CHAPITRE XXVII
Les résultats des trayaiix de régularisation du Lac Léman
(Voir texte, Planche G)
Les résultats de Pannée 1888
La convention intercantonale signée le 17 décembre 1884 entre la Confédération d'ane part et les Etats de Genève, Vaud et Valais, d*aatre part, avait pour but la régularisation du niveau des eaux du lac Léman.
Les travaux destinés à cette régularisation avaient été étudiés par la Ville de Genève simullanément avec l'utilisation des forces motrices du Rhône, de telle façon que les deux opérations pussent se faire successivement et sans se nuire mutuellement.»
La Ville de Genève, par convention du 23 janvier ^886, s'engagea vis-à-vis de l'Etat de Genève à relever celui-ci des obligations qu'il avait dû prendre pour l'exécution des travaux de régularisation du lac.
La durée des travaux devait être de cinq années au maximum, à partir du 17 novembre 1885.
Aujourd'hui, les travaux sont près d'être terminés et dès l'année 1888, le niveau du Léman a pu être réglé sur les bases prévues à la convention.
Les résultats obtenus en 1888 sont résumés dans les lignes qui suivent.
Il y a lieu d'observer que ces résultats eussent été plus satisfaisants encore, si les travaux avaient été entièrement terminés, c'est-à-dire : 1^ Si le port avait été dragué, opération qui se fait actuellement; 2° Si dans l'été 1888, le bras gauche du Rhône avait pu débiter d'une façon normale, tandis que l'achèvement de la seconde partie du bâtiment des turbines n'a permis qu'un écoulement par ce bras, de 90 à d 00 mètres cubes par seconde au lieu de 200"^ prévus au projet de régularisation ; .> Si les draguages du Rhône avaient été terminés jusqu'à la jonction du Rhône et de l'Arve, draguages qui ne furent achevés que dans le courant du printemps 1889.
Une fois ces différents travaux terminés, la Ville de Genève pourra conserver la chute utile nécessaire au fonctionnement de ses turbines, tout en augmentant encore le débit du Rhône. Cette augmentation de débit aurait eu, en 1888, une influence considérable pour abaisser encore le niveau du lac.
Pour rendre plus clair les chiffres qui sont donnés plus loin, il y a lieu de rappeler en quelques mots : d'une part, les repères servant à la limnimétrie du lac ; d'autre part, les niveaux anciens atteints par le lac, comme hautes et basses eaux, comparés au niveau de 1888 et 1889, et enfin les niveaux probables du lac, une fois les travaux de régularisation entièrement terminés.
La limnimétrie du lac est rapportée au repère de la pierre du Niton : PN, situé dans le port
de Genève. La cote adoplée pour co repère est : PN = 376"",64 au-dessus du niveau de la mer. Les cotes prévues à la convention intercantonale pour la régularisation sont toutes calculées par rapport à PN.
Le lîmnimètre auquel M. l'ingénieur Legler (auteuf. du projet de régularisation et expert, à la fois, pour l'Etat de Vaud et la Ville de Genève) avait rapporté son projet de niveau futur était situé en amont du pont du Mont-Blanc à la sortie du Rhône dans le port de Genève.
Le limniraètre où se font depuis quelques cinquante ans les observations du niveau du lac pir l'Observatoire de Genève et le Service des Eaux se trouve placé au Jardin Anglais, soit à quelques mètres seulement du limniraètre qui a servi aux calculs de M. Legler. L'observatoire de Genève, afin d'obtenir des lectures positives du niveau du lac, a adopté comme zéro normal de la limnimétrie du lac, un plan de comparaison t ZL > placé à 3 mitres au-dessous du repère PN. Les lectures du limnimètre du Jardin Anglais sont corrigées de façon à ramener au zéro normal c ZL. »
lies lectures faites soit au limnimètre près du pont du Mont-Blanc de M. Legler, soit au limnimèire du Jardin Anglais indiquent donc le niveau du lac dans le port de Genève.
Or, l'étranglement produit par le resserrement des rives aux abords de Genève, par le relèvement du fond sur le banc de Travers et par la passe des jetées de Genève, produisent une pente superficielle fort appréciable, dès en amont des jetées; aussi le niveau proprement dit du lac en dehors de celles-ci, peut-il dépasser en hautes eaux de 10 à 42 centimètres le niveau du port aux limnimètres cités plus haut.
