‹ Utilisation des forces motrices du Rhône: et régularisation du Lac LémanChapitre 82 sur 126 · CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI

Les résultats hygiéniques

Avant les travaux du Rhône \ la fièvre typhoïde qui sévissait faiblement à Genève à Tétat endémique avait fait une apparition plus sérieuse en 1881, année dans laquelle le chiffre de la mortalité causée par le typhus avait à peu près triplé.

Déjà en 1879, M. le D^ et Prof. P.-L. Dunant présentait au Département des travaux publics un rapport concluant comme suit:

« 1° L'eau puisée dans le Rhône par la machine hydraulique est aujourd'hui pure, saine et de bonne qualité comme eau potable.

« 2° Mais, pour qu'elle conserve ces qualités, il ne faut pas que le Rhône continue à recevoir des quantités toujours croissantes d'eaux d'égouts et d'immondices.

a: 3° Il serait très important pour la santé publique de la ville de Genève que les déjections des quartiers des Eaux-Vives et du Prieuré (situés en dehors de ses propres limites) cessassent dès aujourd'hui d'être versées dans le Rhône.

« 4^ 11 serait nécessaire, pour prévenir la souillure du Rhône, qu'on construisît d'autres égouts pour toute l'agglomération genevoise urbaine et suburbaine, ceux des quartiers qui nous occupent ne pouvant en aucun cas se relier aujourd'hui avec ceux de la Ville à cause de leur différence de niveau. *

Les pouvoirs publics de la Ville et du Canton de Genève ayant résolu d'utiliser la force motrice du Rhône, il fut décidé et annoncé plusieurs mois à l'avance, que le bras gauche du Rhône serait mis à sec au mois de mars 1884 Cela nécessitait deux opérations essentielles : 1<> Arrêter le courant du fleuve entre le quai de la rive gauche et le quartier de l'Ile, en établissant un barrage immédiatement en amont du pont de la Machine et de la tête de l'Ile. 2" Prolonger les conduites d'aspiralion d'eau potable qui existaient précisément à l'endroit où le barrage devait être établi. Il importe de noter que bien qu'il y eût deux prises d'eau et deux machines, il n'y avait qu'une seule espèce d'eau potable. L'aspiralion était double, mais la distribution était unique. Les travaux pour la pose des tuyaux en fer prolongeant la prise d'eau de hydraulique principale placée au milieu du fleuve et la prise d'eau pour la pompe de la machine vapeur située plus en aval sur le quai de la Coulouvreni^re, commencés le 1^** décembre 1883, furent complètement achevés le 2 ) février 1884. — Les travaux préparatoires du barrage se firent en décembre et en janvier, les bateaux-vannes furent descendus le 29 janvier et le 3 février, mais le barrage ne fut achevé qu'entre le 20 et le 24 février et le bras gauche du Rhône fut à sec le 2 mars.

^ Extrait du Mémoire de M. le Dr P.-L. Dunant^ professeur d'hygiène à la Faculté de médecine, intitulé : Epidémie typhoïde à Genève en i884. Résultat de Venquête étiologique. 1887.

L'eau arrivant du lac le long du quai de la rive gauche, fut donc dès les premiers jours de février partiellement arrêtée dans les angles rentrants du port en amont du barrage, tandis que le reste se mêlant peu à peu au courant refoulé vers l'autre rive, allait passer près des prises 4'eau pour s'écouler par le bras droit qui restait seul ouvert. Gela n'aurait pas eu d'inconvénient si l'eau était restée propre et eût conservé sa remarquable pureté habituelle, mais à ce moment intervint une circonstance qui prouva combien étaient fondées les craintes émises en 1879 au sujet des égouts qui se déversaient dans le port.

La souillure accidentelle du Rhône fut produite en première ligne par un malencontreux draguage opéré devant le quai des Eaux-Vives, en dehors des limites de la Ville à^ Genève et sans aucun rapport avec les travaux importants, it prévus de longue date, exécutés par elle. Ce draguage a été commencé le 28 janvier, à l'insu de l'Administration municipale, dix-huit jours avant le début de l'épidémie ; il fut arrêté le 4 hiars sur la réclamation du Conseil Administratif et une dizaine de jours après l'épidémie était en pleine décroissance.

Or, il est acquis, comme le dit très bien le D^ Dreyfous, que le plus grand nombre des faits qui permettent d'apprécier la durée de l'incubation, font voir que les premiers symptômes de la dothiénenterie se manifestent en général dans la deuxième semaine qui suit l'infection.

