LE COR
Ames des Chevaliers, revenez- vous encor? Est-ce vous qui parlez avec la voix du Cor? Roncevaux ! Roncevaux ! dans ta sombre vallée L'ombre du grand Roland n'est donc pas consolée !
Tous les preux étaient morts, mais aucun n'avait fui. Il reste seul debout, Olivier près de lui ; L'Afrique sur le mont l'entoure et tremble encore. 0 Roland, tu vas mourir, rends-toi, criait le More ;
Tous tes pairs sont couchés dans les eaux des torrents. » — Il rugit comme un tigre, et dit : « Si je me rends. Africain, ce sera lorsque les Pyrénées Sur l'onde avec leurs corps rouleront entraînées. »
— «Rends-toi donc, répond-il, ou meurs, caries voilà. » Et du plus haut des monts un grand rocher roula.
Il bondit, il roula jusqu'au fond de l'abîme,
Et de ses pins, dans l'onde, il vint briser la cime.
— « Merci, cria Roland ; tu m'as fait un chemin. » Et jusqu'au pied des monts le roulant d'une main, Sur le roc afîermi comme un géant s'élance.
Et, prête à fuir, l'armée à ce seul pas balance.
Tranquilles cependant, Charlemagne et ses preux Descendaient la montagne et se parlaient entre eux. A l'horizon déjà, par leurs eaux signalées, De Luz et d'Argelès se montraient les vallées.
L'armée applaudissait. Le luth du troubadour S'accordait pour chanter les saules de l'Adour ; Le vin français coulait dans la coupe étrangère ; Le soldat, en riant, parlait à la bergère.
Roland gardait les monts ; tous passaient sans efiroi. Assis nonchalamment sur un noir palefroi