‹ uvre poétiqueChapitre 2 sur 54 · M T M A T I ■ R E PAU SI '"* LEON DE VIGNY, M K R E DU POÈTE · texte numérisé non relu

M T M A T I ■ R E PAU SI '"* LEON DE VIGNY, M K R E DU POÈTE

qu'il tira le sujet de Chatterton. La première représentation de ce drame fut donnée au Théâtre-Français, le 12 février 1835, Ce fut un succès foudroyant, le plus grand peut-être des annales romantiques, malgré Hernani et Antony. Dorval s'y révéla tragédienne de premier ordre dans le rôle touchant de Kitty Bell, mais sa reconnaissance pour l'auteur fut de courte durée. Infidèle au poète comme actrice, elle le fut bientôt comme femme, et, à l'automne de cette même année 1835, la rupture se produisit. Ce fut pour Vigny le signal de la retraite. Sa vie littéraire semble finie. Il vient de publier Servitude et Grandeur militaires (1835), c'est son dernier livre. A partir de 1842, il publiera seulement dans la Revue des Deux Mondes, à de très longs intervalles, les poèmes qui formeront le recueil posthume les Destinées. En 1837, il a perdu sa mère, qu'il adorait, et il vit sans joie « gardemalade rêveur « auprès de sa femme toujours souffrante. En 1842 il se présente à l'Académie française, et échoue cinq fois avant d'être élu au fauteuil d'Etienne (8 mai 1845). Sa réception, qui eut lieu seulement le 29 janvier 1846, est restée célèbre par l'accueil hostile et malveillant du comte Mole, qui le recevait. Son discours, aigre, et d'une incompréhension notoire, fut universellement blâmé, sauf peut-être par Sainte-Beuve, que sa jalousie jetait toujours dans le parti opposé à celui de ses anciens amis. Vigny n'oublia jamais cette offense qu'il qualifiait à.' impardonnable et d'irréparable, et le succès amer de sa candidature académique le fit certainement souffrir beaucoup plus que deux échecs aux élections législatives. Il s'était présenté dans le département de la Charente (1848 et 1849), T^^às sa réserve le perdit. Il ne savait pas mendier les voix, il les attendait, pareil au Coriolan de Shakespeare. Désormais sa vie s'écoula sans événements, presque sans œuvres, partagée entre Paris, où il venait quelquefois, et le Maine-Giraud, à Blanzac (Charente), où il restait presque toujours confiné, dans la seule compagnie de sa femme malade. Sa retraite n'était pas de l'inaction. Entre deux méditations solitaires, il s'occupait de l'administration de son domaine, et plus encore de la « civilisation de son Angoumois ». Mais bientôt il fut

dévoré par un mal mortel, le cancer de l'estomac, dont il avait ressenti les premières atteintes en septembre 1861. Il ne pouvait plus rien manger : « Ma vie est un peu celle d'Ugolin, » écrivait-il. Cependant il avait encore la force de veiller sur sa femme, qui mourut brusquement, au début de l'année 1863. Vigny ne lui survécut que peu de temps. Le 17 septembre de la même année, il mourut à son tour. Sa fin fut stoïque et belle. Poète du silence, il s'en alla sans une plainte, comme le loup de son immortel poème :

Puis après, comme moi, souffre et meurs sans parler.

Sa tombe est au cimetière Montmartre.

GAUÏHIER-FERRIÈRES.

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