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uvre poétique

LFRED-ViCTOR DE ViGNY naquit à Loches, le 27 mars 1797, dans une maison sise faubourg de Gesgon. Son père, Léon-Pierre de Vigny, ancien soldat de la guerre de Sept ans, où il avait combattu sous le nom de chevalier d'Émerville, était retraité, avec le grade de capitaine et la croix de Saint-Louis, quand il épousa en 1790, à l'âge de cinquante-trois ans, Marie- Jeanne-Amélie de Baraudin, de vingt ans plus jeune que lui. De ce mariage naquirent d'abord trois enfants, qui moururent en bas âge. Le dernier, le seul qui devait survivre, fut Alfred de Vigny. Il avait à peine deux ans, lorsque ses parents quittèrent Loches, où ils avaient souffert de la tourmente révolutionnaire, pour venir se fixer à Paris. On les trouve d'abord modestement établis à l'Élysée-Bourbon, puis rue du Marchéd'Aguesseau. C'est là que l'enfant passa ses premières années entre une mère grave et un père indulgent, que ses anciennes blessures obligeaient de marcher appuyé sur une canne, mais qui n'en gardait pas moins les allures de l'ancienne noblesse, portant toujours les bas de soie et les souliers à boucles d'or. •

ij - A. DE VIGNY

Alfred venait d'avoir huit ans, lorsque sa mère le fit entrer, comme demi-pensionnaire, à la pension Hix, située faubourg Saint-Honoré. Sa sensibilité précoce s'accommoda mai du régime en commun. Son titre de noble l'isolait au milieu de ses compagnons, peu délicats et jaloux, et il était souvent forcé de se défendre de leurs brimades. D'ailleurs la guerre était debout dans l'école. Au lycée Bonaparte, où l'on conduisait les élèves de la pension Hix, les bulletins des victoires impériales étaient lus à haute voix, et les cris de : Vive l'Empereur ! interrompaient Tacite et Platon. Alfred, dont l'ambition était de servir dans l'artillerie, étudiait les mathématiques et allait se présenter à l'École polytechnique lorsque la chute de l'Empire le lança dans une autre voie. Ses parents obtinrent qu'il fût admis dans le corps des mousquetaires rouges, qui venaient d'être rétablis par les Bourbons. Il y resta du 6 juillet 1814 jusqu'au moment où le retour triomphal de l'Empereur (mars 1815) obligea les Bourbons à reprendre le chemin de l'exil. Alfred de Vigny accompagna la berline de Louis XVIII jusqu'à Béthune «Voir Servitude et Grandeur militaires : Laurette ou le Cachet rouge), puis, fidèle au roi, resta interné à Amiens durant les Cent Jours. A la seconde Restauration, il revint pour prendre rang dans sa compagnie, mais le corps privilégié des mousquetaires ayant été supprimé, il fut versé, avec le grade de sous-lieutenant, au 5® régiment d'infanterie de la garde royale.

Pendant plusieurs années, il tint garnison aux portes de Paris, à Vincennes (Voir Servitude et Grandeur militaires : la Veillée de Vincennes), puis à Courbevoie. Pour tromper l'ennui de la vie de garnison, il avait déjà écrit des poèmes. Dans ses Poésies complètes, la Dryade et Symétha sont datées de 1815, et le Bain d'une dame romaine de 1817. Il est vrai que Sainte-Beuve nia plus tard l'exactitude de la date inscrite au bas de ces poèmes. Selon lui, Vigny aurait voulu établir que ces vers, qui rappellent André Chénier, ne subirent cependant aucunement l'influence de ce poète dont les idylles parurent seulement en 1819. Quoi qu'il en soit, între 1816 et 1817, Vigny, qui venait de perdre son père.

