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CHAPITRE XVIII

Le barrage à rideanx système Gaméré

(Voir Atlas, Planches 3 et 4)

Les travaux de barrages exécutés au travers des rivières sont rarement établis sans que l'on utilise ces ouvrages pour créer un moyen de communication entre les deux rives. En général ce double problème peut être résolu assez facilement et sans qu'il en résulte une dépense supplémentaire très considérable. A Genève l'ouvrage qu'il s'agissait de construire dans le bras droit du Rhône devait répondre à un double but :

Il s'agissait en premier lieu de créer un barrage mobile susceptible de produire une retenue de 3™, 30 au maximum, pendant la saison des basses eaux et de disparaître entièrement durant la période des hautes eaux.

Le même ouvrage devait en outre supporter une passerelle publique à piétons de 4,"™80 de largeur utile en remplacement de l'ancien pont en bois dont la reconstruction était devenue nécessaire.

D'après la convention intercantonale concernant la régularisation flu lac Léman, l'amplitude des oscillations du niveau des eaux doit être, dans la règle, réduite à 0,'n60, il s'en suit que durant les époques de transition, en automne et au printemps, la manœuvre de ce barrage doit se faire facilement et rapidement, de façon à régler la retenue d'eau au gré des circonstances météorologiques du moment, et en combinant son action avec celle des autres éléments de régularisation dont dispose la Ville de Genève.

Entre les divers types en usage pour les barrages mobiles de rivières dont le fonctionnement doit répondre aux exigences d'une navigation souvent très active, le système Caméré, récemment adopté pour la plupart des ouvrages de cet ordre construits sur la Seine entre Paris et Rouen paraissait convenir particulièrement à l'importance de la retenue à effectuer dans le bras droit du Rhône, tout en réalisant les autres conditions imposées par les circonstances.

C'est dans celte idée que le Conseil Administratif se mit en rapport avec M. Caméré, ingénieur en chef des ponts et chaussées et inspecteur des travaux de la navigation de la Seine, pour lui demander de procéder à un examen du problème qui se présentait dans notre Ville.

M. Caméré voulut bien, après avoir visité personnellement l'emplacement de l'ouvrage projeté, se charger de l'étude d'un avant-projet qui a servi de base aux plans d'exécution élaborés par les soins du bureau des travaux de la Ville.

La Ville de Genève a donc, en ce qui concerne cet ouvrage, bénéficié largement des expériences faites et des perfectionnements réalisés dans la construction des barrages de la Seine sous la direction de cet ingénieur éminent, qui a bien voulu, dès lors, s'intéresser à la réussite de l'ouvrage.

L'ouverture de 45™^ entre culées, que présente le bras droit du Rhône à la hauteur du pont de la Machine, a été divisée en quatre travées mesurant 11,"»15 pour les travées de rive, et 41,"60 pour celles du centre.

Le radier de l'ouvrage, qui devait résister aux chances d'affouillement qui peuvent résulter d'une chute d'eau importante et de la dénivellation de 4 mètre prévue dans le lit du Rhône, entre l'amont et l'aval, a été solidement construit en béton de chaux hydraulique d'épaisseur variable et de Ift n^^^rcs de largeur; le travail fait à sec par suite de l'épuisement du bras droit, a pu être exécuté avec tous les soins désirables et toute la précision voulue. La masse homogène de ce lit de béton a été recouverte d'une double rangée de madriers de sapin flxés sur un grillage en charpente.

La construction métallique, étudiée en vue de la double destination qu'on avait en vue, prend ses points d'appui extrêmes sur deux culées en maçonnerie établies, l'une dans le terreplein du quai des Bergues, l'autre adossée au bâtiment de l'ancienne machine hydraulique.

En outre, trois solides palées en fer encastrées dans le lit de béton du radier, forment les appuis intermédiaires. Chacune de ces palées se compose de trois montants formés de deux fers en U **7iiâ à 38 k. le mètre, accouplés et solidement enlretoisés de manière à constituer un ensemble susceptible de développer une résistance considérable dans le sens transversal.

Dans ces coriditions les efforts résultant de la retenue d'eau agissent sur les divers éléments de la construction dans les mesures suivantes: 2,200 k. par mèlre courant de barrage.

100,100 k. pour le barrage entier.

La répartition de TefTort se faisant pour deux tiers sur les points d'appui du radier et pour un tiers sur les poutres du pont, soit sur le tablier, ce dernier se trouve supporter une poussée horizontale de 735 k. par mètre courant et chaque palée un effort latéral de 8525 kg.

Les poutres du tablier calculées pour supporter la surcharge résultant d'une foule serrée, sont reliées par un enlretoisement disposé de telle façon qu'il constitue une poutre horizontale croisillonnée, susceptible de résister à l'effort latéral exercé d'amont en aval par la poussée de l'eau, et de reporter cet effort sur des points d'appui de Touvrage.

