 y a lieu de tenir compte de cet élément important dans le système de transmission à adopter dans chaque cas particulier.

' I<a pression normale du réseau à haute pression a été, dans l'exécution, de 140 mètres.

Nous venons d'exposer sous vos yeux, aussi impartialement que possible, les côtés forts et faibles.de chacun des systèmes de transmission de force à distance, aujourd'hui connus. Nous pensons qu'il est bon d'y ajouter quelques chiffras tirés d'un ouvrage tout récemment paru à Berlin et intitulé : €KrUische Vergleichung der electrischen Kraflûbertragungy » par M. Beringer. (Voir Fascicule m, Annexe N<» 11).

Il s'agit détablir le prix de la force motrice produite par les différents systèmes connus :

Une force de cinq chevaux, produite par une petite machine à vapeur, coûte environ Fr. 0.40 par heure et par cheval.

Une force d'une dizaine de chevaux, produite par une machine à vapeur de force moyenne, coûte fr. 0,27 par heure et par cheval.

Une force de cinquante chevaux au moins, produite par une grande machine â vapeur, coûte fr. 0,106 par heure et par cheval.

Avec un moteur à gaz, le prix du cheval dépend du prix du gaz. Pour les villes où le mètre cube de gaz coûte fr. 0,22, le cheval-heure revient à fr. 0.32 (il serait de fr. 0,40 à Genève) avec un moteur consommant 0,8 mètre cube par heure et par cheval. Avec de très grandes machines à vapeur de la meilleure construction, le prix du cheval-heure peut être abaissé à 4—5 centimes. D'autre part, Beringer indique que le prix d'un cheval-heure pour une transmission de 100 chevaux à 5 kilomètres de distance serait, étant donnée une force hydraulique initiale à bon marché :

Pour la transmission par câble télo-dynamique Fr. 0,029

» air comprimé d 0,037

». électricité » 0,027

» eau sous pression » 0,045

Il ressortirait à première vue de ces chiffres que la transmission par eau serait la plus onéreuse, mais nous croyons que, par la sûreté du fonctionnement, la commodité du service et la sécurité de Tinstallation, ce système doit passer en premier rang, lorsqu'il s'agit d'une transmission de force dans l'intérieur même d'une ville. Le fait qu'une distribution d'eau ne sert pas seulement à donner de la force motrice, mais permet aussi de rendre des services de toute espèce à la communauté, soit comme eau ménagère, soit sous forme d'eau industrielle, soit, enfin, pour tous les services de propreté et d'édilité, donne une telle supériorité à ce mode de transmission, que nous n'avons pas hésité à en faire la base de notre première installition, tout en nous réservant la possibilité d'appliquer, suivant les cas, avec les quelques mille chevaux encore disponibles, tout autre système mieux approprié à certains cas spéciaux. Réservoir. Nous avons parlé plus haut de la possibilité de l'établissement d'un réser-

voir correspondant à la zone de 100 mètres.

Le coût considérable d'établissement qu'il nécessiterait, étant donnée la distance de kil. 4,200 entre l'usine de la Coulouvrenière et les Crêts du Grand- Saconnex, où sa place est imposée, nous ont fait reculer devant ce surcroît de dépense.

En effet, un réservoir de 20,000 mètres cubes, avec une canalisation de

800^ de diamètre, coûterait 7 à 800,000 fr. ; en môme temps, le calcul indique que ce réservoir, malgré l'énorme diamètre de la canalisation, ne pourrait pas restituer 500 chevaux sans une perte de 12 Vo»

Dans ces conditions^ nous avons cherché une solution plus simple, qui ne coûtera qu'une cinquantaine de mille francs et perm^ettra de rendre certains services de régularisation de pression que Ton pouvait demander au réservoir.

Le système se compose de quatre grands réservoirs de 12"* de hauteur et Réservoirs réeuiarisa-

* r ^ w teurs pour la haate

de 1°',500 de diamètre, placés dans le bâtiment des turbmes, et mis en commu- pression. nication avec la canalisation à haute pression. Ces grands réservoirs doivent servir de coussins d'air et supprimer les coups de bélier ; ils sont mis en communication avec un tiroir circulaire, disposé de telle façon qu'aussitôt que les pompes à haute pression fournissent un volume supérieur au débit, le surplus de l'eau utilisée passe de la zone à haute pression dans celle à basse pression, où elle trouve son emploi.

On économise ainsi une somme de près de 700,000 Fr., qui permettrait de créer un force supérieure aux 500 chevaux qu'aurait pu restituer le réservoir.

Nous avons achevé la description des machines et installations projetées ; ^ Recherche

du cube d eau à élever

il nous reste à procéder à la justification financière de l'entreprise, en établissant par jour,

d'une part les recettes probables, d'autre part les frais d'installation et les dépenses d'entretien annuel.

Les concessions ménagères ont absorbé pendant 1882 un

volume de W 2,100,000

En supposant une augmentation de 140 litres par an, ce qui correspond à la moyenne annuelle des dix dernières années, nous aurons une augmentation de 220 mètres cubes par jour et par année W 70,000.