M. Ph. Plantamour a relevé dès 1874 les niveaux du lac en dehors des jetées, devant sa villa de Sécheron! Ces niveaux sont inscrits avec une fort grande exactitude par un limnimètre enregistreur, qui permet d'établir une cote moyenne exacte pour chaque jour de l'année par une moyenne calculée de toutes les oscillations diurnes.
Le zéro du limnimètre de Sécheron est à 3"* sous PN soit à la cote du zéro normal t ZL ».
Hautes Eaux
MAXIHA MAXIMA
HfjMiiiin
npfwtiiiZl
-1^ 3,2ft-)
— O.OiO
. . Basses eaux
E. Plantamour, Remarques critiques, etc., 1881.
(année qui a servi pour le calcul du projet de régularisation).
(maximum d'été).
(année qui a servi pour le calcul du projet de régularisation).
11 résulte de ces chiffres :
a) Que les varialions maxitna ont atteint dans ce siècle 2™, 822, différence entre le maxinium de 1817 et le minimum de 1840 ;
b) Que les variations de Tannée 1874, qui a servi de base au projet, ont été de 1'»,980;
c) ^u'.elles n'ont été en 1888 que de 0™,784 seulement.
H est à noter que Ton a éliminé : de ces calculs le rhaximum d'octobre 1888 ZL +. 2«n,108, pro venant de la pluie torrentielle des 2 et 3 octobre 1888, maximum atteint par le fait de la fermeture complète du barrage, destinée à atténuer les désastres produits par la crue de TArve dans la vallée du Rhône en aval de Genève. Vu la saison, une crue du lac ne pouvait présenter aucun inconvénient.
Les résultats de Tannée 18B9
Les résultats obtenus dans l'année 1888 n'étaient pas encore absolument complets, car certains obstacles s'opposaient encore au libre écoulement du Rhône.
L'année 1889 a présenté, outre Tintérêt d'une première année d'expérience complète, la circonstance de certains phénomènes météorologiques qui ont permis de constater l'heureux résultat des travaux destinés à la régularisation du lac.
La planche G qui est annexée plus loin contient les indications suivantes :
1° La courbe noire indique le niveau du lac dans l'année 1874. On se souvient que c'est sur le niveau des eaux de cette année (dont le régime ava't fait l'objet d'une étude jour par jour de la part de M. l'ingénieur Legler) qu'a été étudié le projet d'abaissement de 60 à 65 centimètres des hautes eaux du lac.
2<> La courbe rouge est la courbe qui fut calculée par M. Legler pour Tannée 1874 en supposant les travaux de régularisation exécutés. Cette courbe, calculée par M. Legler pour un limnimètre placé dans le port de Genève, près du pont du Mont-Blanc, a été rapportée sur la planche au limnimètre de Sécheron, pour tenir compte de la pente qui existe entre les deux points (environ 12 centimètres en hautes eaux)
3^ La courbe bleue indique le niveau réel atteint par le lac en 1889, les travaux de régularisation étant terminés.
i^ La courbe rouge poiniillée indique le niveau calculé qu'aurait atteint le lac en 1889, si les travaux n'avaient pas été faits.
Pour établir cette courbe l'on s'est servi des chiffres fournis par les jaugeages de ML Legler, en 1874, qui donnaient le débit du Rhône pour chaque niveau du lac.
Connaissant, d'autre part, le nouveau débit du Rhône constaté par une série de jaugeages faits Tan dernier, ainsi que les variations journalières du lac sous l'influence des excédents des entrées sur les sorties et vice versa, l'on a pu faire le calcul inverse de celui qu'avait fait M. Legler pour 1874, et déterminer d'une façon très précise le niveau qu'aurait eu le lac sans les travaux faits à Genève.
n résulte de cette étude :
a) Que le lac a atteint en 1889 la cote de PN — 0^89 (au limnimètre du Jardin anglais PN — 1^005) dépassant de 0«»29r) le niveau des hautes eaux normales ;
b) Que le lac aurait atteint, sans la régularisation^ la cote de PN — 0™18 (au Jardin anglais PN — 0"»33) dépassant ainsi de 0'»71 le niveau réellement atteint et de ['"OCe le niveau normal des hautes eaux.
