‹ Utilité Et Possibilité De L'adoption D'une Langue Internationale Auxiliaire En MédecineChapitre 13 sur 21 · DO · texte numérisé non relu

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Mais ce sont justement ces avantages au profit de la nation dont la langue serait choisie, qui empêcheront toujours les différents peuples d'arriver à se mettre d'accord sur l'adoption de l'idiome national de l’un deux.

L'adoption d'une des langues actuellement vivantes, dit le D) Achard, serait sans doute repoussée par les adeptes de la plupart des autres. Nous en avons pour preuve, l'énergique et vive protestation que firent entendre les médecins anglais au congrès médical international de Moscou contre l'exclusion de la langue anglaise du nombre des langues officielles du congrès.

Objectera-t-on que le français est pourtant bien internationalement adopté comme langue de la diplomatie ?

On ignore généralement ce qu’il y a d’inexact dans cette affirmation souvent répétée. «Il n'est pas exact de dire que le français est encore la langue de la diplomatie », écrit M. Th. Cart, professeur à l'Ecole libre des Sciences Politiques, dans un rapport adressé à M. le Ministre de l’Instruction Publique sur la question de la langue internationale. « Les langues rivales ont maintenant leur place’ à côté de lui, jusqu’au jour où, grâce à l'accroissement supérieur des populations qui les parlent, elles l’écarteront presque complètement. Il y a cent ans, tout diplomate étranger devait savoir le français: aucun des nôtres n'avait besoin de savoir une langue étrangère. Aujourd’hui, combien d'hommes d'Etat, hors la France, ignorent notre * langue? et qui oserait proposer de supprimer les

langues vivantes au concours du Ministère des Affaires Etrangères ? (!).

Jamais d'ailleurs le français n'a été adopté comme langue officielle entre les Etats, ni en vertu d'une convention internationale, ni même par un usage absolu. « Tout au contraire, dans plusieurs traités rédigés en français, les Etats contractants ont fait des réserves formelles et inséré un article séparé, pour déclarer que l’emploi de cet idiome ne saurait tirer à conséquence (?). |

«En vertu du principe de l'égalité des Etats, chaque souverain, chaque gouvernement est en droit de se servir exclusivement et de demander qu'on se serve d'une langue déterminée quelconque, celle de son pays ou celle d'un Etat étranger, dans ses relations, soit écrites, soit orales, avec les autres nations.

À (1) Rapport sur la Langue Internationale, adressé à Monsieur le Ministre de l'Instruction Publique par M. Th. Cart, agrégé de l'Université, professeur au Lycée Henri IV et à l’Ecole libre des Sciences politiques.

(2) « C’est ce qui a eu lieu dans le traité de Rastadt de 1714, dans celui d’Aix-la-Chapelle de 1748, dans le traité d'alliance entre la France et l’Autriche de 1756, dans l'acte final du Congrès de Vienne de 1815. L'art. 120 de cet acte est ainsi conçu : « La langue française ayant été employée dans toutes les copies du présent traité, il est reconnu par les puissances qui ont concouru à cet acte, que l'emploi de cette langue ne tirera point à conséquence pour l'avenir ; de sorte que chaque puissance se réserve d'adopter dans les négociations et conventions futures, la langue dont elle s’est servie jusqu'ici dans ses relations diplomatiques, sans que le traité actuel puisse être cité comme exemple contraire aux usages établis >,

«Rappelons à cette occasion, ce fait peu connu : le Foreign Office de Londres a abandonné l'usage du français et ne se sert plus, dans ses rapports avec plusieurs puissances, que de l'anglais. Ces dernières, en présence du sans-gêne britannique, lui répondent dans leur langue natale. C’est ainsi, par exemple, que l'ambassade italienne à Londres, depuis 1882, se sert exclusivement, dans ses relations avec le Foreign Office, de l'italien.

« La Porte Ottomane correspond avec les cours européennes en langue turque; elle ne regardait même autrefois, comme obligatoires pour elle, que les traités rédigés en langue turque-arabe.

« (rrâce au concours que lui prêtent les Etats- Unis, l'anglais est en train de remplacer le français dans les relations diplomatiques de l'Extrème- Orient. Le dernier traité de commerce conclu entre le Mexique et. la Chine;- est rédigé”en: anglais #et cependant le .Mexique compte parmi les pays les plus fidèles au culte de notre patrie. » [!)