Ce qui, au bout de 25 ans, fera une augmentation de . . . » 1,750,000

et porterait ainsi, à cette date, la dépense annuelle d'eau ménagère à M'* 3,850,000

Les concessions industrielles, moteurs hydrauliques jusqu'à 4 chevaux, ascenseurs, chemins de fer, ont dépensé en 1882 en chifl're rond W 1,000,000.

Nous pouvons prévoir que cette consommation sera doublée en 25 ans, et estimer à i» 2,000,000

les besoins futurs; ce qui fait un total de M* 5,850,000

pour l'eau ménagère et industrielle.

Il nous reste à apprécier la dépense d'eau occasionnée par les services publics, fontaines, bâtiments municipaux, abattoirs et arrosages. Cette rubrique a atteint en 1882 environ M' 3,225,000.

Nous ne pensons pas que ce débit augmente dans la même proportion que les précédentes.

Tous les bâtiments municipaux sont actuellement pourvus d'eau; 125 fontaines sont disséminées dans les différents quartiers; les arrosages -se font très largement et n'absorberont pas beaucoup

A reporter .... M* 5,850,000

Report .... M» 5,850,000 plus d'eau qu'aujourd'hui, tant que le territoire de la Commune de Genève ne sera pas agrandi.

Si donc nous portons à un million de mètres cubes l'augmentation de l'eau nécessaire aux services publics pour 35 ans, nous

aurons de ce chef. . . . .' > 4,225,000

qui, avec les 5,850,000 mètres cubes d'eau payante, font un total,

en chiffre rond, de MMO,000,000

Ce chiffre de 10,000,000 de mètres cubes donne une moyenne de 27,000 mètres cubes par 24 heures.

Il ne faudrait pas croire cependant que ce chiffre pût nous servir de base pour calculer la force nécessaire pour élever l'eau ; en effet, la quantité élevée est très différente suivant la saison, et si elle descend quelquefois à 20,000 mètres cubes en hiver, elle atteint aussi en été le chiffre considérable de 30,000 mètres cubes par 24 heures. Il est facile d'établir une proportion semblable pour le débit futur, et si nous savons qu'en débitant 6,500,000 mètres cubes annuellement, nous arrivons à consommer en été un maximum de 30,000 mèlres cubes dans la journée, il nous sera facile de conclure que lorsque la dépense annuelle sera 10,000,000 de mètres cubes, nous devrons suffire à un débit journalier de 46,000 mètres cubes.

C'est donc ce chiffre que nous devons pouvoir atteindre; il correspond à 32,000 litres à la minute ou 533 litres à la seconde pour le service d'eau ménagère et d'eau pour la petite industrie et pour les services publics. Ce débit de 32,000 litres par minute, sous la pression de 50™, correspond sensiblement à celui fourni par deux paires de pompes, mues chacune par une turbine de 210 chevaux, c'est-à-dire semblables à celles prévues dans le projet qui vous est soumis. En calculant sur une turbine et une paire de pompes de réserve, il y a lieu de prévoir dès maintenant trois paires de pompes à basse pression.

ResiituUon de force aux ^ous avons à rechercher maintenant la quantité d'eau nécessaire pour

usines exisUnies. restituer la forcc aux usines dont nous serons obligés de supprimer les moteurs ; pour cela, il est nécessaire de connaître la force actuellement disponible sur les différentes roues. Une commission d'experts a été chargée de ce travail. Ses travaux ne sont pas entièrement achevés, mais peuvent déjà nous fournir des renseignements assez exacts.

En cas d'exécution du projet N° 2, nous pouvons diviser les forces à restituer en deux séries:

1° Les forces à restituer dès le début des travaux :

a) Usine de la Coulouvrenière 26/30 chevaux.

b) Usine Pélaz-Carlioz, l*"® roue, 14 »

c) T^ » 2™eroue, 8 »

A cette catégorie, nous pouvons ajouter l'usine de Souterre, quoique la restitution de force ne soit pas absolument nécessaire dans le commencement des travaux et puisse attendre la mise en marche des nouvelles turbines.

Nous devons compter pour les deux roues de Souterre : ensemble 110 chevaux.

Viennent ensuite les roues situées au Creux de Saint-Jean, sur le bras droit; la force de ces roues ne sera probablement restituée que lorsqu'une entente avec la Confédération et les Etats riverains aura permis d'exécuter le draguage du bras droit pour améliorer et régulariser l'écoulement du lac. En effet, notre nouvelle usine pourra marcher sans nuire à ces moteurs, et pourra même en améliorer sensiblement le régime, pendant la première période de l'utilisation des forces du Rhône.

d) Moulins David. . .

roues

21 chevaux.

Delamure .

BilloD. . .

Jules David.

Ferrand . .

Bellamy. .

Total 100 chevaux.

La Ville devra donc, d'une part :

Restituer avant les travaux 50 chevaux.

> après la mise en train des nouvelles

turbines 110 n

D dans un avenir plus ou moins éloigné 100 i»

Total 260 chevaux.

