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obtenir qu'au prix de beaucoup de temps et de peine, une bonne traduction.
Il m'arrive souvent, comme secrétaire de la rédaction des Archives de Médecine Expérimentale, de recevoir d'auteurs étrangers des manuscrits de mémoires, traduits dans un tel français, qu'ils sont non seulement illisibles dans la forme, mais parfois tout-à-fait inintelligibles dans le fond. L'utilité d’une langue scientifique commune ne me parait donc pas contestable.
Le latin remplissait ce rôle autrefois. Il est aujourd'hui bien délaissé ; d’ailleurs il se prête de moins en moins au développement continu du langage technique. L'adoption d’une des langues actuellement vivantes serait sans doute repoussée par les adeptes de la plupart des autres. Dans les congrès internationaux, trois ou quatre langues sont reconnues officielles, et ce petit nombre est déjà une gène. Or, il suffit d’avoir fait partie du comité d'organisation d'un de ces congrès, pour savoir avec quelle vivacité les délégués de certains pays réclament l'accession de leur idiome national à ce privilège. Puisse au moins la crainte de l’Esperanto être pour eux le commencement de la sagesse ! Car s’il fallait à tous donner satisfaction, le nombre des langues ayant singulièrement crû et multiplié depuis les temps bibliques de la tour Babel, l'édifice de notre science risquerait de rester fort audessous de ce monument historique.
D' André Broca :
Vous voulez faire votre thèse sur l'utilité de l'Esperanto en médecine, et vous avez absolument raison d'aborder ce sujet. Vous êtes jeune, mais c'est à la jeunesse d'aborder les questions nouvelles et de les imposer.
Mon opinion sur l'Esperanto est bien simple.
Son adoption universelle augmenterait la puissance d'assimilation de chaque homme dans des proportions considérables. Quelques semaines de travail lui permettraient de se mettre au courant de la science danoise, russe et japonaise aussi bien que de l'allemande ou de l'anglaise, au lieu que la simple connaissance d’une seule de ces deux dernières langues, exige de longs mois de travail.
L'adoption d’une langue universelle permettra en effet la création de publications où seront anälysés avec un développement suffisant tous les mémoires originaux, et ces publications, une pour chaque science, pourront vivre, car elles s’adresseront au monde entier.
Et je laisse en ce moment de côté la question sociale si importante que soulève la langue internationale. Ce sera un progrès immense quand une langue assez facile pour être introduite à l’école primaire permettra à tous les hommes de communiquer entre eux. Quand on se comprend bien, on est bien près de ne pas se battre.
De plus, l'usage d’une langue rationnelle, sans exceptions et à nuances précises indiquées par la forme des mots, sera des plus utiles pour introduire dans les jeunes esprits, la vigueur scientifique, si