Un complément ^nécessaire de cette disposition, particulier à ce genre d'ouvrage, réside dans un système de chariots à galets propre à faciliter le jeu de la dilatation du pont lorsque le barrage est en fonction. Ces galets placés horizontalement se meuvent sur des plaques de roulement disposées verticalement à l'aval de chaque poutre, et encastrées dans les blocs de pierre de taille des culées.

Ce qui caractérise essentiellement le système de barrage Caméré, ce sont les rideaux articulés s'enroulant et se déroulant à volonté sur des fermettes en fer, et formant un élément relativement léger et d'un maniement facile. Ces rideaux n'en sont pas moins, dans leur simplicité, le résultat de longues expériences et de nombreux perfectionnements apportés principalement à la forme des charnières en bronze qui relient les lames du rideau et à la nature de l'alliage employé pour ces pièces, qui doivent avant tout être particulièrement solides et résister à l'usure et à l'oxydation.

Vingt cadres mobiles en fer, dont les parties essentielles se composent de fers à I de 250 millimètres servant de montants, sont fixés à leur partie inférieure par des tourillons à de robustes bâtis en fer noyés dans le béton du radier, et sont retenus à leur extrémité supérieure par des butoirs en fer forgé qui se manœuvrent comme des leviers et sont disposés de façon à assurer toute sécurité.

Le barrage une fois ouvert, les rideaux enroulés et remontés, les cadres dont il s*agit sont disposés de manière à pivoter sur les articulations de la base et à venir se coucher sur le radier de Touvrage. Cette manœuvre, ainsi que celle du relevage, s'effectue au moyen d'un treuil mobile à main, et de chaînes calibrées fixées à chaque cadre.

Cette disposition, commandée par l'état des lieux, diffère notablement de la méthode appliquée généralement aux barrages de la Seine, où les cadres mobiles articulés à leur partie supérieure sont disposés de manière à être relevés d'aval en amont pour se loger hors de l'eau au-dessous du tablier.

Les rideaux se composent d'un sabot en fonte et d'une série de 40 lames de bois de mélèze, réunies par des articulations en bronze phosphore et séparées par un vide de 2 millimètres. Us se fixent à l'amont des cadres d'appui et se déroulent de haut en bas, guidés par des nervures saillantes, sous l'influence du poids des sabots en fonte, et sous l'action du treuil et des chaînes animées elles-mêmes d'un mouvement différentiel, le brin extérieur se mouvant avec une vitesse trois fois plus forte que l'autre. Le relevage s'effectue en sens inverse de la descente ; le rideau enroulé demeure alors suspendu par des chaînes à l'amont de la passerelle de service, ou peut être entièrement enlevé.

Les rideaux articulés sont au nombre de 39, mesurant i'»,12 de largeur et 3™, 345 de hauteur. Les lames de mélèze ont une épaisseur variant en raison de la hauteur de la retenue de O",05 à 0°',08, avec une hauteur constante de 78 millimètres.

Le treuil différentiel à main se déplace sur une voie de 0%70 de largeur, établie sur la passerelle de service qui règne sur tout le développement du barrage. Cet appareil est construit pour pouvoir manœuvrer séparément la montée et la descente des rideaux articulés, de même que le rabattement ou le relevage des montants d'appui; le treuil est muni d'un frein automatique système Mégy qui supprime toute manœuvre d'embrayage; il peut se fixer par une griffe, soit au rail de la voie, soit par un bras articulé au garde-corps de la passerelle, ce qui lui assure des points d'appui suffisants.

Telle est, dans ses lignes générales, l'économie de cet ouvrage qui a pu être essayé dès son achèvement en juin 1887. Par suite d'une cause ' restée inexpliquée, un certain nombre de crochets en fer forgé destinés à maintenir en place les tourillons des montants, se sont ouverts pendant la saison des hautes eaux, ce qui a entraîné le déplacement des cadres correspondants. Dès la remise en place du barrage au mois d'octobre, ce système de fermeture a été quelque peu modifié afin de prévenir le retour de semblables désordres.

En outre l'action du courant de l'eau, combinée avec l'influence de la pression d'amont, a déterminé pendant la période d'ouverture Tarrachage d'un certain nombre de plateaux du radier qui n'étaient pas suffisamment assujettis. Des précautions ont pareillement été prises pour diminuer autant que possible cet inconvénient.

En résumé, sauf ces légères imperfections auxquelles il a été remédié dès le début, le barrage à rideaux a fonctionné d'une manière parfaitement régulière et cet ouvrage paraît ne rien laisser à désirer, ^oit comme facilité, soit comme rapidité de manœuvre.

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