Ces différentes forces seront, très probablement, toules restituées par l'eau sous pression. Un jeu de pompes et une canalisation spéciale, réglée par le réservoir et l'accumulateur déjà décrit, enverront à ces diverses usines de Teau à une pression de 100™ K Cette canalisation pourra être tout-à-fait indépendante de celle de la Ville. Il suffira d'établir dans le chemin de la Coulouvrenière une grosse conduite partant de l'Usine hydraulique, traversant le Rhône en face de l'Usine à gaz et se bifurquant sur la rive droite; à gauche, pour fournir la force aux moulins de Souterre ; à droite, aux usines du Creux de Saint- Jean.

Remarquons en passant que cette canalisation au sortir de l'usine serait continuée jusqu'à Bel-Air, où elle se^souderait à la grosse colonne de la Cité pour desservir le haut de la Ville jet les Tranchées. Une autre conduite de forte section serait prolongée jusqu'à^l'octroi de Rive.

Un litre à la seconde, sous une pression de 100°^, donne une force de 100 kgm., soit, avec un rendement de 75 ^o? un cheval de force. Les pompes devront donc livrer par seconde, sous une pression de 100°*, autant de litres d'eau que nous avons de chevauxlà^restituer ; il est nécessaire de prévoir, en sus de ce volume, une certaine quantité d'eau disponible, afin d'être à même de répondre rapidement aux demandes qui pourront se produire.

La quantité d'eau à élever sous 100*° de pression peut donc être évaluée :

* En exécution, le réseau à haute pression a été établi pour une pression normale de 140<n, correspondant au niveau du réservoir de Bessinges.

à 260 litres pour la restitution de force aux usiniers actuels.

et à* 240 "» comme eau disponible, représentant 240 chevaux,

pouvant satisfaire aux pr emières demandes de forces

motrice, représentant ensemble une somme de

500 litres par seconde ou iîO,000 litres par minute, qui nécessitent le fonctionnement de 3 turbines de 210 chevaux actionnant des pompes à haute pression. D'autre part, comme la force des usines de S t- Jean ne sera restituée que dans un avenir plus ou moins lointain, il suffit, pour une première période, de prévoir rétablissement de deux turbines actionnant des pompes à haute pression qui, jointes aux deux turbines pour pompe à basse pression, représentent les quatre turbines dont rétablissement est prévu pour la première étape des travaux d'utilisation.

Devis comparatifs des Une fois les besoins actuels dûment constatés, nous avons pu établir aussi

trois proiels. ., , ,..-.,

exactement que possible, soit d'après des forfaits des constructeurs, soit sur des données tirées des meilleures sources, les devis détaillés de tous les travaux à exécuter. (Voir Fascicule 111, Annexes N**« 10, 13, 14, 15 et 17.)

Le détail de chaque partie de ces devis se trouve en pièce annexe à la fin de ce Mémoire (Fascicule III); nous nous contenterons donc. Messieurs, de mettre sous vos yeux la récapitulation générale des principaux chapitres de dépenses, de façon à permettre la comparaison des prix des trois projets en présence.

Un premier tableau a été établi pour l'évaluation du coût de la première période, y compris l'établissement des pompes élévatoires et d'un réseau principal de diî^tribution d'eau motrice à haute pression que nous estimons devoir être créé d'emblée. Nous avons majoré de 10 7o d'imprévu et de 6 ®/o d'intérêt du capital engagé pendant la période de construction. Nous y avons ajouté également, pour chaque projet, le coût de l'égout collecteur, dont la création est oblig'^e, sans toutefois en déduire l'allocation que nous avons demandée à l'Etat pour l'exécution de ce travail spécial, allocation qui est de Fr. 185,000 pour le projet N^ 2 et de Fr. ir)0,000 pour le projet N° 3, et que nous avons tout espoir d'obtenir.

Il ressort de l'examen de ce premier tableau que les projets H^ 2 et 3 s'équivalent sensiblem* nt en ce qui concerne les dépenses relatives à la création proprement dite des forces motrices du Rhône.

Le projet N° 3 n'est inférieur de Fr. 111,000 à l'autre que par l'économie réalisée sur la construction de l'égout rive droite. Quant au projet N° 1, il peut être dès à présent éliminé, vu son coût.

Le second tableau établit le coût de l'achèvement de l'exécution de ce grand travail par la création de 4,800 chevaux bruts restant disponibles. Là encore le projet N° 3 garde son avantage sur les deux autres. Le coût d'établissement du cheval effectif, compté sur l'arbre de la turbine, se réduit à Fr. 470 seulement, ce qui est un chiffre extrêmement bas. 11 atteint Fr. 1,500 pour la première période. Celte différence s'explique par les dépenses considérables nécessitées dès l'abord, et qui profilent à l'ensemble de l'œuvre.

Le troisième tableau est une récapitulation des dépenses totales des deux périodes dans chacune des trois alternatives en présence. L'économie réalisée par le projet N» 3 sur le projet N° 2 atteint Fr. 177,000 en chiffre rond.

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