Ce draguage se fit à environ 700 mètres des prises d*eau de la machine de la Ville, en un point profondément envasé par les apports des deux principaux égouts de la commune des Eaux- Vives (Nant de Jargonnant et égout du chemin de la Scie), qui reçoivent les déjections d'environ deux cents maisons.

Vu le peu de profondeur de l'eau, il fut exécuté à la pelle, procédé primitif qui brasse la vase, la mêle intimement à l'eau et en laisse écouler plus de la moitié. Aussi, aux 146 mètres cubes de vase qui ont été extraits du port en cet endroit^ il faut ajouter au- moins 150 autres mètres cubes, comprenant les parties les plus tenues, les plus organiques et toutes les substances solubles, qui ont été mêlés à l'eau et lentement entraînés avec elle du côté des prises d'eau.

Il n'y avait eu pendant le commencement de l'année que des cas rares et égrenés de fièvre typhoïde. A partir du 15 février ils se multiplièrent d'une manière inusitée; on en compta sept cas par jour à la fin de ce mois. Puis, brusquement, l'épidémie augmenta avec une intensité effrayante et une rapidité telle qu'en dix jours elle atteignit son maximum. Il y eut 17 cas nouveaux le i^^ mars, 27 cas le 5, 47 le 8 et 07 cas le 10 mars. Dès le lendemiin, le nombre s'abaissait à 51, puis diminuait graduellement jusqu'à 13 et 12 cas pendant les derniers jours du mois.

Du i^^ avril au 17 mai, l'épidémie resta à peu près stationnaire avec une moyenne de 10 malades nouveaux par jour. Pendant les six semaines qui suivirent, du 18 mai au îK) juin, un nouvel abaissement survint avec une moyenne de 6 malades par vingt-quatre heures.

En juillet il y eut une recrudescence légère pendant les deux premiers jours du mois, puis plus forte du dixième au vingt-sixième jour, et la moyenne quotidienne des cas s'éleva à 13, on en compta même 23 dans la journée du 10 juillet. L'épidémie revint ensuite à son niveau des mois de mai et de juin, s'y maintint pendant environ six semaines, puis cessa définitivement le 15 septembre. En octobre, novembre et décembre il n'y eut que des cas égrenés.

Voici la répartition mensuelle des cas de maladie : Janvier . . 18 Mai . . . 26.3 Février . . 83 Juin ... 172 Mars ... 965 Juillet . . 318 Avril. . . 320 Août. . . 204

Septembre

Octobre .

Novembre

Décembre

Ije moyen le plus prompt et le meilleur pour procurer à nouveau à la population de Teau excinpte de germes morbides ùlant (i*ailer la puUer en plein lac, en amont de tous les égoats^ une conduite unique fut placée jusqu'à ^lOO mètres hors des jetées. Le 30 août on put la relier avec les conduites |)récédenles et, à partir de ce jour, ce fut de Teau tout à fait pure que pompa la machine hydraulique. Or dix-huit jours après cette installation, l'épidémie était défini* tivement vaincue et les cas 1res rares de fièvre typhoile qui furent signalés depuis ce moment furent presque tous des cas secondaires.

La mise à sec du lU du Rhône avait inspiré de grandes inquiétudes qui no se sont point réalisées. Dans les (|uar tiers de lu rive gauche, qui bordent le fleuve, le nombre des malades n'a pas dépassé la moyenne de toute la rive gauche, et dans le quartier de Tlle, de la rive droite, ce nombre n*a dépassé que d'une unité lu moyenne des quartiers de cette rive, tandis que la plupart d'entre eux ont eu une plus forte proportion de malades que celui de l'Ile. Parmi les lîO'J et quelques ouvriers qui ont, simultanément ou successivement travaillé au nivellement du lit du Rhône, à la fondation des bâtimerHs des turbines, à la construction du collecteur, il n'a été signalé que 10 malades, ce qui fait une proportion de 33 Voo, alors que la moyenne dans la Ville entière a été de ^ii) malades pour mille habitants.

Dès la mise en service des égouts collecteurs en 1880 et 1887 la terrible maladie était déflnitivement vaincue.

Le tableau suivant donne la progression puis la décroissance de la maladie de 1876 à 1880.

Fièvre typhoïde & Genève

Note fournie par M. le docteur et professeur P. L. Dunant, le iO mare i890

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