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qui s'adresserait non à tous les hommes, mais seulement aux hommes de culture moyenne ou.
supérieure, aux commerçants, aux savants, aux industriels, dont les affaires ou les travaux ont un caractère nettement humain ou international. Et certes, les avantages d’un pareil « instrument » dans les relations diverses entre les peuples sont de telle évidence qu'il serait oiseux de les énumérer. Mais si grands soient-ils, les avantages n'importent guère, parce que c’est le besoin seul, et non l'utilité, qui crée l'organe. Si donc la nécessité d’une langue internationale ne se fait pas sentir, elle ne sera pas, malgré l’'ingéniosité des chercheurs et l'ardeur enthousiaste et vaine des apôtres.
D'où il suit qu'il y a lieu d'examiner d’abord si l'élection d'une langue internationale s'impose à bref délai à la civilisation moderne, puis, en cas de réponse affirmative, si cette langue sera une langue morte ressuscitée, une de nos langues vivantes ou une langue artificielle.
IT. — Que les relations intellectuelles, scientifiques el commerciales du monde moderne imposent à bref délai le choix d'une telle langue.
Pour être malaisée à faire directement, la démonstration de la nécessité d'une langue internationale n'en est pas moins rigoureuse, semble-t-il, par une voie indirecte.
Qu'on veuille bien réfléchir qu'il n'y a pas cinquante ans un homme instruit, de langue française, pouvait se contenter de savoir une langue
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autre que la sienne. Depuis quelque vingt ans, il est urgent d'en connaître au moins deux. Demain, avec l'accroissement des moyens de communication et l'intensité grandissante de la vie européenne, c'est quatre ou cinq langues qu’il faudra apprendre : à l'allemand et à l'anglais s’ajouteront bientôt l'espagnol ou le portugais, l'italien et le russe.
En littérature, s'il est bien vrai qu'on ne goûte pleinement une belle œuvre qu'en sa langue originale — encore qu'il y ait dans cette affirmation, chez beaucoup, plus de snobisme que de franchise — quels efforts ne faut-il pas pour acquérir au degré voulu seulement une ou deux langues étrangères ? Que sera-ce pour un plus grand nombre ? Et, en fait, parmi ceux qui parlent pertinemment d'Ibsen et de Tolstoï, combien savent le norvégien et le russe ? On est amené forcément à user de traductions en la langue maternelle ou en toute autre langue connue, et il en sera ainsi toujours davantage.
Pour les savants : mathématiciens, économistes, médecins, naturalistes, philosophes, qui n’écrivent plus uniquement en deux ou trois langues prédominantes, les conditions sont encore plus fâcheuses : nombre de mémoires importants, suédois ou russes, par exemple, restent ignorés ou ne sont connus que par d'insuffisantes analyses. Et dans les congrès universels, quelle pitoyable confusion ! Ici c'est un économiste, qui s'exprime en une langue qui n'est pas la sienne si gauchement que toute sa valeur ne fait pas qu'on le suive ni que, malgré les compliments d'une politess> menteuse, il ne soit ridicule ; ailleurs, un médecin allemand traduit en français le discours