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Ajoutons à tout ceci le danger de contage pour les enfants dans les familles nombreuses, où l’un des conjoints veut dissimuler son état. Celui-ci aura beau écouter les conseils médicaux et se méfier des objets qui servent à l’alimentation ou à la toilette, ces soucis demeurent toujours insuffisants si une raison vraiment capitale n’est pas invoquée.
Un dernier point enfin peut encore engager les malades à garder un silence désastreux : leur pusillanimité. Jadis, en souvenance sans doute des anciennes chambres à mercure, on accusait ce remèêde de nombreux méfaits et en particulier de faire tomber les dents. N’entend-t-on pas encore aujourd’'hui les malades, en entendant nommer le vif argent, poser la même question. Il est des malheureux qui, pour cette raison invraisemblable, reculent devant l’action thérapeutique et croient le remède pire que le mal. La même réflexion a été faite pour les arsenobenzènes. Les cas de décès après les piqûres de 914 sont très exceptionnels, étant donné la grande généralisation de ce mode curatif, le pupie impressionné par la fréquence des petits ennuis qui suivent les injections: vomissements, cyanoses, cephalées, crises d'angoisse, ete. — les croit habituels. De là l'impossibilité à faire accepter
les arsenobenzènes sous leur vrai nom à quelques
2 AE timorés et aussi pour d’autres la décision de ne pas avouer leur vérole pour éviter ces dangers vraiment imaginaires.
Il est d’aucuns sujets que rebute les simples piqüûres et qui, sachant ce qui les attend chez un médecin, vont demander le secours d’un pharmacien. Ils obtiennent sur leur insistance des pilules, dont l’action est insuffisante et dont ils abandonnent bien vite l’usage. Un pauvre cordonnier des environs de Paris, que nous avons vu à la clinique de l'Hôpital Saint-Louis, avait eu en 1912, un chancre du fourreau. Après bien des hésitations, il le montra à un herboriste, qui, honnêtement, lui conseilla d’aller à Jhospice le pius voisin se faire faire des piqûres. Notre homme, apeuré, implora un traitement par voie interne, disant qu’il serait toujours temps de se faire appliquer une eure intra-musculaire ou intraveineuse, il se fit remettre des pilules de Dupuytren, dont il usa six mois durant. Tout se passa bien. Aujourd’hui, il est tabétique, peut à peine marcher et se reproche hélas, son absention, dû à la terreur des injections. EE
Aïnsi s'explique bien mal le silence d’un certain nombre de patients, mais il faut avouer qu’on ne saurait admettre dans tous les cas la mauvaise foi humaine et il arrive, à maintes reprises, que la
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syphilis est passée inaperçue. En toute franchise, 1 est impossible au malade de la déceler dans son passé et on ne peut retrouver le chanere initial dans les commémoratifs. Quelle explication peut-on donner de cette lacune dans l’observation, en mettant bien entendu à part l'hypothèse d’une contamination héréditaire. à
Le chancre a pu passer réellement inaperçu. Surtout chez la femme, enfoui dans les replis utéro-
vaginaux, sur le col, rien n’a pu annoncer sa réalité.
Chez l’homme, le chancre du canal est souvent pris pour une gonococcie et certains syphilomes nains de da langue peuvent simuler une lésion absolument banale. Audry pense d’ailleurs qu’il existe des chancres microscopiques, décelables seulement par l’histologie.
D’autres fois, l'accident primaire remonte à de nombreuses années, comment demander à un malade de se souvenir après 10 ans et plus d’une écorchure banale, dont la guérison a été rapide et qui est disparue sans incident à ses yeux. Nous souvenons-nous d’un panaris vieux de quelques années, si un fait précis et parallèle ne fixe pas notre mémoire, d'autant que le psychisme de chacun est différent, autant que la puissance du souvenir.
Il ne faut donc pas voir dans tout syphilitique
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ancien qui nie son chancre et ignore son mal, un simulateur, il peut être d’une parfaite bonne foi. Il peut l'être encore si son infection a débuté sans syphilis primaire. On a longtemps nié la possibilité d’une vérole d'emblée. On est toujours puni à l’endroit où l’on a péché, écrivait humoristiquement Ricord. Aujourd’hui, la clinique et l'expérimentation sont d'accord pour revenir sur ce jugement trop absolu du passé. Dans un mémoire récent, Schulmann (1) a repris cette question et il semble bien, d’après lui, que cette forme évolutive est sinon fréquente, du moins non exceptionnelle. C’est là un problème d’un intérêt majeur, car il soulève de nombreux débats d'ordre thérapeutique, en particulier sur la conduite à tenir en face d’une réaction de Wassermann monosymptomatique.
L’interrogatoire du syphilitique, qu’il précède ou | non l’examen somatique, sera donc un corollaire essentiel de dl’étude clinique. Pour qu’il soit fructueux, nous le répétons, il devra donc être tenté en toute confiance, en considérant un peu le sujet comme un frère malheureux, avec une mentalité d’apôtre. Souvent, nous avons réussi là où d’autres plus brusques, plus pressés d'arriver à leurs fins,
() E. Schulmann, La Syphilis sans chancre. Pratique Médicale Française, octobre 1929, p. 393.
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avaient échoué. Mais si, malgré une douce mais persévérante insistance, le patient ne fournit aucun commémoratif satisfaisant, il ne faut pas oublier — conséquence de ce que nous avons dit plus haut — qu’il est après tout bien possible qu’il soit sincère : soit qu’il n’ait pas vu son chancre, soit qu’il l'ait oublié, soit circonstance beaucoup plus exceptionnelle qu’il ait eu une forme décapitée, sans syphilis primaire.
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