En réalité, les conférences diplomatiques n'ont guère mieux résolu le problème de la diversité des langues que ne l'ont fait jusqu'ici les congrès internationaux. Qu'on en juge par cette dépêche adressée par son correspondant de Portsmouth à un grand journal parisien à propos de la conférence russo-japonaise de 1905

«La discussion est difficile à suivre, car on parle souvent quatre langues : le russe, le français,

(1) L. Fauvart-Bastoul, D'une langue auxiliaire internationale au point de vue du Droit des Gens.

l'anglais et le japonais, M. Witte employant tantôt le russe, tantôt le français, que M. Nabokoff traduit. en anglais, et que le secrétaire japonais traduit en japonais à M. Komura. Ce dernier répond en japonais, que le secrétaire traduit en français. Le traducteur japonais connaissant mai le français, il arrive qu'il traduit incorrectement et que MM. Witte et Komura discutent sur des points qui ne sont nullement mis en avant par eux. On découvre bientôt l'erreur et on commence une discussion nouvelle.» (!)

On le voit, l'argument du français internationalement admis comme langue de la diplomatie n'a pas la valeur qu'on lui attribue généralement et ne saurait servir à ‘démontrer la possibilité d'une entente internationale pour le choix d'une des langues actuellement vivantes.

«Nous pourrions désirer, comme cela était autrefois, conclut le Professeur (rariel, que le rôle de langue internationale fût accordé au français. Mais il ne faut pas se faire d’illusion : les rivalités actuelles entre les peuples ne nous permettent pas d'espérer quil puisse en être ainsi. Acceptons la situation, et, puisque cette solution ne peut être espérée, rallions-nous à celle que nous fournit l'Esperanto. »

*k 3 L'’Esperanto est bien en effet la seule solution

possible du problème, et lé choix d'une langue

(1) Le Matin, 19 août 1905.

morte ne saurait convenir plus que celui d’une langue vivante. Sans parler, comme on l'a fait, du sanscrit, de l'hébreu, ni du grec, le latin, plus proche de nous, ne répond plus aux besoins de notre civilisation actuelle et, comme le fait remarquer le D' Achard, se prête de moins en moins au développement du langage technique. Imagine-t-on, par exemple, la description faite en latin classique de la technique radiographique ou celle de la production et de l'application des courants dé haute fréquence ?

Pour pouvoir employer le latin, il faudrait le rajeunir et le compléter, ce qui, somme toute, ramènerait à la création d’une langue artificielle, qui, tout en restant difficile, n'aurait pas les avantages de l'Esperanto. |

Mais il ne faut pas oublier que si le latin ainsi « cuisiné », — qu'on nous pardonne l'expression, — pourrait à la rigueur servir à des savants dans leurs relations avec leurs collègues ou dans leurs congrès internationaux, les hommes de science ayant étudié le latin ou capables de l'apprendre, ne sont pas les seuls à ressentir le besoin d’une langue internationale et à tenir des congrès internationaux. Le problème de la langue internationale, en ce qui les concerne, n'est en effet qu'un cas particulier du problème général de la langue internationale, et si ce dernier comporte une solution simple et facile comme l'Esperanto, il est permis de douter qu'à côté de congrès de toutes sortes employant cette langue, continueraient longtemps à se tenir des congrès scientifiques en latin, même modernisé,

Qu'il nous soit donc permis de citer ici l'exposé de ce problème général, tel qu'il a été présenté, il y a quelques années, avec beaucoup plus de compétence et beaucoup mieux que nous ne saurions le faire nous-même, par M. Th. Cart, agrégé de l'Université, (!)} actuellement vice-président de la Société de Linguistique de Paris et président de la Société française pour la propagation de l'Esperanto.

LS

* *# # Î1. — Que la langue cherchée ne saurait étre une langue universelle, mais simplement une langue internationale — et si cette langue

est nécessaire.

L'idée d'une langue universelle a préoccupé des philosophes et des savants comme Bacon, Pascal, Leibnitz, Condillac, Diderot, Ampère. Pourtant cette idée — si par langue universelle on entend une langue commune à tous les hommes : et destinée à remplacer nos langues actuelles — n'est que médiocrement séduisante, tels seraient les sacrifices imposés par son adoption à tous les peuples qui ont une histoire et une littérature. La réalisation en fût-elle d’ailleurs possible, ce ne saurait être que dans un avenir si lointain, qu'on ne peut ni le prévoir, ni y porter intérêt.

Beaucoup plus modeste, encore que très vaste, est le projet d'une langue auxiliaire internationale,

(1) Th. Cart, À Za recherche d'une langue internationale.

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