achevait une tragédie de Julien l' Apostat, qu'il brûla plus tard, ainsi qu'une autre dont le sujet était Antoine et Cléopâtre. La carrière littéraire s'ouvrait devant lui bien plus brillante que la carrière des armes. En 1820, chez son ancien condisciple, Emile Deschamps, où il avait déjà rencontre Alexandre Soumet et Alexandre Guiraud, il fit la connaissance de Victor Hugo. La plus étroite amitié unit bientôt les deux poètes. C'était l'époque de revues comme le Conservateur littéraire et la Muse française, et de salons comme celui de M™^ Ancelot. Vigny publiait et récitait des poèmes comme le Bal et la Fille de Jephté, et il écrivait Héléna, longue composition qui parut en mars 1822 et qu'il ne réimprima pas dans ses œuvres. En même temps il était nommé lieutenant, à l'ancienneté, puis capitaine au 55^ régiment d'infanterie (1823), et, en cette qualité, il devait rejoindre son nouveau régiment à Strasbourg, avant de partir pour prendre part à la guerre d'Espagne. C'était pour lui une grande et profonde joie, car il espérait réaliser enfin le rêve guerrier de son enface, et tirer l'épée sur un champ de bataille. Hélas ! il fut bien vite déçu. Après avoir passé par Bordeaux, où il séjourna quelque temps, se mêlant à la société, il partit pour Orthez avec le 55e de ligne et fut envoyé en détachement à Oloron avec sa compagnie, puis à Pau. C'est là qu'il rencontra une jeune et riche Anglaise, Lydia Bunbury, dont il obtint la main. M^^^ de Vigny, qui n'avait point permis que son fils épousât la belle Delphine Gay, plus tard M™^ de Girardin, donna son consentement à une union qu'elle croyait riche et qui en réalité ne l'était guère. Le mariage eut lieu en février 1S25. Il marqua la fin de la carrière militaire d'Alfred de Vigny, qui fut mis en réforme le i^'" avril 1827, après douze ans de service et avec le grade de capitaine.

La gloire littéraire allait le consoler bien vite des déceptions de sa longue « servitude militaire ». Déjà il s'était placé au premier rang des poètes de son temps avec Moïse et Éloa, écrits tous deux avant son départ pour l'Espagne, et il venait de terminer Cinq-Mars, composé pendant son séjour aux Pyrénées, et publié chez Urbain Cabel C1827),

a - A. DE VIGNY

Ce roman eut un succès considérable. Mais c'est au théâtre que Vigny projetait surtout de frapper un grand coup. Hugo avait déjà écrit Cromwell et sa fameuse préface (1827), et Alexandre Dumas avait fait représenter Henri III et sa cour (17 septembre 1828),

Vigny, lui, avant d'exprimer ses propres idées sur la scène, voulait « refaire l'instrument et l'essayer sur le public » ; et c'est dans ce but qu'il travaillait à transporter sur la scène française un drame de Shakespeare. En collaboration avec Emile Deschamps, il entreprit d'abord, dès 1827, de traduire en vers Roméo et Juliette. Sa pièce, refusée à la Comédie française, ne fut jamais représentée ; et Vigny se mit, seul cette fois, à traduire un Othello, qui fut reçu à la Comédie française en 1829 et joué avec succès au mois d'octobre de la même année. C'était le prélude à'Hernani, que suivit de près la Révolution de 1830. Elle trouva Vigny se posant de graves problèmes de conscience et se promettant de se faire tuer pour le Roi et pour le Dauphin s'ils revenaient à Paris et se mettaient à la tête des troupes. Mais pas un prince ne parut, et le poète, qui en avait décidément fini des superstitions politiques, n'eut pas à descendre de la tour d'ivoire où il s'isolait. Déjà il préparait une nouvelle pièce dont il avait pris le sujet, comme pour Cinq-Mars, dans l'histoire du temps de Louis XIII ; ce fut la Maréchale d'Ancre, drame en prose représenté à l'Odéon le 25 juin 1831. M"^ Georges tenait le rôle de la Maréchale, que Vigny aurait voulu donner à Marie Dorval, pour qui il ressentait depuis longtemps une passion secrète. L'artiste put enfin reprendre ce rôle à la Porte-Saint-Martin, et Vigny écrivit pour elle un proverbe : Quitte pour la peur, qu'elle joua sur la scène de l'Opéra, dans une représentation à bénéfice (30 mai 1833). C'est de ce moment que date leur liaison. Elle fut traversée de tous les orages de la passion et semble avoir rendu le poète peu heureux tout le temps qu'elle dura. On ne peut la passer sous silence, puisque nous lui devons Chatterton, qui unit indissolublement le nom de Vigny à celui de Marie Dorval.

Vigny avait fait paraître en 1832 Sicllo. C'est de ce roman

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