Cette cote de PN — 0™48 n'a été dépassée dans ce siècle qu'en 4846, 1847 et 4846.
Les eaux de 4889 auraient été de 0°»04 plus élevées que celles de 4879 et de 0^01 plus élevées que celles de 4877.
La crue a eu lieu extraordinairement tôt dans Tannée, sous Tinfluence des grandes pluies et des chaleurs exceptionnelles de juin. Elle a atteint son maximum le 30 juin. Sans les travaux de régularisation, ce maximum aurait été atteint le 2 juillet.
Les entrées moyennes du mois de juin 4889 ont atteint 664 mètres cubes par seconde.
Le maximum des apports est survenu le 45 juin avec 4330 mètres cubes par seconde.
Cette masse d'eau a causé une crue de 453 millimètres en vingt-quatre heures, la plus forte crue du siècle après celle du 2 octobre 4888 (208 millimètres).
5° La courbe bleue pointillée représente le niveau du Rhône en aval du bâtiment des turbines. Une échelle fùleue) placée à droite de la planche donne les débits moyens du Rhône en mètres par seconde rapportés au niveau du fleuve.
Il résulte de ces données sur le Rhône que son débit maximum a atteint, le 20 juin, 706 mètres cubes par seconde.
Avec l'ancien régime, le débit maximum du Rhône aurait été de 580 mètres cubes à la date du 3 juillet.
Au bas de la planche G, on peut suivre les manœuvres exécutées pour l'ouverture et la fermeture des divers barrages dans le but de maintenir le lac aux hauteurs prévues par la convention intercantonale.
Au commencement de l'année 4889, le Conseil Administratif de la Ville de Genève reçut de l'Etat de Vaud la demande d'abaisser le niveau du lac^ dans le mois d'avril, en dessous des cotes des basses eaux prévues, afln de permettre l'exécution de certaines fondations sur divers points des rives du lac. La Ville de Grenève a acquiescé à cette demande et la cote minima PN — 2"07 a été atteinte le 24 avril 4889. La cote normale des bases eaux est PN — 4"W.
Le 45 juin le barrage à rideaux a été fermé pendant quelques heures sur une dépêche de la municipalité de Seyssel, qui craignait une catastrophe à la suite de la crue extraordinaire de TArve.
La convention intercantonale concernant la régularisation du Léman s'exprime ainsi en ce qui concerne les manœuvres du barrage mobile et des vannes de décharge :
€ L'État de Genève est chargé de l'ouverture et de la fermeture du barrage mobile et des « vannes de décharge prévus dans le projet annexé à la présente Convention.
c L'État de Genève s'engage à faire exécuter les manœuvres du barrage et des vannes de « décharge de façon à chercher à maintenir le niveau du lac entre les cotes PN — 4""30 (ZL-f- « 1"70 au limnimètre normal) et PN — 4'"90 (ZL -f 4"40 au limnimètre normal).
« Il est admis en principe que le grand barrage mobile du bras droit sera ouvert du 4*'' juin au € 30 septembre et fermé partiellement ou entièrement du l^^ octobre au 34 mai, suivant les « conditions spéciales du niveau du lac. Toutefois les manœuvres du barrage mobile et des vannes « de décharge formeront l'objet d'un règlement spécial, qui pourra apporter aux dispositions de a l'alinéa précédent les exceptions nécessaires pour maintenir le niveau du lac entre les cotes Cl PN — 4"30 et PN — 4»î)0. Ce règlement sera établi à l'achèvement des installations et sera a soumis à revision après une expérience de cinq ans. »
Les années 4888 et 4889 ont servi de période d'étude à l'élaboration de ce règlement. Les hautes eaux du lac commencent à devenir dommageables à la cote PN — 0"™75 soit au limnimètre
normal à la cote ZL -h 2™25. Il y a donc lieu de prévoir, dans le règlement à l'étude, que, le le barrage à rideaux étant nécessairement enlièrement ouvert, de par Ux Convention, à la cote PN — i"30, tous les autres vannages de décharge soient successivement ouverts, de façon que le pouvoir émissif atteigne son maximum à la cote PN — 0^30, soit quinze centimètres au-dessous des eaux dommageables.
C'est dans cet esprit que le projet de règlement aujourd'hui en discussion a élé élaboré par la Ville de Genève.